jeudi 20 avril 2017

Le concept d’islamité pour plus de liberté


CONTRIBUTION EXTERNE La Libre Belgique
OPINIONS


La vision religieuse et théologique ne rend pas compte de la complexité du rapport à l’islam de chacun, vécu de manière individuelle. D’où la nécessité d’aborder, dans un esprit laïque, le concept d’islamité. Une opinion de Mohamed Aadel et Fouad Benyekhlef, militants progressistes de culture musulmane et acteurs associatifs.
Il relève du truisme que de dire que l’islam est aujourd’hui un sujet très présent dans les polémiques médiatiques avec notamment la question du radicalisme et des attentats terroristes. On peut citer à titre d’exemple les autorités belges qui, suite aux attentats de mars 2016, ont serré la vis en matière de reconnaissance et de contrôle des mosquées. S’il n’est pas toujours évident d’établir de lien entre mosquées et radicalisme, il est cependant clair que les mosquées sont les gardiennes, parmi d’autres, d’un islam conformiste étant donné qu’elles constituent un des canaux d’une vision normative de ce qu’est l’islam. Il est commun de penser que les musulmans sont forcément liés à une mosquée alors qu’ils ne sont qu’une minorité à la fréquenter.
L’islam est varié dans ses courants, c’est bien connu. Mais ce que l’on dit moins, c’est que le rapport des musulmans à l’islam est encore plus varié. Souvent, on enferme sans s’en rendre compte les musulmans dans une case homogène en parlant de "communauté musulmane" ou en s’imaginant qu’ils vivent leur rapport à l’héritage musulman de manière identique ou en tout cas très similaire, comme s’il y avait "une" manière de vivre son islam qui est la façon confessionnelle. Ces fausses croyances pèsent sur les individus car elles nient leur diversité, voire leurs choix personnels; il y a donc nécessité de se détacher de l’image du musulman "traditionnel".
UNE RÉALITÉ PLUS LARGE
Il suffit pourtant d’observer la réalité des musulmans pour se rendre compte qu’il y a des pratiquants, des non-pratiquants, des simples déistes, des agnostiques voire des athées, mais qu’ils peuvent tous se réclamer, peu ou prou, explicitement ou non, d’un héritage musulman : une histoire, une culture et des valeurs constitutives de leur identité.
La vision religieuse et théologique a vite fait de classer chacun d’eux selon des critères d’orthodoxie et d’orthopraxie pour savoir qui est musulman ou non. Cette définition réductrice (mais hélas répandue) ne rend aucunement compte de la complexité du rapport à l’islam de chacun, vécu de manière individuelle. De plus, les clercs religieux visent, en catégorisant et en excommuniant, à avoir un certain pouvoir par le contrôle social sur les individus en privilégiant un rapport d’"autorité" à "ouaille".
D’où la nécessité et l’importance d’aborder le concept d’islamité, dans un esprit laïque, qui vise à recouvrir une réalité plus large et plus complexe que la vision théologique. Les caractéristiques principales de l’islamité sont :
- L’islamité conçoit l’islam comme un héritage culturel ou encore civilisationnel (valeurs, coutumes, culture, croyances, pratiques, etc.) et non comme une simple croyance.
- Chaque musulman peut se réclamer de cet héritage et y puiser librement ce qu’il souhaite.
- L’individu qui se définit comme musulman est considéré comme tel car c’est l’autodéfinition qui prévaut.
- L’accent est mis sur l’aspect culturel davantage que sur l’aspect religieux, mais précisons qu’il ne s’agit pas d’une ethnicisation du religieux.
- L’héritage musulman est le dénominateur commun et il prime sur l’aspect communautaire.
DÉSACRALISER LA RELIGION
Certains musulmans ont, suite à leur parcours, choisi de quitter l’islam et en nient tout attachement. Posture qui peut se comprendre et qui doit être respectée, mais, dans la perspective de l’islamité, il semble clair que, même si la dimension religieuse disparaît, le lien à l’islam comme héritage, si léger soit-il, existe et le passer totalement sous silence relève d’un certain rejet d’une partie de soi, de son histoire. Toutefois, exception est faite pour les convertis qui ne peuvent véritablement prétendre à cet héritage culturel.
Le concept d’islamité permet de désacraliser la religion et donc de se libérer de la volonté qu’ont certains religieux de maintenir un contrôle social sur les individus. De même, il s’agit de sortir de la vision cloisonnée que la société a trop souvent sur les musulmans en les considérant comme d’un seul tenant, à savoir religieux. En bref, en finir avec les intermédiaires entre, d’une part, l’individu et la dimension métaphysique et, d’autre part, entre l’individu et l’Etat.
Par ailleurs, la notion d’islamité permet de promouvoir la liberté de conscience de manière générale, et particulièrement dans la manière de revendiquer son rapport à l’islam. Autrement dit, chacun a le droit de vivre son islam, ou ce qu’il en reste, comme il le souhaite et personne ne peut le lui reprocher, que ce soit une autorité morale, une personne prosélyte ou encore tout autre individu. Et, pourquoi pas, se permettre des circoncisions laïques, des aïd el kébir laïques, etc.
DISCOURS AUTO-ÉMANCIPATEUR
Et, enfin, le concept d’islamité permet de sortir de la culpabilité qu’ont nombre de musulmans. Plutôt que de se croire dans le péché que les religieux alimentent en parlant de crainte du châtiment, ils s’acceptent tels qu’ils sont et vivent leur islamité en harmonie avec leur personnalité globale, en favorisant une philosophie de vie cohérente et un retour vers soi.
La diffusion de ce discours est donc une source d’émancipation pour bon nombre de citoyens dont la culture est musulmane, mais concerne plus largement les personnes qui inconsciemment participent à entretenir l’islamoconformisme. Ce discours, pour être efficace et audible, se doit d’être un discours auto-émancipateur, autrement dit issu des musulmans eux-mêmes et non exclusivement de "non-musulmans" pour ne pas laisser penser qu’ils pensent à la place "de". Car l’islamité se situe entre une identité à la fois collective et un lien très personnalisé. Que l’on vive ce lien de façon laïque ou religieuse, cet héritage, cette culture nous colle à la peau. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INTÉRESSANT MAIS MINORITAIRE ET PEU REPRÉSENTATIF 

Ce point de vue est certes séduisant mais combien le partagent au sein de la communauté musulmane où règne le conformisme et le contrôle social le plus strict ? L’islamoconformisme est à l’évidence partagé par le plus grand nombre. « Ce discours, pour être efficace et audible, se doit d’être un discours auto-émancipateur, autrement dit issu des musulmans eux-mêmes ».
Certes il existe des musulmans auto-émancipés, et j’en ai moi-même rencontré, mais ils sont particulièrement peu nombreux et peu enclin à sortir du bois pour clamer leur singularité identitaire. « La notion d’islamité permet de promouvoir la liberté de conscience de manière générale, et particulièrement dans la manière de revendiquer son rapport à l’islam » Sans doute les auteurs de cette carte blanche ont-il raison d’affirmer cela. On aimerait savoir combien de musulmans de Belgique partagent ce point de vue original mais, selon moi,  ultra minoritaire.
« Le concept d’islamité permet de désacraliser la religion et donc de se libérer de la volonté qu’ont certains religieux de maintenir un contrôle social sur les individus ». Enfin une bonne nouvelle. Voilà qui devrait déplaire aux  « clercs religieux, catégorisant,  excommuniant et exerçant un certain pouvoir par le contrôle social sur les individus en privilégiant un rapport d’"autorité" à "ouailles".
En somme les auteurs de cette carte blanche plaident pour un islam d’Europe qui s’inscrive en faux par rapport à un islam en Europe importé et prêché par des imams de Turquie, du Maroc et des émirats.
MG

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