vendredi 10 mars 2017

Une université galloise fait polémique en imposant des expressions de genre «neutre»


Par Aude Bariéty 
Figaro


Nombreuses sont les universités à avoir établi un «code de bonnes pratiques sur la liberté de parole»: Oxford, UCL, LSE... Crédits photo: Wikimedia/Welshleprechaun/
La Cardiff Metropolitan University a édicté un «code de bonnes pratiques» suggérant de remplacer certains mots courants par d’autres plus «neutres». Égalité des sexes ou atteinte à la liberté de parole? Le débat est ouvert.
Ne dites plus «fireman» («pompier»), «housewife» («femme au foyer») ou «gentleman’s agreement» («accord entre hommes d’honneur»)... Ces trois expressions courantes, comme 31 autres, n’ont désormais plus droit de cité à la Cardiff Metropolitan University, rapporte la BBC. Préférez plutôt «firefighter», «homemaker» et «unwritten agreement».
L‘université galloise a en effet édicté un «code de bonnes pratiques de l’utilisation du langage inclusif» visant à «promouvoir la justice et l’égalité en sensibilisant aux effets d’un vocabulaire potentiellement discriminant». L’établissement explique dans un communiqué proposer des suggestions alternatives pour éviter des «généralisations inappropriées» - le plus souvent, l’utilisation d’un masculin ou d’un féminin.
L’objectif global? Encourager l’utilisation de termes de genre neutre afin de «mettre en place un environnement où chacun est valorisé en tant qu’individu, et où les étudiants et le personnel peuvent travailler, apprendre, grandir et développer leurs compétences et leurs connaissances dans une atmosphère de dignité et de respect», dans le cadre du plan stratégique Égalité 2016-2020 de la Cardiff Metropolitan University.
PLUS DE 90% DES UNIVERSITÉS BRITANNIQUES RESTREINDRAIENT LA LIBERTÉ DE PAROLE
Cette décision a suscité de nombreux débats. Une enseignante de l’université du Kent, le Dr Joanna Williams, a ainsi déclaré à la BBC que la démarche de l’université n’était «pas nécessaire» et «vraiment insultante». Les établissements «devraient avoir confiance envers la capacité des universitaires à communiquer entre eux sans être offensés en permanence» a insisté l’auteur d’un ouvrage intitulé Academic Freedom in an Age of Conformity.
Le Dr Williams est également éditrice de Spiked, qui a récemment publié les résultats de son dernier palmarès de la liberté de parole dans les universités britanniques. Résultat: sur les 115 établissements étudiés, 63,5% - dont Cardiff Met mais aussi Oxford, la LSE et King’s College - ont été classés dans la catégorie «censure active» et 30,5% dans la catégorie des universités qui «étouffent la parole en raison d’une régulation excessive».
Le Premier ministre britannique Theresa May s’est d’ailleurs emparée de ce sujet il y a quelques mois, déclarant qu’il était «plutôt incroyable» que certaines universités bannissent des débats des sujets qui pourraient offenser certaines personnes. L’occupante du 10 Downing Street craint que l’autocensure ne réduise la liberté de parole sur les campus, rapporte The Telegraph.
LES SUGGESTIONS «NEUTRES» DE LA CARDIFF METROPOLITAN UNIVERSITY
«Best man for the job» - Best person for the job
«Businessman/woman» - Businessperson, manager, executive
«Chairman/woman» - Chair, chairperson, convenor, head
«Charwoman, cleaning lady» - Cleaner
«Craftsman/woman» - Craftsperson, craft worker
«Delivery man» - Delivery clerk, courier
«Dear Sirs» - Dear Sir/Madam (or Madam/Sir)
«Fireman» - Fire-fighter
«Forefathers» - Ancestors, forebears
«Foreman/woman» - Supervisor, head juror
«Gentleman’s agreement» - Unwritten agreement, agreement based on trust
«Girls» (for adults) - Women
«Headmaster/mistress» - Head teacher
«Housewife» - Shopper, consumer, homemaker (depends on context)
«Layman» - Lay person
«Man» or «mankind» - Humanity, humankind, human race, people
«Man» (verb) eg man the desk - Operate, staff, work at
«Man in the street», «common man» - Average/ordinary/typical citizen/person
«Man-hour» - Work-hour, labour time
«Man-made» - Artificial, manufactured, synthetic
«Manpower» - Human resources, labour force, staff, personnel, workers, workforce
«Miss/Mrs» - Ms unless a specific preference has been stated
«Policeman/woman» - Police Officer
«Right-hand man» - Chief assistant
«Salesman/girl/woman» - Sales assistant/agent/clerk/representative/staff/worker
«Spokesman/woman» - Spokesperson, representative
«Sportsmanship» - Fairmess, good humour, sense of fair play
«Steward/ess» - Airline staff, flight attendant, cabin crew
«Tax man» - Tax officer/inspector
«Waitress» - Waiter, server
«Woman doctor» (or feminine forms of nouns eg actress, poetess) - Doctor (actor, poet, etc)
«Working man», «working mother/wife» - Wage-earner/taxpayer/worker
«Workman» - Worker/operative/trades person
«Workmanlike» - Efficient/proficient/skilful/thorough 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE POIDS DES MOTS, LA POUSSIÈRE DES SIÈCLES 
 
Nous utilisons les mots d’hier pour qualifier des situations d’aujourd’hui. Il n’est donc pas incongru de tenter de mettre les pendules linguistiques à l’heure. Le langage est conservateur par définition, nous l’acquérons avant douze ans et le « conservons » toute notre vie. Au fil des décennies le monde de Queen Elisabeth a changé considérablement mais son Queen’s English acquis avant- guerre n’a pas évolué ou à peine.
C’est dire si le problème n’est pas aussi frivole qu’il n’y parait au premier regard. Un sujet à méditer donc, comme tant d’autres, un bon sujet de conversation pour animer les déjeuners en ville.
MG

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