mercredi 3 mai 2017

Quel est le lien, pour Reynders, entre l'Arabie Saoudite et le Kazakhgate? (ANALYSE)


ANALYSE: ANTOINE CLEVERS Publié le mercredi 03 mai 2017 à 06h55 – La Libre

Acculé, Didier Reynders (MR) a tenté de renvoyer la patate saoudienne aux Régions, singulièrement à la Wallonie où son parti est dans l’opposition.
Longuement interpellé mardi à la Chambre, le ministre des Affaires étrangères s’est expliqué sur les circonstances ayant amené la Belgique à voter en faveur de la candidature de l’Arabie saoudite à la tête de la commission des Nations unies sur le statut de la femme.
Sur le fond, rien de neuf. Le libéral a rappelé que les diplomates avaient suivi les procédures habituelles de l’Onu dites de "clean slate" (élection d’office lorsqu’il y a autant de candidats que de postes à pourvoir, ce qui était le cas ici). Il a répété qu’il n’avait "pas été informé personnellement" de la possibilité que l’Arabie saoudite accède au poste alors que c’est un pays qui nie allègrement les droits des femmes. Et qu’à l’avenir, dans pareils cas, il veillerait à être informé et à porter le débat au gouvernement et devant le Parlement.
"Je regrette cette situation , a-t-il ponctué . Je présente mes excuses à toutes celles et tous ceux qui se sont sentis sincèrement heurtés, choqués à l’annonce de la décision."
L’OMBRE DU KAZAKHGATE
Sur la forme, en revanche, Didier Reynders a allumé un contre-feu politique en évoquant les problématiques de la vente des armes à l’Arabie saoudite et des missions économiques qui pourraient s’y tenir.
"A titre personnel, je suis d’avis que le gouvernement fédéral ne doit plus participer à des missions économiques en Arabie saoudite sans une vraie évaluation des droits humains. […] Aux Régions de décider si elles veulent ou non en mener de leur côté", a-t-il dit. Et d’enchaîner : "Je sais que certains sujets économiques sont plus sensibles. Je suis personnellement favorable à un embargo sur la vente d’armes à l’Arabie saoudite. Les Régions sont-elles prêtes à agir pour donner l’exemple ?"
Comprenez : M. Reynders met sur le tapis des compétences régionales afin de placer l’opposition fédérale PS-CDH face à ses responsabilités - puisque les deux partis sont dans la majorité en Région wallonne - et ainsi détourner l’attention de ses propres soucis. Tentative un peu vaine… Trop grossière. Même si les questions soulevées méritent également un débat de fond.
La défense du ministre s’explique sans doute par sa situation personnelle. Il est politiquement très affaibli depuis quelques jours. Sa vraie épée de Damoclès, ce n’est pas le vote sur l’Arabie saoudite, mais le Kazakhgate (lire p. 7). Un témoignage, un courriel et un agenda publiés jeudi dans divers médias laissent à penser que M. Reynders serait impliqué dans ce possible scandale d’Etat - ce qu’il a toujours nié.
Le communiqué de presse diffusé jeudi par le chef de la diplomatie au sujet du vote à l’Onu reprend quasiment mot pour mot la déclaration faite par le Premier ministre Charles Michel (MR) à la Chambre le même jour. "Or, quand on connaît le passif entre ces deux-là (la guerre des clans au MR, NdlR), conclut un observateur , on comprend que Didier Reynders est très mal…" 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AFFAIRE REYNDERS 

Quand l’affaire De Decker se transforme, comme nous l’avons toujours pensé et écrit, en une affaire Reynders, le siège éjectable du ministre des affaires étrangères s’enclenche et une chute de l’avion nommé suédoise se transforme en descente en piqué de kamikaze. 

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