mardi 11 avril 2017

Syrie : « Avec Donald Trump, l'Amérique est à nouveau le gendarme du monde »

Par lefigaro.fr, Hadrien Desuin Figaro
FIGAROVOX/ENTRETIEN- Hadrien Desuin analyse les intentions et les conséquences du revirement spectaculaire du président américain en matière de politique étrangère. Selon lui, la décision de Trump de bombarder la Syrie risque de marginaliser à nouveau la Russie dans le concert des nations.
Spécialiste des questions internationales et de défense, Hadrien Desuin est essayiste. Il publie en avril La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie française aux éditions du cerf.


FIGAROVOX.- Les frappes décidées le 7 avril par Donald Trump ont surpris beaucoup de monde...
Hadrien DESUIN.- Donald Trump a toujours revendiqué une forme d'imprévisibilité, qualité capitale selon lui dans une négociation. De ce point de vue, son intervention est réussie. Il a été gravement accusé de collusion avec le gouvernement de Vladimir Poutine pendant des mois. Certains à Washington envisageaient déjà une procédure d'»impeachment». L'occasion était belle de faire taire ce complotisme de gauche entretenu par le parti Démocrate. En France, la presse ne tarit pas d'éloge sur la réaction ferme et rapide du Président américain. Hier comparé à Hitler, Trump est aujourd'hui présenté comme le nouveau Roosevelt. Un tel amateurisme dans l'analyse des relations internationales reste singulier.
Avec Trump, l'Amérique est à nouveau le gendarme du monde.
En 2013, alors qu'une attaque chimique était à déplorer, dans des conditions équivalentes, Trump suppliait Obama de ne pas intervenir au nom des intérêts américains. Parce que la lutte contre les groupes djihadistes était la priorité des priorités. Et puis au cours de sa campagne, il a accusé Obama d'avoir été trop faible, d'avoir laissé tomber l'armée américaine. Lui n'aurait pas laissé Bachar Al-Assad franchir la «ligne rouge». Trump veut l'Amérique d'abord mais aussi l'Amérique à la première place. En ripostant brutalement, il répond à l'imaginaire collectif américain pour qui il y a désormais un Scheriff pour punir les criminels. Avec Trump, l'Amérique est à nouveau le gendarme du monde.
Plus surprenant, le vocabulaire employé par Donald Trump lors de son allocution. Hillary Clinton aurait pu prononcer les mêmes phrases: “Par le biais d'un agent neurotoxique mortel, Assad a arraché la vie à des hommes, des femmes et des enfants sans défense (...) les petits enfants et même de beaux petits bébés (...) Leur mort fut un affront à l'humanité. Ces actes odieux par le régime Assad ne peuvent pas être tolérés». Les images brandies par Nikkie Halley, la nouvelle ambassadrice américaine à l'ONU, étaient en effet insoutenables (des images qu'il faudrait vérifier puisque aucun journaliste indépendant n'est présent dans la région d'Idlib; la zone est contrôlée par des filiales d'Al Qaeda). Trump a parlé de «justice» et de «nations civilisées, il n'est plus dans le calcul froid des rapports de force mais dans une vision internationale de l'émotion, de l'opinion et de la sanction morale. Il a été personnellement touché par les images.
Une décision unilatérale...
On est habitué à New-York à se passer du Conseil de Sécurité des Nations Unies dès que l'Amérique est en minorité. La nouveauté c'est que l'administration Trump ne s'est même pas donné la peine de convaincre ses alliés ou ses partenaires. En 2003 et 2013, il a fallu quelques semaines au moins pour consulter et se décider à frapper une nation adverse, dans un sens ou dans un autre. En 2017, les négociations autour d'une résolution avaient à peine commencé, les modalités pour enquêter sur place n'étaient pas encore définies, que la flotte américaine bombardait déjà le territoire syrien.
On disait que Trump était un dangereux isolationniste, il pourrait bien se révéler un dangereux interventionniste.
Cette précipitation et ce mépris des instances internationales n'augurent rien de bon pour la suite de ce mandat. On disait que Trump était un dangereux isolationniste, il pourrait bien se révéler un dangereux interventionniste. S'il s'isole de ses partenaires c'est pour frapper plus vite. La passivité satisfaite des européens ne peut que l'encourager dans cette voie.
Sa décision a en effet reçu un accueil positif...
En particulier en Europe, où la diplomatie a laissé place à une synthèse entre l'émotion humanitaire et la discipline militaire. C'est tout juste si on demande une résolution de l'ONU pour régulariser la situation. L'adversaire s'est parfaitement saisi de cette faiblesse stratégique. Les «casques blancs» sont un bon exemple; ils opèrent sous le contrôle d'organisations djihadistes et jouent sans cesse sur la corde sentimentale de l'opinion occidentale, c'est redoutable.
En quoi l'intervention américaine change-t-elle la donne mondiale?
On s'attendait à un rééquilibrage des relations américano-russes. Poutine et Trump y étaient tous deux disposés en 2016. Le président américain a progressivement changé d'avis. En particulier parce que son entourage de campagne a, peu à peu, laissé place à une administration républicaine nettement plus agressive vis-à-vis de la Russie. Sous la pression, le général Flynn a démissionné, Steve Bannon a été écarté du Conseil de la Sécurité nationale. Les généraux Mattis et McMaster ont pris de l'importance et ils ne sont pas pro-russes du tout. Les militaires ont la mainmise sur la conduite de la guerre. Les diplomates sont cantonnées aux négociations commerciales.
On reviendrait au schéma classique d'un G2 Etats-Unis-Chine qui reléguerait la Russie au rang de trublion des relations internationales.
Par ailleurs, les missiles tirés depuis les destroyers USS Ross et USS Porter ont détruit la base syrienne au moment où le président chinois Xi Jinping était reçu dans la résidence du Président américain en Floride. Ce n'est peut-être pas qu'une coïncidence. Le candidat américain n'avait pas de mots assez durs contre les chinois pendant sa campagne. Or Xi Jinping est reparti de West Palm Beach convaincu d'avoir noué une relation personnelle avec son homologue américain. Il est le premier chef d'Etat invité dans la résidence privée de Donald Trump. La symbolique est forte (le premier ministre japonais avait déjà eu cet honneur). Depuis novembre, Poutine et Trump se sont simplement parlés au téléphone. La Chine pèse bien plus lourd que la Russie, elle n'est pas une puissance militaire très belliqueuse hors de ses frontières et elle détiendrait 2000 milliards de dollars de dette américaine. De quoi négocier. On reviendrait donc au schéma classique d'un G2 Etats-Unis-Chine qui reléguerait la Russie au rang de trublion des relations internationales.
TRUMP PEUT-IL ENCORE TRAVAILLER AVEC LA RUSSIE?
La décision prise par Trump en Syrie aura des conséquences irrémédiables face à Poutine. Ce dernier est un calculateur sans affect. Mais il a une certaine fierté. Il n'est pas non plus homme à se plier devant la force militaire américaine, surtout en Syrie, une vieille alliée de la Russie depuis la guerre froide. Il faudra du temps pour recoller les morceaux. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir avec l'Iran et d'autres alliés de la Russie dans la région. La tension va se ressentir en Ukraine. Il est probable qu'à Kiev, on profite de cette nouvelle animosité entre russes et américains.
En attendant, Daech et Al Qaeda se réjouissent des divisions entre américains et russes...
Dans le monde arabe, la brutalité américaine a toujours de l'effet. En particulier chez les alliés traditionnels des Etats-Unis comme la Turquie ou l'Arabie saoudite. Désormais chacun se souviendra qu'il est à portée d'un missile Tomahawk américain. En attendant, Daech et Al Qaeda se réjouissent des divisions entre américains et russes.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
REVIREMENT DE TRUMP VIS-À-VIS DE MOSCOU

« On s'attendait à un rééquilibrage des relations américano-russes. Poutine et Trump y étaient tous deux disposés en 2016. Le président américain a progressivement changé d'avis. En particulier parce que son entourage de campagne a, peu à peu, laissé place à une administration républicaine nettement plus agressive vis-à-vis de la Russie. Sous la pression, le général Flynn a démissionné, Steve Bannon a été écarté du Conseil de la Sécurité nationale. Les généraux Mattis et McMaster ont pris de l'importance et ils ne sont pas pro-russes du tout. Les militaires ont la mainmise sur la conduite de la guerre. Les diplomates sont cantonnés aux négociations commerciales. »
Il semblerait donc que les faucons aient chassé de la Maison Blanche la colombe Obama, très attaché à son Nobel de la Paix.
« La décision prise par Trump en Syrie aura des conséquences irrémédiables face à Poutine. Ce dernier est un calculateur sans affect. Mais il a une certaine fierté. Il n'est pas non plus homme à se plier devant la force militaire américaine, surtout en Syrie, une vieille alliée de la Russie depuis la guerre froide. Il faudra du temps pour recoller les morceaux. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir avec l'Iran et d'autres alliés de la Russie dans la région. La tension va se ressentir en Ukraine. Il est probable qu'à Kiev, on profite de cette nouvelle animosité entre russes et américains. »
Tout indique en effet que rien ne va plus entre Trump et Poutine ?
Question ? Pourquoi ? Que s’est-il donc passé entre ces deux hommes qui semblaient tellement s’apprécier ?
MG

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