mercredi 29 mars 2017

L'école européenne n'est pas un paradis doré (CHRONIQUE)

La Libre
CONTRIBUTION EXTERNE



Une chronique de Carline Taymans, professeur de français à l'école européenne.
L’aisance matérielle des familles n’immunise pas les élèves de l’école européenne du besoin d’éducation.
Toutes vos remarques le soulignent, parfois avec aigreur : les élèves de l’école européenne appartiennent indéniablement à un milieu privilégié, ce qui rendrait les anecdotes à leur propos méprisables et leurs revendications, risibles. En effet, leur chance est indéniable. Non seulement fréquentent-ils des établissements scolaires récents, aux équipements enviables et entretenus, mais aussi leurs parents bénéficient en général de revenus sécurisés et supérieurs, parfois largement, à ce qu’ils gagneraient dans d’autres secteurs d’activités ou dans leur pays d’origine. Nés le cul dans le beurre, ces enfants grandissent inévitablement dans une réalité parallèle à celle du commun des Belges. Et alors ?
Alors, ces "fils de riches", qui n’y sont pour rien, n’en restent pas moins "enseignables". Ce serait tomber dans le piège de la discrimination inversée que de mépriser leur besoin, identique, d’éducation scolaire. Et c’est se tromper que de dénoncer un enseignement à deux vitesses. Les enfants, sait-on en Europe, ce sont les mêmes, à Paris ou à Göttingen. L’école fonctionne donc à la même vitesse, avec le vent de face ou le vent dans le dos.
Ils sont d’autant plus égaux que l’aisance financière ne protège pas des aléas de la vie. Les élèves de l’école européenne, tout installés qu’ils soient dans une vie confortable, n’ont pas plus de garantie que d’autres de voir ces conditions idéales perdurer. Leur donner les moyens de s’en sortir seuls, un jour, est un minimum, d’autant que ces petits princes subissent, ni moins ni plus que tous les autres, leur dose de souffrances émotionnelles suite aux affres de la maladie, des départs, des conflits. Gâtés dans un sens, ils voient très vite, dans l’autre, que c’est ce qui ne s’achète pas qui relève de la plus grande importance, là où d’autres, moins privilégiés, pourraient considérer la richesse matérielle comme solution à tous les problèmes. Il faut donc vite les armer d’ouvertures, de lectures, de valeurs humaines, pour leur permettre de construire leur propre ambition personnelle…
Bien sûr, à la maison, ils disposent généralement de nombreux livres, disques, et appareils de haute technologie, mais ils manquent souvent de l’essentiel : la présence des parents. Lesquels brillent mais travaillent tard, voyagent beaucoup, et se laissent happer par maintes obligations, voire par leur propre orgueil. Avant de compenser (par du matériel), de revendiquer (des faveurs auprès de l’école), de pousser à l’exploit, pour ne parler que du cliché, du reste relativement répandu. C’est en cela qu’ils sont touchants, ces "fils de riches" européens. Sapés comme jamais mais fragiles. Polyglotes mais déracinés. Cultivés, mais seuls. Ils ont évidemment besoin d’un enseignement adapté à ce qu’ils sont.
Par chance, le personnel des écoles européennes, des chauffeurs de bus scolaires aux membres de la direction, a travaillé dans des milieux divers, avant d’aboutir là. Il en garde le recul nécessaire au maintien d’un certain équilibre entre raisonnable et irraisonné. Il exige, à juste titre, respect, équité, allant. Et il sourit en secouant la tête d’anecdotes diverses, perçues ci ou là : la rédaction à propos d’un souvenir d’enfance triste, qui raconte la perte du dernier gsm; le montant avoué d’argent de poche qui dépasse le salaire du prof; le cahier d’exercices oublié à New York le week-end dernier; Bel Ami (1), considéré par l’ensemble de la classe comme admirable, parce qu’il est parvenu au sommet de l’échelle sociale ! Le défi restant à leur expliquer que le jeu de la malhonnêteté joué par Georges Duroy (1) n’en valait pas la chandelle.
(1) Dans son roman "Bel Ami", Guy de Maupassant raconte l’ascension sociale de son personnage central, l’ambitieux Georges Duroy.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LE CUL DANS LE BEURRE »

On aimerait connaître les raisons qui ont poussé la Libre à publier cette carte blanche incongrue. Il y a différentes manières d’exercer la profession d’enseignant : soit dans les écoles ghettos de Molenbeek, Anderlecht ou de Saint-Josse, soit au lycée Jacqmain, au collège Saint-Hubert ou carrément à l’école européenne. Ce n’est pas exactement le même métier, même si le salaire est à peu près équivalent.  La litanie de ce professeur de français qui a le cul dans beurre est franchement irritante.
Qu’on aborde, s’il vous plaît, le fond du problème : l’école européenne est la seule qui soit précisément cela, c’est-à-dire européenne et non wallonne bruxelloise ou flamande. Elle dispense en effet un enseignement polyglotte de caractère cosmopolite seul capable de former des citoyens européens, c’est-à-dire la future opinion publique européenne, celle qui est seule susceptible de générer un peuple européen. Seuls les plus privilégiés y ont accès à peine 21 649 élèves et c’est carrément un scandale que personne ne dénonce, chacun a l’air de trouver la chose parfaitement normale.
Nous avons affaire à un système élitaire qui n’est pas fondé sur la mérite, contrairement au système français, très sélectif.
En effet, il s’adresse prioritairement à des élèves dont le seul mérite consiste à avoir des parents qui travaillent dans les grandes institutions européennes. C’est carrément du darwinisme social et cela mérite qu’on s’interroge sur cette filière privilégiée. À cette fin, nous avons réuni en consultant la toile comme chacun peut le faire un petit dossier surprenant à bien des égards. Merci donc à ce professeur de français d’avoir levé un lièvre.
Nous avons profité de cette occasion pour nous interroger sur le fonctionnement du système élitiste français. C’est absolument sidérant, voyez donc plutôt  par vous-même.
MG


LES ÉCOLES EUROPÉENNES : PRÉSENTATION
Les Écoles européennes sont des établissements d'enseignement officiel créés conjointement par les gouvernements des États membres de l'Union européenne. Elles jouissent d'un statut juridique d'établissement public dans chacun de ces pays.
La vocation des Écoles européennes est de dispenser un enseignement multilingue et multiculturel à des enfants des cycles maternel, primaire et secondaire.
Les personnels enseignants, d'éducation et les psychologues
Les postes dans les écoles européennes
Dépôt et instruction des candidatures à un poste dans les écoles européennes - rentrée scolaire 2017-2018
Note de service n°2017-013 du 3 février 2017
Documents à consulter
Formulaire de candidature 1er degré
Formulaire de candidature 2nd degré
Site à consulter
Le site des écoles européennes
•Présentation, missions, rapports
•Coordonnées des établissements
•Actualités et offres d'emploi
•etc.
Site des écoles européennes
Les écoles européennes sont des structures publiques, co-financées par l’Union européenne. Leur objectif est d’accueillir les enfants de ressortissants européens vivant dans un autre pays membre. Les professeurs agrégés, professeurs certifiés, professeurs d'éducation physique et sportive, conseillers principaux d'éducation, instituteurs et professeurs des écoles, titulaires du ministère de l'éducation nationale peuvent candidater pour un poste dans une école européenne, selon certaines conditions.
•Qui peut candidater ?
•Quelle est la durée de séjour ?
•Quel est le calendrier ?
•Où sont implantées les écoles européennes ?
Qui peut candidater ?
Le dossier s'adresse aux seuls professeurs agrégés, professeurs certifiés, instituteurs et professeurs des écoles, titulaires du ministère de l'éducation nationale.
Les candidats doivent justifier d'un minimum de trois ans de service effectif dans la fonction et se trouvent dans une des positions administratives suivantes :
•en activité (c'est-à-dire en poste dans un établissement public relevant du ministère)
•en congé parental
•en disponibilité
•en position de détachement en France ou à l'étranger
ÉCOLE EUROPEENNE
Logo des Écoles européennes (Schola Europaea)
Les Écoles européennes (EE) sont des écoles à base intergouvernementale gérées par la Commission européenne, fondées sur un traité international (la Convention des écoles européennes), ayant pour but principal d'accueillir les enfants des fonctionnaires européens et de leur offrir un enseignement complet (maternelle, élémentaire, secondaire) dans leur langue maternelle1. Cette formation débouche sur le baccalauréat européen. Il existe quatorze « Écoles européennes »2.
DEFINITION ET ADMISSION
Les Écoles européennes sont des écoles aux financements européens au recrutement sélectif, réservé par priorité aux enfants des fonctionnaires européens (personnes travaillant pour les institutions ou organes européens, et de leur offrir un enseignement complet (maternelle, élémentaire, secondaire) dans leur langue maternelle3).
Des enfants d’autres institutions intergouvernementales (OTAN...) ou de sociétés privées ayant conclu un accord spécial peuvent aussi être admis. D’autres enfants peuvent être également admis dans la limite des places disponibles, moyennant le paiement de droits de scolarité (minerval).
On distingue :
•Les écoles de type I qui sont les écoles européennes proprement dites.
•Les écoles de type II qui sont des écoles nationales agréées par le Conseil supérieur et qui ont pour vocation prioritaire d’accueillir des enfants des personnels des institutions européennes.
•Les écoles de type III, qui sont des écoles nationales agréées par le Conseil supérieur pouvant accueillir des enfants sans distinction. L'École européenne du Rhein/Main est la première école de type III5.
PAR PAYS
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•Allemagne
•Francfort-sur-le-Main
•Karlsruhe
•Munich
•Belgique
•Bruxelles I (Uccle)
•Bruxelles II (Woluwé)
•Bruxelles III (Ixelles)
•Bruxelles IV (Laeken),
•Mol
•Espagne
•Alicante
•Italie
•Varèse
•Luxembourg
•Luxembourg I (Luxembourg-ville Kirchberg)
•Luxembourg II (Bertrange/Mamer)
•Pays-Bas
•Bergen
•Royaume-Uni
•Culham
Les enfants passent la moitié de leur temps dans une des deux langues.
Type II
•Estonie
•Tallinn
•Finlande
•Helsinki
•France
•Manosque
•Strasbourg
•Grèce
•Héraklion (Crète)
•Italie
•Parme
•Irlande
•Dunshaughlin
•Pays-Bas
•La Haye
Type III
•Allemagne
•Bad Vilbel (à côté de Francfort-sur-le-Main) : École Rhein/Main
ENSEIGNEMENT
L’originalité de l’enseignement est fondée sur les principes suivants :
•L’enseignement est fondé sur la langue nationale (section linguistique), du moins où cela est possible en fonction du nombre d’élèves3. La seconde langue est choisie parmi les trois langues véhiculaires de l’Union européenne (anglais, allemand, français) dès le début du primaire. Il est par la suite possible d’apprendre une ou deux langues supplémentaires. Les cours des sciences humaines (histoire et géographie) sont, dès la 3e secondaire, donnés dans la seconde langue de l'élève. De même pour l'option économie à partir de la 4e secondaire3.
•Les élèves suivent un enseignement harmonisé, c’est-à-dire dont les programmes sont identiques pour toutes les sections linguistiques.
•Les élèves sont éduqués dans des écoles qui abritent les différentes sections linguistiques et la mixité culturelle est encouragée. En primaire, un cours spécial dit ‘heures européennes’ rassemble les enfants autour d’un projet commun, toutes nationalités confondues. Dans les cours administrés en langue étrangère, les sections sont mélangées3.
Les écoles comprennent généralement les 2 dernières années de maternelle, 5 années en primaire et 7 années en secondaire.
Cette formation aboutit à un baccalauréat européen reconnu dans tous les États-membres6.
GESTION ET GOUVERNANCE
Les écoles sont dirigées par une institution intergouvernementale, le Conseil supérieur, fondé sur un traité international, la Convention des Écoles européennes. Le système est financé par les États membres, par une contribution de la Commission européenne et enfin par le revenu des droits de scolarité prévus par les accords spéciaux ou payés par les enfants admis à titre privé7.
Le Conseil supérieur est l'organe de décision des écoles européennes sur les questions pédagogiques, budgétaires et administratives. Il décide de l'orientation et de l'organisation de l'enseignement (des programmes d'études, des horaires, des instructions générales pour choisir des méthodes, des règlements d'examen etc.). Il décide du budget des écoles, sur proposition de chaque Conseil d'administration de chaque école. Le Conseil supérieur se réunit au moins trois fois par an : en octobre, pour les affaires courantes; en janvier, pour toutes les questions pédagogiques (réunion élargie) ; en avril pour le budget et les questions financières. Chaque membre a un vote. Le Conseil supérieur prend généralement ses décisions à l'unanimité7.
BUDGETS ET CRISE DU SYSTEME
Le système des EE scolarisait, en 2008, 21 649 élèves (1993 en maternelle, 8 057 en primaire et 11 599 en secondaire).
Les élèves sont répartis entre 3 catégories8 :
•Catégorie I soit 69,75 % de la population totale : les enfants des fonctionnaires de l’UE et des personnels des écoles. Ces enfants ont priorité pour leur inscription et le coût de leurs études est presque intégralement supporté par leur employeur.
•Catégorie II soit 6,2 % de la population scolaire totale : Ces élèves sont admis conformément aux conditions prévues dans les accords conclus entre les écoles et certaines organisations et entreprises. En vertu de ceux-ci, une contribution scolaire (« minerval ») est due pour chaque élève ainsi admis, laquelle est équivalente au montant réel de la scolarité à charge du budget de l’école. Compte tenu de la surpopulation des écoles, le Conseil supérieur a décidé de geler la conclusion de nouveaux contrats dans le futur immédiat malgré la demande.
•Catégorie III soit 24,05 %, il s’agit de tout élève qui ne relève d’aucune des deux autres catégories et dont les parents sont soumis au paiement d’une contribution scolaire dont le montant est fixé par le Conseil supérieur. L’accès de ces élèves est soumis à des règles restrictives, et à Bruxelles, est pratiquement impossible en raison de la surpopulation grave des écoles.
Le budget des EE se monte en 2010 à 278 822 444 euros, couvert par les revenus suivants :
•21,8 % États-membres
•56,9 % Commission européenne (contribution d’équilibre calculée pour équilibrer le budget)
•13 % OEB et contrats de catégorie II
•7 % contribution scolaire des élèves de catégorie III et autres tiers
•1,3 % autres
Ce budget ne couvre pas les bâtiments et les équipements scolaires, fournis par les États membres aux écoles implantées sur leur territoire, ni les frais d’inspection. Cependant, plusieurs États ne respectent pas pleinement ces Accords de siège (Belgique, Italie notamment) et laissent au budget des EE des dépenses non négligeables.
La contribution des États membres au budget est fournie en nature grâce au détachement d’enseignants titulaires. Plusieurs États (le Royaume-Uni en particulier) ont unilatéralement signifié qu’ils ne respecteraient pas leurs obligations de fourniture d’enseignants, en raison d’une charge selon eux indue créée par le choix de beaucoup de parents de pays de l’ex bloc de l’Est de scolariser leurs enfants en section anglaise, générant ainsi une demande d’enseignants hors de proportion d’avec les enfants de nationalité britannique. Les écoles réagissent en recrutant des chargés de cours, personnel enseignant recruté selon les conditions locales.
D’une manière générale, les États tentent de réduire les coûts d’enseignement, par exemple en supprimant l’exigence d’avoir des enseignants qui soient locuteurs natifs ou en créant des écoles de type II dont l’effet est de ne plus exiger le détachement d’enseignants titulaires.
En raison de l’adhésion rapide de nouveaux pays à l’Union européenne, beaucoup d’enfants ne trouvent pas de section linguistique correspondant à leur langue maternelle, faute d’un nombre suffisant d’enfants pour ouvrir une section. Ces enfants dits ‘sans section linguistique’ ou SWAL, ont malgré tout accès à des cours en leur langue maternelle mais sont inscrits dans l’une des sections existantes dans leur école (section anglaise pour un très fort pourcentage et française en second choix).
(…)

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