mercredi 22 mars 2017

La lettre de Michel et Brigitte Visart à Khalid El Bakraoui

IN LE SOIR
 
Michel et Brigitte Visart ont perdu leur fille Lauriane lors des attentats du 22 mars. Un an après, ils interpellent le kamikaze qui a tué la chair de leur chair. 




Michel Visart, journaliste à la RTBF, et son épouse ont vécu l'attentat de Maelbeek de plein fouet.

Nous ne nous sommes pas connus et nous ne nous connaitrons jamais. Votre chemin a croisé celui de notre fille Lauriane à 9 h 11 le mardi 22 mars 2016. Celui aussi des 16 autres personnes assassinées et des dizaines de blessés.
Avez-vous bien dormi la nuit précédente ? A quoi pensiez-vous ? A votre suicide programmé ? Etiez-vous porté par le sacrifice, par le sentiment d’un acte juste, par le souhait d’atteindre un paradis bien mérité ? Aviez-vous peur ? Avez-vous pensé à renoncer ? Avez-vous prié ce dieu dont vous osiez vous revendiquer ? La souffrance que vous alliez causer vous a-t-elle effleuré, ne fût-ce qu’une infime seconde ?
Ce matin-là, vous avez quitté la maison d’Etterbeek où vous vous cachiez. Quelques minutes pour arriver à la station de métro. Lourd de votre ceinture, vous êtes monté dans la rame. Il y a du monde à cette heure-là dans le métro ! Vous vous êtes installé au milieu de vos futures victimes. Les avez-vous regardées ? Avez-vous osé regarder Lauriane dans les yeux ? Sans doute pas, elle était occupée à suivre sur son smartphone les nouvelles de l’aéroport où votre frère avait déjà tué.
La station Maelbeek est arrivée, le moment de commettre 16 assassinats d’une même explosion. C’était comment, dans votre tête de terroriste ? Vous avez poussé le bouton. Vous êtes mort le premier sans voir le carnage que vous avez sciemment provoqué.
Nous voilà un an plus tard. Nous, les victimes directes ou collatérales de votre acte ignoble. Nous sommes vivants, nous nous reconstruisons, nous sommes solidaires et s’il nous arrive encore de pleurer, c’est en partage avec tant de femmes et d’hommes de toutes origines. Jamais depuis un an nous n’avons été traversés par un sentiment de haine. Jamais depuis un an, nous n’avons senti et vécu autant d’amour.
Vous n’êtes pas un héros, rien qu’un assassin. Vous et tous les autres terroristes, vous et les lâches parmi les plus lâches qui vous ont convaincus de commettre le pire des actes : supprimer des vies. Tous, vous avez perdu ! Comme votre frère et tous les autres d’hier et ceux de demain qui pousseront sur le bouton de l’horreur.
Si l’émotion et les doutes nous atteignent après chaque attentat, c’est la vie qui l’emportera, toujours ! La vie dans le respect de l’autre et de ses différences, la vie dans l’enrichissement que nous apporte cet autre, la vie tout simplement, essentiellement.

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