dimanche 30 avril 2017

Vie et mort du « Front républicain »


• Par Eugénie Bastié, Figaro



FIGAROVOX/FOCUS- Le refus de Mélenchon de donner une consigne de vote et le « ni-ni » de certains ténors de la droite acte la défaite d'une stratégie de « cordon sanitaire » dont les origines remontent aux débuts de la IIIème république.
Le Front républicain est à la fois une mythologie ancienne et une discipline électorale qui remonte aux débuts de la IIIe République. Elle mêle considérations morales et bénéfices stratégiques et électoraux, appel au désistement et exclusion d'un parti de l «arc républicain». En 2002, il s'était mis en place après l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour. Cette fois-ci, des lycéens défilent en criant «ni Marine, ni Macron», Jean-Luc Mélenchon n'appelle pas publiquement ses militants à voter pour le candidat d'En Marche, tout comme des élus de droite tels qu'Henri Guaino, Guillaume Larrivé, Éric Ciotti. La pratique du Front républicain se délitait déjà depuis quelques années, notamment avec l'instauration de la stratégie du «ni-ni» par Nicolas Sarkozy.
Selon Frédéric Rouvillois, auteur d'Être (ou ne pas être) républicain (Éditions du Cerf) , le Front républicain est une «technique séculaire de marginalisation de l'adversaire par un mot qui porte à la fois une dimension consensuelle et sacrée.» «Dans la mesure où le terme républicain est extrêmement polysémique, pour ne pas dire flou, il est utilisé par certains hommes politiques, souvent de gauche, pour tracer la limite du débat démocratique. Il n'y a pas d'instance objective qui définisse ce qu'est un bon républicain. C'est une stratégie qui n'a pas toujours montré son efficacité».
• 1887 et la «concentration républicaine»
Pour entraver la dérive césariste du général Boulanger, qui avait été nommé ministre de la guerre par Georges Clemenceau, républicains opportunistes et radicaux forment un gouvernement de «concentration républicaine». Ils empêchent l'arrivée au pouvoir du général Boulanger en 1885 et en 1889.
• L'affaire Dreyfus et la «défense républicaine»
«L'affaire Dreyfus est un moment fondateur du front républicain», estime l'historien Olivier Dard. En juin 1899, aux lendemains de l'affaire Dreyfus qui a coupé la France en deux le cabinet Waldeck-Rousseau se présente comme le gouvernement de «défense républicaine». Il rassemble autour des radicaux, la droite modérée, les centristes une partie des socialistes opposés aux anti-dreyfusards.
• Années 1930 et la discipline républicaine:
Aux municipales de 1935 et aux législatives de 1936, le mécanisme de «discipline républicaine», qui prévoit le désistement du candidat de gauche dans l'entre-deux tours au profit du candidat arrivé en tête est élargi au PCF. Une coutume de solidarité électorale plus qu'un barrage moral, qui permet l'union des gauches.
• 1956: le «Front républicain» de Jean-Jacques Servan Schreiber
Le fondateur de l'Express a l'idée de baptiser «Front républicain» une coalition électorale, lancée durant les législatives de 1956, qui rassemblait les socialistes de la SFIO, de l'UDSR le parti de François Mitterrand, des gaullistes sociaux autour de Jacques Chaban-Delmas. Il s'agissait autant de contrer le poujadisme naissant et le PCF en invoquant la protection d'une république supposément menacée par la guerre d'Algérie. Il échoue dans sa tentative de rassembler tous les partis de la «troisième force».
• 1962: un «Front républicain» contre de Gaulle
À l'automne 1962, le radical Gaston Monnerville, président du Sénat, prend la tête des opposants au référendum du général de Gaulle prévoyant de changer la Constitution en faveur d'une élection du président de la république au suffrage universel. Dans un discours, il appelle «les républicains et les républicaines que vous êtes, [à prendre] conscience d'un danger pour la République et [à se montrer] décidés à y faire face» et lance un appel à un «front commun des républicains, de toutes nuances» pour s'opposer au général de Gaulle.
• Années 1980: le «cordon sanitaire»
L'expression «cordon sanitaire» vient des Pays-Bas: elle désigne la politique mise en place à la fin des années 1980 pour exclure de toute coalition électorale les partis d'extrême-droite. Les partis dits démocratiques passent un accord pour ne pas s'allier avec les partis dont le programme est considéré comme contraire aux droits de l'homme. L'expression est reprise en France à la fin des années 1980 pour empêcher tout accord entre la droite et l'extrême droite alors naissante. Elle apparaît dans une tribune en 1987 signée par Jean-Christophe Cambadélis et 122 personnalités. La même année, Michel Noir et Alain Carignon, élus RPR, écrivent dans une autre tribune «Il vaut mieux perdre une élection que perdre son âme». En 1998: l'expression est employée pour dénoncer l'attitude de Charles Millon qui a accepté les voix du FN pour la présidence de la région Rhône-Alpes.
• 2002: l'apogée du «Front républicain»
La qualification surprise au second tour de l'élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen suscite un «barrage» généralisé. Tous les candidats, sauf la trotskiste Arlette Laguiller, appellent à contrer le Front national.
• 2011: la stratégie du «ni-ni»
Lors des élections cantonales de 2011, Nicolas Sarkozy prône pour la première fois la consigne «ni vote FN, ni vote PS» en cas de second tour opposant la gauche au parti frontiste. Les ténors de l'aile centriste de l'UMP affichent leur désaccord, appelant à voter à gauche en cas de duels.
• 2017: Affaiblissement du Front Républicain
Contrairement à 2002, la classe politique ne réagit pas de façon unanime à la présence du FN au second tour. Si les principaux ténors de la droite appellent à contrer Marine Le Pen, certains ne donnent pas de consigne de vote. Mais le revirement le plus spectaculaire vient de la gauche: Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé sans états d'âme à faire barrage en 2002, affirme qu'il gardera son vote intime. Le Front républicain est disloqué. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FRONT NATIONALISTE CONTRE FRONT RÉPUBLICAIN ? 

Un lecteur propose une analyse  décoiffante mais très réaliste du Front républicain :
« Certains s'étonnent qu'en 2017 on ne retrouve pas le "réflexe républicain" qui, en 2002, avait permis la réélection du président Chirac face au fondateur du Front National, Jean-Marie Le Pen. Or ceux qui s'étonnent ainsi ne voient pas -ou font semblant de ne pas voir- ce qui a considérablement changé depuis 15 ans:
- trois quinquennats successifs de "républicains" qui n'ont pas redressé le pays, avec à chaque fois un chef de l'Etat pire que le précédent;
- une dérive droitière de plus en plus marquée dans les deux partis dits "de gouvernement", dérive évidente du côté de la "droite républicaine" avec le délirant programme de régression sociale que portait le candidat officiel, François Fillon, et non moins évidente avec les annonces de monsieur Valls ou ce que l'on sait des projets du candidat Macron, regardés par les naïfs comme "progressistes" parce qu'un peu moins violemment régressifs que ceux de Fillon;
- dans le même temps, Marine Le Pen a choisi d'aller faire son marché dans les programmes de la vraie gauche, ce qui lui a permis de devancer Jean-Luc Mélenchon, tandis que dans les médias on avait le toupet de l'accuser, lui, de copier son programme à elle;
- jusqu'à aujourd'hui, les européistes mondialistes avançaient relativement masqués et ne jetaient pas à la face de ce qui reste de classe ouvrière que leur classe sociale de vaincus doit achever de disparaître d'urgence, monsieur Macron l'ose.
Un "Front républicain" en carton pâte, n'attire pas; n'est-ce pas normal? »

Les sondages donnaient Hilary Clinton gagnante, la femme la mieux préparée à la fonction présidentielle de l’histoire américaine. On connait la suite.
Les médias misent sur une victoire du « Wundekind » sur la « mégère non apprivoisée ».
Rien n’est cependant joué. On le sent bien en écoutant les commentaires embarrassés des analystes de métier. L’infatigable Marine a décidé de harceler le surdoué sur tous les terrains et de le malmener de toute les façons pour qu’il se présente lessivé, éreinté au débat télévisé de jeudi  pour n’en faire qu’une bouchée.
Suspense. Les démocrates retiennent leur souffle. Pourvu que la météo annonce un temps de chien pour le weekend prochain.
Le destin de le France et de l’Europe est en effet sur les genoux des candidats à l’abstentionnisme.
MG




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