samedi 8 avril 2017

Mère d’un converti djihadiste: "J’aurais préféré qu’il se radicalise violemment pour pouvoir m’en rendre compte"


ENTRETIEN: DORIAN DE MEEÛS La Libre

Il y a un an, un message lapidaire sur WhatsApp annonce à Véronique* et Thierry Roy le décès de leur fils au cœur de l’Etat islamique. De tradition catholique, cette famille vivait tranquillement en région parisienne, jusqu’à l’annonce de la conversion d’un fils à l’islam. Très vite, Quentin, 20 ans, se radicalise : discours religieux insupportables, rejet de la musique, rupture amoureuse et refus d’assister à l’enterrement de sa grand-mère ou au dîner de Noël. Véronique Roy est l’Invitée du samedi de LaLibre.be.

Extraits:
COMMENT S’EST DÉROULÉE LA CONVERSION À L’ISLAM DE VOTRE FILS QUENTIN?
Nos enfants ont été baptisés et élevés dans la culture catholique, mais comme beaucoup de Français et Belges, nous ne sommes pas particulièrement pratiquants. La spiritualité étant une chose très personnelle, nous n’avons rien imposé à nos enfants. Quentin nous a un jour mis sur le fait accompli. De manière très solennelle, il s’est accroupi devant nous pour nous annoncer qu’il s’était converti à l’islam. Il était très heureux d’avoir "rencontré" cette religion, qui avait l’avantage pour lui d’être la plus récente et de reconnaître les prophètes. Il a ressenti cet appel mystique comme une forme d’évidence.
(...)

N’AVAIT-IL PAS CHANGÉ PHYSIQUEMENT ?
Non, il était habillé comme n’importe quel jeune de son âge. Il s’était laissé pousser une petite barbe, mais c’était une barbe à la mode et pas du tout salafiste. Lorsqu’il travaillait comme chauffeur de taxi, il était en costume. A la maison, il déroulait simplement son tapis pour faire ses prières et se rendait à la mosquée une fois par semaine. Mais ce changement est uniquement le respect des prescriptions religieuses les plus simples pour un musulman.
MAIS LES MOIS ONT PASSÉ…
Plus tard, il portait occasionnellement des qamis (vêtement long porté par les hommes musulmans). Puis, surtout, il ne voulait plus se tailler la barbe, ce qui était un signe de salafisme.
D’AUTRES SIGNES APPARAISSENT-ILS ? COMME LE REJET DE L’ALCOOL ET DE LA MUSIQUE, ALORS QUE VOTRE ÉPOUX EST MUSICIEN ?
Oui, mais ne pas boire d’alcool n’a rien d’anormal pour un musulman, ce n’est pas un signe de radicalisation. La radicalisation est arrivée par la suite, mais s’est greffée à l’attirance religieuse. Cela s’est fait par pallier : il est devenu musulman, s’est radicalisé en optant pour le salafisme, puis le djihadisme violent en partant pour la Syrie. Suite dans La Libre. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LE MAL PEUT-ÊTRE ORDINAIRE ET AU PLUS PROFOND DE CHAQUE HOMME.» 

L’islamisme à même titre que le nazisme est un totalitarisme. 
Les djihadistes sont un peu à l’islamisme ce que les SS étaient au nazisme.
C’est dire si leur conception commune du mal  rejoint totalement le critique fondamentale que Hannah Arendt adresse à Eichmann à savoir devenu incapable de penser par lui-même, autrement dit, de ne pas savoir exercer son esprit critique.
C’est précisément le reproche essentiel que l’on peut et que l’on doit exprimer à l’égard des jeunes Jihadistes. A force de se donner corps et âme à la cause  islamiste, ces jeunes gens se sont aliéné totalement la capacité de tout jugement critique, autonome et personnel.  Ils s’effacent totalement devant l’autorité totalitaire qui aliène leur moi.
Hannah Arendt dira d’ Eichmann : c‘est un clown, un être falot incapable de penser par lui-même. C’est exactement pareil pour le fils de cette dame catholique converti à l’islamisme qui ne comprend pas ce que son fils est devenu.
Relisons donc Hannah Arendt et commençons par méditer le texte qui suit et qui nous aide à penser le concept Arendtien de la banalité du mal.
MG

HANNAH ARENDT ET LA « BANALITÉ DU MAL »

« Que vous soyez fils d’Eichmann, tandis que ces hommes étaient fils de Juifs, cela ne joue aucun
rôle ici : car votre mère et leur mère est une seule et même, vous êtes fils d’une seule et même
époque. Et quand cette époque distribue les destinées qui sont caractéristiques pour eux, c’est
sans se soucier des lignes séparant les rangs et les fronts, qui nous paraissent à nous tellement
capitales ; et même les différences entre frappeur et frappé lui demeurent indifférentes :
ces destinées se ressemblent alors entre elles dans ce qui leur est le plus essentiel :
à aucun de nous il n’est loisible de choisir de qui nous voudrions nous distinguer, à qui nous
aimerions ressembler. » Günther Anders,
Nous, fils d’Eichmann, Rivage Poche, Payot, p.86. 



Hannah Arendt est l’un des penseurs les plus marquants du 20ème siècle. Élève de Heidegger1,
elle fut docteur en philosophie, et l’épouse de Günther Stern, ce jeune philosophe allemand,
mieux connu sous le nom de Günther Anders, pour son mémorable Nous, fils d’Eichmann.
Divorcée en 1939, remariée avec Heinrich Blücher, puis installée aux Etats-Unis, après la guerre,
pour y enseigner successivement aux universités de Californie, Chicago, Columbia et Princeton,
elle se rendra célèbre en questionnant la possibilité de juger les crimes contre l'humanité, lors du
procès Eichmann en 1964. Ayant écrit plusieurs ouvrages, dont La condition de l'homme
moderne, et Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt est surtout connue pour avoir mené
avec une rigueur sans relâche et un sens critique tout à fait novateur, une réflexion sur la nature
de la politique à l'âge des masses, et une réflexion inédite à partir de la phénoménologie
de Heidegger, des causes morales et politiques du nazisme, ainsi qu’une réflexion inédite et très
éclairante sur la « banalité du mal ».

La « Banalité du mal » ? Voilà donc une expression des plus paradoxales.
Utilisée pour la première fois par Hannah Arendt à l’occasion du procès de Eichmann, responsable
nazi capturé à Buenos Aires en mai 1960 par les services secrets israéliens, et jugé à Jérusalem
en avril 1961, elle fut à l’origine d’une polémique passionnée qui emporta, comme un raz-de-marée,
Hannah Arendt taxée d’antisémitisme, et d’autres maux, si mal comprise, si novatrice dans sa
manière d’aborder le mal. Jusqu’ici on connaissait le mal radical selon Kant par exemple, qui était
la subordination de la raison aux passions2, avec pour conséquence principale la possibilité de
restaurer le fondement dernier de toute maxime, dans sa pureté, en choisissant de se démettre
du mal.
Mais avec la nouvelle approche du mal, selon Arendt, les choses se compliquent.
Dissipons d’abord tout malentendu : Hannah Arendt était juive. Journaliste reporter, elle couvrit
tout le procès Eichmann, ce fonctionnaire nazi retrouvé par les services secrets israéliens, qui
courut d’avril 1961 au 31 mai 1962. Elle ne s’attendait pas à rencontrer l’homme qu’elle vit dans le
box des accusés. Peut-être s’attendait-elle à y trouver le « diable », ou tout du moins l’un de ces
hommes monstrueux, au caractère indéfinissable, d’une cruauté et d’un cynisme sans précédents.
Le spectacle fut, à son grand étonnement, tout l’inverse. Cet homme qui avait joué un rôle non
négligeable dans la déportation des juifs, durant la seconde guerre mondiale, demeura à ses yeux,
pour le moins médiocre, avant tout préoccupé par sa carrière : un bourgeois, ni bohème, ni criminel
sexuel, ni fanatique pervers, pas même un aventurier, dira-t-elle plus tard dans son ouvrage sur
Eichmann3.
Hannah Arendt le décrivit comme des plus ordinaires. Un homme commun, moyen, sans la
moindre envergure exemplaire. D’une banalité si affligeante que cela rejaillissait sur les actes
mêmes pour lesquels on l’incriminait. Le problème philosophique se profile déjà à l’horizon :
si cet homme qu’elle décrit est si banal, alors que dire de ce qu’il a accompli ? Est-ce qu’on peut
dire que c’est également banal ?
La réponse donnée dans son ouvrage à propos de Eichmann pourra choquer le lecteur non averti.
Oui ! Adolf Eichmann est l’auteur d’un mal d’une grande banalité.
Certes cette banalité qu’elle met en cause n’a rien à voir avec le mal génocidaire.
Ce fut d’ailleurs l’erreur commise par de nombreux lecteurs de Hannah Arendt.
En réalité son approche est politique. Dans la logique de sa démarche le mal est à lire comme
celui que l’on fait à l’autre. Ni manquement au sentiment intérieur, ni manquement à la loi morale,
le mal concerne une action prise dans un espace public ; une action qui en rencontre d’autres, et
se confrontent entre elles. Pour comprendre la pertinence de l’analyse de Hannah Arendt quand
elle emploiera pour la première fois le terme de « banalité » à propos du mal commis par
Eichmann, il faut penser l’action dans les champs de la liberté et de la volonté.
Le terme de « banalité » ne sert donc pas à minimiser les crimes commis, ni à réduire le mal de la
Shoah à un simple « détail ». Ce que beaucoup comprirent. Bien au contraire, dans son rapport
sur ce procès retentissant, la réflexion de Hannah Arendt tend à mesurer l’extrême difficulté à
juger de crimes aussi insupportables, car dit-elle, les criminels étaient si ordinaires.
Voilà donc posé la plus grande interrogation pour la pensée : tous ces gens incriminés pour des
crimes d’une gravité exemplaire, étaient d’une banalité si confondante, que cela rendait la question
du génocide encore plus terrifiante. Certes, « il eut été réconfortant de croire qu’Eichmann était
un monstre »4 écrit-elle. Pourtant, beaucoup comme lui, lui ressemblaient « ni pervers, ni
sadiques ». Ces gens étaient « effroyablement normaux ».

La « banalité du mal » est un concept philosophique d’une importance sans précédent, car il pose
donc la possibilité de l’inhumain en chacun d’entre nous.
En cela, il est certes, novateur. Novateur et précisément attaché au 20ème siècle, parce que cette
possibilité de l’inhumain émerge nécessairement de la nocivité d’un système totalitaire, et suppose
que le crime soit commis dans des circonstances telles, que les « criminels » ne puissent sentir ou
savoir qu’ils font le mal. Elle suppose que le système totalitaire en place ait veillé préalablement à
tuer « l’animal politique » en l’homme, qu’il veut rayer de la surface de la terre, pour n’en
conserver que l’aspect biologique. Pour les nazis spécifiquement, il s’agissait, à travers la Shoah,
de créer « l’espèce animale humaine ». Pour ce faire, il s’agissait de déshumaniser l’homme en le
dépolitisant, au sens étymologique du mot. Tendre à supprimer la chose qui faisait de lui un être
humain, en détruisant d’abord ce qui le rattachait à une communauté.
Ces condamnés faisaient alors l’insoutenable expérience de « non-appartenance » au monde qu’
Arendt appellera : « la désolation ».
Ce contexte de destruction de la personnalité morale est important à comprendre, parce qu’il
entraîne l’individu à perdre toute référence individuelle aux notions de « bien » et de « mal ».
Et l’ignoble réduction à l’animalité qu’on imposait à ces hommes effaçait en eux toute moralité.
De leurs côtés, ceux qui sont conduit à fabriquer cette espèce humaine, ne sont plus capables de
regarder leurs sujets d’expérimentation comme des êtres qui leurs ressemblent.
Ces êtres ne sont plus leurs semblables. Ce sentiment est exprimé par Primo Levi dans l’admirable
recueil qu’il rapporta de l’horreur de la déportation : Si c’est un homme5.
Il le décrit ainsi : « son regard ne fut pas celui d’un homme à un autre homme ; et si je pouvais
expliquer à fond la nature de ce regard, échangé comme à travers la vitre d’un aquarium entre
deux êtres appartenant à deux mondes différents, j’aurais expliqué du même coup l’essence de la
grande folie du troisième Reich. »
On efface à ce moment-là, toute culpabilité possible dans l’esprit des bourreaux.
Car, faut-il encore, pour ressentir la moindre culpabilité, que les criminels aient conscience d’avoir
atteint l’humanité dans sa chair, en commettant leurs crimes infâmes.
La subtilité même du projet nazi consistait à distinguer radicalement victimes et bourreaux.
Ils n’appartenaient plus à la même espèce après l’accomplissement de l’entreprise de
déshumanisation, et une nouvelle espèce d’hommes émergeaient s’appliquant simplement à une
tâche confiée, sans jamais avoir conscience de violer un quelconque interdit.
De fait ils ne se sentirent jamais coupables. Ou du moins, « nous n’avons pas la moindre preuve »
de cela, dit Hannah Arendt, en substance. Et si « les nazis, et particulièrement les organismes
criminels, auxquels appartenait Eichmann, avaient, pendant les derniers mois de la guerre, passé
le plus clair de leur temps à effacer les traces de leurs propres crimes » cela prouvait seulement
« que les nazis étaient conscients du fait que l’assassinat en série était chose trop neuve pour que
les autres pays l’admettent. »
Le problème philosophique du mal changeait donc de nature ; avec lui, était posée la question de
la morale.
Certes, les nazis ne purent, fort heureusement, parvenir à achever leur projet : « libérer »
l’humanité du « règne des espèces sous-humaines ».
Ils avaient perdu, et se reconnaissaient volontiers vaincus. Mais « se seraient-ils sentis coupables
s’ils avaient gagné ? » se demande Hannah Arendt. On ne répondra pas à la question à sa place.
Mais il est difficile de penser que le moindre souffle de culpabilité aurait saisi la plus petite parcelle
de conscience de ces criminels tant ils étaient convaincus d’avoir obéi aux « ordres supérieurs »,
donc à la loi. La banalité du mal se constituant précisément de cette soumission insolite à la loi.
Dans son rapport sur Eichmann, Hannah Arendt se livre à une méticuleuse description du
personnage – qui visiblement fait problème pour beaucoup de consciences n’arrivant pas encore à
admettre que le mal peut-être ordinaire, et au plus profond de chaque homme.
Eichmann est un homme tout à fait « normal » ; pas de traits exceptionnels ni sur le plan
psychologique, ni sur le plan sociologique. Aucune cause ne ferait comprendre le moindre motif de
son action. L’analyse de comportement sans signe particulier, pousse Arendt à formuler la notion
controversée de « banalité » du mal que l’on doit définitivement opposer à celle de « mal radical ».
Faut-il donner raison à Kant, contre ceux qui pensent le mal comme une exception monstrueuse,
un satanisme ? Hannah Arendt s’en expliquera d’ailleurs : selon elle, la notion de « banalité du mal
» exprime l’idée que le sujet n’est pas la source même du mal, mais un de ses lieux de
manifestations, ce qui oblige à penser différemment sa culpabilité.
Une description trouvant une fois de plus un écho dans les textes de Primo Levi : « Ils étaient faits
de la même étoffe que nous, c’étaient des êtres humains moyens, moyennement intelligents,
d’une méchanceté moyenne : sauf exception, ce n’étaient pas des monstres, ils avaient notre visage. »6
Donc, pas la moindre profondeur diabolique.
Le mode de propagation du mal appelle alors une élucidation. Pour ce faire, Eichmann devant
ses juges incrédules, invoquera sa référence à « l’impératif catégorique » kantien.
Pour faire court, chez Kant, l’impératif catégorique, c’est l’impératif du devoir, proprement moral7.
Mais sans le savoir, Eichmann apportait durant toutes ces années, une notable modification à
l’impératif de Kant, puisqu’il transformait le «  agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu
peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » de la seconde critique par un
« agissez de telle manière que le Führer, s’il avait connaissance de vos actes, les approuverait ».
Cette déformation inconsciente de la pensée de Kant est analysée par Eichmann, comme un
impératif catégorique qui doit entraîner tout homme à faire plus qu’obéir à la loi, à aller au-delà
des impératifs de l’obéissance et identifier sa propre volonté au principe de la loi, à la source de
toute loi. Cela montre alors à quel point, un impératif moral mal compris peut entraîner un
glissement effroyable. Adapté à l’homme ordinaire, l’impératif catégorique devient un principe de
soumission absolue à la loi, qui lui interdit toute lucidité, et plus encore le dispense de penser par
lui-même. C’est donc parce qu’il adhère sans réserve mais aussi sans réflexion au principe qui
fonde la loi civile que le citoyen ordinaire peut devenir un Eichmann. La leçon de Hannah Arendt
fait désormais frémir. Elle est riche sur le point philosophique, et amène à se poser la question de
notre rapport à la loi, et de ses conséquences.
Dans le cas de ce nouveau type de criminels que furent les nazis, nous avions affaire à une
catégorie d’hommes qui « commet(taient) des crimes dans des circonstances telles qu’il
(leurs était) impossible de savoir ou de sentir qu’ils (avaient) fait le mal ».
C’est en cela seul qu’ils échappent à la forme traditionnelle de jugement que l’on peut porter sur le
crime ; ils n’ont pas conscience d’avoir mal agi, et ils ont, d’autre part, l’intime conviction d’avoir
fait leur devoir en obéissant à la loi. C’est ainsi que l’on constate le déplacement du problème :
le mal n’étant plus une violation de la loi, mais devient, au contraire, une obéissance à la loi.
Du moins, ce fut précisément la plaidoirie de Eichmann.
Avec le texte de Hannah Arendt, nous observons qu’une évolution doit être apportée, face à cette
inversion inédite du bien et du mal. Dans le cadre du procès d’Adolf Eichmann, le mal ne peut
plus être pensé en terme de « transgression » d’une loi ; il faut à présent le penser comme
l’oubli fondamental d’une appartenance à une communauté.
« Et parce que vous avez soutenu et exécuté une politique qui consistait à refuser de partager la terre avec le peuple juif et les peuples d’un certain nombre d’autres nations[…] pour cette raison seule vous devez être pendu. 8
La culpabilité dans sa forme élémentaire n’est dès lors plus envisagée. Hannah Arendt ne retient
la culpabilité en tant qu’intention ; mais l’applique à présent à l’atteinte fondamentale à l’idée de
communauté : le refus de partager la terre avec tous les hommes.
Le mal dans sa forme extrême et dans sa forme banale devient un refus de communiquer avec
l’autre, de le reconnaître comme tel, comme si l’identification à la loi se substituait à l’identification
au semblable. C’est d’ailleurs ainsi qu’Arendt délie volonté et responsabilité9.
On peut faire le mal sans le vouloir, avoir le sentiment de faire son devoir et pourtant être
responsable. Telle est la leçon donnée par le procès Eichmann. Telle est la leçon philosophique
capitale que nous propose Hannah Arendt, dont le concept de « banalité du mal » n’a pas fini de
nous laisser penser, en ce nouveau siècle.
Marc Alpozzo

Bibliographie indicative :
Hannah Arendt :
Journal de pensée, 2 tomes, Seuil, 2005
Responsabilité et jugement, Payot, 2005.
La philosophie de l’existence, et autres essais, Payot, 2005.
Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, Gallimard, Folio histoire, 1991.

Biographie :
Laure Adler, Dans les pas d’Hannah Arendt, Gallimard, 2005.
1 Elle aura une liaison secrète avec le penseur, et nourrira jusqu’à sa mort, en 1975, une longue correspondance avec ce dernier. Voir Laure Adler, Dans les pas d’Hannah Arendt, Paris, Gallimard, 2005.
2 « La restauration en nous de la disposition primitive au bien n'est donc pas l'acquisition d'un mobile pour le bien, mobile perdu par nous, car ce mobile, qui consiste dans le respect de la loi morale, nous n'avons jamais pu le perdre, et, si c'eût été possible, nous ne pourrions jamais plus de nouveau l'acquérir. Il ne s'agit donc que de restaurer la pureté du mobile en tant que fondement dernier de toutes nos maximes, et, par là même, il doit être accueilli dans le libre arbitre non uni seulement à d'autres mobiles ou peut-être même subordonné à eux (c'est à dire aux inclinations) comme conditions, mais en toute sa pureté, en qualité de mobile, en soi et suffisant, de détermination de ce libre arbitre », La religion dans les limites de la simple raison. Première dissertation- De l'inhérence du mauvais principe à côté du bon, ou du mal radical dans la nature humaine, pp. 69 à 71, Vrin.
3 Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, trad. A. Guérin, Folio histoire, Gallimard, 1991.
4 Ibid., p. 443 sq.
5 Editions Presse-pocket.
6 Si c’est un homme, op. cit..
7 Voir Kant, Critique de la Raison pratique.
8 Op. cit., p. 443 sq.
9 Voir Hannah Arendt, Responsabilité et Jugement, Payot, 2005.




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