dimanche 23 avril 2017

Les cinq enseignements d'un premier tour hors norme

Par David Carzon — Libération




Lors du grand débat, le 4 avril. Photo Lionel Bonaventure. AFP

Les cinq enseignements d'un premier tour hors norme
Voici, à chaud, les premiers enseignements que l’on peut tirer de ce premier tour de la présidentielle qu’on nous promettait très serré et qui a tenu ses promesses.
LA CARTE DU HORS SYSTÈME ÉTAIT LA BONNE
Avec sa ligne «et de gauche et de droite», Emmanuel Macron réalise ce qui paraissait impensable il y a encore peu pour un candidat sans expérience ou presque : brûler la politesse aux partis politiques – et aux différents représentants de toute la gauche – pour imposer sa candidature et arriver en tête du premier tour de la présidentielle. Ce qui avait été présenté comme une bulle qui allait forcément exploser a tenu le choc malgré les critiques venues de toutes parts, notamment dans la dernière ligne droite. Le renoncement de Hollande, les ennuis judiciaires de François Fillon, l’éviction de ses principaux concurrents, la mauvaise campagne de Benoît Hamon… Les planètes n’ont cessé de s’aligner pour Emmanuel Macron. Rien n’est joué pour le second tour, mais dans toutes les configurations imaginées par les instituts de sondage, celle d’un duel face à Marine Le Pen était la plus favorable pour lui. Il lui reste toutefois à convaincre les électeurs de Mélenchon de voter pour lui s’il veut un rassemblement républicain le plus large possible.
RENDEZ-VOUS AVEC LA JUSTICE POUR FILLON
Au sortir de la primaire de la droite et du centre, cette élection présidentielle paraissait imperdable pour la droite, et pour François Fillon. Il n’a pas seulement été rattrapé par les affaires d’emplois supposés fictifs. Sa gestion de ces polémiques a laissé entrevoir un autre visage que celui sur lequel reposait toute sa campagne. Impossible de tenir un discours d’intégrité, de vérité et de sacrifice aux électeurs, même ceux de son propre camp, quand un tel doute plane. Si sa capacité de résilience a surpris tout le monde et l’a permis de rester dans la course jusqu’à la fin, il a dû se reposer sur la frange la plus réactionnaire de ses soutiens. Tout cela laisse augurer de profonds remaniements à LR après cet échec annoncé. Car avec Macron en tête et François Fillon sorti dès le premier tour, c’est un peu aussi la vengeance d’Alain Juppé, malheureux à la primaire de droite et qui avait failli ensuite remplacer le candidat LR au plus fort de la polémique. Le rejet du représentant de la droite républicaine et le vote en faveur de la ligne d’En marche peuvent lui laisser des regrets. François Fillon lui va pouvoir se consacrer désormais entièrement à ses ennuis judiciaires.
LES PRIMAIRES, UN RENOUVEAU MAL EN POINT
Les primaires ont du plomb dans l’aile. Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, désignés ou autodésignés candidats de la manière la plus classique possible font mieux que les vainqueurs des primaires des deux principaux partis de France, éliminés dès le premier tour… Pas certain que ce qui était présenté comme un renouveau pour la démocratie survive à cette présidentielle.
PAS D’EFFET «ATTENTAT»
L’attaque des Champs-Elysées, jeudi, a rappelé que le terrorisme islamiste pouvait perturber ce processus démocratique. Si Marine Le Pen arrive au second tour, elle ne semble pas avoir profité du climat de terreur sur lequel elle croyait pouvoir compter. Même constat pour François Fillon. D’autre part, l’élection de dimanche s’est déroulée dans un climat de tension palpable, mais aucun incident n’a été signalé.
LES SONDAGES BATTENT LES BIG DATA
Qui prédira le mieux le résultat de ce premier tour entre les sondeurs «classiques» et les mesures basées sur le poids numérique des candidats ? C’était l’autre affrontement en toile de fond durant toute cette campagne. Et après les élections récentes qui ont consacré des surprises (Trump, Brexit…), tous les sondeurs étaient attendus au tournant. Finalement, ils ont vu assez juste dans les dynamiques qu’ils ont publié au jour le jour. Les Big Data qui promettaient l’avènement de Fillon notamment ont encore des progrès à faire.
David Carzon 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE SORTE DE CHARLES DE GAULLE JEUNE, CULTIVÉ, SURDOUÉ SANS VAREUSE MILITAIRE NI KÉPI DE GÉNÉRAL DE BRIGADE

Emmanuel Macron a remporté cette première manche avec brio. Sauf surprise imprévisible d’ici au second tour, il sera président de la république. Mais il lui restera à remporter un troisième tour, celui des législatives et surtout à affronter l’épreuve du feu. Certes cet homme est brillantissime mais aura-t-il la carrure pour remplir le costume de président et le cuir assez dur pour faire face à toutes les épreuves qui l’attendent ? Il n’a pas l’expérience de François Fillon, ni la gouaille de Jean-Luc Mélenchon, ni le culot de Marine Le Pen. Et après ?
Il a tellement d’autres talents et les Français aspirent à un style de gouvernance radicalement différent après l’hyper et l’hypo-présidence. Le jeune Macron est capable de relever ce défi intellectuellement et physiquement. Puisse la France, ce fleuron terni de l’esprit, retrouver avec ce fringant président son dynamisme, son enthousiasme et son élan européen. Emmanuel Macron n’a droit ni à l’échec ni à l’erreur. Cet éternel premier de classe a le devoir de réussir pleinement, faute de quoi, les Français se tourneront définitivement vers le Front National qui les conduira au désastre. Il est en quelque sorte leur ultime recours : une sorte de Charles De Gaulle jeune sans vareuse militaire ni képi de général de brigade.
MG

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