mercredi 31 mai 2017

Pourquoi le ton est monté d'un cran entre Trump et Merkel

La Libre
AFP

Le ton est encore monté d'un cran mardi entre Angela Merkel et Donald Trump qui a lancé une virulente charge contre l'Allemagne, la tension entre les deux pays atteignant un niveau inédit dans l'histoire récente.
Depuis la fin du sommet du G7 en Sicile, où le président américain a fait cavalier seul, en particulier sur la question du climat, la chancelière allemande ne mâche plus ses mots sur la politique du nouveau locataire de la Maison Blanche.
Comme souvent, Donald Trump a choisi Twitter pour lancer la riposte.
"Nous avons un ENORME déficit commercial avec l'Allemagne, en plus elle paye BIEN MOINS qu'elle ne le devrait pour l'Otan et le secteur militaire. Très mauvais pour les USA. Ca va changer", a-t-il lancé.
Une heure plus tôt, Angela Merkel, connue pour choisir ses mots avec attention, avait jugé "extrêmement important" que l'Europe devienne un "acteur qui s'engage à l'international" notamment en raison de l'évolution de la politique américaine.
La chancelière a certes souligné que la relation transatlantique était "d'une importance primordiale", mais, a-t-elle ajouté, "compte tenu de la situation actuelle, il y a encore plus de raisons pour lesquelles nous devons en Europe prendre notre destin en main.
Son ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel était allé plus loin lundi, estimant que les actions du président américain avaient "affaibli" l'Occident et accusant sa politique d'être contraire "aux intérêts de l'Union européenne".
Mme Merkel, comme d'autres dirigeants européens, ont par le passé insisté sur la nécessité pour l'UE de s'affirmer sur la scène internationale pour mieux défendre ses intérêts.
Mais jusqu'ici, la mise en place d'une action diplomatique européenne a achoppé sur les prérogatives des Etats membres en la matière et leurs réticences à abandonner des pans de souveraineté dans ce domaine régalien.
Ces tensions ne sont pas nouvelles. Dès le jour de l'élection de l'homme d'affaires, la chancelière avait signifié à Donald Trump qu'il devait se tenir aux valeurs des démocraties occidentales après une campagne marquée par les dérapages et les controverses.
Avant et après son élection, le président américain ne s'était pas privé non plus d'attaquer l'Allemagne, menaçant en particulier d'instaurer des taxes douanières en représailles face aux excédents commerciaux allemands.
LE TOURNANT DU G7
Mais le sommet du G7 de Taormina pourrait marquer un tournant.
Dans un contraste saisissant avec d'autres dirigeants européens - notamment le président français Emmanuel Macron, qui avait décrit Donald Trump comme "quelqu'un d'ouvert", qui a "la volonté de progresser avec nous" - Angela Merkel avait déploré la teneur des discussions qui avaient abouti à un "six contre un".
Reste à déterminer quelles seront les conséquences de cette escalade verbale sur les relations entre les deux géants économiques.
Peu avant le tweet matinal de Donald Trump, la ministre allemande de l'Economie, Brigitte Zypries, s'était efforcée de minimiser l'importance du locataire de la Maison Blanche sur le sujet de l'excédent commercial allemand.
"Je fais une différence entre le président américain Trump et ceux qui ont aussi leur mot à dire aux Etats-Unis, comme les ministres, les gouverneurs et le Congrès", avait-elle lancé sur la radio publique NDR.
"L'Allemagne reste favorable à un commerce libre et ouvert, les entreprises allemandes veulent continuer à investir aux Etats-Unis et à y créer des emplois", avait-elle ajouté, soulignant que les Etats-Unis n'avaient aucune raison de craindre que les entreprises allemandes détruisent des emplois dans le pays.
Donald Trump et Angela Merkel ont d'ores et déjà une nouvelle rencontre en vue: elle aura lieu lors du sommet du G20, début juillet, à Hambourg.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TRUMP : UNE CHANCE POUR L’EUROPE

« America first » est en train de créer à son endroit une crispation des principaux leaders nationaux d’Europe. Cette fronde qui est loin d’être générale- on ignore tout de l’avis des Polonais, des Hongrois, des Slovènes, des Lithuaniens…Ce qui est sûr, c’est que le bras de fer entre Trump et Merkel fait pousser chez Mutti et ses ministres de puissantes ailes européennes. C’est un moment important dans la reprise du processus d’unification du vieux continent.
Il se pourrait bien que Poutine tire avantage de cette situation imprévisible il y a encore un an. La chancelière aura-t-elle le front de faire campagne sur le thème de l’Europe, comme Macron dont elle semble beaucoup apprécier l’engagement très européen ?
Ce dernier, sans se fâcher avec Trump mais en montrant une certaine fermeté à son endroit a surtout réussi à amadouer Vladimir Poutine reçu en grande pompe à Versailles et au Grand Trianon modernisé par de Gaulle pour les hôtes de prestige de la France. Lui aussi doit faire face à une réélection et les sanctions americo-européenne à son endroit plombent son économie et à fortiori sa popularité. En jouant la carte Fillon/Le Pen dans ce dessein avoué, le Russe a fait fausse route et le rapprochement avec Trump ne s’avère pas aussi payant que prévu à l’origine. « America first » est en train d’induire « Europe first » et, sauf Jean Luc Mélanchon et Marine Le Pen, on ne s’en plaindra pas. Les Anglais surtout vont s’en mordre les doigts.
MG
 

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