samedi 6 mai 2017

Présidentielle française : l'Europe, sans hésiter

Le Vif
Au soir du 23 avril, les partis traditionnels de la Vème République ont été balayés et les électeurs ont désormais à choisir entre deux candidats qui bousculent le système. Depuis, nos partenaires européens et le monde ont les yeux braqués sur la France ; ses 47 millions d'électeurs et son armée d'abstentionnistes.


© REUTERS
Cet entre-deux-tours où le Front 7 pourrait faire un score historique serait en grande partie causé par les politiques européennes et le fait qu'une -- trop -- grande partie des Français s'estime laissée-pour-compte. Il est vrai que l'Europe ne s'est pas assez inquiétée des perdants de la mondialisation, des droits sociaux, de la crise migratoire et de la protection de l'environnement. L'Europe de 2017 est loin d'être idéale.
Cependant, si un mauvais gouvernement ne justifie pas la dissolution du pays, d'insuffisantes politiques ne justifient pas d'abandonner le lent et patient travail de coopération entre des nations hier ennemies jurées. La promesse de paix n'est pas rompue -- pas encore --, mais il ne faut pas perdre de vue que la plus grande menace est la gronde des citoyens en colère et son instrumentalisation par des illusionnistes politiques. Le 7 mai, l'un des choix proposés par ces derniers aux Français est d'en finir avec la construction politique de l'Union européenne. Les perdants deviendront-ils alors les gagnants ? Rien n'est moins sûr.
Dans cet entre-deux tours, la crainte de ceux qui sont attachés à la construction européenne se nourrit de l'ambivalence d'une partie de l'électorat et de certains de ses représentants. Ces derniers se retrouvent, pour une grande partie, derrière une certaine France animée de la rage de se sauver seule, imperméable aux battements du monde, incapable de solidarité européenne et hostile à tout compromis.
Les pressions et contraintes qui s'exercent sur nos responsables nationaux aujourd'hui sont par essence plus larges et plus fortes que du temps de la France puissance coloniale et industrielle... même la Corée du Nord ne peut pas s'isoler du monde. Cela s'explique par le fait que le changement climatique, les migrations, les épidémies, les mafias, le terrorisme et même les échanges sont par nature transnationaux ; ils ne respectent pas plus les frontières qu'un nuage radioactif en provenance de Tchernobyl.
La mondialisation peut et doit-être régulée. Et cela ne peut se faire qu'avec ceux qui en connaissent ses rouages, mais aussi avec ceux qui la critiquent, même violemment. Évidemment, il est plus aisé de simplement déclarer la guerre à la mondialisation et même de faire comme si elle n'existait pas...
Le 7 mai, il faudra choisir entre une France croyant se protéger du monde hostile par d'invisibles lignes Maginot, écartelée entre le sentiment de sa soi-disant grandeur passée et la conscience de ses faiblesses et la France de la Révolution, de la démocratie, de l'innovation, du progrès et des Lumières ; une République consciente de la force de son idéal et du message qu'elle veut donner au monde.
Dans le tumulte et la confusion des invectives sur l'abstention des uns ou le vote blanc des autres, il est trop dangereux de perdre de vue certains enjeux. Plus que jamais, le 7 mai prochain conclura une bataille farouche entre deux visions de l'avenir, deux idées de la France.
Deux France pour deux avenirs, car l'enjeu de ce 7 mai, c'est celui de la place de notre pays dans le monde : rejoindre une version du nationalisme identitaire, mâtiné de discours social hypocrite ? Ou bien résister à la tentation du pire et consolider la maison commune européenne ? À la fois sexagénaire et hésitant, l'idéal européen n'est plus dans l'enthousiasme de la jeunesse. Toutefois, le changement climatique, le dumping fiscal et social, le protectionnisme, le nationalisme étroit, la remise en cause de nos valeurs nous menacent tous et, il serait sage de se donner les moyens d'être force de propositions plutôt que de se replier sur ses frontières nationales.
Le monde a les yeux rivés sur la France, car, le 7 mai, va s'y jouer l'avenir d'une certaine idée de la France et d'une certaine idée de l'Europe ; les deux emmêlés. Le plus difficile est de le faire de façon harmonieuse : l'Europe est l'avenir de la France, non pour s'y perdre, mais pour y gagner l'influence qui lui ferait défaut si elle se séparait de ceux qui partagent ses idéaux. Rester dans l'Europe non pour s'y dissoudre, mais pour s'y trouver et retrouver les siens ; choisir de patiemment tirer sur les bons fils et non pas de se couper du monde. Le 7 mai, c'est aussi pour cela qu'il faudra voter... en toute connaissance de cause.
Le Collectif EuropaNova Carte Blanche


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES LOUPS, LES LOUVES SONT AUX PORTES DE PARIS.

Le point de vue de Mélenchon est partagé par un grand nombre de ses partisans : leur haine du (néo) libéralisme est si viscérale qu’elle les aveugle totalement. Ils voient Rotschild derrière le masque de Macron. Ils se trompent, selon moi, et nous trompent par la même occasion. Jean Luc Mélenchon a un talent et un charme fous mais à mes yeux c’est un Marine à l’envers. Elle opte pour le national populisme, lui pour une forme de populisme socialiste qui, osons le dire, frôle le national-socialisme.
« Voter Front national, c’est approuver la xénophobie. Voter Macron, c’est accepter la soumission. Moi, je ne peux pas choisir ». Emmanuel Todd ira donc à la pêche ou se promener dimanche prochain, mais en aucun cas il n’ira voter.
Je trouve cette attitude parfaitement irresponsable. Il est vrai que je suis un européaniste convaincu, ce qui semble susciter une sorte de détestation dans le camp des mélenchonistes pour qui l’européisme est une forme de conservatisme.
Il se murmure dans la coulisse qu’ Emmanuel Macron l’Européen verrait bien Sylvie Goulard premier ministre.
Elle s'est engagée très tôt pour Emmanuel Macron et a organisé la récente rencontre avec Angela Merkel. Un tropisme, au nom de l'amitié franco-allemande, qui compte à l'heure où l'Union européenne se fragilise. (Le Point)
Ce serait un choix audacieux, un engagement résolument et franchement pro européen : Sylvie Goulard a fait partie du groupe
Spinelli cofondé avec Daniel Cohn-Bendit, Isabelle Durant et Guy Verhofstadt. 
Sur la panne généralisée des institutions européennes et sur l'épuisement politique de l'Union, sa lucidité est totale.
« Le salut, affirme Sylvie Goulard, ne peut venir que de deux grands dirigeants, en France et en Allemagne, abjurant tout égoïsme national.  Alors pourra commencer en effet, à quelques pays, une Europe plus fédérale.  »  Guy Verhofstadt ne dit pas autre chose.
Le social libéral Macron me rappelle Louis Michel jeune.
On attend qu’il donne un coup de manivelle pour relancer le moteur franco-allemand sans lequel l’Europe patine.
On espère beaucoup qu’il va nous étonner à tous égards.
MG


RENCONTRE: GUILLAUME KLOSSA, UNE CERTAINE IDÉE DE L'EUROPE
Paris Match| Publié le 17/01/2014 

Adrien Gaboulaud


Guillaume Klossa souhaite que les jeunes européens puissent voyager pour découvrir leur continent.Jean-François Paga / Grasset

Le président et fondateur du think tank EuropaNova est un avocat inlassable et un critique féroce de l'Europe.
Dans un climat de défiance généralisée envers l'Europe, les partisans de la construction européenne tendent à se faire discrets. En octobre dernier, une enquête CSA avançait que 58% des Français jugent que l'Union européenne a eu «un impact plutôt négatif» sur la situation du pays. Les partis anti-européens abordent les élections du mois de mai en position de force. Cette ambiance délétère ne décourage pas Guillaume Klossa. L’homme mène un combat pour l'Europe depuis son adolescence. A 41 ans, il garde d'ailleurs un air d'ado. Dans «Une jeunesse européenne», le «récit politique» qu'il vient de publier, il confie refuser «la cravate Hermès qui fait office de bleu de travail» pour tant de ses anciens camarades de HEC et Sciences Po. C'est d'ailleurs en jean et t-shirt que nous le retrouvons dans un café parisien.
Guillaume Klossa aurait pu faire une belle et longue carrière dans une grande entreprise. Il a préféré un parcours étonnant: une expérience dans l'industrie, un passage en tant que vice-président chez McDonald’s France, dans les médias, mais aussi au service de la France, lorsqu’il a conseillé Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes entre 2007 et 2008. Aujourd'hui, il partage son temps entre Paris, Genève et Bruxelles en tant que directeur de l'Union européenne de radiotélévision. Président du think-tank EuropaNova depuis 2003, Guillaume Klossa défend avec d’autant plus de ferveur le rêve européen que celui-ci est attaqué de toutes parts. Pour lui, pas de doute: c’est sa génération, celle qui s’est forgée une conscience politique lors de la chute du Mur de Berlin, qui détient les clés de l’avenir.
Paris Match. Pour les jeunes d’aujourd’hui, les horreurs du XXème siècle paraissent bien lointaines. Que diriez-vous à un électeur pour défendre la construction européenne, sans recourir à l’argument historique?
Guillaume Klossa. C’est difficile. Aujourd’hui, personne n’y est arrivé. Cependant, les valeurs de la génération Y, comme de la mienne, c’est d’abord la dignité de la personne humaine. On respecte l’individu. On a un très fort sentiment d’égalité. On a une vision coopérative de soi et du monde. On rejette les discriminations. On a un attachement particulier à l’environnement. Pour moi, ces valeurs structurantes pour les jeunes générations sont d’abord et avant tout des valeurs européennes. C’est pour cela qu’on a fait l’Europe, mais on ne l’a pas raconté.
Vous assurez que votre génération peut porter plus loin l’ambition européenne. Mais c’est aussi cette génération qui fait entendre de virulentes critiques contre l’Union européenne. Marine Le Pen avait 21 ans lorsque le Mur de Berlin est tombé.
Notre génération est face à un choix. Faut-il être un clone ou trouver son propre chemin? Florian Philippot (énarque et vice-président du Front national proche de Marine Le Pen, ndr), par exemple, incarne un cynisme et un déclinisme assumé. Il n’a pas trouvé l’espace suffisant à son ambition avec Jean-Pierre Chevènement. C’est une sorte de Rastignac de la politique. Chez Marine Le Pen, il a trouvé une dirigeante qui a compris qu’elle avait intérêt à faire du Front national une institution en s’appropriant le mérite républicain: HEC, l’ENA… Philippot, c’est un clone, un clone du monde d’hier.
La défiance face à l’Union européenne n’est-elle pas paradoxale, alors que les eurodéputés ont plus de pouvoir qu’auparavant et que des avancées importantes ont été obtenues ces dernières années en matière économique?
Les institutions européennes sont trop désincarnées et technocratiques. Le Conseil européen a pris le pas sur la commission. On a brimé il y a dix ans toute initiative de la Commission. Quand Chevènement dit «Les institutions reposent sur un despotisme éclairé», c’est faux. Depuis qu’on a fait de la Commission un bras armé du Conseil européen, il n’y a plus de despotisme éclairé, elle est devenue le lieu d’expression des intérêts nationaux. Ce qui est paradoxal, c’est que Chevènement critique l’état des institutions alors qu’il correspond à la victoire de sa thèse. Aujourd’hui, tout a été nationalisé! On ne s’entend qu’a minima sur des choses qui ne marchent pas. Ceux qui critiquent l’Europe ont gagné depuis 10 ans. Ils critiquent une Europe qui n’existe plus mais qui fonctionnait.
AVEC EUROPANOVA, VOUS TRAVAILLEZ À RAPPROCHER L’EUROPE DES CITOYENS. COMMENT FAIRE CELA À GRANDE ÉCHELLE?
Je me suis battu pour créer un droit à la mobilité pour tous les jeunes en Europe. L’horizon d’un gamin, aujourd’hui, c’est 30 km à la ronde. C’est à peu près sûr qu’il aura un problème pour trouver un emploi. Ma conviction, c’est qu’on doit permettre à chaque enfant en Europe de faire ce qu’on appelait autrefois le «grand tour», qui est une très grande tradition européenne. Faire un tour d’Europe, prendre du recul sur la société et revenir avec plein d’idées. J’étais en charge d’initier la négociation en 2007 et 2008 et j’ai porté le projet. J’étais au coeur de l’action. Je sais personnellement que des gens engagés peuvent changer le cours de l’histoire européenne. Je l’ai expérimenté moi-même!
«Une jeunesse européenne», de Guillaume Klossa, éd. Grasset, 200 pages, 12 euros




Pourquoi il faut faire le choix d’un candidat en faveur d’une Union européenne plus efficace et plus influente
Dimanche, il faudra voter pour un président européen. C'est la condition pour assurer non seulement la sécurité de nos concitoyens mais aussi faire prévaloir nos intérêts et nos valeurs dans un monde qui n'est plus occidental.
Dans le brouhaha d'une campagne présidentielle inédite, il ne faudrait pas que l'Europe devienne la victime collatérale d'un débat où aucun thème ne s'est véritablement imposé. En revanche, une division s'est fait clairement jour entre ceux qui sont prêts à abandonner l'euro et, le cas échéant, à quitter l'Union européenne et ceux qui, tout en pensant qu'il faut la rénover, considèrent que l'Union européenne et l'euro constituent des atouts majeurs dans un monde qui n'est plus dominé par l'Europe ni même par l'Occident depuis que la crise économique et financière et l'institutionnalisation du G20 ont marqué l'avènement d'un monde multipolaire. Un monde où bientôt les Européens ne représenteront plus que 5% de la population mondiale, 20% de la richesse et toujours 50% des dépenses sociales. Seulement trois des onze candidats valorisent l'Union européenne et l'euro et ce qu'ils représentent en termes de capacité collective à faire valoir les intérêts et les valeurs des Européens et - donc des Français – dans la mondialisation tandis que les huit autres n'ont de cesse de l'attaquer. L'agence triple E, créée par le think tank EuropaNova pour évaluer les programmes européens des candidats, a ainsi identifié Emmanuel Macron comme le plus pro-européen des candidats, mettant la défense de l'idée européenne au cœur de presque tous ses meetings, tandis que François Fillon et Benoît Hamon sont apparus comme "euro-compatibles" avec les traités actuels.
Qui plus est, la règle qui veut que les candidats à la présidence de la République aient exactement le même temps de parole, a pu donner le sentiment en France mais aussi à l'étranger, que le pays était massivement eurosceptique et qu'un Frexit était possible. Cette impression s'est traduite dans les primes de risque attachées aux taux d'intérêt français qui ont cru ces derniers jours alors que la possibilité d'un affrontement Le Pen-Mélenchon, deux candidats laissant la porte ouverte au Frexit, s'est précisée.
Cette impression est largement fausse et en même temps dangereuse. Fausse, car jamais depuis la crise, les Français n'ont été aussi pro-euro et pro-UE. Les eurobaromètres et tous les sondages de ces derniers mois le montrent, ils sont prêts des deux-tiers à soutenir l'Euro mais aussi à souhaiter que l'Union européenne renforce sa capacité à agir en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme, de gestion des migrations ou encore de politique étrangère. Et dans la période actuelle, où les risques d'attentats terroristes se multiplient, force est de constater qu'un renforcement de la coopération européenne en matière policière, judiciaire et d'information est plus nécessaire que jamais et passe par un renforcement plutôt qu'un affaiblissement de l'Union.
Nos concitoyens ont pris conscience que la France n'était plus une grande puissance même si elle en conservait des attributs majeurs comme la force nucléaire ou la présence au Conseil de sécurité. Ils sont conscients que l'avenir de la France et celui de l'Europe sont liés et qu'on ne peut décemment les opposer, la plupart des défis auxquels le pays doit faire face en matière de sécurité, de développement durable ou d'économie ayant une forte dimension transnationale. Mais aussi que la France ne pourra être puissante dans le monde qui vient sans s'appuyer sur une puissance européenne.
Cette impression est aussi dangereuse car dans les débats, les citoyens ont majoritairement entendu des attaques contre l'Europe pendant que les pro-Européens n'avaient que peu de temps pour faire valoir leurs arguments. L'Union européenne et l'Euro ont été les victimes d'un pilonnage systématique, instaurant un buzz négatif dans l'opinion sans qu'une vraie défense puisse se manifester ni que les modalités de transformation de l'Union européenne en puissance protectrice des citoyens européens n'aient pu véritablement être évoquées.
Or aujourd'hui, depuis le Brexit et l'avènement de l'Amérique de Donald Trump qui remet en question l'avenir de l'OTAN, et que les risques à nos frontières ont fortement cru, un consensus émerge progressivement sur la nécessité de transformer l'Union européenne en puissance démocratique, culturelle, économique et sociale, dotée d'une capacité de défense propre. En témoigne par exemple "la voie européenne pour un futur meilleur" (www.civico.eu), le tout récent rapport commandé par Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen à un groupe de leaders d'opinion de toute l'Union et de toutes sensibilités, comprenant en France des personnalités aussi différentes qu'Alain Juppé, Dany Cohn-Bendit ou Cynthia Fleury. Ce rapport qui vise à préciser les modalités d'une transformation du projet européen après les élections françaises et allemandes met en évidence qu'en utilisant mieux le potentiel inexploité des traités actuels, l'Europe peut rééquilibrer ses priorités, remettre le citoyen au cœur de son projet, et se constituer rapidement en puissance publique complémentaire des Etats-nations et capable de mieux assurer la sécurité, la croissance et plus largement les intérêts des Européens.
L'un des enjeux majeurs de cette élection présidentielle est donc non seulement l'avenir du pays, mais aussi celui du projet européen, c'est-à-dire de notre capacité collective à agir sur le monde positivement. Ce qui se joue ce dimanche, c'est aussi la capacité de la France à redevenir une source d'inspiration pour les Européens et à transformer le consensus qui émerge en projet politique positif pour les Européens, ou à y mettre fin. C'est la condition pour que notre pays redevienne un acteur clé du futur de l'Europe. Si l'élection de Le Pen ou de Mélenchon ne garantit aucunement la sortie de l'euro que les deux candidats esquissent et qui est au cœur de leur projet - tant ils ne trouveront pas une majorité de Français pour les suivre au cas où ils seraient tentés par un référendum –, elle retarderait voire rendrait impossible la transformation indispensable de l'Union européenne en puissance démocratique et politique, protectrice des intérêts de nos concitoyens. C'est en ayant en tête cet enjeu majeur qu'il faudra voter dimanche et faire le choix d'un candidat en faveur d'une Union européenne plus efficace et plus influente et non de son démantèlement.
Guillaume Klossa, écrivain (dernier livre "Une jeunesse européenne", Grasset), fondateur du think tank EuropaNova et co-auteur du rapport "La voie européenne pour un futur meilleur" de Civico Europa (civico.eu) avec, côté français, Dany Cohn-Bendit, Alain Juppé, Cynthia Fleury et Cédric Villani.



LA MAISON DE L'HISTOIRE EUROPÉENNE EXPOSE NOTRE PASSÉ COMMUN ET LANCE LA RÉFLEXION SUR NOTRE FUTUR
OLIVIER LE BUSSY 
La Libre


Il existe une histoire de Belgique, comme il y a une histoire de France, une histoire d'Allemagne, d'Italie, de Pologne, de Suède ou de n'importe quel Etat membre de l'Union européenne... Il existe aussi une histoire européenne qui, si elle est évidemment nourrie des histoires particulières de chacun de ses pays, en est plus que la simple somme.
Inaugrée ce samedi 6 mai, à l'occasion de la journée portes ouvertes des institutions européennes, la flambant neuve Maison de l'histoire européenne propose un voyage à travers le passé commun des habitants du Vieux continent, et des principaux processus et mouvements qui ont traversé, transformé, mais aussi déchiré l'Europe, de 1789 à nos jours.
ÊTRE EUROPÉEN, HIER, AUJOURD'HUI, ET DEMAIN
La Maison de l'histoire européenne se donne pour mission d'enrichir la mémoire mais aussi d'ouvrir la réflexion sur ce qu'a signifié, ce que signifie aujourd'hui et ce que signifiera demain ''être européen''. Le parcours s'étend sur 4000 mètres carrés. Décliné en fonction d'une muséographie, inspirée, il est riche d'une vaste collection de pièces venues de toute l'Europe ¬ objets, œuvres d'art, photos, affiches, documents de films d'archives, d'installations vidéos, de panneaux interactifs et de décors. Un tiers des objets appartiennent à la maison, plus d'un millier ont été prêtés par environ 300 musées d'Europe.
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L'idée de créer semblable endroit a été initié en 2007 par l'Allemand Hans-Gert Pöttering, alors président du Parlement européen. Sans surprise, le processus d'intégration européenne en est le fil rouge et apparaît comme l'aboutissement de l'histoire commune, quand bien même y sont exposés les échecs.
La Maison se défend toutefois de vouloir imposer au visiteur un plaidoyer pro domo. ''Ici, il n’y a pas de ligne à suivre'', a défendu le président du Parlement européen, Antonio Tajani. ''Il y a de nombreux messages différents, notre histoire et notre héritage sont là, nos problèmes et nos désastres aussi''.
Le contenu de l'exposition permanente a été établi, pendant trois ans, par une équipe académique de 34 membres – historiens, muséographes - issus de 18 Etats membres, chacun apportant sa sensibilité et son regard par rapport à cette histoire commune.
UN PARCOURS À TRAVERS L'HISTOIRE DE L'EUROPE
La Libre vous propose une visite guidée de ce nouveau lieu muséal, situé dans le majestueux. bâtiment Eastman, dans le parc Léopold à Bruxelles, à un jet de pierre du Parlement européen.
UNE TABLETTE POUR GUIDE
La visite s'effectue avec une tablette, fournie par le Maison. Sur l'écran sont reproduits virtuellement les différents espaces et tableaux du musée, et en cliquant à l'endroit approprié, le visiteur de bénéfice des commentaires dans chacune des vingt-trois langues de l'Union, d'obtenir des explications sur telle ou telle pièces, d'entendre le son des films projetés.
Autant prévenir : le système est actuellement moins intuitif que ne l'auraient imaginé ses concepteurs, et les aînés pourraient rencontrer quelques difficultés à l'utiliser. Conscient de cette situation, l'équipe de la Maison assure qu'elle travaille à des améliorations et qu'elle se basera sur les retours des visiteurs.
Le parcours est divisé en six périodes.
PREMIÈRE ÉTAPE : DESSINER LE PROFIL DE L’EUROPE ?
Qu'est-ce au fond que l'Europe ? Son espace géographique n'a jamais été clairement défini : à proprement parler, l'Europe et l'Asie ne forment qu'un seul et même continent. Selon le mythe, Europe tient d'ailleurs son nom d'une princesse phénicienne, enlevée par Zeus.
Depuis Ptolémée, les Européens n'ont eu de cesse de cartographier leur territoire, sans que la question ''où finit l'Europe'' ait jamais été vraiment résolue. En témoignent les différentes cartes exposées, dont une carte du monde vue de Chine, et une carte du monde vu du Sud, qui invite à remettre en cause l'eurocentrisme.
Quels sont ses traits distinctifs de l'Europe ? Quel est notre patrimoine commun, sachant que les peuples européens n'ont pas tous été affectés par l'histoire de la même façon ? Les migrations, la mémoire, l'influence des civilisations grecques et romaines ; celle du christianisme, religion dominante depuis 1700 ans ; celle des Lumières ; l'essor des universités ; la recherche, jamais pleinement aboutie, de la démocratie ont fait des Européens ce qu'ils sont.
A ne pas manquer : le film projeté sur un écran rond.
DEUXIÈME ÉTAPE : L’EUROPE, UNE PUISSANCE MONDIALE
L'intention première était de concentrer le musée sur l'histoire du XXe siècle. Il est rapidement apparu aux académiques qui ont travaillé sur le projet qu'il fallait en premier lieu s'attarder sur le XIXe siècle : celui de toutes les mutations, et de tous les bouleversements (presque) concomitants. Politiques, avec les révolutions des peuples de 1789 et 1848 et, ensuite, l'avènement de l'Etat-nation. Technologiques, avec la révolution industrielle, qui, accompagnée des progrès scientifiques, bouleverse les conditions de vie des Européens et voit le développement de la bourgeoise, tandis que les travailleurs mènent une existence de bête de somme. Géopolitiques, enfin : prise d'hubris impérialiste, colonisant d'autres territoires et leurs populations, l'Europe considère comme sa propriété le monde qu'elle domine de sa puissance et de son arrogance.
TROISIÈME ÉTAPE : L'EUROPE EN RUINE
Plus dure sera la chute. La première partie du XXe siècle, à l'exception d'une courte pause, est un catalogue des horreurs. La Première guerre mondiale ouvre le bal tragique. La crise économique de 1929 aura raison des élans de pacifisme et des premières velléités de pan-européanisme : la majorité des pays d'Europe virent au brun, l'Union soviétique au rouge sang. Le musée expose, en parallèle (sans les assimiler pour autant) les fondements, l'idéologie et les rouages des totalitarismes nazis et et soviétiques. L'Europe se saborde et, tel le Saturne, dévore ses propres enfants. Dont les Juifs, humiliés, ostracisés, puis exterminés au nom d'une idéologie malade. La Shoah, trou noir et sans fond de l'histoire européenne.
Dans cette partie de la Maison de l'histoire européenne, la lumière et l'ambiance deviennent progressivement plus sombres, pour immerger le visiteur dans la noirceur de cette période.
QUATRIÈME ÉTAPE : LA RECONSTRUCTION
En ruine, l'Europe doit se reconstruire et se réinventer. Mais ce sont désormais deux mondes qui cohabitent en son espace : l'ouest s'arrime aux Américains ; l'est tombe sous la coupe soviétique. Cette division géographique, économique et idéologique est notamment illustrée par des affiches placées en vis-à-vis, les unes vantant le modèle occidental, les autres la force du communisme. L'Europe est le premier théâtre de la Guerre froide.
C'est aussi l'époque, où, à l'ouest, l'idée d'une coopération, voire d'une intégration des pays d'Europe fait son chemin. La Communauté européenne du charbon et de l'Acier jette les bases du projet, consolidé par la création de la Communauté économique européenne, matrice de ce qui est devenu l'Union européenne.
L'Ouest développe le principe de la sécurité sociale, investit dans l'éducation, le logement, les soins de santé. S'y ouvre une ère de prospérité durant laquelle va se développer la consommation de masse, dont on n'identifie pas encore les effets pervers. L'illustrent un Fiat 500, une maquette d'appartement, des photos de classe, des objets design.
A l'Est, l'économie d'Etat planifiée et la justice sociale à marche forcée ne permettent pas d'offrir le même conforts aux habitants du bloc communiste.
L'Europe veut tourner le dos à son passé, quitte à mettre la Shoah sur le tapis. Un espace est dédié au lent travail de mémoire effectué par les Européens.
CINQUIÈME ÉTAPE : DES CERTITUDES QUI SE BRISENT
Probablement une des parties les plus intéressantes de l'exposition permanente. Au début des années 70, la récession mondiale et la flambée des prix de l'énergie enterrent les Trente Glorieuses. Le dernier wagon à charbon allemand, les photos de hauts-fourneaux éteints témoignent du processus de désindustrialisation. La crise économique met à mal la cohésion sociale, certains pays, comme le Royaume-Uni, démontent l'Etat-providence.
C'est aussi l'époque de toutes les contestations, et des remises en cause du mode de vie occidental : dans la foulée de mai 68, émergent à travers l'Europe de nouveaux mouvements : féministe, écologiste, LGBT, pacifistes.
En Espagne, au Portugal, en Grèce, les dictatures cèdent devant les aspirations à la démocratie.
A l'Est, le communisme fait face à une contestation de plus en plus vive, dont, en Pologne, le syndicat Solidarnosc est l'incarnation. Le Rideau de fer va se déchirer, le Mur va tomber. Près de trente ans plus tard, les images des Berlinois de l'Est qui découvrent ''l'autre côté'' exhalent encore la même émotion.
Au cours des années 80-90, le processus d'intégration se poursuit et s'approfondit. De nouveaux membres y prennent part, le Marché unique se développe, la CEE devient l'Union européenne, qui lance le projet d'une monnaie commune.
SIXIÈME ÉTAPE : ELOGES ET CRITIQUES
L'Europe est un des endroits les plus prospères du monde. Le projet de construction européenne a été récompensé du prix Nobel de la paix en 2012, Royaume-Uni a décidé de ne plus y participer en 2016. - le musée expose, déjà, des traces de ce passé récent, sous la forme de badges ''leave'' ou ''remain'' de la campagne du référendum. En butte au chômage, victimes de la mondialisation, épuisé par les politiques économiques de rigueur, nombre citoyens ne croient pas, ou plus, dans le concept d'Europe qui protège, ainsi que l'illustre un calicot sur lequel on peut lire : ''EU2012, crise, chaos et chômage''. Les élargissements de 2004 et de 2007 ont permis aux pays d'Europe centrale et orientale de se développer économiquement, mais plus tard, certains de ces mêmes pays s'opposent à des valeurs européennes que l'on pensait commune.
Il n'est plus (du tout) évident que l'avenir de l'Union européenne passe par une intégration plus poussée.
Le visiteur est d'ailleurs amené à donner son opinion, quant à ce que devrait faire l'Europe en matière de défense, de commerce, sur la forme que devrait y prendre la démocratie.
L'histoire étant en perpétuelle évolution, ce dernier étage est amené à introduire ses mutations. ''Cette partie évoluera, mais nous voulons conserver la distance de l'historien'', précise la Slovène Taja Vouk Van Gaal, directrice académique de la Maison de l'histoire européenne. Qui poursuit : ''Espérons que nous ne devrons pas y ajouter des événements pénibles''.
EN PRATIQUE
Adresse : rue Belliard 135, 1000 Bruxelles (à 700 mètres de la Gare de Bruxelles-Luxembourg; proche de la station de métro Maalbeek, sortie chaussée d'Etterbeek)
Heures d'ouverture La Maison de l'histoire européenne est ouverte le lundi de 13 à 18h, les mardi, mercredi et vendredi de 9 à 18 heures, le week-end de 10 à 18 heures.
Entrée gratuite. Attention : il faut être muni d'un document d'identité valide. Réservation à l'avance pour les groupes d'au moins dix personnes.
https://historia-europa.ep.eu/fr



NEDERLANDERS NEMEN NIEUW BRUSSELS MUSEUM OP DE KORREL: "DE SCHAAMTE VOORBIJ!"
 Yannick Verberckmoes - Bron: De Telegraaf
   



Huis van de Europese Geschiedenis in het gerenoveerde Eastmangebouw. ©Europees Parlement
Morgen gaat in Brussel een nieuw museum over Europa open voor het publiek. Het Huis van de Europese Geschiedenis moet jongeren warm maken voor het Europese project. Al lijken Nederlandse politici en de N-VA er niet voor gewonnen.
Dat Nederlandse politici niet mals zijn voor het museum, dat betaald wordt met geld van het Europees Parlement, blijkt uit verschillende reacties in de krant De Telegraaf. "Het is de schaamte voorbij, een pathetische vorm van propaganda”, aldus Olaf Stuger, Europarlementslid Geert Wilders' partij PVV.
Maar ook de linkse partij SP, heeft het niet op het museum begrepen, en zeker niet op de financiering ervan. "Waarom is niet met de stad Brussel of met België over de kosten gesproken?" vraagt Europarlementslid Dennis de Jong zich af. "Brussel heeft er nu een gratis trekpleister bij.”
En bij Europarlementslid Marietje Schaake van de pro-Europese D66 klinkt het: "Een parlement hoort geen museum te financieren”.
Wat er te zien in het Huis van de Europese geschiedenis? In de collectie zijn 1.000 objecten aanwezig uit 200 musea, die het verhaal moeten vertellen van de Europese culturele erfenis. Al bestrijkt het museum alles van de oudheid tot vandaag - de Brexitstembriefjes zijn er ook te zien - de nadruk ligt toch vooral op de 20ste eeuw. Volgens de website van het museum is het ook de bedoeling dat de bezoeker gaat "nadenken over de toekomst van Europa".
MEGALOMAAN
Behalve bij Nederlandse politici, is er in Vlaanderen vanuit N-VA-hoek kritiek te horen. "Uiteraard willen we ook dat de burger de rijke Europese geschiedenis leert kennen", zegt Europarlementslid Anneleen Bossuyt.
"Maar dat kan al perfect in het Parlementarium dat nauwelijks 350 meter verder ligt. Dit megalomane project heeft de belastingbetaler reeds 56 miljoen euro gekost, terwijl de jaarlijkse werkingskost nog eens 11,5 miljoen euro bedraagt."
Antonio Tajani, de Italiaanse voorzitter van het Europese Parlement die donderdag present was voor de officiële inhuldiging van het museum, wuift in De Telegraaf alle kritiek weg. "We moeten niet besparen op cultuur", zegt hij. "Dit is geen propaganda-instrument maar een middel om onze kinderen te onderwijzen over Europa.”

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