mercredi 15 mars 2017

Erdogan furieux après la campagne du «Blick» sur la réforme constitutionnelle



Le «Blick» a appelé lundi les Turcs à voter contre la réforme constitutionnelle voulue par Recep Tayyip Erdogan. Le président turc a dénoncé la Une du quotidien alémanique lors d’une interview télévisée. Il exige des excuses
Le «Blick» ne s’attendait pas à une réaction aussi vive. Recep Tayyip Erdogan a brandi lundi à la télévision turque la Une du quotidien alémanique, qui appelle les Turcs de Suisse à rejeter la réforme pour renforcer les pouvoirs du président. Avec ce titre rédigé en deux langues: «Votez non à la dictature d’Erdogan.»
Recep Tayyip Erdogan exige des excuses. Une réclamation affichée en une du Blick ce mardi. «Le papier n’est pas mort! «Le Blick» a un nouveau lecteur», plaisante le rédacteur en chef adjoint du titre, Andreas Dietrich, sur Twitter.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’ARROSEUR ARROSÉ

Le président Erdogan est furieux. C’est dire qu’il n’est pas indifférent à l’initiative hardie de l’hebdomadaire alémanique Blick.
Qu’il ne s’étonne pas que sa tentative d’ingérence politique au sein des nations européennes qui abritent une importante diaspora turque se heurte à un mouvement de résistance médiatique. Regrettons seulement que seule les Suisses aient eu cette réaction d’indignation téméraire que DiverCity applaudit des deux mains.
MG


ERDOGAN CONDAMNE LE BLICK QUI S'EST IMMISCÉ DANS LA POLITIQUE TURQUE
L'appel du Blick à voter non au nouveau projet de constitution turque provoque la colère du président Erdogan, qui demande réparation, tandis que les médias pro-gouvernementaux condamnent l'initiative du journal alémanique.
Recep Tayyip Erdogan est apparu lundi à la télévision turque en brandissant la Une du Blick, qui lance un appel en turc et en allemand aux Turcs de Suisse pour leur demander de voter non au référendum pour renforcer les pouvoirs du président.
A un mois du référendum, Ankara parle de manque de respect de la part du quotidien alémanique, qui a titré: "Chers Turcs de Suisse, votez non à la dictature d'Erdogan". Les médias pro-gouvernementaux parlent mardi de "Une scandaleuse" et évoquent un journal "raciste, d'extrême droite".
Revenant sur cette Une et sur les différentes manifestations favorables ou non organisées en Suisse, les médias nationaux dénoncent "une campagne anti-turque, islamophobe et raciste". Ces propos illustrent à quel point cette crise diplomatique est prise au sérieux en Turquie.
FIERTÉ DU RÉDACTEUR EN CHEF DU GROUPE BLICK
Interrogé dans Le 12h30, Christian Dorer, rédacteur en chef du groupe Blick, ne cache pas sa fierté d'avoir vu son journal entre les mains du président Erdogan. "On a été premièrement très étonnés, on ne s'attendait pas à ça, mais on est content que même le président lise le Blick. C'est clair, il nous a critiqués et essaie de dire dans son pays que tout le monde est contre lui et maintenant même la Suisse."
Il ajoute qu'il n'est pas question de donner suite à la demande de réparation du président turc. "Non, évidemment pas, chez nous au contraire de la Turquie, on a la liberté d'expression."
TURCS DE SUISSE MITIGÉS
Cette lettre ouverte du Blick, adressée à près de 93'000 personnes vivant en Suisse et ayant le droit de vote en Turquie, a été accueillie de façon plutôt mitigée au sein de la diaspora turque. Contactée par la RTS, la fédération des associations turques de Suisse romande juge cet appel contre-productif.
Membre du comité de cette fédération, David Gün juge l'appel du Blick "un peu léger, dans le sens qu'effectivement il fait un peu de populisme, car il n'y a aucun argumentaire expliquant pourquoi il faut voter non. L'invitation à voter est plutôt dirigée contre le président lui-même."
Rouven Gueissaz/Lara Gross
Les autorités turques avaient déjà dénoncé un manque de respect de la part du journal suisse. «Nous attendons en outre que des mesures soient prises pour réparer les propos irrespectueux à l’égard de notre président», indiquait le ministère turc des Affaires étrangères, cité par l’agence dpa.
«On ne s’attendait pas à ça»
Christian Dorer, rédacteur en chef du groupe, a également réagi à ce passage télévisé. «On a été premièrement très étonnés, on ne s’attendait pas à ça, mais on est content que même le président lise le Blick. C’est clair, il nous a critiqués et essaie de dire dans son pays que tout le monde est contre lui et maintenant même la Suisse», explique-t-il à la RTS. Il ajoute qu’il n’est pas question de donner suite à la demande de réparation du président turc. «Non, évidemment pas, chez nous au contraire de la Turquie, on a l
Dans son édition de lundi, le «Blick» rappelle que le chef de l’Etat turc organise depuis quelques mois une tournée de propagande électorale dans plusieurs pays européens pour récolter des voix auprès des quelque trois millions de Turcs vivant à l’étranger.
Le vote aura lieu le 16 avril, en Turquie. Selon le Consulat général de Turquie à Genève, environ 130 000 Turcs vivent en Suisse, dont 94 000 ont le droit de vote.
Thomas Stadelmann, juge fédéral: «C’est un bouleversement massif du système démocratique»
C’est une prise de position rare. Dans une interview au «Blick», Thomas Stadelmann dénonce la réforme constitutionnelle voulue par Recep Tayyip Erdogan. «C’est un bouleversement massif du système démocratique, dénonce le juge fédéral, en poste depuis 2009. En l’espace de deux ans, Erdogan a anéanti 200 ans d’acquis démocratiques en Europe.»
Cette réforme vise à renforcer les pouvoirs du chef de l’Etat turc. «Avec ce changement institutionnel, tout le pouvoir reposera sur le président. Si la réforme est adoptée, Erdogan pourra nommer des ministres, dissoudre le Parlement et exercer une influence plus directe sur le pouvoir judiciaire», détaille le juge (PDC) au quotidien alémanique.
Membre de l’Association suisse des magistrats de l’ordre judiciaire, Thomas Stadelmann s’inquiète du sort de ses homologues turcs. «Environ un tiers des juges et des procureurs se trouve déjà derrière les barreaux ou ont été révoqués». Une situation particulièrement préoccupante: «Je me fais de grands soucis pour six collègues turcs. Ils ont été incarcérés et tout contact avec eux est impossible. Nous n’avons aucune idée du lieu où ils se trouvent et dans quelles conditions ils sont détenus.»
Une prise de parole qui survient en pleine crise diplomatique. «Je sais que mes déclarations sont délicates. Mais je ne pouvais plus garder le silence», affirme-t-il.


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