lundi 6 mars 2017

Présidentielle: la «menace d’une victoire de Le Pen existe», selon Hollande


Le Soir
Dans un entretien accordé à six journaux européens, le président français s’est exprimé sur la prochaine présidentielle, à quelques heures d’un mini-sommet européen. 


• © AFP
Le président français François Hollande a jugé que la «  menace  » d’une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle «  existe », même s’il estime que «  la France ne cédera pas  » à la tentation de l’extrême droite, dans un entretien accordé à six journaux européens.
«  La menace existe  » car «  l’extrême droite n’a jamais été aussi haute depuis plus de 30 ans, mais la France ne cédera pas  », a déclaré le chef de l’Etat dans cet entretien publié lundi, à quelques heures d’un mini-sommet européen qui réunira les dirigeants français, allemand, italien et espagnol à Versailles.
SORTIE DE LA ZONE EURO
La France «  a conscience que le vote du 23 avril et du 7 mai déterminera non seulement le destin de notre pays mais aussi l’avenir-même de la construction européenne  », fait valoir François Hollande dans cette interview accordée aux quotidiens Le Monde, Süddeutsche Zeitung, La Stampa, La Vanguardia, The Guardian et Gazeta Wyborcza.
«  Car si d’aventure la candidate du Front national l’emportait, elle engagerait immédiatement un processus de sortie de la zone euro et même de l’Union européenne  », souligne-t-il.
«  C’est l’objectif de tous les populistes, d’où qu’ils soient : quitter l’Europe, se fermer au monde et imaginer un avenir entouré de barrières de toutes sortes et de frontières défendues par des miradors  », poursuit François Hollande, dans une allusion à son homologue américain Donald Trump.
Ainsi, s’assigne-t-il pour «  ultime devoir  » avant de quitter l’Elysée à la mi-mai «  de tout faire pour que la France ne puisse pas être convaincue par un tel projet, ni porter une si lourde responsabilité  ».
Le président de la République a également estimé au cours de l’entretien que l’élection de Donald Trump peut servir d’accélérateur à l’Europe de la défense. « L’annonce d’un désengagement américain a suscité une prise de conscience », fait valoir M. Hollande. « L’Europe doit éviter toute dépendance qui la placerait dans la soumission, ce qui serait grave, ou dans l’abandon, ce qui serait pire. »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DÉBUT DE PANIQUE 

Et voici que tout à coup c’est l’alarme.
« Aux urnes citoyens, formez vos opinions, marchons, marchons,…»
«  La menace existe car l’extrême droite n’a jamais été aussi haute depuis plus de 30 ans »
Il serait plus juste de dire « depuis juin 1940 » quand les forces nazies mirent une France blafarde et fracturée sur le flanc et que le Pétainisme lui assigna le coup de grâce.
« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu´on enchaîne? »
Sourds à tous les cris d’alarme, les Français risquent de se réveiller non pas en juin 2017 mais un juin 1940. Et de même que l’appel du 18 juin ne fut pas entendu, celui du plus normal des présidents ne le sera pas d’avantage. « Les Français sont des veaux » dira De Gaulle en d’autres circonstances.  Plutôt des moutons qui lorgnent vers la bergère Marine qui tellement semble les rassurer.
Mais il n’y a pas qu’en France que les choses se dégradent très vite. Les Hollandais iront aux urnes avant la fin de ce mois et Wilders, l’ami de Marine monte en force dans une nation qui s’est considérablement droitisée ;  les Allemands votent en juin. Et on ne parle pas du royaume de Belgique plus déchiré que jamais.
L’Europe retient son souffle et craint de se réveiller demain dans un climat plus proche qu’elle ne voudrait de l’Amérique de Trump, de la Russie de Poutine ou de la Turquie d’Erdogan.
« Ce ne sont plus des idées qui font débat. Le conflit s’est déporté entre ceux qui incarneraient une légitimité et ceux qui ne feraient que détourner les institutions ou manipuler l’opinion. »
Est- ce grave docteur ?
Je crains que ce soit en effet gravissime : les loups préparent leur entrée dans Paris, ils lorgnent l’Elysée.
MG 


LA FRANCE PLUS FRACTURÉE QUE JAMAIS
PAR JOËLLE MESKENS LE SOIR
Des familles politiques entières se sont déclaré une guerre intestine. 


© Reporters.
C’était il y a un an, deux ans. Il y a une éternité. La France meurtrie par les attentats de Charlie Hebdo puis du 13 novembre 2015 ne jurait que par l’union nationale, seule réponse aux terroristes. Droite et gauche se parlaient pour lutter contre un péril commun. Dans la rue, des millions de personnes communiaient pour défendre une même liberté, des mêmes valeurs. Que reste-t-il de ce rassemblement ? Rien. Il a fini de se fracasser ces derniers mois dans un combat présidentiel d’une violence aussi inouïe qu’inédite.
Ce ne sont plus les adversaires de toujours qui se tournent le dos ou se divisent sur des programmes. Ce sont des familles politiques entières qui se sont déclaré une guerre intestine.
A gauche, elle est déjà profonde mais encore larvée. Les armes, sans doute, ne sortiront vraiment qu’après la défaite annoncée. A droite, elle est désormais ouverte et impitoyable.
Alors que François Fillon, empêtré dans le Penelope Gate, refuse encore et toujours de renoncer à sa candidature, ses soutiens d’hier tentent désormais de le débarquer. Alain Juppé s’apprête à sortir du bois. Le maire de Bordeaux renoncera-t-il, comme croyait le savoir hier soir L’Obs, constatant l’impossibilité d’incarner un recours ? Ou choisira-t-il de défier celui qui l’avait terrassé à la primaire ? La question n’est déjà même plus celle-là.
Car dans cette guerre de candidats, ce sont désormais les Français eux-mêmes qui sont pris à témoin dans un climat délétère. Ce ne sont plus des idées qui font débat. Plus des arguments qu’on échange. Le conflit s’est déporté entre ceux qui incarneraient une légitimité et ceux qui ne feraient que détourner les institutions ou manipuler l’opinion.
Au Trocadéro dimanche, François Fillon a vu en ses soutiens le «  peuple de France  », le peuple «  de la France des paysans, des  sans-culottes, des châteaux et des cathédrales ». Ceux-là se sentent désormais investis d’une « résistance » contre d’autres Français. On invoque les mânes du général De Gaulle et même celles de Napoléon. On se pince pour se convaincre qu’on vit en 2017.
On disait autrefois de l’ancien président Nicolas Sarkozy qu’il était clivant, qu’il dressait une France contre l’autre. En dénonçant un « hold-up démocratique », François Fillon ne fait guère mieux.
Qu’il poursuive ou non jusqu’au bout sa campagne n’y changera désormais plus rien. Celle-ci laissera quoi qu’il en soit des traces.
Ce pays qui après tant de blessures et tant de doutes aspire tellement à l’apaisement se morcelle chaque jour davantage entre des populations qui, entraînées par le ressentiment, ne se souviendront bientôt plus que de ce qui les divise au lieu de se rassembler.

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