lundi 27 mars 2017

Controverse anti-avortement à l’UCL: l’enseignement doit être transparent



PAR BÉATRICE DELVAUX
Un cours de philosophie où l’on challenge les étudiants sur les fondements d’une loi, ses limites, ses liens avec la société, la morale ? Et pourquoi pas ?

Un cours de philosophie qui débat des arguments pour ou contre l’avortement ? Un cours de philosophie où l’on challenge les étudiants sur les fondements d’une loi, ses limites, ses liens avec la société, la morale ? Mais pourquoi pas ? Dans une université catholique ? Mais évidemment, tout autant que dans une université qui professe le libre examen.
Si l’on commence à limiter le champ de la réflexion, à mettre des tabous sur les possibilités d’analyse, de débat et d’argumentation à l’université, à quoi sert-elle alors ? C’est à l’université que l’on doit former ceux et celles qui devront révolutionner les esprits, rendre possible au quotidien ce qui semblait impossible jusque-là. Il n’y a déjà que trop aujourd’hui de ces professeurs qui préfèrent servir des équations et des formules en vrac dans des cours prémâchés et syllabisés, au lieu d’ouvrir leur science à la discussion et de mettre ces jeunes esprits souvent trop moutonniers en situation de défendre des positions, d’interroger ce qu’on leur enseigne, de questionner des hypothèses, des thèses.
Mais cet exercice de débat, de réflexion, de défi intellectuel qui devrait être le pain quotidien des cours dispensés dans les facultés francophones, cette formation à penser « out of the box » qui est aujourd’hui le seul viatique intéressant pour des jeunes qui vont débarquer dans un monde en plein bouleversement, ne peut être fait que par de vrais professionnels et dans des conditions précises d’excellence et d’éthique.
« UN CROISÉ ANTI-AVORTEMENT CHOISI POUR PROFESSEUR »
La vérité doit encore être établie, nous dit-on sur le cas « Mercier » à l’UCL. Les étudiants sont en droit d’espérer que la clarté totale soit faite, permettant ainsi de bien cerner ce qui se peut et ne se peut pas, en vertu des canons de l’excellence académique.
Mais on peut déjà estimer que ces moments de liberté de pensée, cette formation d’esprits critiques et non de « bons élèves », doivent trouver le cours adéquat, l’année d’études adéquate et le prof adéquat. Il semble bien ici que le problème n’est pas le thème de la « controverse » abordé, ou l’UCL, mais le casting d’un croisé anti-avortement choisi pour professeur.
Avis aux étudiants de l’UCL et d’autres universités :  Soyez exigeants vis-à-vis de vous-mêmes mais aussi de ceux qui vous enseignent. Exigez qu’on ne vous traite pas comme des bouches à nourrir à l’aide de plats préparés ou de cerveaux à formater pour le marché. Exigez de vos professeurs qu’ils vous haranguent, vous challengent, mais exigez-les aussi imparables dans leur science, formidables de rigueur académique mais volcaniques, enchanteurs, vibrants dans leur dialogue avec vous. Ils doivent vous donner faim !
« VIVEZ VOS COURS, TRANSCENDEZ-LES »
L’enseignement universitaire doit être dansé comme un tango, avec le génie de la technique accumulée et de la passion partagée.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE RETOUR DU PENDULE 

Heureux le quotidien qui compte parmi ses plumes de choc une Béatrice Delvaux. Comme d’habitude, il n’y a rien à redire à son édito d’une grande hauteur de vue qui met le doigt exactement où cela fait mal. « Il semble bien ici que le problème n’est pas le thème de la « controverse » abordé, ou l’UCL, mais le casting d’un croisé anti-avortement choisi pour professeur. »
On ne saurait mieux dire.
« La législation belge, qui permet l'avortement, l'euthanasie, la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui, est en contradiction avec la dignité humaine. » ont affirmé les marcheurs « Pro Life » de dimanche. Et si c’était exactement l’inverse ?
C’est précisément ce que suggère Hélène Delforge dans sa harangue enflammée à l’adresse du ci-devant professeur Stephane Mercier.
Nous vous en recommandons la lecture : « On a l’impression que c’est gagné. Que le droit des femmes à disposer de leur corps est acquis. Ce ne l’est pas. On ne peut rien lâcher.  Et on ne lâchera jamais. »
"Immoral. Plus grave qu'un viol." Ces mots, qui comparent l'avortement au meurtre ont été écrits par Stéphane Mercier, philosophe et professeur, et se retrouvent dans un syllabus de cours de qu'il donne à l'UCL. Choquées et interpellées, nous avons choisi de lui répondre »
Cette surprenante polémique est une nouvelle illustration du retour du pendule et de la résurgence des formes les plus régressives du conservatisme. Effet Trump ? Effet Fillon ?
Il est intéressant de constater que l’université catholique de Louvain ait pris le parti des contestataires en procédant à la suspension d’un professeur qui tient des propos dignes de l’intégrisme catholique le plus réactionnaire.
On s’étonnera surtout des silences embarrassés du Cardinal De Kesel et de l’absence de réaction de l’épiscopat.
Feu le roi Baudouin se réjouit dans son tombeau, Fabiola exulte.
MG


STÉPHANE MERCIER A AUSSI TENU DES PROPOS HOMOPHOBES EN COURS À L'UCL
La Libre Belgique 



C'est une information révélée par la RTBF sur son site internet aujourd'hui. Selon 11 étudiants de l'Université Catholique de Louvain (UCL), Stéphane Mercier, le professeur de philosophie suspendu pour avoir tenu des propos choquants sur l'avortement dans l'un de ses cours, a aussi tenu des propos homophobes.
Ces onze étudiants ont signé une lettre dans laquelle ils expliquent que lors d'un cours tenu le 16 mars, "le professeur a réitéré des propos que nous pourrions qualifier d'inadmissibles. Cette fois, un c'était un plaidoyer homophobe et transphobe", écrivent-ils.
Les onze étudiants de l'université poursuivent que Stéphane Mercier, lors de ses cours, "traite du mariage pour tous, refusant de parler de 'couples homosexuels' acceptant uniquement les mots 'paires homosexuelles', et partant sur la comparaison hasardeuse entre l’homosexualité et l’inceste". Dans leur lettre, ils citent leur professeur via des notes de cours. "La prémisse [de Judith Butler] étant du moment qu'ils s'aiment ils devraient avoir le droit de se marier. Qu'en est-il du mariage incestueux, de l'échangisme intergénérationnel ?'"
(…)Selon l'AGL, alors que l'homme était interrogé par une étudiante, il a aussi marqué son accord avec l'affirmation suivante d'Anatrella: "le nazisme, le marxisme et le fascisme sont des idéologies de nature homosexuelle: leur discours, leurs insignes et leurs actions le prouvent au premier degré puisqu’elles privilégient tout ce qui est semblable."
La lettre conclut que ses auteurs ne comptent pas en rester là. "L’homophobie, elle est un délit, et les éléments dont nous disposons jusqu’ici semblent clairement dépasser, au-delà même de la question des valeurs, la limite légale. Nous serons particulièrement vigilant(e)s à ce que de véritables mesures soient prises pour éviter ces comportements à l’avenir". 


MARCHE POUR LA VIE : STÉPHANE MERCIER RÉAGIT SUITE À SES PROPOS POLÉMIQUES SUR L'AVORTEMENT
BELGA 
 
Plusieurs centaines de personnes ont participé dimanche après-midi à Bruxelles à la 8e édition de la "Marche pour la vie", une manifestation contre l'avortement, l'euthanasie et le droit des femmes à disposer de leur propre corps. Selon les organisateurs, 3.000 personnes se sont rassemblées sous le slogan "Protéger les plus faibles pour une société plus humaine." La police bruxelloise a, elle, dénombré 1.500 personnes qui ont déambulé entre le Monts des Arts et le Palais de Justice à Bruxelles.
(…)"Il est de ma tâche en tant que philosophe de méditer librement sur le sens et la dignité de la vie", a déclaré M. Mercier. "Une université catholique devrait selon moi également défendre la dignité de la vie. Je crois que les étudiants universitaires sont parfaitement capables de penser de manière critique et de comprendre la valeur qu'a la liberté d'expression". 



TOUCHE PAS AU DROIT À L’AVORTEMENT! NOTRE RÉPONSE AUX PROPOS D'UN PROF DE L'UCL 

21 MARS 2017Hélène Delforge 



copyright: Shutterstock


Lettre ouverte à Stéphane Mercier, docteur en philosophie,

Pour le droit de choisir l’avortement,
Quand Donald Trump est président des Etats-Unis, ce n’est pas le moment de baisser la garde. L’avortement est autorisé en Belgique, depuis 1993 et dans des conditions précises (jusqu’à la 12ème semaine de grossesse). On a l’impression que c’est gagné. Que le droit des femmes à disposer de leur corps est acquis. Ce ne l’est pas. On ne peut rien lâcher.
Et on ne lâchera jamais.

En février, Stéphane Mercier diffuse auprès de ses étudiants un petit exemple de texte argumentatif, intitulé La philosophie pour la vie et sous-titré «Contre un prétendu «droit de choisir» l’avortement.» Stéphane Mercier, docteur en philosophie est chargé de cours à l’UCL. UCL qui a, depuis ce jour, ouvert une enquête et formellement désavoué ses propos. Big up à l’université louvaniste, dont on aurait juste aimé qu’elle contrôle ses contenus sans attendre que nous, journalistes, les dénoncions.

JE L’AI LU, LE TEXTE, JE SUIS TOMBÉE DE MA CHAISE, J’AI VERDI, J’AI PILLÉ L’ARMOIRE À CHOCOLATS POUR TENTER DE FAIRE DESCENDRE MA COLÈRE, J’AI EU ENVIE DE SORTIR POUR OUBLIER PUIS JE ME SUIS DIT «ON NE LÂCHERA JAMAIS.» ON NE PEUT PAS. ALORS À NOUS DEUX, STÉPHANE MERCIER.

Tout d’abord, monsieur, sachez combien j’enrage d’avoir à vous écrire. J’enrage parce que c’est vous donner trop d’honneur que de vous ouvrir nos pages. J’enrage parce que, pour les démonter, je vais être obligée d’évoquer vos considérations nauséabondes. Mais j’enrage encore plus à l’idée de les laisser traîner sur la toile sans réponse. Pire encore, je ne supporte pas qu’elles aient été exposées à des étudiants pour lesquels, vous, chargé de cours, représentez une autorité modélisante. «Le prof l’a dit, alors, quand même, c’est pas si faux…» Heureusement, j’ai foi en notre jeunesse et sais que les auditoires ne sont pas remplis de quiches. J’enrage de devoir le faire mais je vous réponds.

Oups, j’ai encore oublié un petit préalable: en fait, monsieur Mercier, je vais vous faire une confidence, je me tamponne de votre avis comme d’un vieux Tampax oublié dans mon sac, je ne vous parle pas vraiment, vous savez, c’est à vous, lectrices et lecteurs, que ce petit mot enragé est destiné. Monsieur Mercier nous dit, en substance (enfin il le disait à ses étudiants mais le texte se trouvant sur le web, c’est aussi à nous qu’il s’adresse): «avorter est un crime, parce que le foetus est un être humain. Dès lors avorter est un meurtre, un acte qui n’est pas seulement immoral mais aussi, donc, illégal, de la même façon que le viol». Monsieur Mercier choisi sa comparaison à bon escient: il dénonce le viol, il le condamne formellement, on ne peut pas le taxer de machisme, c’est l’ami des femmes, il nous comprend…

Tout son texte fonctionne d’ailleurs sur ce type de manipulations. Monsieur Mercier parle châtié, cite Aristote pour bien nous faire comprendre qu’il est un penseur, qu’il pèse ses mots et que ses idées sont celles d’un grand penseur. Mais Monsieur Mercier cite aussi des jeux vidéos geeks ou des films de SF, histoire de montrer à ses students millenials qu’il n’est pas un vieux réac embaumé dans l’eau bénite mais un mec au contact de la vie. Objectif: montrer, par extension, que ses idées sont à la fois intelligentes, rationnelles et actuelles.
Bien joué. Mais Game Over, monsieur Mercier.

Tu parles, qu’on va s’énerver! Pour répondre, d’emblée, à vos contradicteurs, vous dites que le débat ne peut être pollué par l’émotion ou la passion. Vous réclamez de la hauteur. Vos adversaires, tout à coup, apparaissent comme des passionarias hystériques incapables de prendre du recul.

COMBIEN DE FOIS ENTENDRONS-NOUS ENCORE CE DISCOURS? CE REJET, CETTE PEUR, DE LA FEMME DE CONVICTION QUI, FORCÉMENT, EST IRRATIONNELLE QUAND ELLE DÉFEND UN SUJET QUI LUI TIENT À CŒUR. LES ÉMOTIONS, LES SENTIMENTS, NE SONT PAS FORCÉMENT IRRATIONNELS.
Votre sujet a une résonance émotive. On ne peut y réagir par la froideur et l’indifférence. On ne peut se draper dans des considérations « élevées ». L’émotion, l’empathie, la compréhension face à la souffrance d’êtres humains, la profonde révolte face à des opinions qui leur portent préjudice, ont le droit d’exister.Vous prétendez vouloir voir plus loin. Poser la question en termes moraux, indépendants des situations individuelles. La détresse des femmes ne fait pas le poids face à la philosophie morale? Broutille face aux considérations plus élevées dont vous vous réclamez?

Nous ne sommes pas des vases sacrés! Dans tout votre argumentaire, il n’est question que de l’embryon. L’embryon qui serait un être humain, dès la fusion magique du spermatozoïde et de l’ovule. Oui, dès la première seconde. Parlant de droit à l’avortement, vous vous consacrez sur lui, sur ces quelques microns de vie. C’est lui qui, selon vous, qui prévaut. La femme, vase sacré n’a qu’à s’adapter. Sa volonté ne lui appartient plus. Elle est dépassée par une morale absolue: dès que la double hélice des chromosomes est formée, on a un être humain. Tu le butes, tu commets un crime. Pour info, monsieur Mercier, ce sont les femmes qui avortent. Le respect minimal serait de les impliquer dans votre raisonnement, surtout si sa conséquence est de leur dénier le droit de disposer de leur corps.

Non, l’embryon n’est pas une personne. Je ne vais pas vous faire un cours de bio, monsieur Mercier, parce que vous n’admettez pas ces arguments pragmatiques. Vous restez dans les idées. La double hélice de l’ADN fait l’homme. Un embryon a par essence le droit d’exister, punt. Mais…On parle de la vraie vie, là. Un embryon est un potentiel être humain. Il n’en est pas un. Lorsqu’il devient foetus, lorsque son cerveau, ses sens, se développent, on peut le qualifier de personne. Pas avant. L’embryon n’est qu’un potentiel. Il n’existe pas encore. L’existence précède l’essence, disait Sartre (oué, moi aussi, je peux sortir les références, monsieur Mercier). Il est, avant d’être un homme… La femme, elle, existe, est et, oui, son existence à elle prévaut.
TANT QUE L’EMBRYON N’EST QU’UN POTENTIEL, TANT QUE L’EMBRYON NE PEUT ÊTRE QUALIFIÉ D’ÊTRE HUMAIN, ELLE A LE DROIT, ET MÊME LE DEVOIR, DE NE PAS LUI DONNER LA VIE SI ELLE ESTIME QU’ASSUMER SON EXISTENCE NE SERA PAS POSSIBLE.

Oui, il est interdit d’interdire. Enfin, monsieur Mercier, à nouveau, revenons dans le vrai monde. Comment serait-il, ce monde, si vous aviez gain de cause et si l’avortement était à nouveau, dans la loi, considéré comme un crime (et donc illégal)? En théorie, où vous vivez certainement, des centaines de beaux bébés gambaderaient en grenouillère Petit Bateau. Dans la réalité bête et brutale, vous savez quoi? On ressortirait les aiguilles. On retournerait voir les faiseuses d’anges en cachette, se faire charcuter l’utérus sans anesthésie. Vous parlez de «crime» pour qualifier le fait d’avorter, comment qualifiez-vous le fait de forcer les femmes à mettre leur santé en danger par des avortements clandestins? Cette question, vous ne l’abordez pas… Elle est tellement contingente.

Allô la Terre? Vous l’oubliez beaucoup, la vraie vie, monsieur Mercier, la réalité au ras du spéculum… Ce qui est embêtant, c’est qu’alors vous parlez un peu dans le vent. Où sont vos chiffres, lorsque vous affirmez que les femmes y ont recours en majorité pour des raisons de confort (mon gynécologue, bénévole dans des plannings familiaux, serait fort intéressé de les rencontrer)? Quelles sont les études, les données, qui étaient votre raisonnement? Vous restez, c’est facile, au pays des idées. Le droit à l’avortement n’est pas un simple sujet à argumentation théorique. C’est un sujet moral, oui, mais la moralité ne peut se construire que dans sa confrontation à la réalité. Sinon la morale est inhumaine.

En conclusion, ce qui me saute aux yeux, à vous lire, c’est que vous ne connaissez pas les femmes, monsieur Mercier. Alors ne tentez pas de réglementer leur vie.





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