jeudi 30 mars 2017

"Enfants du Hasard" de Thierry Michel, un film qui fait du bien


images Enfants du Hasard - © DR

Pascal Goffaux
Enfants du Hasard, le nouveau documentaire de Thierry Michel et Pascal Colson sort en salle le 22 mars, un an jour pour jour après les attentats de Bruxelles. Les auteurs signent un film lumineux qui revient sur l'origine économique de l'immigration.
Dans les années 1960, des familles turques s'établissent à Cheratte dans la région liégeoise, à l'ombre du grand chevalement de la mine. Le Hasard était le nom que portait le charbonnage de la commune. Dans les années 2000, les petits-enfants des mineurs turcs sont nés par hasard à Cheratte. Ils sont inscrits en sixième année primaire à l'école communale et ils suivent le cours de religion islamique. Enfants du Hasard aborde la question essentielle de l'éducation dans le processus de l'intégration.
Le film brosse le portrait d'une enseignante "idéale". Le qualificatif est prononcé par une petite fille de la classe. L'institutrice enseigne toutes les matières hormis la religion. Elle développe par l'exemple les qualités d'écoute et d'ouverture, en posant des questions justes avec des formulations adéquates sur le port du voile, le mariage traditionnel, les relations avant le mariage ou le harcèlement sur les réseaux sociaux. Elle s’interroge sur les piliers de l'islam en restant à l'écoute des réponses garantes des valeurs familiales. Son autorité est reconnue par les enfants, car elle assoit sa légitimité sur la relation humaine.
Enfants du Hasard, de Thierry Michel et Pascal Colson, est un documentaire humaniste, sensible et intelligent, qui ne surjoue pas les émotions. Il mise sur un avenir possible basé sur l'identité de l'un et le respect de l'autre sans donner dans la béatitude. Un film qui fait du bien. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUAND  NOUS DÉCIDERONS-NOUS ENFIN À DÉFENDRE LES MÉRITES DE LA COMMUNALE ? 

J’ai savouré d’emblée « les enfants du hasard » un film bouleversant dès les premières images, un hommage aux enfants du hasard et à l’enseignante de la nécessité. A voir sans tarder au Vendôme.
Un superbe coup de projecteur cinématographique sur les mérites de la bonne vieille communale incarnée par une institutrice femme orchestre comme j’en ai connu enfants, à la communale schaerbeekoise et tout au long de ma carrière et encore actuellement, singulièrement parmi des maîtresses de classe issues de l’immigration.
La preuve ? Il suffit de revoir « une leçon de tolérance » cet autre chef d’œuvre tourné à l’école numéro un rue Josaphat-, près des la planque des assassins du Bataclan-  par Pierre Berckmans qui a planté sa caméra pendant un an dans la classe de sa petite fille composée du plus de douze nationalités.
C’est la rencontre de deux génies, celui de la classe composée de l’intelligence brute et collective d’enfants issus de l’immigration turque et d’une maîtresse d’école qui pratique une pédagogie pragmatique et à visage humain en étroite association avec les parents d’élèves qui la vénèrent car ils se sentent compris par elle. Comme dans l’inoubliable « école buissonnière » (1948) où Bernard Blier  incarne Célestin Freinet plus vrai que vrai, les enfants sont invités à faire des enquêtes sur les mariages, les enterrements, le club de foot local, mais surtout auprès de leurs grands-pères mineurs venus au charbonnage du  Hasard presque par hasard. Les élèves interrogent leurs grands-pères qui racontent en turc la mine sur le site du « Hasard » avec ses angoisses, ses dangers, ses victimes.
Il y a, parmi tout un éventail  de potaches attachants, la petite première de classe qui veut devenir ophtalmologue et le sera sans aucun doute, le fils de boucher qui sera boucher, comme son père et son grand père,  le jeune surdoué littéraire qui écrit en excellent français des textes à couper au pic de mineur, et la petite virtuose du ballon, la geignarde et le ouistiti  hyper-malin, facétieux, rigolard qui réussit en faisant le pitre et sans ouvrir jamais ses cahiers.
Que nous importent les pactes d’excellence, les cours de rien et les rodomontades on ne réussira rien tant qu’on ne formera pas des enseignantes et des enseignants dans cet esprit, celui qui rayonne dans la classe de cette maîtresse sexagénaire blanchie sous le harnais de l’expérience et débordante d’humaine sollicitude. Quand  nous déciderons-nous enfin à défendre les mérites de la communale ?
Avec ce film engagé, plus besoin de revenir jamais sur la question de la défense de l’enseignement public. C’est carrément une évidence.
MG





Aucun commentaire: