dimanche 30 avril 2017

Vie et mort du « Front républicain »


• Par Eugénie Bastié, Figaro



FIGAROVOX/FOCUS- Le refus de Mélenchon de donner une consigne de vote et le « ni-ni » de certains ténors de la droite acte la défaite d'une stratégie de « cordon sanitaire » dont les origines remontent aux débuts de la IIIème république.
Le Front républicain est à la fois une mythologie ancienne et une discipline électorale qui remonte aux débuts de la IIIe République. Elle mêle considérations morales et bénéfices stratégiques et électoraux, appel au désistement et exclusion d'un parti de l «arc républicain». En 2002, il s'était mis en place après l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour. Cette fois-ci, des lycéens défilent en criant «ni Marine, ni Macron», Jean-Luc Mélenchon n'appelle pas publiquement ses militants à voter pour le candidat d'En Marche, tout comme des élus de droite tels qu'Henri Guaino, Guillaume Larrivé, Éric Ciotti. La pratique du Front républicain se délitait déjà depuis quelques années, notamment avec l'instauration de la stratégie du «ni-ni» par Nicolas Sarkozy.
Selon Frédéric Rouvillois, auteur d'Être (ou ne pas être) républicain (Éditions du Cerf) , le Front républicain est une «technique séculaire de marginalisation de l'adversaire par un mot qui porte à la fois une dimension consensuelle et sacrée.» «Dans la mesure où le terme républicain est extrêmement polysémique, pour ne pas dire flou, il est utilisé par certains hommes politiques, souvent de gauche, pour tracer la limite du débat démocratique. Il n'y a pas d'instance objective qui définisse ce qu'est un bon républicain. C'est une stratégie qui n'a pas toujours montré son efficacité».
• 1887 et la «concentration républicaine»
Pour entraver la dérive césariste du général Boulanger, qui avait été nommé ministre de la guerre par Georges Clemenceau, républicains opportunistes et radicaux forment un gouvernement de «concentration républicaine». Ils empêchent l'arrivée au pouvoir du général Boulanger en 1885 et en 1889.
• L'affaire Dreyfus et la «défense républicaine»
«L'affaire Dreyfus est un moment fondateur du front républicain», estime l'historien Olivier Dard. En juin 1899, aux lendemains de l'affaire Dreyfus qui a coupé la France en deux le cabinet Waldeck-Rousseau se présente comme le gouvernement de «défense républicaine». Il rassemble autour des radicaux, la droite modérée, les centristes une partie des socialistes opposés aux anti-dreyfusards.
• Années 1930 et la discipline républicaine:
Aux municipales de 1935 et aux législatives de 1936, le mécanisme de «discipline républicaine», qui prévoit le désistement du candidat de gauche dans l'entre-deux tours au profit du candidat arrivé en tête est élargi au PCF. Une coutume de solidarité électorale plus qu'un barrage moral, qui permet l'union des gauches.
• 1956: le «Front républicain» de Jean-Jacques Servan Schreiber
Le fondateur de l'Express a l'idée de baptiser «Front républicain» une coalition électorale, lancée durant les législatives de 1956, qui rassemblait les socialistes de la SFIO, de l'UDSR le parti de François Mitterrand, des gaullistes sociaux autour de Jacques Chaban-Delmas. Il s'agissait autant de contrer le poujadisme naissant et le PCF en invoquant la protection d'une république supposément menacée par la guerre d'Algérie. Il échoue dans sa tentative de rassembler tous les partis de la «troisième force».
• 1962: un «Front républicain» contre de Gaulle
À l'automne 1962, le radical Gaston Monnerville, président du Sénat, prend la tête des opposants au référendum du général de Gaulle prévoyant de changer la Constitution en faveur d'une élection du président de la république au suffrage universel. Dans un discours, il appelle «les républicains et les républicaines que vous êtes, [à prendre] conscience d'un danger pour la République et [à se montrer] décidés à y faire face» et lance un appel à un «front commun des républicains, de toutes nuances» pour s'opposer au général de Gaulle.
• Années 1980: le «cordon sanitaire»
L'expression «cordon sanitaire» vient des Pays-Bas: elle désigne la politique mise en place à la fin des années 1980 pour exclure de toute coalition électorale les partis d'extrême-droite. Les partis dits démocratiques passent un accord pour ne pas s'allier avec les partis dont le programme est considéré comme contraire aux droits de l'homme. L'expression est reprise en France à la fin des années 1980 pour empêcher tout accord entre la droite et l'extrême droite alors naissante. Elle apparaît dans une tribune en 1987 signée par Jean-Christophe Cambadélis et 122 personnalités. La même année, Michel Noir et Alain Carignon, élus RPR, écrivent dans une autre tribune «Il vaut mieux perdre une élection que perdre son âme». En 1998: l'expression est employée pour dénoncer l'attitude de Charles Millon qui a accepté les voix du FN pour la présidence de la région Rhône-Alpes.
• 2002: l'apogée du «Front républicain»
La qualification surprise au second tour de l'élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen suscite un «barrage» généralisé. Tous les candidats, sauf la trotskiste Arlette Laguiller, appellent à contrer le Front national.
• 2011: la stratégie du «ni-ni»
Lors des élections cantonales de 2011, Nicolas Sarkozy prône pour la première fois la consigne «ni vote FN, ni vote PS» en cas de second tour opposant la gauche au parti frontiste. Les ténors de l'aile centriste de l'UMP affichent leur désaccord, appelant à voter à gauche en cas de duels.
• 2017: Affaiblissement du Front Républicain
Contrairement à 2002, la classe politique ne réagit pas de façon unanime à la présence du FN au second tour. Si les principaux ténors de la droite appellent à contrer Marine Le Pen, certains ne donnent pas de consigne de vote. Mais le revirement le plus spectaculaire vient de la gauche: Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé sans états d'âme à faire barrage en 2002, affirme qu'il gardera son vote intime. Le Front républicain est disloqué. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FRONT NATIONALISTE CONTRE FRONT RÉPUBLICAIN ? 

Un lecteur propose une analyse  décoiffante mais très réaliste du Front républicain :
« Certains s'étonnent qu'en 2017 on ne retrouve pas le "réflexe républicain" qui, en 2002, avait permis la réélection du président Chirac face au fondateur du Front National, Jean-Marie Le Pen. Or ceux qui s'étonnent ainsi ne voient pas -ou font semblant de ne pas voir- ce qui a considérablement changé depuis 15 ans:
- trois quinquennats successifs de "républicains" qui n'ont pas redressé le pays, avec à chaque fois un chef de l'Etat pire que le précédent;
- une dérive droitière de plus en plus marquée dans les deux partis dits "de gouvernement", dérive évidente du côté de la "droite républicaine" avec le délirant programme de régression sociale que portait le candidat officiel, François Fillon, et non moins évidente avec les annonces de monsieur Valls ou ce que l'on sait des projets du candidat Macron, regardés par les naïfs comme "progressistes" parce qu'un peu moins violemment régressifs que ceux de Fillon;
- dans le même temps, Marine Le Pen a choisi d'aller faire son marché dans les programmes de la vraie gauche, ce qui lui a permis de devancer Jean-Luc Mélenchon, tandis que dans les médias on avait le toupet de l'accuser, lui, de copier son programme à elle;
- jusqu'à aujourd'hui, les européistes mondialistes avançaient relativement masqués et ne jetaient pas à la face de ce qui reste de classe ouvrière que leur classe sociale de vaincus doit achever de disparaître d'urgence, monsieur Macron l'ose.
Un "Front républicain" en carton pâte, n'attire pas; n'est-ce pas normal? »

Les sondages donnaient Hilary Clinton gagnante, la femme la mieux préparée à la fonction présidentielle de l’histoire américaine. On connait la suite.
Les médias misent sur une victoire du « Wundekind » sur la « mégère non apprivoisée ».
Rien n’est cependant joué. On le sent bien en écoutant les commentaires embarrassés des analystes de métier. L’infatigable Marine a décidé de harceler le surdoué sur tous les terrains et de le malmener de toute les façons pour qu’il se présente lessivé, éreinté au débat télévisé de jeudi  pour n’en faire qu’une bouchée.
Suspense. Les démocrates retiennent leur souffle. Pourvu que la météo annonce un temps de chien pour le weekend prochain.
Le destin de le France et de l’Europe est en effet sur les genoux des candidats à l’abstentionnisme.
MG




samedi 29 avril 2017

Le scénario dans lequel Marine Le Pen l'emporte

Le Figaro
•Par Alexis Feertchak


Selon le physicien Serge Galam, un phénomène d'«abstention différenciée» pourrait entraîner la victoire de Marine Le Pen sans que les sondages se trompent sur l'estimation des intentions de vote. Ce scénario illustre les forces et faiblesses du front républicain.
Serge Galam n'est pas sondeur, mais physicien et chercheur au CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po. Inventeur de la sociophysique, il a prédit l'élection de Donald Trump et la défaite d'Alain Juppé à la primaire de la droite. Alors que les sondages annoncent une large victoire pour Emmanuel Macron, malgré un léger resserrement, le scientifique estime que Marine Le Pen peut l'emporter.
● MARINE LE PEN NE PEUT PAS FRANCHIR LA BARRE DES 50% D'INTENTION DE VOTE…
Serge Galam ne remet pas en cause les intentions de vote. Comme il l'a expliqué à L'Express, il obtient avec son modèle mathématique «les mêmes conclusions que tous les sondeurs: Marine Le Pen perd l'élection» car «en termes d'intention de vote, elle ne peut pas dépasser la barre des 50%» stoppée par le front républicain.
Mais Marine Le Pen aurait une alliée de poids, l'abstention, qui pourrait retourner la situation. Serge Galam met en évidence ce qu'il nomme l'«abstention différenciée», qui rend compte d'une forme d'abstention cachée ou honteuse et qui lui fait dire que «la victoire de Marine Le Pen est possible».
L'«ABSTENTION DIFFÉRENCIÉE» POURRAIT LA FAIRE GAGNER
Serge Galam prend l'hypothèse dans laquelle les intentions de vote sont proches de celles annoncées par les sondages, avec 42% pour Marine Le Pen et 58% pour Emmanuel Macron. Dans ce cas, si 90% des électeurs du FN se déplacent le jour du vote, mais seulement 65% de ceux d'En Marche!, alors Marine Le Pen l'emporte à la fin avec 50,07%. Pour Macron, le seuil de mobilisation pour atteindre les 50% est alors de 65,17%.
L'hypothèse d'une si faible mobilisation des électeurs d'En Marche! peut paraître improbable, mais le physicien démontre que plus les intentions de vote en faveur de Le Pen sont fortes, plus l'abstention différenciée joue en sa faveur. Ainsi, toujours dans l'hypothèse où 90% de l'électorat de Marine Le Pen vote, le seuil de mobilisation nécessaire pour qu'Emmanuel Macron franchisse les 50% n'est plus de 65,17% mais de 70,71% quand les intentions de vote sont de 44% pour Marine Le Pen et non plus de 42%. Pour 2 points d'intentions de vote de plus en sa faveur, le seuil de mobilisation nécessaire pour lui augmente de 5 points.
FORCES ET FAIBLESSES DU FRONT RÉPUBLICAIN
Pourquoi les électeurs qui auraient l'intention de voter Emmanuel Macron pourraient finalement ne pas se rendre aux urnes? Serge Galam attire l'
attention sur les forces et faiblesses du front républicain. Forces car Marine Le Pen ne parvient pas à franchir le cap des 50% d'intention de vote. Faiblesses car le vote pour Emmanuel Macron est pour beaucoup un vote anti-Le Pen. Avec lui, «des électeurs sincèrement anti-FN» pourraient devoir «avaler une pilule très amère», peut-être trop, se déportant ainsi vers l'abstention. «Le jour du vote, toute excuse pourra être bonne pour ‘oublier' d'aller voter», précise-t-il.
Il y aurait ainsi une forme d'«abstention inavouée» comme il existait un vote honteux pour le FN. Serge Galam estime que l'absence de position de Jean-Luc Mélenchon et l'apparition du hashtag #Sansmoile7mai sur les réseaux sociaux «donne un socle de solidité important» à son hypothèse. D'autant que Marine Le Pen pourrait en user: elle peut favoriser l'aversion pour Emmanuel Macron pour augmenter encore l'amertume de la pilule.
● L'ABSTENTION DIFFÉRENCIÉE LAISSE LES SONDEURS DUBITATIFS
«L'abstention différentielle existe effectivement… mais nous la prenons déjà en compte», explique Yves-Marie Cann, directeur des études politiques d'Elabe. «Nous évaluons la certitude d'aller voter sur une échelle de 1 à 10. On laisse de côté ceux qui n'appartiennent pas aux catégories 9 et 10», précise-t-il. Selon lui, il y aurait sinon des «distorsions de vote» car, par exemple, les personnes les plus âgées ou aisées sont davantage susceptibles d'aller voter.
Certains instituts de sondage, dont Elabe, ont aussi choisi de publier les résultats de leurs études pour le second tour de deux façons différentes, d'une part en publiant les suffrages exprimés pour Macron ou Le Pen, d'autre part en affichant également les votes blancs ou nuls et l'abstention pour mieux évaluer les reports de voix.
Yves-Marie Cann ne croit pas non plus à l'abstention cachée. «Comme au premier tour pour l'hypothétique vote caché en faveur de François Fillon, je ne crois pas que l'électeur qui voudrait s'abstenir rougira devant son écran d'ordinateur?», lance-t-il, rappelant que les sondages ne se font plus par téléphone, mais sur internet.
Le sondeur reconnaît en revanche l'existence d'une «abstention différenciée», mais avec une lecture différente. Au début de la campagne du premier tour, Marine Le Pen frôlait les 30% car son électorat s'est mobilisé avant les autres. Au fur et à mesure de la campagne, la mobilisation de tous les électorats s'est faite, ce qui explique que Marine Le Pen ait baissé relativement aux autres tout en obtenant à la fin un nombre de voix qu'elle n'avait jamais obtenu auparavant. Yves-Marie Cann de conclure: «C'est aussi pour cette raison que l'on répète sans cesse que les sondages ne prédisent pas les résultats d'une élection car la mobilisation des différents électorats progresse au cours d'une campagne électorale».


COMMENTAIRE DE DEIVERCITY
DEVOIR DE CITOYEN

« Si 90% des électeurs du FN se déplacent le jour du vote, mais seulement 65% de ceux d'En Marche!, alors Marine Le Pen l'emporte à la fin avec 50,07%. Pour Macron, le seuil de mobilisation pour atteindre les 50% est alors de 65,17%. »
Attention : soyons pragmatiques et terre à terre.
Le second tour à lieu le 7 mai ; la France est en congé le 8 mai. On fait le pont.  C’est dire qu’il y aura du monde sur les plages et un peu moins dans les bureaux de vote.  « Marine Le Pen aurait une alliée de poids, l'abstention, qui pourrait retourner la situation.»
Et dire qu’il y en est qui veulent instaurer le vote non obligatoire en Belgique.
MG

vendredi 28 avril 2017

Mélenchon a raison de ne pas se prononcer sur son vote

Faire un choix, c’est ruiner tout son combat 

David Desgouilles,   Causeur
Blogueur et romancier.


Jean-Luc Mélenchon n’a pas cédé. Il ne dira pas quel sera son vote le 7 mai prochain. Bien entendu, la pression sur lui est énorme du côté de la presse « mainstream » qui le somme de dire qu’il votera Macron. Sur les réseaux sociaux, la même pression est exercée sur les militants et sympathisants de la France insoumise. Au mieux, ils seraient irresponsables et gâcheraient tout. Au pire, ils seront tondus à la libération. 


Jean-Luc Mélenchon file droit, avril 2017. SIPA. AP22043998_000001

Ces deux derniers jours, les porte-parole de FI se sont pourtant relayés pour faire passer le message : « pas une voix pour le FN ». Et la consultation des militants appelés à se prononcer sur la position du mouvement donne le choix entre le vote blanc, l’abstention et le vote Macron. Mais rien n’y fait, cela ne suffit pas aux belles âmes dont la mission historique est de construire des barrages, et de traquer ceux qui font le jeu, et parfois même le lit, du Front national. Il faut absolument prononcer la phrase « je voterai Macron ». Et surtout, il faut que le grand chef, celui qu’on accusait encore il y a une semaine d’être un apprenti-dictateur-bolchévik, donne sa position lui-même. 

Jean-Luc Mélenchon a en fait entièrement le droit de ne pas livrer son vote dans ces circonstances. Il refuse la culpabilisation et il a bien raison. Comment peut-on le contraindre à s’exprimer en faveur de celui qu’il a dépeint comme le représentant de « l’extrême-marché » pendant sa campagne de premier tour ? Comment peut-on en faire le complice de Marine Le Pen alors qu’il a été le premier à la faire reculer sur son terrain, celui des ouvriers et de la jeunesse ? A-t-il seulement des leçons à recevoir de ceux qui ont, avec tous leurs barrages et autres cordons sanitaires, offert à Marine Le Pen le cadeau de devenir pendant plusieurs scrutins la représentante de tous les perdants de la mondialisation malheureuse ? Certainement pas.
CERTAINS DE SES ÉLECTEURS NE LE LUI PARDONNERAIENT PAS
Mais allons plus loin. De son point de vue politique, Jean-Luc Mélenchon n’a pas seulement le droit de ne pas céder à ses injonctions, il en a le devoir. Il y a quelques semaines, Marine Le Pen était encore la candidate la plus forte chez les jeunes. Le candidat Mélenchon lui a ravi la première place dans cette catégorie. Elle était encore au-delà de la barre des 50% chez les ouvriers. La campagne de Mélenchon ne l’a certes pas délogée de son perchoir mais elle est quand même descendue d’une marche, à 37%. Ces électeurs-là, jeunes et ouvriers, constituent sans doute le gros des troupes des 20% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon s’apprêtant, d’après l’IFOP, à voter Marine Le Pen lors du second tour. Ceux-là choisissent désormais le FN en second choix. Si Mélenchon se prononçait sans ambiguïté pour Emmanuel Macron, il les perdrait définitivement et anéantirait par-là tous ses efforts. En restant discret sur son vote, Jean-Luc Mélenchon démontre qu’il connaît le mode de scrutin majoritaire à deux tours, dont le mécanisme impose une humilité par rapport aux électeurs : il faut parfois accepter d’être un deuxième choix ; il faut aussi accepter que ses électeurs qui vous ont choisi en premier choix en fassent ensuite un second qui vous irrite. Bref, en tenant compte des circonstances et en jouant avec les règles du jeu, Jean-Luc Mélenchon fait de la Politique. Pendant que ses contempteurs continuent, comme s’ils n’avaient décidément rien appris, à faire du catéchisme. 


COMMENTAIRE
À ÉCOUTER À TÊTE REPOSÉE

Se renier ou être lynché - Focus - Polony.tv
https://polony.tv/focus/se-renier-ou-etre-lynche


Philippe Herreweghe, bientôt l’âge de raison ?


MARTINE D. MERGEAY La Libre Belgique 



Disques, livres, concerts et Grandes Conférences catholiques : le chef gantois est à la fête pour ses 70 ans. 
Comme l’amour, le talent n’a pas d’âge. Et la musique, comme on sait, échappe au temps. Il n’empêche, Philippe Herreweghe fêtera le 2 mai ses 70 ans et son entourage ne lui a pas laissé le choix : dès le 27 avril, à Anvers, un festival inédit prendra cours, pour se poursuivre dans les principales villes de Flandre, à Bruxelles et en Italie. Un festival paradoxalement conçu et dirigé par celui que l’on fête, à l’exception notoire du concert donné le 2 mai au Bozar, offert au chef gantois par ses proches. Nous l’avons rencontré à Anvers, entre deux répétitions avec l’un de ses orchestres attitrés, l’ex "de Filharmonie", devenu l’Antwerp Symphony Orchestra. Un entretien où l’humour le disputait à la dérobade.
ATTEINDRE 70 ANS, POUR UN CHEF D’ORCHESTRE, C’EST ACCÉDER ENFIN À LA MATURITÉ ?
Il semble que dans quelques décennies, l’âge moyen des hommes sera de 130 ans, si je m’y reporte, je suis donc l’adolescent du futur… Sans compter la longévité légendaire à laquelle peuvent prétendre les chefs d’orchestre : ils sont à l’action, ne s’ennuient jamais, pratiquent une gestique plutôt sportive mais symétrique (un peu trop, en ce qui me concerne…) et non traumatisante. Pour ma part, je me sens aussi de plus en plus détendu au fur et à mesure de mon expérience et, heureux privilège pour moi qui n’ai pas eu d’enfant, je suis en contact constant avec les jeunes (je ne parle pas de mes amis du Collegium ou de l’Orchestre des Champs Elysées (rires)…). Alors que je suis un total autodidacte, j’ai acquis assez d’assurance dans le domaine musical (mais pour le reste, comme tout le monde, je suis de plus en plus perdu…) pour arriver à transmettre ma vision personnelle d’une œuvre. Et je dois convenir que cela fonctionne mieux avec Beethoven qu’avec Bach, chez qui l’élément religieux reste obscur.
VOUS AVEZ POURTANT ÉTÉ LONGTEMPS IDENTIFIÉ À BACH ET À SON ŒUVRE.
Bach demande une approche particulière, concentrée, exclusive, c’est pourquoi les Bach Académies que nous organisons depuis quelques années fonctionnent mieux à Bruges, qui favorise une unité de temps et de lieu, qu’à Bruxelles, où le concept est plus dispersé. Mais ne pratiquer que Bach, ce serait comme, pour un acteur, ne jouer que Shakespeare. Et encore, Shakespeare embrasse tout, ce qui n’est pas le cas de Bach… Et j’avoue que j’attends aussi la relève des chanteurs, les nouveaux Prégardien - que je cite parmi ces artistes profonds et intelligents qui m’ont eux-mêmes tant apporté -, et je ne les distingue pas encore.
AU COURS DES PROCHAINES FESTIVITÉS, NI MAHLER NI BRUCKNER NE SERONT AU PROGRAMME
Disons qu’en ce moment, je me sens plus de compétences ailleurs, notamment chez Beethoven.
APRÈS AVOIR LU VOTRE "CONVERSATION AVEC CAMILLE DE RIJCK", OÙ VOUS CONFIRMEZ UNE EXIGENCE INTELLECTUELLE INFINIE, PEUT-ON VOUS DEMANDER SI LA MUSIQUE VOUS ATTEINT AUSSI PAR DES VOIES SENSUELLES ? OU N’EST-ELLE QUE MÉTAPHYSIQUE ?
Je lis en ce moment un essai de Michel Houellebecq sur Schopenhauer, où cette question est abordée (silence). Mais c’est un peu complexe. Non, ce qui compte, finalement, c’est le "style", c’est-à-dire la "qualité de facture" proposée par un compositeur qui a quelque chose à dire sur le monde. Notre monde intérieur a toujours été façonné par des individus et non par des communautés. Le regard pénétrant et individuel d’un artiste, voilà ce qui m’intéresse. Et, du côté des compositeurs, seuls m’attirent les pionniers, ceux qui, par leur musique, approfondissent la compréhension du monde. Avoir du style et avoir quelque chose à dire, c’est la même chose. L’art offre un accès à la réalité, et le sujet, au fond, est indifférent. Les Valses de Strauss ou les opérettes d’Offenbach sont fantastiques, et bien plus intéressantes que les Passions de Telemann ou les oratorios de CPE Bach. Quant à la sensualité, ou au plaisir, je crois que l’Art de la Fugue de Bach - un sommet - n’était pas vraiment destiné à être joué mais plutôt à donner de l’émotion intellectuelle à ceux qui en faisaient la lecture.
ET LES VOLUPTUEUSES DISSONANCES DE GESUALDO, C’EST AUSSI POUR LA LECTURE ?
Oui, si c’était Stravinski qui les lisait…
ET LES COULEURS DE DEBUSSY ?
En effet, là, la forme rejoint le fond, Debussy fait de l’usage des couleurs un style nouveau.
ET LE RYTHME ? CHEZ LIGETI PAR EXEMPLE ?
Disons que chez lui, le rythme est le mariage - réussi - de l’intellect et de l’instinct. (Avec un sourire :) Ce sont les esprits forts qui créent le regard sur le monde.
Philippe Herreweghe sera aux Grandes Conférences catholiques le 9 mai, à 20h. Il donnera une répétition commentée de la Messe en si de Bach, bwv232. Infos : www.grandesconferences.be

UNE "CONVERSATION" À LIRE ET À ÉCOUTER
Livre. Outre le festival "Philippe Herreweghe 70" consacré aux esprits forts déjà évoqués - citons Monteverdi, Bach, Mozart et Beethoven, Brewaeys, Berlioz, ainsi que Debussy, Schubert et Dvorak (ces derniers lors du festival des Crete, en Italie) - l’anniversaire du chef gantois a suscité la publication d’un ouvrage associant une compilation de 5 disques et une "Conversation avec Camille De Rijck" (Outhere). Pour les fans de cet homme de radio, la découverte est double : Camille De Rijck écrit au moins aussi bien qu’il parle; et dans ce cas précis, il parvient à obtenir de son interlocuteur ce que peu (voire personne) n’avait jusqu’ici obtenu. Car, comme l’auteur le mentionne dans son avant-propos : "Au cours de ces dix heures d’entretien, il n’y eut que neuf ou dix questions, le reste étant la manifestation de torrents de pensée, sous forme de formidables jaillissements." Le résultat est dense, captivant, traversé de fulgurances jouissives et pourtant un peu noires, comme si l’approche du but engendrait de nouvelles opacités. 
Martine D. Mergeay 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CE GÉNIE DE CHEZ NOUS EST UN PUR AUTODIDACTE 

« Je suis un total autodidacte, j’ai acquis assez d’assurance dans le domaine musical (mais pour le reste, comme tout le monde, je suis de plus en plus perdu…) pour arriver à transmettre ma vision personnelle d’une œuvre. »
« Ce qui compte, finalement, c’est le "style", c’est-à-dire la "qualité de facture" proposée par un compositeur qui a quelque chose à dire sur le monde. Notre monde intérieur a toujours été façonné par des individus et non par des communautés. Le regard pénétrant et individuel d’un artiste, voilà ce qui m’intéresse.
Et, du côté des compositeurs, seuls m’attirent les pionniers, ceux qui, par leur musique, approfondissent la compréhension du monde. Avoir du style et avoir quelque chose à dire, c’est la même chose. L’art offre un accès à la réalité, et le sujet, au fond, est indifférent. »
Il n’y a rien à commenter mais simplement, il y a lieu de s’arrêter et de marquer une pause face à l’actualité trépidante qui nous donne le tournis et fait perdre tout sens de la réalité d’ l’existence. Les médias nous tournent la tête. Par chance il reste des artistes qui pratiquent l’excellence et nous ramènent au centre de nous-même. Philippe Herreweghe est de ceux-là et il parvient à nous mettre en contact direct avec l’équation personnelle de Bach, de Beethoven, ces pics de la civilisation européenne. Salut l’artiste et merci du fond du cœur.
  
« Je crois que l’Art de la Fugue de Bach - un sommet - n’était pas vraiment destiné à être joué mais plutôt à donner de l’émotion intellectuelle à ceux qui en faisaient la lecture. »
« Ce sont les esprits forts qui créent le regard sur le monde. »



Six ensembles et scènes belges donnent une série de concerts en l’honneur du chef d’orchestre 

Le chef d’orchestre Philippe Herreweghe aura 70 ans en mai. Les ensembles et les scènes belges, avec lesquels il collabore, célèbrent cet anniversaire par une dizaine de concerts. En outre paraîtra sur son propre label φ (PHI) un coffret CD qui revient sur sa carrière.
Étudiant, Philippe Herreweghe créa en 1970 le chœur Collegium Vocale Gent. C’est le point de départ d’un itinéraire fascinant, au cours duquel le chef et son ensemble allaient acquérir une notoriété mondiale et exercer une profonde influence par leurs lectures du répertoire de Bach. Philippe Herreweghe créa d’autres ensembles, tels que la Chapelle Royale (1977) et l’Orchestre des Champs-Élysées (1992) à Paris, et contribua au lancement de divers festivals, comme celui de Saintes (France) et du Collegium Vocale Crete Senesi (Italie). Depuis 1997, il est rattaché au Antwerp Symphony Orchestra en tant que chef invité permanent (principal guest conductor).
Aujourd’hui, Philippe Herreweghe est considéré comme un des chefs d’orchestre les plus importants de sa génération. Il est invité à diriger des formations mondialement connues, parmi les¬quelles le Concertgebouworkest Amsterdam, le Gewandhausorchester Leipzig ou encore le Mahler Chamber Orchestra, et il se produit dans les salles de concerts les plus prestigieuses en Belgique comme à l’étranger.
Six ensembles et scènes belges qui entretiennent un lien étroit avec lui – Collegium Vocale Gent, Antwerp Symphony Orchestra, Bozar, deSingel, AMUZ et Outhere Music – organisent ensemble, à partir de fin avril, un programme festif pour célébrer son anniversaire. La série de concerts dirigés par Philippe Herreweghe comportera quelques-uns des grands « classiques » du cantor de Leipzig : une sélection de cantates (le 4 mai à Bozar et le 18 mai à Het Concertgebouw Amsterdam) et la Messe en si mineur (le 10 mai à Bozar, le 11 mai au Muziekcentrum De Bijloke, le 12 mai au Concertgebouw Brugge, le 13 mai à deSingel). Ce programme propose également des madrigaux de Monteverdi (les 28 et 29 avril à AMUZ) et deux symphonies de Beethoven : la Troisième ou Héroïque (le 6 mai à la Elisabethzaal d’Anvers, et le 7 mai à Bozar, avec notament à l’affiche comportant Kristian Bezuidenhout) et la Neuvième, dans un concert intégrant une œuvre du compositeur belge Luc Brewaeys et le Tristia de Berlioz (le 19 mai à la Elisabethzaal, le 20 mai au Muziekcentrum De Bijloke et le 21 mai à Bozar). Le 2 mai, le Collegium Vocale Gent et plusieurs solistes amis offriront à Philippe Herreweghe un concert anniversaire à Bozar. Enfin, en août, le festival Collegium Vocale Crete Senesi (Sienne, Italie), dont Philippe Herreweghe est le directeur artistique, prolongera pendant une semaine la fête d’anniversaire.
À l’occasion des 70 ans du chef d’orchestre, la maison de disques Outhere Music, qui édite son propre label φ (PHI), sort un coffret spécial de CD sélectionnés parmi sa discographie riche de plus de 100 enregistrements. Le coffret est accompagné d’un livret présentant des entretiens de Philippe Herreweghe avec Camille De Rijck (RTBF – Musiq’3)


mercredi 26 avril 2017

Liberté de la presse: la Belgique 9e au classement mondial


Sur les 180 pays recensés, la Belgique gagne quatre places par rapport à 2016.


Si la Belgique remonte dans le classement mondial, «  jamais la liberté de la presse n’a été aussi menacée  » dans le monde, s’alarme Reporters sans frontières (RSF). Avec son rapport 2017, publié ce mercredi, RSF évoque les attaques anti-médias, les fausses informations, la répression et le triomphe d’« hommes forts  » comme Trump ou Erdogan.
La liberté de la presse connaît une situation «  difficile  » ou «  très grave  » dans 72 pays, dont la Chine, la Russie, l’Inde, presque tous les pays du Moyen-Orient, d’Asie centrale et d’Amérique centrale, ainsi que les deux tiers des pays d’Afrique, selon ce rapport.
Le Burundi (160e, -4), l’Egypte (161e, -2) et le Bahreïn (164e, -2) font ainsi leur entrée dans les bas-fonds du classement, comptant désormais parmi les 21 pays classés «  noirs  », c’est-à-dire où la situation de la presse est considérée comme « très grave  ». A l’extrémité du classement, la Corée du Nord, le Turkménistan et
DEUX-TIERS DES PAYS EN BAISSE DANS LE CLASSEMENT
«  Au total, près des deux tiers (62,2 %) des pays répertoriés ont enregistré une aggravation de leur situation  », s’inquiète RSF.
C’est le cas notamment du Mexique (147e), mais aussi de la Turquie, qui se retrouve reléguée à la 155e position après avoir perdu encore quatre places en 2016 (en douze ans, le pays a perdu un total de 57 places) et se distingue désormais comme la plus grande prison au monde pour les professionnels des médias.
Selon le rapport, l’obsession de la surveillance et le non-respect du secret des sources contribuent à faire glisser vers le bas de nombreux pays considérés hier comme vertueux, à l’instar des Etats-Unis (43e, -2), du Royaume-Uni (40e, -2), du Chili (33e, -2) ou encore de la Nouvelle-Zélande (13e, -8).
ERE DE LA POST-VÉRITÉ
«  L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis et la campagne du Brexit au Royaume-Uni ont offert une caisse de résonance aux discours anti-médias fortement toxiques, et fait entrer le monde dans l’ère de la post-vérité, de la désinformation et des fausses nouvelles. Parallèlement, partout où le modèle de l’homme fort et autoritaire triomphe, la liberté de la presse recule  », analyse RSF, qui pointe également la Pologne (54e, -7) et la Hongrie (71e, -4).
En tête du classement, même les habituels bons élèves nordiques sont pris en défaut : la Finlande (3e, -2), qui occupait la première position depuis six ans cède sa place, pour cause de pressions politiques et de conflits d’intérêts, au profit de la Norvège (1er, +2), qui ne fait pas partie de l’Union européenne. En deuxième position, la Suède gagne six rangs, suivie de la Finlande (3, -2).
La Belgique, quant à elle, arrive en neuvième position (+4), devant le Grand-duché de Luxembourg et l’Allemagne qui se classent respectivement en 15e et 16e positions, en statu quo par rapport à l’année dernière, ainsi que la France (39e, +6). 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’ÈRE DE LA POST-VÉRITÉ 

«  L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis et la campagne du Brexit au Royaume-Uni ont offert une caisse de résonance aux discours anti-médias fortement toxiques, et fait entrer le monde dans l’ère de la post-vérité, de la désinformation et des fausses nouvelles. Parallèlement, partout où le modèle de l’homme fort et autoritaire triomphe, la liberté de la presse recule . »
Le recul de la liberté de presse partout dans le monde correspond à une défaite de l’esprit critique face à l’arbitraire dogmatique qui partout gagne du terrain. C’est pourquoi la bataille électorale qui fait rage en France nous concerne tous, nous autres Européens.
Voter Marine Le Pen c’est accepter que la presse et la vérité soient toutes deux bâillonnées.
La liberté de presse et d’expression sont sans doute le plus belles conquête de la civilisation européenne. Elles remontent au XVIIIe siècle à peine et ont connu leur plein essor dans la seconde moitié du XXe siècle. On assiste aujourd’hui comme à un début de déclin de celles-ci. C’est extrêmement préoccupant. L’émancipation du citoyen européen repose sur deux piliers : la qualité  de l’enseignement initial et tout au long de la vie et d’autre part la liberté d’expression qui s’exprime dans la presse et désormais les réseaux sociaux.
MG

mardi 25 avril 2017

Les défis de Macron


Emmanuel Macron, au soir du premier tour de la présidentielle, le 23 avril 2017 à Paris. (Eric FEFERBERG/AFP)
EDITO. Après avoir dynamité le système, le candidat d'En Marche ! doit désormais traduire l’immense espoir qu’il a fait naître en actes concrets et solides.
  Matthieu Croissandeau L’Obs 



Une nouvelle ère commence. En propulsant Emmanuel Macron
etMarine Le Pen au second tour de la présidentielle, les Français ont envoyé un avis d’expulsion aux partis et aux responsables qui se partageaient le pouvoir depuis cinquante ans. Plusieurs règles jusqu’alors immuables de la Ve République sont devenues caduques. Le jeu mécanique de l’alternance ne fonctionne plus. La prédominance des partis non plus. On peut désormais naître et réussir en politique en moins d’un an, se placer au-delà des clivages classiques et briguer l’Elysée sans s'être jamais fait élire auparavant, ni avoir occupé de grandes responsabilités publiques.
Au terme d’une campagne chaotique et déconcertante, la prime a été donnée aux deux candidats qui ont su le mieux identifier les demandes qui structuraient cette élection : un profond désir de renouvellement et une réelle attente de protection. Macron a fondé son projet sur le premier en promettant un changement complet des hommes et des pratiques à défaut d’un changement complet de politique. Le Pen a préempté la seconde en préconisant le repli sur soi et le rejet de l’autre.
Ouverture ou fermeture, modernité ou tradition, libéralisme ou protectionnisme, optimisme ou pessimisme, Europe ou nationalisme… L’offre sur la table a rarement été aussi claire et contradictoire. La France est désormais découpée en deux camps qui ne se comprennent plus et ne paraissent plus partager grand-chose.
SE VOIR TROP BEAU, TROP VITE
On mesure là l’ampleur du défi qui attend Emmanuel Macron, favori du second tour, sur le papier seulement. Le plus dur commence en effet pour le leader d’En Marche !. D’abord mesurer la gravité de l’enjeu et ne pas succomber à la tentation de se voir trop beau, trop vite. Les premières phrases et les premières images du candidat d’En Marche ! dimanche soir ont montré qu’il n’était pas à l’abri de l’ivresse des cimes…
Gérer l’entre-deux-tours ensuite. Macron doit trouver les mots pour ne pas se laisser enfermer dans la caricature que son adversaire dessine, s’adresser à tous et en particulier aux plus fragiles.
Préparer la suite enfin, car la situation l’oblige. S’il ne veut pas répéter l’erreur de Jacques Chirac après sa victoire en 2002, l’ancien ministre de l’Economie va devoir apprendre à s’ouvrir sans se renier et bâtir une majorité pour les législatives. Après avoir dynamité le système, il doit désormais traduire l’immense espoir qu’il a fait naître en actes concrets et solides.
COLÈRE ET AMERTUME
Une lourde responsabilité pèse sur ses épaules. En s’érigeant comme dernier rempart contre le populisme ambiant, Macron sait qu’il ne peut pas décevoir. Car son succès programmé ne saurait faire oublier la menace frontiste.
Marine Le Pen s’est hissée au second tour avec près de 7,5 millions de voix. C’est un million de plus qu’en 2012. Malgré une campagne en demi-teinte, elle engrange, scrutin après scrutin. C’est dire si la mobilisation contre le Front national ne doit pas s’arrêter à mi-chemin.
C’est dire aussi si les atermoiements de certains sur la nécessité d’appeler clairement et fortement à voter contre la candidate de l’extrême droite laissent planer sur cet entre-deux-tours un parfum de colère et d’amertume.
Matthieu Croissandeau 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UN PROFOND DÉSIR DE RENOUVELLEMENT ET UNE RÉELLE ATTENTE DE PROTECTION » 

C’est à une véritable refondation de la Vème république que devra s’atteler le président Macron qui ne se veut ni de droite , ni de gauche mais de l’extrême centre.
S’il est élu, ce qui est vraisemblable mais nullement acquis d’avance, il devra «  s’ériger comme le  dernier rempart contre le populisme ambiant. Macron sait qu’il ne peut pas décevoir car son succès, certes programmé, ne saurait faire oublier la menace frontiste. »
Rappelons que Hillary Clinton entrée en « papabile »-sans jeu de mots- dans la grande campagne électorale présidentielle est sortie du « conclave » en simple citoyenne.   Qui entre au conclave en pape, c’est-à-dire en  « papabile »  en ressort le plus  souvent  cardinal.
Cet adage romain s'est souvent vérifié dans l'histoire politique également.
Les Français sont habités par « un profond désir de renouvellement et une réelle attente de protection. » Macron promet « un changement complet des hommes et des pratiques à défaut d’un changement complet de politique tandis que  Le Pen préconise le repli sur soi et le rejet de l’autre. »
MACRON C’EST «L’ OUVERTURE CONTRE LA FERMETURE, LA MODERNITÉ CONTRE LA TRADITION, LE LIBÉRALISME CONTRE PROTECTIONNISME, L’OPTIMISME CONTRE LE PESSIMISME, l’EUROPE CONTRE LE NATIONALISME… »
On mesure là peécisément l’ampleur du défi qui attend Emmanuel Macron, favori du second tour. A-t-il conscience de  la gravité de l’enjeu ? Sans doute : l’homme est intelligent et fin stratège.
Un bref regard sur la presse internationale montre à quel point  l’européanisme de Macron est observé avec enthousiasme chez nos voisins directs. Avec Macron, le projet européen passera ; avec Le Pen il se brisera. Les marchés financiers l’ont compris en générant une forte hausse boursière qui exprime leur confiance dans l’élimination de la menace FN résolument anti européenne. Mais ce n’est encore qu’un pari.
« Emmanuel Macron va devoir apprendre à s’ouvrir sans se renier et bâtir une majorité pour les législatives. Après avoir dynamité le système, il doit désormais traduire l’immense espoir qu’il a fait naître en actes concrets et solides. » Bref il lui faudra transfrormer l’essai et vite, très vite.

“De pragmatische koers van Emmanuel Macron biedt kansen om het politieke systeem in een nieuwe bedding te leggen.” De Morgen.
Le système des partis traditionnels prend l’eau et Macron offre une option alternative intéressante : non plus le modèle hiérarchique traditionnel du type « top-down » mais une approche de caractère plus horizontale qui cherche à combiner les meilleurs idées de divers programmes contrastés. Mais ça c’est la vision optimiste du phénomène Macron. L’homme n’a pas encore fait ses preuves.
Reste en effet à savoir s’il aura la force, l’énergie et surtout le talent politique de faire triompher ses idées concrètement et sur le terrain. En effet s’il ne devait offrir aux Français qu’un emballage séduisant des pratiques politiques anciennes, la gueule de bois qui succéderait alors à l’ivresse serait carrément catastrophique.
MG 


LA CAMPAGNE DE MACRON EST BIEN VISÉE PAR DES HACKERS RUSSES
• Par Marc de Boni Figaro

Une société de cybersécurité japonaise atteste que des campagnes d'attaques informatiques, similaires à celles qui ont plombé la campagne d'Hillary Clinton en faveur de Donald Trump, visent aujourd'hui le site d'En Marche !
Vendredi 14 avril dernier, Emmanuel Macron assurait dans une Interview au magazine Jeune Afrique qu'il saura se «faire respecter» par Vladimir Poutine. Pour la forme, le Kremlin lui a donné raison ce lundi en annonçant «Nous respectons le choix des Français». Mais en coulisses, il semble bien que la Russie ait un favori dans le scrutin. Le compte Twitter de la chaîne TV de l'armée Russe a d'ailleurs clairement pris parti le 23 avril en appelant ouvertement à voter Marine Le Pen, comme le relève ce mardi matin, la journaliste Bérengère Bonte. Mais ce n'est pas tout: la chaîne CNN confirme que des équipes de hackers russes ont pris pour cible le mouvement d'Emmanuel Macron En Marche!, avec des méthodes semblables à celles employés pour plomber la campagne d'Hillary Clinton aux USA.

Selon la firme spécialiste de cybersécurité Trend Micro, installée à Tokyo, le site d'En Marche aurait bien été visé ces dernières semaines par des tentatives malveillantes de récupération des données des internautes qui le visitent. Quatre sites appâts au nom et à l'apparence similaire à celui de l'ancien ministre de l'économie ont été découverts. Ils étaient destinés à capter les données personnelles des visiteurs imprudents, à l'image du nom de domaine mail-en-marche.fr déposé le 12 avril dernier. Averties de ces subterfuges, les équipes d'En Marche n'ont pas précisé si la campagne avait subi des désagréments ou non du fait de ces opérations.
Les services de sécurité de l'État, inquiets de voir se jouer un scénario similaire à la campagne Trump-Clinton, ont plusieurs fois alerté les équipes de campagne des candidats dès la fin 2016, au sujet des menaces informatiques, particulièrement virulentes en marge de ce scrutin. Une alerte renouvelée à la suite de ces découvertes, assure CNN. Quant à l'origine de ces attaques, tous les regards se tournent vers Moscou. En effet la France a déjà été la cible de pirates, lorsque la chaîne TV monde avait été piratée en 2015 par exemple. La responsabilité directe du gouvernement reste cependant difficile à prouver, alors que Vladimir Poutine a officiellement nié toute volonté d'ingérence dans le scrutin Français.
UN SOUTIEN DÉGUISÉ DE MOSCOU À LA CAMPAGNE DE MARINE LE PEN?
Mais pour l'universitaire américain de Columbia Jason Healey, CETTE VOLONTÉ D'INGÉRENCE NE FAIT AUCUN DOUTE: «LE RENSEIGNEMENT RUSSE A CERTAINEMENT DÉJÀ PROCÉDÉ À DU HACKING EN FRANCE ET NE VA PAS MANQUER DE CONTINUER». LA PROXIMITÉ ENTRE MARINE LE PEN ET LE DIRIGEANT RUSSE N'EST UN SECRET POUR PERSONNE, ET CE DERNIER À LONGUEMENT REÇU LA CANDIDATE EN AMONT DU PREMIER TOUR. Les orientations politiques anti-européennes et nationalistes des deux dirigeants politiques leur ont permis d'afficher un certain nombre d'intérêts communs. Mais pour le moment, la candidate soutenue par le FN reste donnée largement battue au second tour avec un écart autour de 10%.
Pendant la campagne du premier tour de cette présidentielle, en février dernier, les équipes d'Emmanuel Macron avaient déjà fait part de leurs inquiétudes et dénoncé des campagnes de calomnies circulant sur les réseaux sociaux, et animées selon eux depuis la Russie. Il avaient alors souligné que ces opérations malveillantes obtenaient un soutien tacite du gouvernement russe au travers des médias inféodés au pouvoir Russia Today et SputnikNews.. 


PASCAL DELWIT: "DÉFI EST LE PARTI LE PLUS PROCHE DE MACRON" 



Emmanuel Macron sera heureux d’apprendre que plusieurs partis politiques belges se revendiquent de son projet. Si l’on se base sur les communiqués de presse du CDH, de Défi et du MR envoyés aux rédactions dimanche soir, l’ancien ministre de François Hollande est l’homme providentiel. "Ni de gauche, ni de droite, Emmanuel Macron est libéral sur le plan économique", claironne Olivier Chastel. "Le CDH est heureux de voir Emmanuel Macron en tête du premier tour. Il démontre que la droite et la gauche, c’est dépassé", triomphe-t-on du côté de la rue des Deux Eglises. La palme du communiqué le plus chaleureux revient au parti d’Olivier Maingain : "Grâce à la lucidité d’Emmanuel Macron et à la clairvoyance des Français, la France représente l’espoir pour toute l’Europe. Les vieilles idéologies sont épuisées !"
"LE CDH EST DANS UN PARADOXE"
D’accord, mais laquelle de ces trois formations est la plus proche du jeune Macron ? Pour Pascal Delwit, professeur en science politique à l’ULB, c’est Défi qui arrive en tête. Suit le MR et enfin le CDH, le plus éloigné des trois par rapport à En Marche. "C’est le CDH qui en est le moins proche alors qu’il est présenté comme le parti le plus centriste, constate le politologue. Car Macron est libéral sur le plan socio-économique et libéral sur les questions de société. Sur des grandes questions telles que le cannabis, l’euthanasie, l’IVG, Macron est plus éloigné du CDH que de Défi, par exemple. Le MR est quant à lui dans un entre-deux, il est partagé sur les questions de société. Sur les questions socio-économiques, c’est également Défi qui en est le plus proche. Et le MR est plus proche de Macron sur ce point que ne l’est le CDH. Mais c’est une question de gradation. Le CDH est dans un paradoxe car il siège avec Les Républicains au Parlement européen tout en se revendiquant de Macron. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET  DE DROITE ET DE GAUCHE OU NI L’UN NI L’AUTRE MAIS SURTOUT DE L’EXTRÊME CENTRE 


LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE VUE DE L’ÉTRANGER : SAUVER L’EUROPE
MARIE-CÉCILE NAVES LIBÉRATION 

Les journaux allemand ont tous fait leur une du 24 avril 2017 sur le résultat des élections en France. Photo John MacDougall / AFP
Vu de l'étranger, le second tour de la Présidentielle française est largement appréhendé au prisme de la construction européenne et de la mondialisation.
L’élection présidentielle française est scrutée à l’étranger, d’une part parce qu’elle incarne le troisième grand test pour le populisme d’extrême droite après le référendum sur le Brexit et l’élection de Trump, d’autre part – et c’est bien sûr lié – parce que notre pays continue d’incarner les valeurs républicaines et démocratiques, enfin parce que la France constitue un pilier d’une Union européenne libérale honnie par Le Pen et défendue par Macron. L’enjeu européen, peu débattu pendant la campagne française et peu évoqué au cours de la soirée électorale du 23 avril, est en effet fondamental pour les médias américains, britanniques et allemands, pour ne citer qu’eux.

Le refus du Front national


Editorial. La présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle et la défaite cuisante des candidats de LR et du PS font peser une menace inédite.
LE MONDE Par Jérôme Fenoglio (Directeur du "Monde")



 Le bouleversement du paysage politique provoqué par le premier tour de la présidentielle, ce dimanche 23 avril, allie deux caractéristiques d’apparence contradictoire : à la fois prévisible et radical, attendu et néanmoins surprenant. Il était prévisible parce que les instituts de sondages, irréprochables tout au long de cette campagne, avaient annoncé la physionomie du second tour depuis plusieurs semaines.
Dans le cas d’Emmanuel Macron, cette perspective est récente, elle a grandi à chacun des nombreux coups de théâtre de cette période, dont le candidat a su profiter avec talent. Pour ce qui est de Marine Le Pen, les choses se dessinent depuis plus longtemps. La vie politique française se structure depuis plus de deux ans autour de cette certitude que la présidente du FN occuperait l’une des deux places convoitées, et que tous les autres devraient se battre pour la seconde.
C’est arrivé, comme prévu, malgré une mauvaise campagne de la candidate FN, et un score en retrait par rapport aux différentes élections depuis 2012. Mais il ne faudrait surtout pas que la banalisation de ce résultat relativise la gravité de la blessure infligée à la nation. Pour la première fois, le FN vient de dépasser les 20 % de voix à une élection présidentielle. Sa candidate y a établi le record de suffrages de son parti, avec 7,6 millions d’électeurs, soit 2,8 millions de plus que son père au premier tour de la présidentielle de 2002. Pour la deuxième fois en quinze ans, un parti nationaliste et xénophobe, manipulé par un clan familial cynique et affairiste, se qualifie ainsi pour l’échéance majeure de notre système politique.
UN REFUS SANS FAILLE DU FN
Cette récurrence devrait à la fois alerter sur l’état de notre démocratie, et déclencher, comme en 2002, un refus sans faille. Pour Le Monde, cette réaction ne souffrira pas la moindre ambiguïté. Nous avons redit, avant le scrutin, que le Front national est incompatible avec chacune de nos valeurs, avec notre histoire et notre identité. Logiquement, nous souhaitons donc la défaite de Marine Le Pen et appelons pour cela à voter en faveur d’Emmanuel Macron.
Mais le pire, le plus dangereux, le plus irresponsable pour l’avenir de notre pays, serait de considérer que ce prévisible-là est acquis, que la victoire du candidat d’ « En marche ! » ne souffre pas l’ombre d’un doute. Une comparaison devrait suffire à convaincre de la fragilité de ce pronostic. Emmanuel Macron se lance dans cette deuxième partie de campagne avec 62 % des intentions de vote (selon Ipsos Sopra-Steria) là où Jacques Chirac avait conclu la sienne à 82,2 % des suffrages. Vingt points se sont évaporés en quinze ans. Comme se sont volatilisés les appels à manifester de 2002 ou la notion même de « front républicain » opposé au FN.
C’est le défi que rencontrent les dynamiteurs de système : ils doivent se mouvoir dans un environnement où plus rien n’est stable. Le souffle de l’irruption fulgurante d’Emmanuel Macron a causé d’innombrables dégâts dans les formations majeures de la politique française. Les deux partis de gouvernement et d’alternance sont pour la première fois absents en même temps du second tour, ce qui n’était jamais arrivé à la droite. Le PS a chuté à un score qui le renvoie aux heures les plus difficiles de la SFIO, il y a plus d’un demi-siècle. La droite, pour n’avoir osé tirer la conclusion qu’un candidat discrédité éthiquement ne pourrait se qualifier politiquement, subit une humiliation d’autant plus cuisante qu’elle est infligée par un ancien ministre de François Hollande, président honni dans ce camp, allié à l’autre repoussoir, François Bayrou.

SURMONTER LA COLÈRE
De l’ampleur de ces déconvenues ont fatalement jailli beaucoup de rancœur et d’amertume. Benoît Hamon a su les surmonter pour lancer un appel digne en faveur de l’ancien ministre de l’économie. Mais, à droite, les choses semblent beaucoup moins faciles à digérer. Nombre de dirigeants, et d’éditorialistes, font mine de croire que le résultat est certain, pour se dispenser de donner une consigne claire. Beaucoup d’électeurs conservateurs auront sans doute du mal à surmonter leur colère, tant ils ont été chauffés à blanc par un François Fillon, appuyé par les militants de Sens commun, qui n’a pas hésité à tirer toutes les ficelles des extrémismes – incluant complotisme et mise en cause des médias et de la justice – dans sa fuite en avant.
Emmanuel Macron devra également tenir compte de l’ampleur de la protestation sociale mise en avant par le très bon score du leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon. Rompant avec toutes les traditions de la gauche, celui-ci a refusé, dimanche soir, d’appeler à voter pour l’adversaire du FN. Nul doute qu’un nombre non négligeable de ses électeurs seront tentés par la même attitude. Pour les convaincre de changer d’avis, le candidat centriste ne devra surtout pas commettre la même erreur qu’Hillary Clinton, qui n’avait tiré aucune conséquence de la longue résistance que lui ont opposée les électeurs de Bernie Sanders. Pour rappel, la candidate démocrate était donnée comme triomphatrice certaine face à Donald Trump, à deux semaines du vote américain.
Le risque d’une abstention massive, un dimanche d’élection qui tombera au milieu du pont du 8 mai, est également loin d’être négligeable. Emmanuel Macron a donc moins de quinze jours pour démontrer à tous ces électeurs réticents qu’il a pris la mesure du choc subi par le système politique français.

  Jérôme Fenoglio (Directeur du "Monde")
Directeur du "Monde"


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
15 JOURS POUR CONVAINCRE

« Le risque d’une abstention massive, un dimanche d’élection qui tombera au milieu du pont du 8 mai, est également loin d’être négligeable. Emmanuel Macron a donc moins de quinze jours pour démontrer à tous ces électeurs réticents qu’il a pris la mesure du choc subi par le système politique français »
Le pont aux-âne du 8 mai, du « oui mais » ; telle est la nouvelle métaphore de la démocratie : le vote de « barrage à la démocrature » ou le « pont » à la campagne ou sur les plages ? On en est là désormais dans nos démocraties  gangrenées par le consumérisme à outrance. Le Français serait-il devenu consommateur de loisirs avant que d’être citoyen ?
MG  

 
PRÉSIDENTIELLE: MACRON RÉCOLTE 35,5% DES VOIX DES FRANÇAIS DE BELGIQUE
Le Soir
Marine Le Pen arrive en revanche à la cinquième place, avec 7,3 % des voix. 


• © Pierre-Yves Thienpont / Le Soir
Les Français vivant en Belgique ont été nombreux à voter ce dimanche. Au total, ils étaient 46.184 à s’être rendus dans toute la Belgique pour choisir leur candidat à l’élection présidentielle.
Et c’est Emmanuel Macron qui sort grand vainqueur avec 35,5 % (16.412 voix), suivi par François Fillon (22,5 % – 10.412 voix) et Jean-Luc Mélenchon, qui talonne de près le candidat Les Républicains avec 20,4 % (9.431 voix).
Comme en France, Benoît Hamon est à la traîne : il ne récolte que 9,5 % des voix (4.409 voix). C’est toutefois plus élevé qu’en Métropole… En revanche, Marine Le Pen se trouve loin derrière avec un score de 7,3 %, soit 3.390 voix.
Jacques Cheminade finit quant à lui bon dernier avec 113 personnes ayant voté pour lui, ce qui correspond à 0,2 % des voix.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOILA QUI PLAIDE EN FAVEUR DE L’IMMIGRATION 

Le plus remarquable est le score de Le Pen à 7,3%.

lundi 24 avril 2017

Macron vers l'Elysée


Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
En devançant Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle, le candidat d'En marche ! est le favori à la succession de François Hollande. Un parcours exceptionnel à contre-courant de la contestation de la mondialisation et de l'Europe. Porte-parole de celle-ci, Marine Le Pen l'affrontera au second tour. Une élection historique : la droite et la gauche classiques sont promises à des rénovations douloureuses. 



© REUTERS
Il l'a fait. Emmanuel Macron est désormais le grand favori pour succéder à François Hollande à la présidence de la France. On avait un peu oublié le caractère exceptionnel de son aventure politique parce que depuis quelques mois, il s'était installé dans le duo de tête des sondages à la faveur de la dégringolade de François Fillon empêtré dans le Penelopegate. Mais, dans le même temps, on suspectait dans le caractère volatil de son électorat le critère qui pourrait le faire échouer en bout de course. Surtout, Emmanuel Macron, le pro-européen, le partisan de la mondialisation, le candidat trop frêle sur les sujets régaliens comme l'immigration, la sécurité ou le terrorisme surgi comme une épée de Damocles en fin de campagne, apparaissait vraiment à contre-courant des grandes tendances de l'époque et de la campagne. Et pourtant, il l'a menée à bien son incroyable opération. Apparu au devant de la scène politique il y a trois années à peine, érigé en leader d'un mouvement En marche ! sorti de nulle part il y a seulement un an, lancé dans la campagne avec moins de 10 % des intentions de vote, il a réussi son pari : créer une figure politique crédible pour présider la France, transcender le vieux clivage gauche-droite honni par beaucoup et figurer comme le meilleur rempart contre l'extrême droite. C'est inédit et cela questionne évidemment le rôle des familles politiques traditionnelles dans les démocraties européennes, même si on pourra opposer que le candidat central à défaut d'être centriste a bénéficié de circonstances pour le moins particulières.
La candidature de tout responsable du PS, on le savait, allait être entravée par le bilan médiocre de la présidence de François Hollande. Celle de Benoît Hamon a pâti en plus de l'incapacité du frondeur de recentrer son discours pour rassembler les troupes socialistes et se soustraire à la comparaison désavantageuse avec un Jean-Luc Mélenchon, bien plus habile technicien. Face au même bilan présidentiel, la candidature de François Fillon, sorti triomphant des primaires, était vouée à une victoire aisée. L'ancien premier ministre a lamentablement gâché cette perspective par des pratiques controversées longtemps occultées, par une défense calamiteuse une fois qu'il fut mis en cause et, politiquement, par son incapacité, lui aussi, à recentrer un projet trop libéral et trop conservateur pour séduire l'électorat de centre-droit.
IL L'A FAIT. EMMANUEL MACRON EST DÉSORMAIS LE GRAND FAVORI POUR SUCCÉDER À FRANÇOIS HOLLANDE À LA PRÉSIDENCE DE LA FRANCE.
Avec l'élimination du second tour des deux grands piliers de la démocratie française, l'élection présidentielle française 2017 revêt un caractère historique. Elle annonce l'entrée de la France dans une nouvelle ère qui recèle encore beaucoup d'incertitudes. Car l'autre événement qui la caractérise est l'accession - attendue - de Marine Le Pen pour la deuxième manche le 7 mai. Le 21 avril 2002, le précédent de Jean-Marie Le Pen avait résonné comme un coup de tonnerre. Cette année, c'est la non-qualification de sa fille qui aurait créé l'événement. Preuve que l'opération de dédiabolisation du Front national voulue par sa présidente a incontestablement porté ses fruits. D'autant plus que si les sondages qui en France, n'ont pas été pris en défaut, prédisent un succès de Macron face à elle, ils lui promettent aussi une marge de progression de 15 à 20 points au second tour. La prudence est donc de mise avant de formuler tout pronostic. Néanmoins, l'avance du candidat d'En marche ! au premier tour, la persistance, même s'il est mis à mal, d'un front républicain et les inquiétudes que provoquent certains points du programme du FN même auprès des perdants de la mondialisation plaident en faveur de la victoire d'Emmanuel Macron.
Pour autant, celui que l'on accuse parfois de "populisme des élites" aurait tort de croire la victoire assurée dans quinze jours face à la reine du populisme de droite. Pour Emmanuel Macron, c'est peu dire que le travail ne fait que commencer 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
OH YES HE CAN 

“Plus jeune que  John F. Kennedy, plus libéral que Tony Blair, plus européen que Gerhard Schröder » (FAZ) Emmanuel Macron est le chouchou des Français : « Je veux être président, je vous ai compris, je vous aime. »
Tout est dit en une phrase, comme l’observa Anne Fulda et on relèvera la référence au Général et les deux bras tendus en V. 
« L'élection présidentielle française 2017 annonce l'entrée de la France dans une nouvelle ère qui recèle encore beaucoup d'incertitudes : l'opération de dédiabolisation du Front national voulue par sa présidente a incontestablement porté ses fruits. Pour autant, celui que l'on accuse parfois de "populisme des élites" aurait tort de croire la victoire assurée dans quinze jours face à la reine du populisme de droite. Pour Emmanuel Macron, c'est peu dire que le travail ne fait que commencer »
C’est dire si le pari d’Emmanuel Macron est carrément gaullien, façon 18 juin 1940. Comme le Général, il se dresse contre le lepénisme, une nouvelle version du pétainisme, comme lui en 1958 il a mis les grands partis au tapis.
Tout peut arriver au cours des deux semaines qui nous séparent du second tour. Mais surtout, quelle sera l’issue des élections législatives, la fameux troisième tour ?
La droite va se mobiliser autour d’un nouveau leader, probablement le sémillant François Baroin, candidat  à une probable cohabitation, laquelle rappellerait la formule de la grande coalition allemande CDU-SPD. « On », c’est-à-dire tous les Européen de cœur et de conviction lui souhaite bonne chance et surtout de relancer le puissant moteur franco allemand.  « Nichst ist unmöglich für das Wunderkind Macron ».
„Pourvou que ça doure !“
MG

NICHTS IST UNMÖGLICH FÜR DAS WUNDERKIND
FAZ
Jünger als John F. Kennedy, liberaler als Tony Blair, europäischer als Gerhard Schröder: Emmanuel Macron scheint an diesem Abend alle zu überstrahlen. Doch im Lager von Marine Le Pen jubeln deren Anhänger genauso siegesgewiss. 



© EPAEmmanuel Macron, parteiunabhängiger Kandidat, ist der Gewinner des ersten Wahlabends

Der Jubel will nicht abebben. In der Halle 5 des Pariser Messegeländes an der Porte de Versailles liegen sich die Anhänger Emmanuel Macrons in den Armen, hüpfen vor Freude. Es sind viele junge Leute dabei, sie tragen blaue, gelbe oder rosafarbene T-Shirts mit der Aufschrift „Emmanuel Macron Président!“, die am Eingang verteilt worden waren. „Macron Président“, schallt es immer wieder, der Saal scheint nur noch einen Gewinner zu kennen. „Als wir ,En marche‘ gegründet haben, sagten alle, das ist unmöglich. Wir haben gezeigt, dass nichts unmöglich ist“, sagt Gérard Collomb, der Bürgermeister von Lyon und politische Mentor Macrons im Fernsehen. Der Saal jubelt. An diesem Abend scheint es tatsächlich, dass nichts unmöglich ist.

dimanche 23 avril 2017

Les cinq enseignements d'un premier tour hors norme

Par David Carzon — Libération




Lors du grand débat, le 4 avril. Photo Lionel Bonaventure. AFP

Les cinq enseignements d'un premier tour hors norme
Voici, à chaud, les premiers enseignements que l’on peut tirer de ce premier tour de la présidentielle qu’on nous promettait très serré et qui a tenu ses promesses.
LA CARTE DU HORS SYSTÈME ÉTAIT LA BONNE
Avec sa ligne «et de gauche et de droite», Emmanuel Macron réalise ce qui paraissait impensable il y a encore peu pour un candidat sans expérience ou presque : brûler la politesse aux partis politiques – et aux différents représentants de toute la gauche – pour imposer sa candidature et arriver en tête du premier tour de la présidentielle. Ce qui avait été présenté comme une bulle qui allait forcément exploser a tenu le choc malgré les critiques venues de toutes parts, notamment dans la dernière ligne droite. Le renoncement de Hollande, les ennuis judiciaires de François Fillon, l’éviction de ses principaux concurrents, la mauvaise campagne de Benoît Hamon… Les planètes n’ont cessé de s’aligner pour Emmanuel Macron. Rien n’est joué pour le second tour, mais dans toutes les configurations imaginées par les instituts de sondage, celle d’un duel face à Marine Le Pen était la plus favorable pour lui. Il lui reste toutefois à convaincre les électeurs de Mélenchon de voter pour lui s’il veut un rassemblement républicain le plus large possible.
RENDEZ-VOUS AVEC LA JUSTICE POUR FILLON
Au sortir de la primaire de la droite et du centre, cette élection présidentielle paraissait imperdable pour la droite, et pour François Fillon. Il n’a pas seulement été rattrapé par les affaires d’emplois supposés fictifs. Sa gestion de ces polémiques a laissé entrevoir un autre visage que celui sur lequel reposait toute sa campagne. Impossible de tenir un discours d’intégrité, de vérité et de sacrifice aux électeurs, même ceux de son propre camp, quand un tel doute plane. Si sa capacité de résilience a surpris tout le monde et l’a permis de rester dans la course jusqu’à la fin, il a dû se reposer sur la frange la plus réactionnaire de ses soutiens. Tout cela laisse augurer de profonds remaniements à LR après cet échec annoncé. Car avec Macron en tête et François Fillon sorti dès le premier tour, c’est un peu aussi la vengeance d’Alain Juppé, malheureux à la primaire de droite et qui avait failli ensuite remplacer le candidat LR au plus fort de la polémique. Le rejet du représentant de la droite républicaine et le vote en faveur de la ligne d’En marche peuvent lui laisser des regrets. François Fillon lui va pouvoir se consacrer désormais entièrement à ses ennuis judiciaires.
LES PRIMAIRES, UN RENOUVEAU MAL EN POINT
Les primaires ont du plomb dans l’aile. Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, désignés ou autodésignés candidats de la manière la plus classique possible font mieux que les vainqueurs des primaires des deux principaux partis de France, éliminés dès le premier tour… Pas certain que ce qui était présenté comme un renouveau pour la démocratie survive à cette présidentielle.
PAS D’EFFET «ATTENTAT»
L’attaque des Champs-Elysées, jeudi, a rappelé que le terrorisme islamiste pouvait perturber ce processus démocratique. Si Marine Le Pen arrive au second tour, elle ne semble pas avoir profité du climat de terreur sur lequel elle croyait pouvoir compter. Même constat pour François Fillon. D’autre part, l’élection de dimanche s’est déroulée dans un climat de tension palpable, mais aucun incident n’a été signalé.
LES SONDAGES BATTENT LES BIG DATA
Qui prédira le mieux le résultat de ce premier tour entre les sondeurs «classiques» et les mesures basées sur le poids numérique des candidats ? C’était l’autre affrontement en toile de fond durant toute cette campagne. Et après les élections récentes qui ont consacré des surprises (Trump, Brexit…), tous les sondeurs étaient attendus au tournant. Finalement, ils ont vu assez juste dans les dynamiques qu’ils ont publié au jour le jour. Les Big Data qui promettaient l’avènement de Fillon notamment ont encore des progrès à faire.
David Carzon 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE SORTE DE CHARLES DE GAULLE JEUNE, CULTIVÉ, SURDOUÉ SANS VAREUSE MILITAIRE NI KÉPI DE GÉNÉRAL DE BRIGADE

Emmanuel Macron a remporté cette première manche avec brio. Sauf surprise imprévisible d’ici au second tour, il sera président de la république. Mais il lui restera à remporter un troisième tour, celui des législatives et surtout à affronter l’épreuve du feu. Certes cet homme est brillantissime mais aura-t-il la carrure pour remplir le costume de président et le cuir assez dur pour faire face à toutes les épreuves qui l’attendent ? Il n’a pas l’expérience de François Fillon, ni la gouaille de Jean-Luc Mélenchon, ni le culot de Marine Le Pen. Et après ?
Il a tellement d’autres talents et les Français aspirent à un style de gouvernance radicalement différent après l’hyper et l’hypo-présidence. Le jeune Macron est capable de relever ce défi intellectuellement et physiquement. Puisse la France, ce fleuron terni de l’esprit, retrouver avec ce fringant président son dynamisme, son enthousiasme et son élan européen. Emmanuel Macron n’a droit ni à l’échec ni à l’erreur. Cet éternel premier de classe a le devoir de réussir pleinement, faute de quoi, les Français se tourneront définitivement vers le Front National qui les conduira au désastre. Il est en quelque sorte leur ultime recours : une sorte de Charles De Gaulle jeune sans vareuse militaire ni képi de général de brigade.
MG

Les Turcs tournent le dos à la Belgique


Discours du président turc Recep Tayyip Erdogan à Hasselt le 10 mai 2015. © Belga Image 

Le Vif
Le nombre de Turcs qui quittent la Belgique a augmenté ces dix dernières années, rapportent Het Nieuwsblad et la Gazet van Antwerpen vendredi.

En 2015, 1.351 Turcs ont quitté la Belgique, soit deux fois plus qu'il y a 15 ans. Parallèlement, le nombre de Turcs qui arrivent en Belgique a diminué ces dix dernières années. Le solde migratoire est resté positif sur cette période mais a été presque divisé par quatre, selon des chiffres du SPF Economie.
"L'envie de s'établir en Turquie est très présente au sein de la communauté turque, surtout chez les jeunes", indique Zeynep Balci, de l'université d'Anvers, qui a étudié ce phénomène. "Les principales raisons évoquées sont la discrimination dans l'enseignement et sur le marché du travail. Ils sont souvent très instruits, mais éprouvent des difficultés à trouver un emploi."
"J'ai aussi discuté avec des jeunes qui étaient déjà partis et qui se sont rendus compte une fois sur place que l'image qu'ils se faisaient de la Turquie ne correspondait pas à la réalité. Ils ne se sentaient pas Belges en Belgique, mais pas non plus Turcs là-bas." 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ILS NE SE SENTENT PAS BELGES EN BELGIQUE, MAIS PAS NON PLUS TURCS LÀ-BAS 

"Les principales raisons évoquées sont la discrimination dans l'enseignement et sur le marché du travail. Ils sont souvent très instruits, mais éprouvent des difficultés à trouver un emploi."
Attention ceci est extrêmement préoccupant. Ce sont toujours les meilleurs qui partent, les plus téméraires, les plus entreprenants, les mieux formés. Les racistes et xénophobes du café du commerce diront « bon débarras ». Ils se trompent lamentablement. Encore une fois, allez voir sans tarder « les enfants du hasard », ce magnifique film qui montre comment s’est faite l’intégration de la population turque qui dans les années 70 est venue travailler dans les charbonnages du « hasard ». Ce film nous montre comment une enseignante d’élite réussit à sensibiliser à nos valeurs et à l’esprit critique une communauté d’enfants turcs imprégnés par la culture du pays d’origine, celle des grands-pères venus travaillait dans la mine wallonne dans les années 70. Ce sont les meilleurs qui alors ont tout quitté là-bas pour tenter un autre avenir ici. Oui cette immigration était une chance pour la Wallonie. Elle fut si voulue par les employeurs belges et par le monde politique obsédé par le déclin démographique wallon.
Ces Turcs de la diaspora, rejetés par les populations locales, mal intégrés par l’école se sont organisés en communautés fermées. Aujourd’hui, les plus téméraires d’entre retournent au pays d’origine.
Des immigrés économiques sans qualification ni maîtrise de la langue française les remplaceront. Pas sûr que la Wallonie et gagnera au change.
MG

samedi 22 avril 2017

The Trump pense que l'attentat de Paris "aura un gros effet sur l'élection présidentielle"


Le Vif
L'attentat de Paris "aura un gros effet sur l'élection présidentielle" française, a estimé vendredi le président américain Donald Trump dans un tweet. 


© REUTERS 

"Une autre attaque terroriste à Paris. Le peuple français n'acceptera pas cela très longtemps. (Cela) aura un gros effet sur l'élection présidentielle", a écrit le président américain, après l'attentat sur les Champs-Elysées à Paris qui a coûté la vie jeudi soir à un policier, à trois jours du premier tour de l'élection présidentielle française, dimanche.
La fusillade a été revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a présenté l'assaillant comme l'un de ses "combattants". L'homme a été abattu. Deux autres policiers ont été blessés. Une passante a également été touchée.
Cette attaque intervient dans le contexte d'une élection présidentielle très indécise et sous très haute surveillance, alors que la France a subi en 2015 et 2016 une vague inédite d'attentats qui ont fait 238 morts, et ont visé à plusieurs reprises forces de l'ordre et militaires.
Un autre attentat a été déjoué en début de semaine selon les autorités avec l'arrestation mardi de deux hommes soupçonnés de préparer "une action violente" et "imminente".
L'ancien président américain Barack Obama avait évoqué jeudi "l'importante élection présidentielle" en France, au cours d'un entretien téléphonique avec le candidat centriste Emmanuel Macron, placé en tête des sondages de ce premier tour avec Marine Le Pen.
La chef de file de l'extrême droite et le conservateur François Fillon ont annulé leurs derniers déplacements de campagne prévus vendredi, à la lumière de cet attentat. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA GRANDE DÉTRESSE DES CAMPAGNES 

Il y a quelques bonnes raisons de penser que, pour une fois, ce que nous annonce Trump n’est pas, à proprement parler, du  Fake News.
Ceux qui savent l’anglais liront avec consternation l’excellent article que The Guardian consacre à la montée du FN dans le monde rural français là où, semble-t-il, règne la plus grande misère, plus préoccupante encore que dans les grandes banlieues françaises. Ces Français qui se sentent déshérités de tout et qui autrefois votaient communiste se tournent désormais vers Marine Le Pen qui regardent comme ultime recours. Autrement dit, la France profonde est de plus en plus lepéniste et c’est franchement préoccupant. « Her party’s central message of keeping France for the French – giving priority to French people over non-nationals in jobs, housing and welfare, as well as a ban on religious symbols, including the Muslim headscarf, from all public places – has a resonance in rural communities, even where immigration is very scarce.”
“Guy Doussot, the Socialist mayor of Château-Chinon, said the rise of the Front National locally was symbolic of a rise of the far right all over France. “It worries me,” he added”
C’est au premier tour que se jouera le destin de la France pour les années à venir.
MG

THE REAL MISERY IS IN THE COUNTRYSIDE': SUPPORT FOR LE PEN SURGES IN RURAL FRANCE
RIFT BETWEEN AILING RURAL AREAS AND FARAWAY BIG CITIES IS WHERE THE FRONT NATIONAL LEADER LOOKS SET TO MAKE HER BIGGEST VOTER GAINS.
The Guardian

Sitting at his kitchen table in a remote farmhouse in the Morvan hills of Burgundy, with a calculator, bills and debts piled up in front of him, Jean-Marc, a 50-year-old Charolais cattle farmer, had decided to vote for the far-right Front National leader, Marine Le Pen, for the first time this weekend.
“A whole French way of life is under threat,” he said, looking at an old photograph of his father working the land with a horse-drawn plough. “I work 70 hours a week and I can’t make a profit from my animals. It’s misery. I’ll be in debt until I die. And if we replace the French with immigrants, this country’s whole identity will change. We’ve got to protect the French.”
Outside, his herd of 160 neatly brushed prime cattle were ready to go out to pasture on his meadows. The farmer, who used to vote for the right’s Nicolas Sarkozy, depends on EU subsidies for survival. “Without subsidies, I wouldn’t exist, I’d be finished,” he said.
But he was proudly voting for Le Pen, who wants France to leave the EU. “Subsidies are going down and I’m afraid we might lose them one day anyway,” he said. There was “more and more talk of votes for Le Pen” in farming communities, but he still did not want his real name published. In the countryside, where everyone knows everyone else, he felt it was “better to be discreet”.
As Le Pen ramps up her hardline security and anti-immigration message in the final days before Sunday’s first-round vote, she is in part appealing to those in rural communities where her support base has been growing fastest. After a police officer was shot dead on the Champs Élysées on Thursday night in an attack claimed by Islamic State, Le Pen cancelled her last day’s campaign events. She said there must be a crackdown on “Islamic fundamentalism” in France.
Her party’s central message of keeping France for the French – giving priority to French people over non-nationals in jobs, housing and welfare, as well as a ban on religious symbols, including the Muslim headscarf, from all public places – has a resonance in rural communities, even where immigration is very scarce.
Le Pen is looking to the countryside as she fights to mobilise her full voter base. Her poll figures have dipped and she and three other candidates – the centrist Emmanuel Macron, the rightwing François Fillon and the hard-left Jean-Luc Mélenchon – are now so close it is impossible to predict which two will proceed to the second round.
Nièvre, the poorest département in Burgundy, is a traditional heartland of the French left. For 40 years it was the rural power base of the former Socialist president François Mitterrand, who was mayor of the small town of Chäteau-Chinon for 20 years.
“This place has been leftwing since the French revolution,” one local Socialist politician boasted, adding that Nièvre was a focal point for the French resistance during the second world war. And yet, the Front National more than doubled its vote here in the previous regional elections, and it is here in Burgundy that Le Pen is hoping for some of her highest scores.
Le Pen’s rural target is not just farmers, who are shrinking in number in France and represent about 1% of the electorate. Her base comprises people living in modest towns and country villages far away from big cities, who have felt the sharp edge of France’s decades of mass unemployment, who have seen factories close and local shops and services disappear, in places where the population is ageing, young people are leaving and those who stay have to drive long distances to see a doctor, or sometimes even to post a letter.
Le Pen deliberately combined her vast urban campaign rallies with small-scale appearances in denim jeans at meetings in village squares and barns, appealing to the people she says live in a “forgotten France” neglected by the “globalised elite” of cosmopolitan cities. That rift between what is seen as a neglected France on the periphery and faraway “bubble” of the big cities is where she hopes to make her biggest gains.
“People have had enough, they want to kick the system”, sighed one shop worker in Château-Chinon. “Things have got to change,” added a retired factory worker. “The political class are rotten to the core. All you’re going to hear round here is one message: Get rid of them all, kick them out. Start afresh.”
With its deserted streets and ‘for sale’, the village of Varzy symbolises the plight of the depressed French hinterland, a key theme in the presidential race.

More than 15% of people in Nièvre live below the poverty line. It has one of the lowest life expectancies in France and has lost more than a quarter of its doctors in the past 10 years as they retire and move away.
“There’s no work, there are no doctors, there’s nothing, it’s dead,” said a pensioner who said she struggled to make ends meet at the end of each month and had once turned to food banks for meals. Three-quarters of people she knew would be voting Le Pen, she estimated. She used to vote Socialist and said she had resisted voting Front National until now because she had an uncle who had been deported to concentration camps during the second world war, and she used to fear the far right posed a threat to democracy.
“But right now, to put this country back in order, Marine Le Pen is the only one up to the job,” she said. “We’ve reached saturation point.” She thought the government was putting “foreigners first” for benefits and housing, while neglecting the “misery” that French people were living in. “Britain opened its eyes with Brexit, closed the borders. We’ve got to do the same,” she said.
One retired builder had switched from Communist to Marine Le Pen – in part as a protest vote, in part because she would “get rid of” what he described as “a certain population” of immigrants, and also because “I like her a lot”. He felt she would sort out pensions and the economy.
BRITAIN OPENED ITS EYES WITH BREXIT, CLOSED THE BORDERS. WE’VE GOT TO DO THE SAME
In a country where the pollster Bernard Sananès recently said every other person now knew someone in their circle who could not find a job, more work was the chief concern of voters on Château-Chinon’s main street.
“If jobs were brought back, 80% of the other problems would be fixed,” said Didier Felzines, who owned a bike shop. “The rise of racism would be sorted too, because why do people become scared of others? Because there aren’t any jobs left … As soon as a foreigner arrives, they say: ‘Oh no, he’s going to take the jobs’. If there were more jobs, people would be happy to see foreigners, there would be no more fear.”
Harold Blanot, 30, is a forestry trader from a village in Morvan, where he said his family of woodcutters had lived for generations. He joined the Front National aged 18 because he supported the 2005 no vote in France’s referendum on the EU constitution and because of the urban riots that spread through housing estates that year after the death of two boys hiding from police.
He was now canvassing for Le Pen and running for a parliamentary seat in the June legislative elections that will follow the presidential vote. “This is forgotten France,” he said while leafleting in Château-Chinon market. “The real misery is in the countryside. In Nièvre and Morvan a few decades ago, there was small industry — manufacturing, charcuterie, textiles. It has slowly shut … The Socialists have been here since after the war, but it has led to disaster... People want to turn the page and the solutions the Front National are proposing are having an impact.”
Guy Doussot, the Socialist mayor of Château-Chinon, said the rise of the Front National locally was symbolic of a rise of the far right all over France. “It worries me,” he added. He accused the party of playing on the issue of immigration. Locally he felt there had been a growing and “unjustified” negative view of families who were connected to a training centre for imams in a village nearby because they wore Muslim dress in the town.
Across Nièvre, in the market of Fourchambault, a small town of 4,500 people, Pascal Leguen was standing at his wine stall. He voted for Sarkozy in the previous presidential election, but said he would now switch to Le Pen.
“Two-thirds of French people just don’t want the traditional political parties any more, they want change,” he said. “There’s less and less work in France, and politicians can’t keep sticking their head in the sand.”
With fewer jobs available for the French, foreigners should not be allowed in, he said. “When there’s no more bread at home, you don’t invite in your neighbours.” 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PUT THIS IN YOUR PIPE AND SMOKE IT


vendredi 21 avril 2017

Daesh revendique la fusillade sur les Champs-Elysées


Le Soir
La communication du groupe terroriste attribue l’agression à «Abu Yousef al-Belgiki», suggérant de liens avec la Belgique. 


• ©AFP
Daesh a revendiqué la fusillade qui a coûté la vie à un policier sur les Champs-Elysées à Paris, dans un communiqué publié par son organe de propagande Amaq. Deux autre policiers ont également été blessés. Une passante a été légèrement touchée.
«L’auteur de l’attaque des Champs-Elysées dans le centre de Paris est Abu Yussef le Belge, et c’est un des combattants de l’Etat islamique», a écrit Amaq.
DES LIENS AVEC LA BELGIQUE SUGGÉRÉS
La communication du groupe terroriste attribue donc l’agression à «Abu Yousef al-Belgiki», suggérant de liens avec la Belgique. Plus tôt, un avis de recherche a été émis par la police française pour un second suspect arrivé en France en train, depuis la Belgique, selon un document cité par l’agence Reuters.
L’homme à l’origine de la fusillade a été tué, a précisé le ministère français de l’Intérieur.
L’HOMME A OUVERT LE FEU SUR UN VÉHICULE DE POLICE
Le porte-parole du ministère français de l’Intérieur, Pierre Henry Brandet, a affirmé sur BFMTV que les policiers étaient délibérément visés. Selon ses détails, un homme est sorti d’un véhicule avant d’ouvrir le feu, a priori avec une arme automatique, sur un car de police stationné. Il a tué un policier, puis a tenté de partir en courant en essayant de prendre pour cible d’autres policiers. Il en a blessé deux avant d’être abattu par les forces de l’ordre.
François Fillon et Marine Le Pen ont par ailleurs annoncé qu’ils annulaient tous leurs déplacements prévus ce vendredi dans le cadre de la campagne présidentielle. 


ATTENTAT SUR LES CHAMPS-ELYSÉES: UN POLICIER TUÉ, DAESH REVENDIQUE L’ATTAQUE
Le Soir
L’homme à l’origine de la fusillade sur les Champs-Elysées a été abattu.

Daesh a revendiqué la fusillade qui a coûté la vie à un policier sur les Champs-Elysées à Paris, dans un communiqué publié par son organe de propagande Amaq. Deux autres policiers ont également été blessés. Une passante a été légèrement touchée.
«  L’auteur de l’attaque des Champs-Elysées dans le centre de Paris est Abu Yussef le Belge, et c’est un des combattants de l’Etat islamique  », a écrit Amaq.
DES LIENS AVEC LA BELGIQUE SUGGÉRÉS
La communication du groupe terroriste attribue donc l’agression à «  Abu Yousef al-Belgiki  », suggérant de liens avec la Belgique. Plus tôt, un avis de recherche a été émis par la police française pour un second suspect arrivé en France en train, depuis la Belgique, selon un document cité par l’agence Reuters.
L’HOMME A OUVERT LE FEU SUR UN VÉHICULE DE POLICE
Le porte-parole du ministère français de l’Intérieur, Pierre Henry Brandet, a affirmé sur BFMTV que les policiers étaient délibérément visés. Selon ses détails, un homme est sorti d’un véhicule avant d’ouvrir le feu, a priori avec une arme automatique, sur un car de police stationné. Il a tué un policier, puis a tenté de partir en courant en essayant de prendre pour cible d’autres policiers. Il en a blessé deux avant d’être abattu par les forces de l’ordre.
François Fillon et Marine Le Pen ont par ailleurs annoncé qu’ils annulaient tous leurs déplacements prévus ce vendredi dans le cadre de la campagne présidentielle.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’ÉPREUVE DU FEU 

« Un scrutin plongé dans un climat de tension extrême », commente le Soir.
La France en pleine campagne électorale vient de subir un nouvel attentat dont les auteurs seraient venus de Belgique. Les faits se déroulent dans un lieu emblématique, les célèbres Champs-Élysées, à un moment clé où des dizaines de millions de Français parmi lesquels un tiers d’indécis sont devant leur téléviseur pour décortiquer la personnalité et le programme des 11 candidats qui s’offrent à son suffrage pour un scrutin essentiel : les élections présidentielles.
Dimanche, on votera à chaud, avec ses tripes davantage qu’avec son cerveau. Voilà qui devrait brouiller toutes les cartes et démentir la logique des sondages. Le moment crucial de la prestation des candidats fut à l’évidence leur ultime prise de parole après plus de trois heures d’émission. À cet exercice difficile, à cette véritable épreuve du feu, les masques sont tombés. À l’évidence, le très décrié François Fillon se révéla dans une véritable posture présidentielle. Macron et Mélenchon ont, l’un et l’autre, fait très belle figure. Mais il est à redouter que c’est Marine Le Pen qui est la plus susceptible de tirer les dividendes de cette odieuse attaque de Daech qui a frappé le cœur symbolique de la république française à un jet de pierre de l’Elysée. Les conséquences de cet attentat sur une opinion publique déboussolée et désormais tétanisée sont incalculables.
Croisons les doigts pour que le bon sens ait le dernier mot mais rien n’est moins sûr. Cet attentat change la donne et rend vraisemblable un duel Fillon- Le Pen au second tour. A droite toute.
La France en guerre contre Daech risque de vouloir se donner un shérif. Pas sûr qu’il, qu’elle, aura la stature d’un Churchill à la française.
MG