vendredi 10 mars 2017

Réélection de Tusk: la Pologne bloque le sommet de l’Union européenne


La Pologne n’accepte pas que Donald Tusk ait été réélu à la tête du Conseil européen contre son avis. 


• © AFP
Varsovie a bloqué jeudi l’adoption des conclusions du sommet de l’Union européenne après s’être en vain opposé à la réélection du Polonais Donald Tusk, a annoncé sa Première ministre Beata Szydlo, estimant que cela créait un « précédent dangereux ».
M. Tusk, qui dirige l’instance réunissant les dirigeants des 28 pays de l’Union européenne, a été réélu jeudi après-midi avec le soutien de 27 d’entre eux, jusqu’à fin novembre 2019, malgré l’opposition de son pays d’origine. Le bras de fer engagé par la Première ministre polonaise ne remet pas en cause la réélection de M. Tusk car il s’agit d’un acte séparé voté à la majorité qualifiée.
UNE EUROPE DIVISÉE
« Les nominations devraient être le fruit d’un consensus et être acceptables aux yeux du pays d’origine. Si ces principes ne sont pas respectés, l’UE sera encore plus divisée », a accusé Mme Szydlo.
« L’UE traverse une crise (…). Nous sommes conscients que les choses ne vont pas bien dans l’UE mais certains hommes politiques ont décidé de l’ignorer », a-t-elle déploré. Varsovie estime que M. Tusk a manqué « d’impartialité » et de « neutralité », et lui reproche de s’être immiscé dans des débats de politique intérieure. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

Imaginons un cas de figure un rien suréaliste : Guy Verhofstadt succède à Donald Tuska avec l’assentiment de tous les chefs d’Etats européens à l’exception de Charles Michel qui,  sous pression de Bart De Wever,  lui reproche de s’immiscer dans les affaires intérieures belges en critiquant ouvertement la N-VA.
La dernière fois qu'une capitale a voulu stopper la nomination d'un responsable de l'UE pourtant soutenu par une large majorité, c'est David Cameron qui a dit non, à l'été 2014  à la candidature de  Jean-Claude Juncker jugé trop fédéraliste au goût de l’Anglais. On connaît la suite pour le Royaume-Uni, elle se nomme Brexit.

«JE NE VOIS PAS COMMENT UN PAYS POURRAIT S'OPPOSER À LA SOLUTION TUSK, DÈS LORS QUE TOUS LES AUTRES Y SONT FAVORABLES»
François Hollande
Angela Merkel a apporté sans détour son suffrage à Donald Tusk. Plus direct encore, le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a refusé d'être «l'otage» de Varsovie.
La Britannique Theresa May a soutenu Donald Tusk, tout comme le Hongrois Viktor Orban, pourtant l'un des alliés du pouvoir à Varsovie.
Le vote des Vingt-Huit, lancé au pas de charge et sanctionné par un résultat carré, a permis - au moins provisoirement - de déjouer ce qui était peut-être le plan de Varsovie: une longue et pénible confrontation entre les pays de l'est de l'UE, qui refusent souvent de se laisser dicter une conduite, et ceux de l'Ouest et du Nord, dont les suffrages pèsent plus lourd. La Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, bien qu'alliées de la Pologne dans le turbulent groupe de Višegrad, ont refusé de suivre Beata Szydlo dans l'impasse.
Au bout du compte, à la grande fureur des nationalistes du PiS, c'est un Polonais libéral et europhile qui restera président du Conseil européen jusqu'à la fin de 2019.
J’ai relu l’avant dernier chapitre de Révolution de Macron. Il s’y montre très pro européen déterminé à s’inspirer sans réserve du règne de Jacques Delors. C’est ce qui a séduit Guy Verhofstadt au point de soutenir sa candidature après Daniel Cohn Bendit. Il se murmure que François Hollande se verrait bien en successeur de Juncker après sa descente de charge.
La situation connue jeudi est peut-être le symbole de ce que l'Europe pourrait être demain, avec « une coopération plus rapide et plus profonde pour ceux qui le souhaitent », a conclu Charles Michel. Puisse-t-il être entendu.
« Les défis sont légion. Leur dimension transnationale, leur intensité et l’urgence s’impose de les relever si nous ne voulons pas assister les bras ballants au délitement du lien social, au retour des préjugés et du populisme, au repli sur soi et à la fin de la société ouverte. En bref, à la mise à mal d’un modèle fondé sur la coopération et le multilatéralisme, qui a facilité la généralisation de sociétés démocratiques. »
Quels défis ?
La numérisation du monde, la prolifération de la menace terroriste, les cyberguerres, le réchauffement climatique, la désinformation planétaire organisée, les migrations de masse, la révolution scientifique et industrielle en cours… ne connaissent pas de frontière. Le monde est désormais multipolaire et notre poids relatif décroît rapidement tant du point de vue démographique, qu’économique, politique ou culturel. » (voir article qui suit)
Si Macron l’emporte à la présidence et su Schultz devient chancelier, l’Europe sera remise sur les rails et les Britanniques s’en mordront les doigts. Et si les Polonais ne sont pas satisfaits, qu’ils quittent le navire.
MG

« FAISONS DE L’EUROPE UNE PUISSANCE POLITIQUE » 

Un collectif de personnalités politiques et intellectuelles, parmi lesquelles Alain Juppé, Daniel Cohn-Bendit et Wim Wenders, appelle, dans une tribune au « Monde », les Européens à une grande marche civique, à Rome, le 25 mars.
LE MONDE | 

 
« Le 25 mars, les chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront à Rome pour célébrer les soixante ans de l’Union européenne dans un contexte inédit marqué par le Brexit et l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d’Amérique  ». SÉBASTIEN BERTRAND/FLICKR/CC BY 2.0
TRIBUNE. Le 25 mars, les chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront à Rome pour célébrer les soixante ans de l’Union européenne dans un contexte inédit marqué par le Brexit et l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d’Amérique.
Nous devons profiter de cet anniversaire pour écrire une nouvelle page de l’histoire de notre continent, comme invite à le faire le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, quand il annonce l’ouverture d’un grand débat sur l’avenir de l’Europe associant Etats-membres, parlements, société civile organisée et citoyens.
Notre Union est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le statu quo n’est plus possible. Soit elle se disloque dans la dynamique de la crise de la zone euro et du Brexit, soit elle se réinvente pour être en mesure de répondre aux défis de notre époque.

UN MONDE MULTIPOLAIRE
Les défis ne sont pas nouveaux. Ce qui est nouveau, c’est le renforcement de leur dimension transnationale, leur intensité et l’urgence d’y répondre si nous ne voulons pas assister les bras ballants au délitement du lien social, au retour des préjugés et du populisme, au repli sur soi et à la fin de la société ouverte. En bref, à la mise à mal d’un modèle fondé sur la coopération et le multilatéralisme, qui a facilité la généralisation de sociétés démocratiques.
La numérisation du monde, la prolifération de la menace terroriste, les cyberguerres, le réchauffement climatique, la désinformation planétaire organisée, les migrations de masse, la révolution scientifique et industrielle en cours… ne connaissent pas de frontière. Le monde est désormais multipolaire et notre poids relatif décroît rapidement tant du point de vue démographique, qu’économique, politique ou culturel.
La mondialisation qui a contribué à réduire la pauvreté, s’est accompagnée d’un rééquilibrage rapide des richesses en faveur de puissances émergentes et d’une fragilisation des classes populaires et moyennes des pays développés. Ces bouleversements ont ébranlé les repères de nos concitoyens, ouvrant la porte aux tentations autoritaristes, nationalistes et au repli en tous genres.
UNE EUROPE PROTECTRICE DES CITOYENS
Les Européens conservent de très nombreux atouts et notre continent reste l’une des zones du monde combinant les plus grandes richesses, les inégalités les plus réduites et les droits politiques, sociaux et fondamentaux les plus avancés et mieux respectés.





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