jeudi 23 mars 2017

Gilles de Kerckhove: «La vraie menace? Ceux qui se radicalisent sur internet»


Camille Tang Quynh Le Soir
Le coordinateur européen en matière de lutte contre le terrorisme dresse le bilan de l’année qui vient de s’écouler après les attentats de Bruxelles. 


• © Pierre-Yves Thienpont
Ala veille des commémorations des attentats de Maelbeek et de Brussels Airport, le coordinateur européen en matière de lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, dresse le bilan un an après les tragiques événements. «  On n’a pas simplement appris, on a surtout beaucoup agi  », affirme-t-il sur Bel RTL ce mardi matin.
On se souvient de la polémique qui avait éclaté entre les services de renseignements belges et français, s’accusant chacun à leur tour d’un manque de coordination des informations et d’efficacité des services. Pour Gilles de Kerchove, il ne faut pas croire que les renseignements belges et étrangers ne sont pas enclins à partager leurs informations. «  C’est une mauvaise perception des choses. Les chefs de ces services sont des gens responsables, ils ont toujours partagé. En revanche, concède-t-il, on souhaite qu’ils structurent plus leurs opérations.  » Tout en rassurant : «  Mais c’est en train de se faire  ».
« LA PLUS GRANDE MENACE ? LES RADICALISÉS SUR INTERNET »
Sur la radicalisation, le coordinateur est formel : ce n’est pas les djihadistes présents en Syrie et en Irak (dont 2.500 Européens sur place) qui sont les plus dangereux. « La plus grande menace, ce sont les gens qui vivent chez nous et qui se radicalisent sur internet. » En effet, cela fait plusieurs mois que l’organisation terroriste Etat islamique a changé son mode opératoire, incitant les nouveaux radicalisés à agir « sur leur territoire  » plutôt que venir les rejoindre combattre en Syrie ou en Irak.
Concernant les « returnees », le spécialiste de l’antiterrorisme ne croit pas au processus de déradicalisation. Et préconise deux autres solutions. «  Lorsqu’on a des preuves, il faut les traduire en justice. Mais lorsqu’on estime qu’une personne peut être réhabilitée, il faut lui offrir cette possibilité  ». Sur ce point, la Belgique « a encore beaucoup de progrès à faire ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LA PLUS GRANDE MENACE, CE SONT LES GENS QUI VIVENT CHEZ NOUS ET QUI SE RADICALISENT SUR INTERNET. » 
 
On est bien d’accord mais reconnaissons que l’enseignement est chez nous obligatoire si jusqu’à l’âge de 18 ans.
C’est dire que ces jeunes radicalisés sont tous passés par notre école. On me dira que certain nombre d’entre eux ont largement décroché après s’être définitivement brouillés avec elle. Certes, mais force est de reconnaître que l’école n’a pas joué son rôle à savoir celui de la formation de citoyens critiques qui pensent de manière autonome.
Ces jeunes-là, ces enfants perdus qui pour la plupart ont fréquenté assidûment l’école de la rue se sentent écartelés entre des valeurs scolaires du pays d’accueil et des valeurs religieuses du pays d’origine. Ce sont forcément sont des proies faciles pour les habiles recruteurs jihadistes très actifs sur les marchés, les espaces publics mais surtout sur l’espace Internet où ils recrutent à tour de bras.
Il serait donc bien nécessaire que notre enseignement consacre quelques heures à entraîner la maîtrise critique des réseaux sociaux et des sites pernicieux qui hantent la toile. Encore faut-il que nos enseignants aient été formés pour ce genre d’exercice.
MG


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