vendredi 7 avril 2017

L'Émission politique : un Emmanuel Macron convaincant


Atlantico
« L’Émission politique » de France 2 a révélé Emmanuel Macron non pas aux Français mais à lui-même. Clair et direct : c’était beaucoup moins écrit et cela s’est affirmé au fur et à mesure des « obstacles » franchis par l’impétrant tout au long de l’émission. Autoritaire et tranchant : c’était une inconnue, c’est désormais attesté. Qu’on en juge. 



« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ». Cet aphorisme prononcé par le cardinal de Retz passe pour une des citations préférées de François Mitterrand, maitre dans l’art de la dissimulation, prince du sfumato cher à Léonard de Vinci, cet effet de brume à nul autre pareil, dévoilant et cachant dans un même mouvement. L’ambiguïté c’est la ruse, la ruse en politique c’est l’intelligence de Métis, la plus subtile des divinités grecques, première femme de Zeus et toujours présente près de lui pour le conseiller, le renseigner, le protéger.
Emmanuel Macron a cultivé, jusqu’à en faire une marque de fabrique, la technique du flou. S’il avait eu l’occasion de croiser sur son chemin politique une Martine Aubry, maitresse es-vacheries, il n’aurait pas échappé à un nouveau « comme disait ma grand-mère, quand c’est flou c’est qu’il y a un loup »méchamment adressé, sans frais, en 2011, au camarade Hollande. D’ailleurs Bruno Retailleau, plus que jamais ressemblant à un des personnages incarnés par Antoine de Caunes au meilleur de « Nul par ailleurs » (on taira le nom par charité chrétienne mais les cheveux gominés désigneront sans peine le rôle ainsi joué), a bien essayé de refaire le « coup du grand-père » lui expliquant comment tirer la bécassine (Macron) dans les marais vendéens : « Tu vises le zig pour toucher le zag ». Volant de droite à gauche, « en marche » comme un chameau, autrement dit « allant  à l’amble » (levant les deux pattes d’un même côté quand il avance : les deux de droite puis les deux de gauche), l’animal Macron a longtemps fait croire qu’il était oiseau quand on voyait ses plumes et poisson quand il montrait ses écailles. Un OPNI, un objet politique non identifié : de droite et de gauche ; ni de droite ni de gauche ; moitié de droite, moitié de gauche. « Ailleurs » comme disait Jobert dans les années 70.
Le moins que l’on puisse dire c’est que « L’Emission politique » de France 2 a révélé Emmanuel Macron non pas aux Français mais à lui-même. Brillant il le fut, on le subodorait et on l’a vu. Clair et direct : c’était beaucoup moins écrit et cela s’est affirmé au fur et à mesure des « obstacles » franchis par l’impétrant tout au long de l’émission. Autoritaire et tranchant : c’était une inconnue, c’est désormais attesté. Qu’on en juge. Une première séquence politique permet à Emmanuel Macron de présenter ses premiers candidats aux législatives à venir, accréditant l’idée qu’il disposera d’une majorité parlementaire « à sa main » et réglant ainsi une des incertitudes propres à l’élection d’une personnalité sans parti, sans troupes et sans appareil. Le casting est bon et se suffit à lui-même avec une remarque qui augure de la suite : « Oui il y a parmi ces premiers candidats Jean-Michel Fauvergue. Jusqu'à ces dernières semaines il était patron du RAID. Je pense qu’en matière de sécurité il a autant son mot à dire que Monsieur Eric Ciotti ». L’attaque est au ras du filet d’autant que ce pauvre Ciotti, n’est pas là pour se défendre.(…)
Passent ensuite les questions sur le patrimoine et on découvre un Macron qui sort les crocs aux questions de Pujadas et Salamé. Renvoyant même à cette dernière le fameux « non mais vous plaisantez ? » qu’elle avait offert à François Hollande, cette fois-ci à propos de la « transparence » sur les revenus personnels du candidat.  La séquence suivante sur l’économie et la fiscalité est aussi ésotérique qu’incompréhensible.
Mais elle permet à Macron de rappeler qu’il a été, accessoirement, Inspecteur général des finances. Et qu’il est sans doute le seul à comprendre les questions de François Lenglet. On a envie de leur sortir la fameuse phrase du conseiller de Clinton, James Carville : « It’s the economy, stupid ». Mais on est déjà passé à l’invité mystère.
Ici on attendait Ferry (Luc) on a droit à Ruffin (François). Le « client » est sérieux. Très mauvais à l’oral mais très gauchiste dans l’esprit. Les parieurs s’affolent : normalement le Macron devrait connaître une brusque déprime à la Bourse de France 2. Pas du tout ! Tout au contraire. Le jeune homme bien élevé passe clairement un savon au Savonarole de Nuit Debout et lui demande, tout simplement, le respect le plus élémentaire. C’est à l’aune de ce genre de comportement qu’on mesure soudainement ce que l’on appelle la présidentialité. Et, à l’évidence, l’information principale qui ressort de la prestation d’Emmanuel Macron est celle-ci. Macron n’est pas « normal », il n’est pas « sympa », il n’est pas « cool », il propose même de virer les ZADistes-Khmers rouges et Notre-Dame-des-Landes de leur réduit même pas breton six mois après son élection. Il n’est pas « normal » parce qu’il est présidentiable !
Alors la prof d’histoire, fort peu sympathique, dont on découvrira avec délectation le trouble en fin d’émission quand Karim Rissouli révèlera qui elle est, ce que confirme le site internet de « Ouest-France »  quelques minutes après la fin de l’émission : « Barbara Lefebvre est intervenue ce jeudi soir dans L’émission politique sur France 2. Elle a démenti soutenir François Fillon. Et pourtant elle sera ce vendredi 7 avril à Angers, invitée comme "membre du comité national solidaire François Fillon », peut bien faire la leçon (d’histoire) au jeune Macron, on comprend que celui-ci n’a pas peur de sa prof d’un soir vu qu’il a épousé celle de ses « années lycée ».
Incontestablement le candidat Macron a marqué des points sur France 2. Les chiffres éloquents du « Baromêtre » de la fin d’émission semblent confirmer qu’il a, bien plus que ses rivaux et concurrents, engrangés des buts précieux à 17 jours du premier tour de la présidentielle. Le trouble (apparent, surjoué, sincère, circonstanciel ?) qu’il a montré à la toute fin du propos, évoquant même le souvenir de sa grand-mère adorée, n’était pas sans rappeler la larme qui avait surgi à l’œil d’Alain Juppé au terme des « Paroles et des Actes », également sur France 2, et qui avait littéralement lancé la candidature du maire de Bordeaux à la primaire de la droite.
Reste à souhaiter à Emmanuel Macron qu’il ne connaisse pas le même sort funeste que l’ancien premier ministre de Chirac. Si, demain, les sondages d’intention de vote confirment « à froid » ce que les chiffres « à chaud » semblaient indiquer à la toute fin de l’émission : une percée significative d’Emmanuel Macron dans le sens d’une conviction accrue des électeurs indécis, alors ne restera qu’une seule incertitude avant le 23 avril. Celle justement que rapporte Gilles Boyer, directeur de campagne d’Alain Juppé pour la primaire dans son livre « Rase campagne » : « On a un problème : on est trop haut, trop tôt ! ».
À deux semaines du premier tour : est-il prématuré de consolider sa place de qualifié potentiel pour le second tour ? La logique, la rationalité politique, la « jurisprudence » des présidentielles antérieures : tout porte à croire que c’est le bon tempo. Mais ces présidentielles-ci ne ressemblent à rien de connu jusqu’alors ; échappent à tous les modèles et passent leur temps à se dérober aux regards  des politistes.
Emmanuel Macron a pris des risques en sortant de l’ambiguïté. Risques calculés et contrôlés néanmoins. Sans doute que ces prises de position lui ont conféré une stature nouvelle : celle de celui qui tranche. Reste à savoir si son électorat appréciera. Il n’est pas rare, en politique, que les éclaircissements nécessaires se révèlent être porteurs de sombres nuages qui s’accumulent alors au-dessus de la tête du candidat amené à se dévoiler. On verra bien dans les jours à venir, si tel est le cas, comment le candidat Macron se mettra à l’abri… 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« IL A UN PROBLÈME : IL EST TROP HAUT, TROP TÔT ! ». 

Il a crevé l’écran, le favori, le chouchou des médias, l’homme nouveau, ni de gauche, ni de droite, ni même du centre.
Son agilité intellectuelle a fait merveille sur Antenne 2 et il y a fort à parier qu’il a marqué des points, singulièrement dans le camp le plus insondable, le plus imprévisible, celui des indécis. On a très envie de dire si qu’il est en train de gagner les élections présidentielles, les doigts dans le nez et les mains dans les poches.
On ne saurait nier qu’il a un petit côté Giscard d’Estaing jeune, voire JJSS, Jean Jacques Serban Schreiber pour les plus jeunes, voire Kennedy en plus brillant. Il jongle avec les chiffres,  semble maîtriser tous les dossiers surtout ceux qui touche l’économie et est à l’aise, tellement à l’aise dans tous les domaines. Bref il est apparu comme le plus présidentiable des 11 et le grand publics ne s’y est pas trompé en le créditant d’un indice de confiance de  47 % , voire de 51 % de stature présidentielle. Du jamais vu, en vérité. Bref, il est rentré chez lui le grand favori, ce qui veut dire que dans les 15 prochains jours il sera immanquablement la cible de toutes les attaques et, il est fort à craindre que tous les coups seront permis. A lui d’assumer, il en a la stature et la capacité intellectuelle. Reste à savoir s’il aura le cuir aussi épais que François Fillon. Un duel avec Marine Le Pen devrait ne pas le déstabiliser. S’il l’emportait et si, de même, Martin Schultz devait évincer Angéla Merkel un nouveau couple franco-allemand serait en mesure de relancer d’un coup de manivelle le moteur européen qui toussote et hoquette depuis pas mal de temps. 

 
SUR FRANCE 2, MACRON TENTE D'ATTÉNUER SON IMAGE DE GIROUETTE
Par Guillaume Gendron Libération 



Emmanuel Macron lors de "L'emission politique" sur France 2, à Paris le 6 avril 2017Photo Eric FEFERBERG. AFP


Emmanuel Macron peut souffler. Comparé à l’édifiant barnum (le clash avec Christine Angot, la terrible séquence face aux aides soignantes) que fut le passage de François Fillon à la précédente édition de l’Émission politique de France 2, la prestation jeudi soir du candidat d’En Marche avait par moments des airs de promenade de santé. Un an jour pour jour après la création de son mouvement, pas de grands moments de télé ni de frissons rhétoriques. Mais une prestation solide, confiante et à la fois déroutante - l’essence macronienne restant toujours aussi insaisissable.
Sur le fond, peu de nouveauté, si ce n’est l’apparition de ses quatorze premiers candidats aux législatives officiellement investis, assis derrière lui. «Pas des députés internet, des êtres en chair et en os», a souligné le candidat, dont Jean-Michel Fauvergue, ex-patron du RAID et caution sécuritaire bienvenue à l’heure où le candidat d’En Marche braconne en terres droitières.
«QUAND ON PRÉSIDE, ON N’EST PAS LE COPAIN DES JOURNALISTES»
(…)Les sondages maison sont flatteurs - c’est la première fois qu’un invité passe la barre des 50%. Macron ne laisse rien paraître, se rappelant peut-être d’un baromètre tout aussi optimiste qui avait un jour mouillé les yeux d’Alain Juppé à la fin d’un exercice similaire. Avec le résultat que l’on connaît.
Guillaume Gendron

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