mercredi 17 mai 2017

Macron-JFK: la même conception moderne de l'information à 56 ans d'intervalle (CHRONIQUE)


CONTRIBUTION EXTERNE  La Libre Belgique
Une chronique de Xavier Zeegers. 



A ceux qui pensaient que les journalistes ne servent plus à rien, l’élection de Macron leur inflige un cinglant démenti. La maîtrise de sa communication fut une grande réussite alors que le chemin était miné, on l’a vu pour Fillon qui s’y noya. On évoque déjà un Kennedy made in France via son âge, son charisme, sa prestance

Certes, mais c’est aussi via une conception moderne de l’information que se jouèrent les victoires des deux chefs d’Etat à 56 ans d’intervalle. D’épatantes émissions mirent en lumière le brillant Benjamin Griveaux et la sémillante Sibeth Ndiaye, toniques porte-parole trentenaires d’En Marche dans le sillon d’un Pierre Salinger, (1925-2004) au service de JFK dès 33 ans. On lit dans ses Mémoires ("Avec Kennedy", Ed. Buchet/Chastel, 1967 mais épuisées) la même ardeur recouvrant trois points majeurs : honnêteté, ouverture, confiance.
Sa fonction majeure était de veiller à ce que les différents ministres et leurs services de presse soient parfaitement au courant de la politique de la Maison-Blanche et ne fassent des déclarations qui soient volontairement ou non en contradiction avec elle. A juste titre souligne-t-il : "Si des fonctionnaires nommés par le Président se trouvaient en désaccord, ils n’avaient qu’à démissionner et ne pas se servir de la situation qu’il leur avait faite pour attaquer sa politique." Exactement ce que Hollande n’exigea pas avec ses frondeurs parasites. Une honnêteté que Kennedy se devait d’exiger pour lui-même. Sa présidence débuta par un fiasco; celui de l’attaque contre Cuba en avril 61 qui s’enlisa dans la baie des Cochons. Salinger eut pour consigne de la jouer franco, reconnaissant autant l’erreur que la défaite. D’où le communiqué devenu apophtegme : la victoire est collective, l’échec est celui d’un seul. Que Kennedy assuma pleinement, sans s’enferrer. L’honnêteté n’est donc pas qu’une exigence morale, elle s’avère aussi stratégique. Nixon fut éjecté pour n’avoir pas compris cela. Trump risque le même sort, mais quand l’a-t-on déjà vu réfléchir celui-là ?
S’agissant d’ouverture, Salinger proposa que les conférences présidentielles soient télévisées en direct, sans filet. A l’époque c’était une première mondiale. Le succès fut fulgurant. Ensuite, il accueillit le maximum de correspondants étrangers à ses points de presse, veillant à leur répercussion dans toutes les chancelleries, même celles de pays hostiles. Pendant la guerre froide c’était audacieux mais utile, car inspirant le respect.
A propos de confiance, Salinger dut affronter en octobre 62, lors de la crise des missiles, "les acharnés du droit constitutionnel de savoir" se disant frustrés. Il expliqua que des fuites auraient été gravissimes "dès lors que nous ne voulions pas que l’URSS ou les Cubains, en plein déni, puissent se rendre compte à quel point nous étions bien informés et tant que nous n’aurions pas décidé de l’attitude à adopter sans même avoir consulté nos alliés". Il conclut magistralement qu’en situation de crise, un Président qui éclaire et explique sa politique reçoit souvent l’aval de son peuple, mais que s’il est ondulant ou confus l’opinion publique sera divisée, voire hostile; constat plus clairvoyant que jamais. Avec humour, il nous révèle que l’info people hantait déjà ses nuits car il fut réveillé par un collègue désireux d’en savoir plus sur le décès du... hamster de Caroline ! A l’époque on vérifiait.
Pour son centenaire (ce 29 mai), le bilan de JFK sera sûrement évoqué. Mais Salinger a déjà tout écrit : "Il n’était pas du tout satisfait des résultats de son administration, mais tenait le traité d’interdiction des expériences nucléaires pour son accomplissement majeur et le Vietnam pour le plus décevant de ses efforts en politique étrangère. Il était déçu de n’avoir pas su faire voter des lois sur la sécurité sociale et les droits civils." Mille jours, c’est peu. Macron aura quasi le double. Pour sûr, les journalistes ne regretteront pas le choix du 8 mai.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RENAISSANCE MACRONIQUE ? 

Fabius l’a nommé  Monsieur « chamboule tout » et c’est vrai qu’il bouleverse les codes tout en renouant paradoxalement avec les rituels fondamentaux de la République en prenant de la hauteur.
Goût du paradoxe ou obsession de la complexité ?
La comparaison avec Kennedy mérite qu’on s’y attarde : « en situation de crise, un Président qui éclaire et explique sa politique reçoit souvent l’aval de son peuple. En revanche, s’il est ondulant ou confus l’opinion publique sera divisée, voire hostile. » « Honnêteté, ouverture, confiance. » sont donc de mise.
Deuxième leçon : « L’ opposition Macron-Le Pen contraint à une alternative stérile entre mondialisation et démondialisation, Europe et nation, américanisation et souverainisme, alors qu’il faudrait promouvoir l’indépendance dans l’interdépendance, accepter la mondialisation dans tout ce qui est coopération et culture, tout en sauvant des territoires menacés de désertification par des démondialisations partielles ou provisoires.
Il s’agit de maintenir et de protéger la nation dans l’ouverture à l’Europe et au monde. Il faut dépasser l’alternative stérile entre mondialisme et nationalisme » (E.M.)
L’indépendance dans l’interdépendance ? Vaste programme aurait dit le Général. L’exercice sera particulièrement difficile, surtout dans la durée. Macron a donné un formidable coup de pied dans la fourmilière et cela s’agite de partout. Mais gare au moment où les insectes politiques retomberont dans leurs bonnes vieilles habitudes de fourmis. « Un saut dans l’inconnu », c’est bien cela que propose Macron : un triple  saut périlleux.
MG 




EDGAR MORIN : « CETTE ÉLECTION EST UN SAUT DANS L’INCONNU » 

Dans un entretien au « Monde », le sociologue estime qu’il faut dépasser l’opposition stérile entre mondialisme et nationalisme.
LE MONDE

Sociologue de renommée internationale, penseur de la complexité et auteur d’ouvrages consacrés à l’élaboration d’une autre politique (Ma gauche, Bourin, 2010 ; La Voie : Pour l’avenir de l’humanité, Paris, Fayard, 2011), Edgar Morin analyse cette élection qui sera, quel que soit le résultat, un « saut dans l’inconnu ».
DE QUOI L’OPPOSITION ENTRE EMMANUEL MACRON ET MARINE LE PEN EST-ELLE LE SIGNE ? LE REMPLACEMENT DU CLIVAGE DROITE-GAUCHE PAR CELUI ENTRE LES CONSERVATEURS ET LES PROGRESSISTES, LES PATRIOTES ET LES MONDIALISTES ?
Macron et Le Pen ont tout d’abord en commun d’avoir brisé l’hégémonie des deux partis traditionnels de la vie politique française. Leur ascension occulte le clivage gauche-droite, devenu certes invisible en économie et en politique extérieure mais qui reste encore profond dans bien des esprits.
Leur opposition contraint à une alternative stérile entre mondialisation et démondialisation, Europe et nation, américanisation et souverainisme, alors qu’il faudrait promouvoir l’indépendance dans l’interdépendance, accepter la mondialisation dans tout ce qui est coopération et culture, tout en sauvant des territoires menacés de désertification par des démondialisations partielles ou provisoires.
Il s’agit de maintenir et de protéger la nation dans l’ouverture à l’Europe et au monde. Il faut dépasser l’alternative stérile entre mondialisme et nationalisme. Quant à l’opposition entre progressiste et conservateur, elle ignore que le progrès nécessite conservation (de la nature et de la culture), et que cette conservation nécessite progrès.
ASSISTE-T-ON À LA FIN DES GRANDS PARTIS CLASSIQUES OU BIEN DAVANTAGE À LA MORT DES PARTIS ?
Je crois que le Parti socialiste (PS) va se fragmenter, que son aile droite rejoindra le macronisme, mais je ne sais pas si ce dernier deviendra un parti démocrate à l’américaine ou restera un mouvement, voire même se dissoudra...




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