mardi 25 avril 2017

Les défis de Macron


Emmanuel Macron, au soir du premier tour de la présidentielle, le 23 avril 2017 à Paris. (Eric FEFERBERG/AFP)
EDITO. Après avoir dynamité le système, le candidat d'En Marche ! doit désormais traduire l’immense espoir qu’il a fait naître en actes concrets et solides.
  Matthieu Croissandeau L’Obs 



Une nouvelle ère commence. En propulsant Emmanuel Macron
etMarine Le Pen au second tour de la présidentielle, les Français ont envoyé un avis d’expulsion aux partis et aux responsables qui se partageaient le pouvoir depuis cinquante ans. Plusieurs règles jusqu’alors immuables de la Ve République sont devenues caduques. Le jeu mécanique de l’alternance ne fonctionne plus. La prédominance des partis non plus. On peut désormais naître et réussir en politique en moins d’un an, se placer au-delà des clivages classiques et briguer l’Elysée sans s'être jamais fait élire auparavant, ni avoir occupé de grandes responsabilités publiques.
Au terme d’une campagne chaotique et déconcertante, la prime a été donnée aux deux candidats qui ont su le mieux identifier les demandes qui structuraient cette élection : un profond désir de renouvellement et une réelle attente de protection. Macron a fondé son projet sur le premier en promettant un changement complet des hommes et des pratiques à défaut d’un changement complet de politique. Le Pen a préempté la seconde en préconisant le repli sur soi et le rejet de l’autre.
Ouverture ou fermeture, modernité ou tradition, libéralisme ou protectionnisme, optimisme ou pessimisme, Europe ou nationalisme… L’offre sur la table a rarement été aussi claire et contradictoire. La France est désormais découpée en deux camps qui ne se comprennent plus et ne paraissent plus partager grand-chose.
SE VOIR TROP BEAU, TROP VITE
On mesure là l’ampleur du défi qui attend Emmanuel Macron, favori du second tour, sur le papier seulement. Le plus dur commence en effet pour le leader d’En Marche !. D’abord mesurer la gravité de l’enjeu et ne pas succomber à la tentation de se voir trop beau, trop vite. Les premières phrases et les premières images du candidat d’En Marche ! dimanche soir ont montré qu’il n’était pas à l’abri de l’ivresse des cimes…
Gérer l’entre-deux-tours ensuite. Macron doit trouver les mots pour ne pas se laisser enfermer dans la caricature que son adversaire dessine, s’adresser à tous et en particulier aux plus fragiles.
Préparer la suite enfin, car la situation l’oblige. S’il ne veut pas répéter l’erreur de Jacques Chirac après sa victoire en 2002, l’ancien ministre de l’Economie va devoir apprendre à s’ouvrir sans se renier et bâtir une majorité pour les législatives. Après avoir dynamité le système, il doit désormais traduire l’immense espoir qu’il a fait naître en actes concrets et solides.
COLÈRE ET AMERTUME
Une lourde responsabilité pèse sur ses épaules. En s’érigeant comme dernier rempart contre le populisme ambiant, Macron sait qu’il ne peut pas décevoir. Car son succès programmé ne saurait faire oublier la menace frontiste.
Marine Le Pen s’est hissée au second tour avec près de 7,5 millions de voix. C’est un million de plus qu’en 2012. Malgré une campagne en demi-teinte, elle engrange, scrutin après scrutin. C’est dire si la mobilisation contre le Front national ne doit pas s’arrêter à mi-chemin.
C’est dire aussi si les atermoiements de certains sur la nécessité d’appeler clairement et fortement à voter contre la candidate de l’extrême droite laissent planer sur cet entre-deux-tours un parfum de colère et d’amertume.
Matthieu Croissandeau 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UN PROFOND DÉSIR DE RENOUVELLEMENT ET UNE RÉELLE ATTENTE DE PROTECTION » 

C’est à une véritable refondation de la Vème république que devra s’atteler le président Macron qui ne se veut ni de droite , ni de gauche mais de l’extrême centre.
S’il est élu, ce qui est vraisemblable mais nullement acquis d’avance, il devra «  s’ériger comme le  dernier rempart contre le populisme ambiant. Macron sait qu’il ne peut pas décevoir car son succès, certes programmé, ne saurait faire oublier la menace frontiste. »
Rappelons que Hillary Clinton entrée en « papabile »-sans jeu de mots- dans la grande campagne électorale présidentielle est sortie du « conclave » en simple citoyenne.   Qui entre au conclave en pape, c’est-à-dire en  « papabile »  en ressort le plus  souvent  cardinal.
Cet adage romain s'est souvent vérifié dans l'histoire politique également.
Les Français sont habités par « un profond désir de renouvellement et une réelle attente de protection. » Macron promet « un changement complet des hommes et des pratiques à défaut d’un changement complet de politique tandis que  Le Pen préconise le repli sur soi et le rejet de l’autre. »
MACRON C’EST «L’ OUVERTURE CONTRE LA FERMETURE, LA MODERNITÉ CONTRE LA TRADITION, LE LIBÉRALISME CONTRE PROTECTIONNISME, L’OPTIMISME CONTRE LE PESSIMISME, l’EUROPE CONTRE LE NATIONALISME… »
On mesure là peécisément l’ampleur du défi qui attend Emmanuel Macron, favori du second tour. A-t-il conscience de  la gravité de l’enjeu ? Sans doute : l’homme est intelligent et fin stratège.
Un bref regard sur la presse internationale montre à quel point  l’européanisme de Macron est observé avec enthousiasme chez nos voisins directs. Avec Macron, le projet européen passera ; avec Le Pen il se brisera. Les marchés financiers l’ont compris en générant une forte hausse boursière qui exprime leur confiance dans l’élimination de la menace FN résolument anti européenne. Mais ce n’est encore qu’un pari.
« Emmanuel Macron va devoir apprendre à s’ouvrir sans se renier et bâtir une majorité pour les législatives. Après avoir dynamité le système, il doit désormais traduire l’immense espoir qu’il a fait naître en actes concrets et solides. » Bref il lui faudra transfrormer l’essai et vite, très vite.

“De pragmatische koers van Emmanuel Macron biedt kansen om het politieke systeem in een nieuwe bedding te leggen.” De Morgen.
Le système des partis traditionnels prend l’eau et Macron offre une option alternative intéressante : non plus le modèle hiérarchique traditionnel du type « top-down » mais une approche de caractère plus horizontale qui cherche à combiner les meilleurs idées de divers programmes contrastés. Mais ça c’est la vision optimiste du phénomène Macron. L’homme n’a pas encore fait ses preuves.
Reste en effet à savoir s’il aura la force, l’énergie et surtout le talent politique de faire triompher ses idées concrètement et sur le terrain. En effet s’il ne devait offrir aux Français qu’un emballage séduisant des pratiques politiques anciennes, la gueule de bois qui succéderait alors à l’ivresse serait carrément catastrophique.
MG 


LA CAMPAGNE DE MACRON EST BIEN VISÉE PAR DES HACKERS RUSSES
• Par Marc de Boni Figaro

Une société de cybersécurité japonaise atteste que des campagnes d'attaques informatiques, similaires à celles qui ont plombé la campagne d'Hillary Clinton en faveur de Donald Trump, visent aujourd'hui le site d'En Marche !
Vendredi 14 avril dernier, Emmanuel Macron assurait dans une Interview au magazine Jeune Afrique qu'il saura se «faire respecter» par Vladimir Poutine. Pour la forme, le Kremlin lui a donné raison ce lundi en annonçant «Nous respectons le choix des Français». Mais en coulisses, il semble bien que la Russie ait un favori dans le scrutin. Le compte Twitter de la chaîne TV de l'armée Russe a d'ailleurs clairement pris parti le 23 avril en appelant ouvertement à voter Marine Le Pen, comme le relève ce mardi matin, la journaliste Bérengère Bonte. Mais ce n'est pas tout: la chaîne CNN confirme que des équipes de hackers russes ont pris pour cible le mouvement d'Emmanuel Macron En Marche!, avec des méthodes semblables à celles employés pour plomber la campagne d'Hillary Clinton aux USA.

Selon la firme spécialiste de cybersécurité Trend Micro, installée à Tokyo, le site d'En Marche aurait bien été visé ces dernières semaines par des tentatives malveillantes de récupération des données des internautes qui le visitent. Quatre sites appâts au nom et à l'apparence similaire à celui de l'ancien ministre de l'économie ont été découverts. Ils étaient destinés à capter les données personnelles des visiteurs imprudents, à l'image du nom de domaine mail-en-marche.fr déposé le 12 avril dernier. Averties de ces subterfuges, les équipes d'En Marche n'ont pas précisé si la campagne avait subi des désagréments ou non du fait de ces opérations.
Les services de sécurité de l'État, inquiets de voir se jouer un scénario similaire à la campagne Trump-Clinton, ont plusieurs fois alerté les équipes de campagne des candidats dès la fin 2016, au sujet des menaces informatiques, particulièrement virulentes en marge de ce scrutin. Une alerte renouvelée à la suite de ces découvertes, assure CNN. Quant à l'origine de ces attaques, tous les regards se tournent vers Moscou. En effet la France a déjà été la cible de pirates, lorsque la chaîne TV monde avait été piratée en 2015 par exemple. La responsabilité directe du gouvernement reste cependant difficile à prouver, alors que Vladimir Poutine a officiellement nié toute volonté d'ingérence dans le scrutin Français.
UN SOUTIEN DÉGUISÉ DE MOSCOU À LA CAMPAGNE DE MARINE LE PEN?
Mais pour l'universitaire américain de Columbia Jason Healey, CETTE VOLONTÉ D'INGÉRENCE NE FAIT AUCUN DOUTE: «LE RENSEIGNEMENT RUSSE A CERTAINEMENT DÉJÀ PROCÉDÉ À DU HACKING EN FRANCE ET NE VA PAS MANQUER DE CONTINUER». LA PROXIMITÉ ENTRE MARINE LE PEN ET LE DIRIGEANT RUSSE N'EST UN SECRET POUR PERSONNE, ET CE DERNIER À LONGUEMENT REÇU LA CANDIDATE EN AMONT DU PREMIER TOUR. Les orientations politiques anti-européennes et nationalistes des deux dirigeants politiques leur ont permis d'afficher un certain nombre d'intérêts communs. Mais pour le moment, la candidate soutenue par le FN reste donnée largement battue au second tour avec un écart autour de 10%.
Pendant la campagne du premier tour de cette présidentielle, en février dernier, les équipes d'Emmanuel Macron avaient déjà fait part de leurs inquiétudes et dénoncé des campagnes de calomnies circulant sur les réseaux sociaux, et animées selon eux depuis la Russie. Il avaient alors souligné que ces opérations malveillantes obtenaient un soutien tacite du gouvernement russe au travers des médias inféodés au pouvoir Russia Today et SputnikNews.. 


PASCAL DELWIT: "DÉFI EST LE PARTI LE PLUS PROCHE DE MACRON" 



Emmanuel Macron sera heureux d’apprendre que plusieurs partis politiques belges se revendiquent de son projet. Si l’on se base sur les communiqués de presse du CDH, de Défi et du MR envoyés aux rédactions dimanche soir, l’ancien ministre de François Hollande est l’homme providentiel. "Ni de gauche, ni de droite, Emmanuel Macron est libéral sur le plan économique", claironne Olivier Chastel. "Le CDH est heureux de voir Emmanuel Macron en tête du premier tour. Il démontre que la droite et la gauche, c’est dépassé", triomphe-t-on du côté de la rue des Deux Eglises. La palme du communiqué le plus chaleureux revient au parti d’Olivier Maingain : "Grâce à la lucidité d’Emmanuel Macron et à la clairvoyance des Français, la France représente l’espoir pour toute l’Europe. Les vieilles idéologies sont épuisées !"
"LE CDH EST DANS UN PARADOXE"
D’accord, mais laquelle de ces trois formations est la plus proche du jeune Macron ? Pour Pascal Delwit, professeur en science politique à l’ULB, c’est Défi qui arrive en tête. Suit le MR et enfin le CDH, le plus éloigné des trois par rapport à En Marche. "C’est le CDH qui en est le moins proche alors qu’il est présenté comme le parti le plus centriste, constate le politologue. Car Macron est libéral sur le plan socio-économique et libéral sur les questions de société. Sur des grandes questions telles que le cannabis, l’euthanasie, l’IVG, Macron est plus éloigné du CDH que de Défi, par exemple. Le MR est quant à lui dans un entre-deux, il est partagé sur les questions de société. Sur les questions socio-économiques, c’est également Défi qui en est le plus proche. Et le MR est plus proche de Macron sur ce point que ne l’est le CDH. Mais c’est une question de gradation. Le CDH est dans un paradoxe car il siège avec Les Républicains au Parlement européen tout en se revendiquant de Macron. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET  DE DROITE ET DE GAUCHE OU NI L’UN NI L’AUTRE MAIS SURTOUT DE L’EXTRÊME CENTRE 


LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE VUE DE L’ÉTRANGER : SAUVER L’EUROPE
MARIE-CÉCILE NAVES LIBÉRATION 

Les journaux allemand ont tous fait leur une du 24 avril 2017 sur le résultat des élections en France. Photo John MacDougall / AFP
Vu de l'étranger, le second tour de la Présidentielle française est largement appréhendé au prisme de la construction européenne et de la mondialisation.
L’élection présidentielle française est scrutée à l’étranger, d’une part parce qu’elle incarne le troisième grand test pour le populisme d’extrême droite après le référendum sur le Brexit et l’élection de Trump, d’autre part – et c’est bien sûr lié – parce que notre pays continue d’incarner les valeurs républicaines et démocratiques, enfin parce que la France constitue un pilier d’une Union européenne libérale honnie par Le Pen et défendue par Macron. L’enjeu européen, peu débattu pendant la campagne française et peu évoqué au cours de la soirée électorale du 23 avril, est en effet fondamental pour les médias américains, britanniques et allemands, pour ne citer qu’eux.

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