mercredi 3 mai 2017

Le FN piégé par son projet fou de sortie de l'euro


• Par Emmanuel Galiero Figaro

À l'approche du second tour, la candidate FN met en sourdine son projet de sortie de la monnaie unique.
L'affaire couvait depuis un certain temps mais on ne pensait pas que Marine Le Pen, à moins d'une semaine du premier tour de la présidentielle, prendrait un tel virage sur la sortie de l'euro. Longtemps, cette question était présentée comme l'alpha et l'oméga du projet mariniste. La candidate avait étroitement lié l'efficacité de son action à la récupération de la souveraineté monétaire de la France. Sans elle, point de salut.
Au sein du Front national, l'affaire avait aussi créé une vive opposition entre étatistes et libéraux. D'un côté, le clan Florian Philippot ; de l'autre, le cercle Marion Maréchal-Le Pen. En coulisses, les uns et les autres n'ont jamais cessé d'opposer leurs visions économiques. Le vice-président et bras droit de Marine Le Pen s'était d'ailleurs prononcé en faveur d'une sortie franche de l'euro. Pour lui, cela pouvait constituer un marqueur efficace de la détermination du FN. Un signal fort de sa guerre contre l'Union européenne.
UN SUJET DE DISCORDE AU SEIN DU FN
Pour les amis de la députée du Vaucluse, la sortie de l'euro n'a jamais été une question essentielle. Concentrés sur les ponts à construire vers l'électorat de droite, ces frontistes étaient convaincus de la nécessité d'éviter les frayeurs inutiles. Au lendemain des régionales, sonnés par l'échec, certains avaient d'ailleurs manifesté leur colère auprès de la présidente en tenant la ligne Philippot et la sortie de l'euro pour responsables de la fuite des électeurs de droite au second tour.
À la veille de la présidentielle, en mettant en sourdine la sortie de l'euro dans sa profession de foi, Marine Le Pen a brusquement changé de stratégie. «Il s'agit évidemment de rassurer et de montrer que cette sortie de l'euro, qui avait fini par occulter tout le reste, n'est pas le seul aspect de notre projet économique. Nous voulons clairement faire comprendre que nous sommes pour une négociation en douceur», explique un frontiste du premier cercle, selon lequel la qualification de Marine Le Pen pour le second tour de la présidentielle aurait déterminé un ajustement de dernière minute.
«MARINE LE PEN, C'EST LA CANDIDATE DES MONNAIES… ON NE SAIT PAS, À TROIS JOURS DU SECOND TOUR, SI ON VA CHANGER DE MONNAIE, SI ON EN AURA UNE, DEUX OU TROIS» Richard Ferrand, secrétaire général d'En marche!
Côté Macron, les rivaux de Marine Le Pen se sont emparés de ce changement de pied pour sonner la charge. Richard Ferrand, le secrétaire général d'En marche! a lancé mardi sur RTL: «Marine Le Pen, c'est la candidate des monnaies… On ne sait pas, à trois jours du second tour, si on va changer de monnaie, si on en aura une, deux ou trois. On ne sait pas si cela va se faire dans trois mois, dans six mois, dans un an. On voit bien qu'on est dans la confusion la plus totale.»
En réalité, lancée tête baissée dans la deuxième phase de sa campagne, Marine Le Pen veut abattre toutes ses cartes. Le temps presse. Elle veut envoyer des messages forts aux électeurs et cherche à calmer les inquiétudes d'un électorat âgé, très réticent face à ses options économiques. Quand, début mars, trois Français sur quatre se disent défavorables à une sortie de l'euro (selon un sondage Elabe pour Les Échos), elle comprend qu'elle n'aura jamais le temps de les convaincre. «C'est une rupture de forme», concède un cadre FN en soulignant que la candidate veut aussi en faire une question de crédibilité.
L'INFLUENCE DE DUPONT-AIGNAN
Si, manifestement, la brutalité d'une sortie de l'euro en six mois a suscité une impression de dogmatisme rigide, voire d'improvisation, certains au FN pensent qu'une approche plus pragmatique consistant à reconnaître les impondérables d'une négociation avec Bruxelles (calendrier, partenaires, contexte politique international…) peut être une preuve de réalisme. Désormais, Marine Le Pen considère qu'il est inutile de se presser avant les prochaines élections législatives prévues en Allemagne, le 24 septembre, et en Italie, début 2018. Dans la charte de son alliance «patriote et républicaine» conclue avec Nicolas Dupont-Aignan et présentée samedi, figure noir sur blanc le changement de cap de la présidente: «La transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n'est pas un préalable à toute politique économique, le calendrier sera adapté aux priorités et défis immédiats que le gouvernement de la France devra relever.»
Lundi, le président de Debout la France a déclaré, sur BFMTV-RMC : «Sur l'euro, j'avais évolué et je pense avoir convaincu Marine Le Pen qu'il fallait prendre le temps de la négociation.» La question du temps nécessaire pour obtenir la transformation de l'«euro monnaie unique» en «euro monnaie commune» est jugée secondaire, aujourd'hui. «L'important, a déclaré la candidate frontiste sur Europe 1, c'est d'obtenir gain de cause.» Soit. Mais en attendant, certains font des calculs et se demandent comment le grand projet du FN pourrait être atteint avant la fin du quinquennat. Bernard Monot, cheville ouvrière du programme économique du FN, veut néanmoins y croire. «Marine Le Pen a juste dit que cette sortie de l'euro n'était pas un préalable à son modèle de patriotisme économique», dédramatise le conseiller de Marine Le Pen.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA MONNAIE DE SA PIÈCE 

C’est une bonne nouvelle qui ne dissuadera certes pas les inconditionnels aveugles à commettre l’irréparable mais fera réfléchir les derniers indécis les dissuadant à franchir le pas dans l’inconnu ou plutôt exactement le vide.
MG


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