samedi 1 avril 2017

Les Belgo-Turcs se déchirent autour de la figure d’Erdogan


DOSSIER RÉALISÉ PAR LOUISE VANDERKELEN (AVEC J.-C.M.) La Libre Belgique

Une rixe a opposé, jeudi, opposants et partisans du président turc, Recep Tayyip Erdogan, devant le consulat turc à Bruxelles. Les ressortissants turcs semblent divisés à propos du référendum qui vise à attribuer plus de pouvoirs à leur président.
Un mardi matin, chaussée de Haecht, à Schaerbeek. Seuls quelques commerces ont déjà ouvert leurs portes. Les marchands disposent les fruits et légumes sur leurs étals, balaient devant leur porte, nettoient leurs vitres. Ce quartier de Schaerbeek, proche de l’église Sainte-Marie, est connu pour accueillir une partie des Turcs de Belgique. Les commerces en tous genres sont nombreux : supérettes, boulangeries, pâtisseries, boucheries, kebabs, pizzerias turques. Cette partie de la chaussée est souvent envahie par les étudiants qui viennent y prendre leur snack l’après-midi.
ERDOGAN PRÉSENTÉ EN HÉROS
Cette semaine, le référendum qui vise à réformer la Constitution et à donner plus de pouvoirs au président turc a commencé en Belgique. Plusieurs vitrines sont couvertes de colle, qui a servi à fixer les stickers et affiches rouges présentant héroïquement la photographie de Recep Tayip Erdogan, président de la Turquie.
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LA TURQUIE A BIEN UTILISÉ SES IMAMS POUR ESPIONNER LES PARTISANS DE GÜLEN EN BELGIQUE
Le Soir

Selon des informations révélées par le « Soir », cette surveillance clandestine entamée fin septembre a touché 38 pays dont une bonne moitié des pays de l’Union européenne.

La Turquie a bien utilisé ses imams, mosquées et « conseillers aux affaires religieuses » basés dans les ambassades et consulats turcs pour surveiller les partisans gülenistes installés en Europe de l’Ouest et ailleurs. Cette surveillance clandestine entamée fin septembre a touché 38 pays dont une bonne moitié des pays de l’Union européenne. Le conseiller religieux de l’ambassade turque de Bruxelles a produit le rapport le plus étoffé de tous.
L’ensemble de ces rapports et les documents qui les accompagnent sont parvenus au « Soir » via le réseau de journalistes European Investigative Collaborations (EIC). Dans certains pays, ces rapports dépassent la simple collecte d’informations en sources ouvertes – déjà assimilable à de l’espionnage et à une « ingérence » que la Belgique ne tolère généralement pas – pour rendre compte de purges de mosquées, d’écoles et de missions diplomatique, et faire état de la mise en place d’actions concrètes contre l’opposition güleniste.
Cette surveillance ne surprendra pas la diaspora turque d’Europe : dès décembre, le quotidien turc Hürriyet avait révélé la teneur d’un briefing donné par le Directorat des affaires religieuses (Dyanet) à la commission parlementaire turque chargée d’enquêter sur le « coup d’Etat manqué » du 15 juillet. Elle disait avoir collecté du renseignement et préparé une cinquantaine de rapports sur les activités gülenistes dans 38 pays, dont la Belgique, les Pays-bas, l’Allemagne en ses différents landers, la Grande-Bretagne, la Suède, la Finlande et la Norvège, le Danemark, la Suisse, l’Italie, la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie, l’Estonie et la Lituanie. La liste publiée par Hürryet concorde précisément avec la variété de documents en possession du Soir.
Le rapport belge comporte huit pages, est rédigé à l’entête de la « République Turque – Ambassade de Bruxelles – Conseiller aux affaires religieuses », et il désigne explicitement le mouvement güleniste comme une « organisation terroriste ». Après une introduction où il affirme que le mouvement s’est rapidement établi en Belgique depuis 1990, il épingle la coupole associative Fedactio et les quelques soixante associations qu’elle regroupe, avant de passer en revue les associations commerciales et industrielles, les associations de femmes, les associations de jeunes, les associations culturelles et artistiques, les centres communautaires, les écoles, les associations étudiantes, les médias et, in fine, l’un des éléments qui semble inquiéter le conseiller Sahin, l’existence d’une « chaire Gülen pour les études interculturelles » établie au sein de la faculté de sciences sociales de l’université de Leuven (KUL). 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INACCEPTABLE 

Craignant un rejet du referendum qui ferait de lui le nouveau sultan ottoman et mettrait un terme aux velléités laïques de l’Etat turc, Erdogan n’hésite pas à  utiliser les grands moyens pour mobiliser les voix de la diaspora. Une défaite serait pour lui un camouflet bien plus cuisant que la tentative de coup d’Etat qui aurait tenté de le déstabiliser. Ce referendum contesté constitue un bras de fer entre un kémalisme laïcisant très affaibli et une tentative d’islamisation de la société turque conduite par Erdogan. Celui-ci n’a pas hésité à utiliser  « imams, mosquées et  conseillers aux affaires religieuses  basés dans les ambassades et consulats turcs pour surveiller les partisans gülenistes installés en Europe de l’Ouest et ailleurs. ».
Beaucoup de Turcs de la diaspora, lorsqu'ils voyagent en Turquie, constatent « que le pays a énormément changé ces dernières années et attribuent cette évolution à M. Erdogan qui, d'un point de vue strictement économique, fait du bon travail", explique Vincent Eiffling. "
Mais ce regard favorable  tient aussi au fait que beaucoup s'informent principalement à travers les médias turcs, dont une large majorité est pro-Erdogan". Il s'agit d'un "problème sous-estimé en Europe", d’un dossier de la plus haute importance pour l’avenir du peuple turc. Il est inacceptable que ce combat se prolonge dans nos rues européennes.  Charles Michel prône, à raison, la tolérance zéro pour les débordements en lien avec le référendum turc. Je condamne fermement les violences devant l'ambassade
MG 


TENSION AU SEIN DE LA DIASPORA TURQUE EN BELGIQUE
Le Vif
Il reste encore un peu plus d'une semaine aux 5.5 millions turcs vivant à l'étranger pour voter pour le référendum sur la réforme constitutionnelle qui vise à instaurer un régime présidentiel en Turquie. En Belgique, ils sont 68.000 Turcs et Belgo-Turcs à être inscrits pour participer au scrutin. Hier, la tension est montée d'un cran et a pris un tour sanglant devant le consulat turc à Bruxelles.

Le scrutin se déroule dans une soixantaine de pays, dont la Belgique, jusqu'au 9 avril prochain. Les votes vont se clôturer une semaine avant la date du scrutin officiel en Turquie, qui aura lieu le 16 avril.
Pour rappel, les Turques doivent s'exprimer sur l'instauration d'un régime présidentiel. Cette réforme constitutionnelle renforcerait considérablement les prérogatives du président Recep Tayyip Erdogan et a été proposée par le Parti de la Justice et du Développement (AKP) qui est au pouvoir depuis plus de dix ans.
Si cette réforme déchaîne les passions en Turquie, elle aura déjà provoqué quelques remous en Europe.
Il y a d'abord eu les interdictions empêchant certains membres du gouvernement turc de promouvoir le "pour" dans divers pays d'Europe, confinant parfois au grand guignol comme ce fut le cas chez nos voisins bataves. Erdogan a aussi traité Merkel de "nazi". Des déclarations qu'il ne regrette pas puisque, pas plus tard que la semaine dernière, le président turc a affirmé qu'il continuerait d'employer les termes "fasciste" et "nazi" contre des dirigeants européens tant qu'il serait qualifié de "dictateur".
Toutes des controverses que la Belgique était parvenue à contourner en la jouant profil bas.
Elle n'a par contre pas échappé au regain de violence devant les bureaux de vote installé dans sa capitale.
RIXES DEVANT LES BUREAUX DE VOTE EN BELGIQUE
Des incidents ont éclaté jeudi devant l'ambassade de Turquie, située rue Montoyer à Bruxelles. Il s'agirait d'une rixe ou plusieurs personnes ont été poignardées.
Selon NavBel, une organisation qui représente la communauté kurde de Belgique, les incidents ont été provoqués par quatre personnes armées de couteaux : "Un groupe de quatre Turcs a attaqué à l'aide de couteaux des Kurdes qui venaient voter pour le référendum en Turquie. Une femme de 60 ans a été poignardée à plusieurs reprises et est grièvement blessée. D'autres blessés ont été transportés à l'hôpital. Un des auteurs s'est ensuite réfugié dans l'ambassade, mais a été interpellé", ajoute NavBel dans un communiqué.
Le parquet de Bruxelles a confirmé l'incident, mais est resté prudent sur le contexte précis de la bagarre et n'a pas fourni de détails supplémentaires. Une information judiciaire a été ouverte.
Depuis le coup d'État manqué en Turquie, des dizaines de médias et d'associations ont été fermés sur ordre des autorités et de nombreux journalistes licenciés. "La plupart des médias turcs ne sont plus que l'écho des discours polarisants d'Erdogan, qui alimentent les tensions entre les membres de la communauté", affirme Hüseyin Çakmak, porte-parole de Fedactio, une fédération d'associations belgo-turques proches du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir ourdi la tentative de putsch du 15 juillet dernier.
UN CLIMAT TENDU
Selon les derniers sondages publiés en Turquie, le résultat s'annonce serré. Le camp des partisans à la réforme est toujours au coude à coude avec celui des opposants, qui dénoncent une dérive autoritaire. Le clivage est tout aussi profond en Europe, où les dirigeants de l'ancienne puissance ottomane ont tenté de faire campagne en faveur du "oui" auprès de la diaspora turque d'Allemagne, des Pays-Bas et de France, notamment, déclenchant parfois l'ire de leurs homologues européens.
"Les opinions sont plurielles. Il y a ceux qui soutiennent le président Erdogan de façon inconditionnelle, ceux qui sont satisfaits de son bilan, mais se méfient de la transition vers un régime présidentiel, ou ceux encore qui y sont totalement opposés", souligne le chercheur à l'Institut des sciences politiques de l'UCL, Vincent Eiffling. Sans compter ceux qui ne se prononceront pas.
"Même s'il s'agit d'un référendum portant sur une modification de la Constitution, il est perçu comme un plébiscite par certains qui voteront 'oui' parce qu'ils soutiennent le gouvernement ou 'non' parce qu'ils s'y opposent", renchérit Seyma Gelen, analyste politique et chercheuse à l'ULB. Du reste, "les taux de oui, de non et d'abstention dépendront d'un pays à l'autre, voire d'une région à l'autre", poursuit-elle, estimant que les positions de rejet adoptées par certains pays européens face au gouvernement et au président turcs favoriseront la participation des citoyens pro-gouvernementaux et pro-Erdogan.
LA CINQUIÈME COMMUNAUTÉ LA PLUS REPRÉSENTÉE EN BELGIQUE
De nombreux Turcs ont émigré comme travailleurs invités dans les secteurs du charbon et du textile dans les années 60 suite à une convention bilatérale signée en 1963 avec la Turquie. La communauté turque est aujourd'hui la cinquième en importance après les Marocains, les Italiens, les Français et les Néerlandais. On estime qu'en Belgique, la communauté turque (turc et Belgo-turc) compte environ 220 000 personnes.
Il est difficile de prédire l'issue du vote en Belgique. Si l'on en croit les résultats des dernières élections législatives turques, tenues en juin 2015, les Belgo-Turcs qui s'étaient rendus aux urnes avaient largement plébiscité l'AKP en Flandre, et dans une moindre mesure à Bruxelles et en Wallonie. Le Parti de la Justice et du Développement avait alors obtenu 62,93% des voix en Belgique, avec un taux de participation de 35%.
"Beaucoup d'entre eux, lorsqu'ils voyagent en Turquie, constatent que le pays a énormément changé ces dernières années et attribuent cette évolution à M. Erdogan qui, d'un point de vue strictement économique, fait du bon travail", explique Vincent Eiffling. "Mais ce résultat tient aussi au fait que beaucoup s'informent principalement à travers les médias turcs, dont une large majorité est pro-Erdogan", poursuit-il, ajoutant qu'il s'agit d'un "problème sous-estimé en Europe".
En Belgique, il y a deux bureaux de vote. L'un au consulat général de Bruxelles, l'autre à Anvers. Ils sont ouverts tous les jours jusqu'au 9 avril, de 9h à 21h.

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