jeudi 4 mai 2017

Dix intox de Marine Le Pen lors du débat


UN ARTICLE DU SERVICE DÉSINTOX DE LIBÉRATION

L’équipe de Désintox, du quotidien Libération, avait compté vingt-cinq bobards de Marine Le Pen lors de la campagne du premier tour. Ce mercredi soir, elle a saturé le débat d’intox sur tous les thèmes. Pendant près de trois heures, la candidate a multiplié approximations et énormités. En voici dix.

1) NON, EMMANUEL MACRON N’A PAS VENDU SFR À PATRICK DRAHI
Revenant sur le cas Whirlpool, Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron d’avoir revendu des entreprises lorsqu’il était ministre. Exemple avec SFR (par ailleurs actionnaire de Libération).
Marine Le Pen n’a pas tort sur ce dernier point. Le prédécesseur d’Emmanuel Macron à Bercy, Arnaud Montebourg, ne voulait pas que SFR soit vendu à Numéricable, qui appartient à Patrick Drahi. C’est malgré tout en mars 2014 que Vivendi a décidé de vendre SFR à Numéricable.
Toutefois, le renforcement en mai 2014 d’un décret sur les investissements étrangers (souhaité par Arnaud Montebourg) a rendu obligatoire l’autorisation préalable de l’Etat des investissements étrangers dans certains secteurs, dont les télécommunications. Or, la société Altice (maison mère de Numéricable) est basée au Luxembourg. C’est donc Emmanuel Macron qui, deux mois après son entrée en fonction, a donné son feu vert à ce rachat le 28 octobre 2014. Mais c’est bien la société Vivendi qui a décidé de revendre SFR. Avant la nomination à Bercy du candidat d’En marche…
2) NON, L’UNION BANCAIRE NE MENACE PAS L’ÉPARGNE DES FRANÇAIS
L’Europe ou la ruine des petits épargnants ? Marine Le Pen a affirmé qu'à cause de l’union bancaire, «l’épargne des Français est en danger». L’Union bancaire vise à empêcher que les éventuelles crises bancaires ne dégénèrent en crises des dettes souveraines, pour éviter le scénario de la crise de 2008 lorsque les Etats – les contribuables donc – avaient dû y aller de plusieurs centaines de milliards d’euros pour sauver le système bancaire. Le MRU (mécanisme de résolution unique, deuxième pilier de l’Union bancaire) institue donc le principe du bail-in (renflouement interne), par opposition au bail-out qui fait appel à de l’argent public.
Effectivement, ce texte, entré en vigueur au 1er janvier 2016, prévoit désormais la possibilité de ponctionner les comptes de dépôts des clients pour contribuer au sauvetage de leur banque. Mais ce n’est qu’en dernier recours, après mise à contribution des actionnaires et créanciers obligataires. Et Le FN oublie systématiquement de préciser qu’il ne s’agit pas de tous les épargnants. Il existe bien une garantie de dépôt de 100 000 euros. C’est-à-dire qu’en deçà de ce montant, les épargnants ne peuvent, même dans le pire des cas, être inquiétés.
3) SI, MARINE LE PEN A BIEN MODIFIÉ SA PROPOSITION SUR LE RETOUR À LA RETRAITE À 60 ANS…
Marine Le Pen avait inscrit la retraite à 60 ans dans son projet. Sauf que mercredi soir, la candidate a relégué son application à la fin du quinquennat… La conditionnant à la une baisse du chômage. Une brèche dans laquelle Emmanuel Macron s’est engouffré, faisant remarquer à une évolution programmatique. Marine Le Pen l'a nié au prix d’un gros mensonge. Car la candidate présentait bien il y a quelques semaines ses dix mesures immédiates, parmi lesquelles le «rétablissement de la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisation». Immédiate, la mesure ne l’est plus guère…
4) NON, LA "DOUBLE PEINE" N’A PAS ÉTÉ SUPPRIMÉE
C’est un increvable poncif frontiste qu’a de nouveau ressorti Marine Le Pen mercredi soir. Pourtant, la double peine n’a pas été supprimée, mais aménagée. Et des étrangers demeurent encore renvoyés chaque année… Ce qu’on appelle «double peine», c’est la peine d’interdiction du territoire français (ITF) que peuvent prononcer les tribunaux à l’encontre d’étrangers condamnés. La personne condamnée est reconduite à la frontière après avoir purgé sa peine. Dans la majorité des cas, l’ITF est utilisée comme une peine complémentaire, même si elle peut être prononcée à titre principal.
Aujourd’hui, près de 300 délits et crimes peuvent entraîner une ITF, du trafic de stupéfiants au viol en passant par le séjour irrégulier, le crime contre l’humanité ou le travail illégal.
5) MARINE LE PEN (AINSI QU’EMMANUEL MACRON) NE COMPREND RIEN À LA LOI TAUBIRA
La politique pénale est un vivier à intox. Exemple avec cet étonnant passage :
Emmanuel Macron - «Avec moi, toute peine prononcée sera exécutée. Je reviendrai sur la loi qui a fait que pour toutes les peines de moins de 2 ans, il n’y a pas d’éxecution de peine. Parce que c’est un signal fort.
Marine Le Pen: Vous reviendrez sur la loi Taubira ?
EM : J’y reviendrai totalement madame.
Désintox s’est déjà penché sur l’affirmation mensongère d’Emmanuel Macron selon laquelle les peines inférieures à deux ans ne sont jamais exécutées. La loi prévoit bien l’aménagement des peines inférieures à deux ans, lesquelles aménagement débouchent effectivement le plus souvent sur des mesures alternatives à la prison ferme (ce qui au passage ne signifie pas que la, peine n’est pas «exécutée», comme le dit Macron, puisqu’une peine de prison ferme aménagée est considérée comme «exécutée»). Mais cela ne veut pas dire que tous les condamnés à des peines de moins de deux ans évitent les barreaux.
Primo, les condamnés en situation de récidive voient leurs peines aménageables uniquement si celles-ci sont inférieures à 1 an, et pas deux ans. Deuzio – et surtout –, nombre de condamnés filent directement en prison après l’audience en cas de mandat de dépôt prononcé par le tribunal, ce qui est fréquent lors des comparutions immédiates. Et ces peines-là ne sont pas aménagées.
A cette intox de son opposant… Marine Le Pen répond par une anêrie, en demandant à Emmanuel Macron s’il souhaite donc «revenir sur la loi Taubira»… Laquelle Chrisitiane Taubira n’a strictement rien à voir dans cette affaire puisque c’est de la réforme pénale de Rachida Dati en 2009 que les deux candidats parlent…
6) NON, EMMANUEL MACRON N’A PAS ÉTÉ OBLIGÉ DE GARDER DANS LES RANGS D’EN MARCHE UN «RADICAL ISLAMISTE»
Dans une longue tirade, la candidate FN a tenté de démontrer que son adversaire était «soumis» à l’islamisme radical. Avec un seul élément, particulièrement bancal. « Il faut éradiquer l’idéologie du fondamentalisme islamiste dans notre pays. Mais vous ne le ferez pas, parce que vous êtes soumis à eux, M. Macron. Parce qu’ils vous tiennent. C’est aussi simple que ça. C’est malheureux à dire, c’est terrifiant parce que ça peut avoir des conséquences extrêmement lourdes pour les Français. Mais on l’a vu avec l’affaire Saou, vous avez été mis devant le chantage : soit vous gardiez M. Saou, qui est un radical islamiste, soit l’UOIF appelait à vous faire battre. Vous avez préféré conserver ce soutien plutôt que de prendre le risque d’exprimer votre condamnation la plus formelle de ces dérives. Qui sont des dérives extrêmement lourdes, qui font des morts sur notre territoire, qui ont commis des attentats multiples. »
Le Pen fait ici référence à « l’affaire Saou », du nom d’un référent d’En marche dans le Val d’Oise. A en croire la candidate, ce (désormais) célèbre Mohamed Saou serait donc coupable de dérives «qui font des morts sur notre territoire». Sauf qu’on reprochait en fait à Saou des posts Facebook, dans lequel il avait par exemple écrit qu’il n’a «jamais été et [ne sera] jamais Charlie» quand Charlie Hebdo caricature les victimes du séisme en Italie le mois suivant, et d’avoir partagé le contenu de plusieurs publications de Marwan Muhammad, le porte-parole du CCIF. Surtout, la commission d’éthique du mouvement En marche a été saisie pour se prononcer sur le sort de Saou, qui a été du même coup suspendu de ses fonctions de référent. Alors quel rapport avec Macron ? Quelques jours plus tard, l’affaire a en fait rebondit (et est depuis instrumentalisée par la droite), à cause d’un off de Macron lors d’une émission sur Beur FM, où il qualifie Saou de «type bien» après avoir pourtant concédé que le référent avait fait « «un ou deux trucs radicaux». Très vite, Macron avait tenu à préciser sa pensée, sur Twitter : «Pour être clair, je n’ai toujours parlé que de ses messages sur les réseaux sociaux.»
Ce mercredi, suite aux attaques de Marine Le Pen, Macron a fait une mise au point musclée sur l'UOIF :
7) NON, LA CONTRIBUTION DE LA FRANCE À L’UNION EUROPÉENNE N’EST PAS DE 9 MILLIARDS D’EUROS
Combien verse vraiment la France à l’Europe chaque année ? Les partisans du Frexit, Marine Le Pen en tête, citent volontiers ce montant de 9 milliards. Un montant (très) gonflé. Selon les diverses méthodes de calcul, on arrive entre 4,5 et 7 milliards d’euros. La commission des finances du Sénat donnait pour l’année 2015 un chiffre de 6,17 milliards d’euros de contribution nette au budget européen dans sa note de présentation du projet de loi de finances 2017. Pour 2017, le projet de loi de finances suggère que la contribution nette de la France pourrait passer sous la barre des 6 milliards d’euros. Ajoutons que cette considération purement «arithmétique» n’intègre évidemment pas les coûts d’une sortie de l’Union, qu’il est difficile d’estimer.
8) NON, LES CANDIDATS À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE N’ONT PAS TOUS DONNÉ AVANT LE VOTE LE NOM DE LEUR FUTUR PREMIER MINISTRE
Pressé par la candidate d’extrême droite de se prononcer sur son choix de Premier ministre, Macron l’interroge : «Vous avez connu beaucoup de présidents qui l’annonçaient avant ? Moi non…» Et Le Pen de répondre : «Tous quasiment. On savait, avant, tous. On savait Monsieur.»
Une affirmation (très) largement exagérée. Sur les deux dernières élections présidentielles par exemple, si certains noms étaient parfois pressentis, il n’y avait aucune certitude avant les élections présidentielles. Pour François Hollande, si Jean-Marc Ayrault faisait effectivement partie de la liste des favoris, son nom était loin d’être le seul à circuler dans la presse. Martine Aubry, beaucoup plus ancrée à l’aile gauche, était ainsi citée comme également "pressentie" à Matignon.
Concernant Nicolas Sarkozy en 2007, le nom de François Fillon circulait en effet bel et bien comme potentiel premier ministre… mais aux côtés de celui de Jean-Louis Borloo, par exemple, plus proche du centre. Il est donc faux d’assurer que l’on «savait avant» le nom des futurs premiers ministres avant les précédentes élections présidentielles.
9) NON, FRANÇOIS HOLLANDE N’A JAMAIS DIT : "C’EST PAS GRAVE C’EST L’ETAT QUI PAYE".
Au bout d’une demi-heure de débat, Marine Le Pen déroule : «Comme vous êtes socialiste, vous allez dire que 'Ça ne coûte rien, c’est l’Etat qui paye'». Une fausse citation qui n’est pas toute jeune puisqu’elle remonte à novembre 2014. A l’époque, des milliers d’internautes avaient reproché cette phrase à François Hollande… alors qu’il n’a jamais tenu ces propos, comme le signalait L’Express. Le président précisait en fait au journaliste Gilles Bouleau que la mesure des emplois d’avenir ne coûtait rien aux collectivités, puisque c’est l’Etat «qui paye». Alors que le journaliste lui rappelait que « l’Etat, ce sont les contribuables…», Hollande poursuivait : « Oui, mais c’est pas la collectivité marseillaise ou le département ou la région. Mais, je vais y revenir, c’est l’Etat qui fait l’effort ».
10) NON, EMMANUEL MACRON N’EST PAS POUR LA GPA
Il a beau s’en être défendu à plusieurs reprises, Marine Le Pen a de nouveau accusé Emmanuel Macron d’être favorable à la gestation pour autrui (GPA).
Ce qu’il prévoit, c’est de reconnaître la filiation des enfants nés de GPA à l’étranger, «selon la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme» précise son programme. De fait, la CEDH a condamné la France à cinq reprises pour avoir refusé de transcrire les actes de naissance d’enfants nés d’une GPA à l’étranger. Plutôt que la mise en place de «filières de GPA à l’étranger», il s’agit donc plutôt d’une mise en conformité avec le droit européen.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ELLE MENT COMME CET AUTRE ARRACHEUR DE VERITES NOMMÉ TRUMP

C’est un point commun qu’elle partage avec Hitler et tous les populistes. Chirac avait raison : on ne débat pas avec le FN au risque de salir son image et celle de la France. Macron a pris un risque, celui d’être déstabilisé par la fourberie faite femme. Il s’en est admirablement sorti en ridiculisant la mégère non apprivoisée.
MG


LE NAUFRAGE DE MARINE LE PEN
Le Point 

Il n’y a pas eu de débat d'entre-deux-tours ce mercredi 3 mai. Dès les premières secondes, Marine Le Pen a pris son adversaire à la gorge. Ceux qui s’attentaient à une confrontation d’idées et de programmes ont été déçus. La prestation de la candidate du Front national a suscité de vives critiques, jusque dans son propre parti. De son côté, Emmanuel Macron ne s’est pas départi de son calme et a développé énergiquement les contours d’un projet résolument pro-européen et libéral. Caricatural dès la première minute, ce débat inutile a été pensé par Marine Le Pen pour écœurer les électeurs et les dissuader de voter dimanche. Analyse de Emmanuel Berretta.

Aucun commentaire: