mercredi 1 mars 2017

Trump sur les Oscars: «Ce n’était pas une soirée très glamour»


J. Dy avec AFP

Le président américain, resté silencieux sur la cérémonie jusqu’à présent, s’est exprimé sur le couac qui a terni la fin de la cérémonie. 


• © PhotoNews
Alors que Trump a été critiqué ouvertement pendant toute la cérémonie des Oscars et même directement interpellé par l’animateur Jimmy Kimmel, le président américain était resté silencieux jusqu’à présent. Dans une interview accordée au site d’extrême-droite Breitbart News, Trump a estimé que le coup de théâtre final autour de l’Oscar du meilleur film aurait pu être évité si le gratin d’Hollywood s’était davantage focalisé sur la soirée, au lieu de l’attaquer.
« Je pense qu’ils se sont tellement focalisés sur la politique qu’ils ne maîtrisaient plus les choses à la fin », a déclaré Trump. « C’était un peu triste. Ça a enlevé un peu du glamour des Oscars. Ça n’était pas une soirée très glamour. J’ai déjà été aux Oscars. Il y avait quelque chose qui manquait et finir comme ça, c’était triste ». 


LE SACRE DOUBLEMENT HISTORIQUE DE "MOONLIGHT" AUX OSCARS 2017
Le film a été préféré à "La La Land" de Damien Chazelle.
Huffinton Post

CINEMA - Après deux ans de polémique "Oscars So White" regrettant le manque de diversité des sélections, l'Académie a réagi. Dimanche 26 février lors de la 89ème cérémonie des Oscars, le titre du meilleur film a été attribué au très bien réalisé "Moonlight".
Le film de Barry Jenkins n'était pas le seul à louer la diversité lors de la soirée. "Fences", "Les figures de l'ombre", les documentaires "13th" et "OJ: Made in America"... tous racontent également l'histoire de personnages afro-américains.
Deux d'entre eux ont d'ailleurs été récompensés sur la scène du Dolby theatre; le premier par le prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour Viola Davis, le dernier en tant que meilleur documentaire.
De son côté "Moonlight" est reparti avec trois Oscars, celui du meilleur film (attribué d'abord par erreur à "La La Land"), celui du meilleur scénario adapté et celui du meilleur second rôle masculin pour Mahershala Ali, l'interprète de Remy Danton dans la série "House Of Cards".
En décernant ces trophées à ce film, l'Académie récompense à la fois des acteurs et auteurs issus de la diversité mais aussi des thèmes divers abordés avec justesse, comme la pauvreté, le harcèlement scolaire, la drogue et l'homosexualité.
Dans "Moonlight", Mahershala Ali interprète Juan, un trafiquant qui se prend d'affection pour un petit garçon maltraité par sa mère droguée. Il découvre par la suite qu'elle est l'une de ses clientes.
En recevant ce prix, il devient le premier acteur musulman à recevoir un Oscar, dont ce dimanche 26 février marquait la 89ème édition.
"Peu importe votre religion ou comment vous voyez la vie, comment vous priez Dieu. En tant qu'artiste votre travail reste le même, essayer de dire la vérité", a-t-il lancé sur scène lors de son discours de remerciement. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES OSCARS FONT DE LA RÉSISTANCE 

Le palmarès des oscars de 2017 est de toute évidence le fruit d’une fronde anti Trump de la part de la partie la plus glamour du monde artistique américain.
C’est dire si l’itinéraire du 45 ème président américain risque d’être mouvementé.
Moonlight ? Est-ce vraiment le bon film que vante une certaine critique cinématographique qui se veut engagée ou un brûlot pro gay, pro black et par conséquent sans doute un peu trop anti Trump ?
Il n’est qu’une façon de le savoir : le voir et juger par soi-même.
MG 




  «MOONLIGHT», ÉCLAIRS DE LUTTE
Par Didier Péron— Libé
Le magnifique film de Barry Jenkins suit le parcours d’un jeune Noir homosexuel issu d’un quartier pauvre de Miami, depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Une quête d’identité traversée par le rejet et l’insulte qu’illumine une approche pleine d’élégance et d’empathie.

L’un des traits distinctifs du récit d’apprentissage, selon les différentes définitions canoniques qu’on en trouve, est marqué par l’affirmation du héros à travers l’expérience, souvent multiple, de l’étranger et de l’étrangeté. Quelqu’un de petit, flou et informe parvient in fine à l’intelligence de son être profond et de sa place dans la société grâce aux tribulations d’un récit à la fois édifiant et rédempteur.
Moonlight est-il un récit d’apprentissage ? La faveur dont jouit le magnifique film de Barry Jenkins, couvert d’éloges (la critique américaine est on fire), de prix en festivals et multisélectionné aux oscars (huit nominations), tient probablement à sa manière très sûre et douce de superposer le cheminement de son personnage principal, Chiron, gamin introverti du quartier défavorisé de Liberty City, à Miami, et le caractère absolument énigmatique, bouleversant et formateur (donc déformant) des sensations, des rencontres, des voix, des silences, du hors-champ, de la violence omniprésente et des plaisirs rares dont il doit faire la substance nourricière de son éducation dans le monde.
L’identité du garcon est prise dans un entrelacs d’indétermination, parce qu’il est Chiron mais qu’on le surnomme Little (et plus tard «Black») et que les gamins en classe et dans la rue l’affublent de divers autres patronymes qu’il ne comprend pas toujours. Au dealer Juan qui le recueille au début du film, alors que le gamin s’est réfugié dans un taudis après avoir été pourchassé par des camarades, il demande ce que le mot «faggot» (pédé, tapette) veut dire. Parce qu’il est maigre, timide et qu’il ne porte pas des pantalons baggy, Chiron est livré à un isolement cruel que le désordre de son foyer familial ne compense en rien, puisque sa mère s’adonne au crack avec divers hommes de passage. Est-il un «pédé» ? Et en quoi ce mot, qui lui est jeté à la figure comme une insulte, découpe-t-il à son insu ce profil d’ombre qu’il lui faut devenir ? Il a rarement été donné de voir aussi nettement au cinéma - et dans une langue visuelle capable de transcender les appartenances - ce que les écrits théoriques des «gender studies» et «queer studies» racontent depuis des années, notamment Judith Butler quand elle évoque ce sujet «qui cherche le signe de sa propre existence en dehors de lui-même, dans un discours qui est à la fois dominant et indifférent», et fabriquant un «domaine des corps impensables, abjects et invivables» (1).
Ce que le film dramatise par l’arc biographique sur vingt ans de la vie de Chiron en trois chapitres stupéfiants, c’est que l’identité stigmatisée, moquée, dévaluée, qu’elle soit raciale ou sexuelle, n’est même pas le socle fondateur de l’expérience qui oblige l’individu à bâtir sa maison sur un sol meuble ou en voie d’effondrement. Bien plutôt, il s’agit d’un horizon qu’il faut encore atteindre de haute lutte, comme si la haine de soi n’était pas un luxe dont on pouvait se prévaloir ainsi sans la gagner à la sueur de son front. Avec une maturité, une empathie et une élégance sans faille, Barry Jenkins, qui adapte ici un texte du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue, entrelace les inflexions intimes des personnages et les motifs généraux de la fatalité sociale, l’intersection foudroyante de la fierté et de l’injure, la zone grise des valeurs nobles et veules dont Juan prend conscience en une fraction de seconde quand il comprend qu’il touche son gagne-pain en vendant de la drogue à la mère de celui qu’il a pris sous son aile.
Moonlight n’instruit pas un (lourd) dossier, il ne croit pas aux raccourcis trop explicites des causalités induites par les seules sociologies politique et psychologie sociale. Quelque chose toujours échappe qu’il appartient à la fiction d’attraper au vol, à l’impureté du récit de cristalliser, au cinéma de saisir entre chien et loup, dans la rythmique souveraine, ample comme on ne sait quel Gange intérieur aux pouvoirs purifiants et lumineux, lors même qu’ils embrassent le tumulte de sentiments et cette ambiguïté ultime qui dissimule à chacun, pour toujours et d’où qu’il vienne, l’exact dessein de sa vie.
(1) La Vie psychique du pouvoir, l’assujettissement en théories ( éd. Léo Scheer, 2002.)




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