mardi 9 mai 2017

INTERVIEW : SIBETH NDIAYE, LA SÉNÉGALAISE EN MARCHE AVEC EMMANUEL MACRON


Par Rahabi Ka , Jeune Afrique


Son prénom évoque les reines combattantes de la Casamance. La légende familiale veut que sa mère l’ait découvert en lisant le quotidien national le Soleil. Aujourd'hui lancée dans la bataille de l'élection présidentielle aux côtés d'Emmanuel Macron, la Franco-Sénégalaise Sibeth NDiaye gère les relations presse du candidat.

JEUNE AFRIQUE : VOUS AVEZ VOTRE CARTE AU PARTI SOCIALISTE DEPUIS 2002, VOUS AVEZ MILITÉ À L’UNEF QUAND VOUS ÉTIEZ ÉTUDIANTE, QUEL A ÉTÉ LE DÉCLIC DE VOTRE ENGAGEMENT POLITIQUE ?
Sibeth Ndiaye : L’engagement dans le syndicalisme étudiant vient de mon envie de changer les choses de manière concrète. Quand vous êtes élue étudiante, dans le conseil d’administration de votre université, vous avez l’opportunité de mener des projets, de négocier avec l’administration des changements et des évolutions qui changent concrètement  la vie des étudiants. C’est cela qui m’a passionnée. La politique, c’est venu plus tard avec l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, en 2002.
COMMENT AVEZ-VOUS RENCONTRÉ EMMANUEL MACRON ET QUELLE A ÉTÉ VOTRE PREMIÈRE IMPRESSION ?
Je l’ai rencontré pour la première fois à l’Elysée. Il était secrétaire général adjoint, et je travaillais pour Arnaud Montebourg. Il était d’un abord agréable, avec beaucoup d’humour. Mais je n’ai pas eu à l’époque l’occasion de travailler avec lui.
QUAND EMMANUEL MACRON A ANNONCÉ LA CRÉATION DE SON MOUVEMENT, VOUS A T’-IL IMMÉDIATEMENT PROPOSÉ DE LE REJOINDRE ? AVEZ-VOUS EU DES RÉTICENCES À REJOINDRE EN MARCHE APRÈS AVOIR ÉTÉ SI LONGTEMPS AU PS ?
À cette période, je travaillais au sein de son cabinet et il avait souhaité séparer strictement les activités d’En Marche ! de celles du cabinet. Je n’ai su que le mouvement allait être lancé que la veille du 6 avril…
QU’EST-CE QUI VOUS A SÉDUIT DANS CE MOUVEMENT ?
La volonté de transcender les clivages existants, la tentative audacieuse pour essayer autre chose, et le sentiment que ça ne pouvait plus continuer comme avant, que les appareils existants ne réfléchissaient plus sur le monde et ses évolutions.
VOUS AVEZ TRAVAILLÉ AUPRÈS DE DIFFÉRENTS HOMMES POLITIQUES DONT CLAUDE BARTOLONE, DOMINIQUE STRAUSS KAHN… QU’EST CE QUI FAIT LA SINGULARITÉ D’EMMANUEL MACRON SELON VOUS ? 
La première fois qu’il a réuni son cabinet, il nous a dit une phrase qui m’a marquée : « Ne venez jamais me dire qu’on ne peut pas faire telle ou telle chose parce qu’on ne l’a jamais fait auparavant. » C’est quelqu’un de très libre et qui cherche en permanence à questionner le monde.
Nous partageons aussi un amour de la langue française et en particulier de la poésie. Je me rappelle toujours avec émotion qu’au décès de ma mère, il avait eu la délicatesse de m’offrir un livre de Roland Barthes, Journal de Deuil. Il m’a servi de livre de chevet pendant de longs mois.
ON DIT QUE VOUS ÊTES BIEN PLUS QU’UNE CHARGÉE DES RELATIONS PRESSE, QUE VOUS ÊTES UNE VRAIE CONSEILLÈRE ET QU’IL VOUS ÉCOUTE BEAUCOUP. QUEL EST VOTRE RÔLE AUPRÈS DE LUI ?
Je travaille au sein d’une équipe. Dans cette équipe, chacun contribue par son regard, son parcours, ses idées, à le conseiller. Il apprécie de pouvoir bénéficier de points de vue différents, parfois divergents. C’est ce qui nourrit sa réflexion propre. Mais à la fin, il est celui qui tranche.
N’AVEZ-VOUS JAMAIS ENVISAGÉ DE VOUS LANCER EN POLITIQUE ? SI EMMANUEL MACRON EST ÉLU PRÉSIDENT QUEL SERAIT VOTRE RÔLE AUPRÈS DE LUI ?
Mais je suis déjà engagée politiquement ! Cette campagne occupe mes jours et mes nuits depuis plusieurs mois. Etre élu n’est pas l’alpha et l’omega de l’engagement politique… Quant à mon rôle futur auprès d’Emmanuel Macron, c’est à lui de vous le dire, pas à moi.
VOUS ÊTES NÉE À DAKAR, QUEL EST VOTRE LIEN AVEC LE SÉNÉGAL ? AVEZ-VOUS LA NATIONALITÉ FRANÇAISE ET DEPUIS QUAND ?
Je suis française depuis le mois de juin 2016. J’ai mis beaucoup de temps à me décider (rires). Une grande partie de ma famille réside au Sénégal, en particulier l’aînée de mes 3 sœurs. Les autres vivent dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, au Togo, dont est originaire ma mère, et au Nigéria. Nous sommes plutôt des globe-trotteurs !
VOUS POURRIEZ ÊTRE UN MODÈLE POUR LES JEUNES FEMMES D’ORIGINE AFRICAINE QUI HÉSITENT À SE LANCER DANS LE MILIEU POLITIQUE, QUE SOUHAITEZ-VOUS LEUR DIRE ?
Je ne me vis pas du tout comme un modèle. Ma carrière professionnelle s’est surtout construite autour de belles rencontres, avec des gens qui ont su me faire confiance, et j’ai toujours essayé d’être digne de cette confiance. Cela me pousse à penser qu’il suffit de tomber sur la ou les bonnes personnes, celles qui ne voient pas votre couleur de peau, votre origine sociale ou votre seul parcours scolaire, pour que tout change.
Si j’avais un seul souhait, c’est que mon parcours démontre à tous ceux qui sont susceptibles d’embaucher ou de mettre le pied à l’étrier d’un jeune homme ou d’une jeune femme, que ce qui compte c’est d’abord la personnalité et l’envie de faire.
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SIBETH NDIAYE, LA "OLIVIA POPE DE MACRON".
Elle est responsable de la cellule presse et communication d'En marche ! et fait partie de la garde rapprochée du nouveau chef de l'État.  Son efficacité et son franc-parler forcent l’admiration.
La vraie star dans "Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire" c’est elle. Cette émission a tellement frappé les téléspectateurs qu’on envisage de tirer une série des dizaines heures de rushs non utilisés pour le montage de ce reportage époustouflant.
«Une seule femme noire dans un univers d'hommes blancs, forcément, ça imprime l'œil.» C'est ainsi que Sibeth Ndiaye résume les raisons pour lesquelles sa présence dans le documentaire sur la campagne d'Emmanuel Macron, qui, diffusé lundi soir sur TF1, a marqué les esprits des millions de téléspectateurs qui l'y ont découverte pour la première fois. Et pour cause: « très connue des journalistes - à qui elle est indispensable -, « la coresponsable de la cellule presse et communication du nouveau président cherche à tout prix à éviter de se mettre en avant. Elle ne se regarde pas trop le nombril» (Figaro)
•Le documentaire "Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire", diffusé ce lundi 8 mai sur TF1, a permis de découvrir un candidat calme et déterminé, qui maîtrise parfaitement ses gestes et son image et s'amuse presque des aléas de la campagne. Sa phrase culte : « Ne venez jamais me dire qu’on ne peut pas faire telle ou telle chose parce qu’on ne l’a jamais fait auparavant. »
•L’émission a mis en lumière le petit cercle de fidèles souvent jeunes qui l'entoure. "Les enfants", comme il les appelle souvent. Il s’y révèle brillant manager d’une équipe créative, dynamique et terriblement engagée, déterminée à gagner. 
Parmi les personnes de cette équipe engagée: Sibeth Ndiaye- impossible de la rater- joue un rôle crucial dans les relations avec la presse est dans toutes les séquences. La trentenaire ne quitte jamais le candidat, le débriefe, démêle toutes les situations...
Selon ses dires, Emmanuel Macron est très proche de ses conseillers et elle partage avec lui un "amour de la langue française et en particulier de la poésie" en dévoilant une anecdote touchante: "Je me rappelle toujours avec émotion qu'au décès de ma mère, il avait eu la délicatesse de m'offrir un livre de Roland Barthes, 'Journal de Deuil'. Il m'a servi de livre de chevet pendant de longs mois."
A l’évidence Sibeth Ndiaye constitue pour le nouveau président un atout précieux pour séduire le vote franco-africain aux législatives : elle incarne en effet cette mondialisation cosmopolite pour laquelle plaide Emmanuel Macron.
Reste à savoir si elle s’engagera dans la campagne du troisième tour.
MG

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