mercredi 7 juin 2017

Climat : Trump joue son va-tout national-populiste. What did you expect ?

Les États-Unis dénoncent l'accord de Paris sur le climat, annulent toutes les mesures décidées par les États-Unis en application de cet accord et se retirent du Fonds Vert pour le Climat. Telles sont les décisions majeures que Donald Trump a finalement annoncées, le jeudi 1er juin, après un long suspense.


© Reuters
Ces décisions sont dans le droit fil des promesses que le nouveau Président avait faites durant sa campagne électorale. Au cours des derniers mois, certains observateurs avaient voulu croire que Trump ferait entendre une autre musique, mais il n'en a rien été. Au contraire, l'allocution qu'il a prononcée dans le Jardin des Roses de la Maison-Blanche dégoulinait d'une inquiétante démagogie nationaliste et populiste. What did you expect? comme dit la publicité...
VICTIMISATION ET NATIONALISME
Pour Trump, l'accord de Paris n'était rien d'autre qu'un scandaleux marché de dupes imposé aux USA. "L'accord de Paris ne porte pas sur le climat, a-t-il dit, il porte sur l'avantage financier que d'autres pays obtiennent par rapport aux États-Unis. Le reste du monde a applaudi lorsque nous avons signé l'accord. Ils étaient heureux, pour la simple raison que nous souffrons d'un très très grand désavantage économique".
Brossant un tableau apocalyptique des conséquences de l'accord, le Président a affirmé que celui-ci entraînerait la perte de 2,7 millions d'emplois, coûterait 3.000 milliards de dollars aux USA et entraînerait pour les citoyens étasuniens une perte de pouvoir d'achat allant jusqu'à 7000 dollars/an. Il a égrené les chiffres des réductions d'activité qui frapperaient les secteurs industriels : "-86% dans le secteur du charbon", a-t-il dit... en omettant évidemment de mentionner que le solaire donne déjà de l'emploi à 800.000 travailleur-euse-s US (contre 67.000 dans le charbon) et crée plus d'emplois que le secteur charbonnier n'en perd.
Pour Trump, c'est simple, il y a un complot : les pauvres Étasuniens, trop honnêtes, sont victimes d'une énorme injustice ourdie par une méchante machination de tous les autres pays. La dénonciation de l'accord est dès lors un sursaut élémentaire de souveraineté et de dignité nationales : "Les chefs d'État de l'Europe et de Chine ne devraient pas avoir plus à dire sur la politique des Etats-Unis que les citoyens américains. Nous ne voulons pas être la risée du monde. Nous ne le serons pas".
DÉMAGOGIE POPULISTE ET SÉCURITAIRE
Retrouvant le ton de ses meetings électoraux, Trump a misé à fond et tout au long de son discours sur la démagogie sociale. Comme si son gouvernement de milliardaires avait pour but de donner un emploi digne et un revenu décent aux travailleur-euse-s de Detroit et de Pittsburgh, comme si l'accord de Paris prenait l'argent et l'emploi des ouvriers étasuniens pour les distribuer à d'autres.
"L'accord de Paris est injuste pour les USA. Il bloque le développement du charbon propre (aux États-Unis). La Chine peut construire des centaines de centrales au charbon, l'Inde peut doubler sa production de charbon, même l'Europe peut construire des centrales au charbon". "Nous avons les réserves d'énergie suffisantes pour sortir de la misère tous les citoyens US, une mine va rouvrir en Pennsylvanie", a-t-il dit ; mais, à cause de l'accord de Paris, "des millions de familles américaines vont rester dans la pauvreté".
L'axe de cette propagande, c'est l'emploi. Pour Trump, en bon capitaliste, l'emploi dépend évidemment de la croissance : les renouvelables pourraient suffire en cas de croissance molle, dit-il, mais pas dans l'hypothèse d'une croissance de 3 à 4%. Or, c'est ça que Trump fait miroiter avec son slogan "Make America great again" : une Amérique qui crée des jobs en construisant des murs et en fabriquant des armes. "Pour cela, nous avons besoin de toutes les énergies, pas seulement des renouvelables", dit-il. "Sinon, il y aura un énorme risque de pannes de courant pour des millions de familles".
Tant qu'à faire dans la démagogie populiste, autant y aller plein pot en invoquant aussi la lutte contre le terrorisme. Trump ne s'en est pas privé : "Un milliard de dollars a déjà été versé au Fonds Vert pour le climat par les USA, y compris avec de l'argent qui était destiné à la lutte contre le terrorisme - pas par moi, par mon prédécesseur", a-t-il lâché.
PAS LOIN D'UN APPEL À LA HAINE
Trump n'a que faire ni du principe des responsabilités différenciées - qui est au coeur de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement climatique - ni du fait que les États-Unis restent dans le peloton de tête des pays qui émettent le plus de gaz à effet de serre par habitant - très loin devant la Chine, l'Inde, le Brésil. Balayant tout cela d'un revers de main nationaliste, il déclare que, dans le cadre de l'accord de Paris, "la Chine peut continuer à faire ce qu'elle veut pendant 13 ans, (tandis que) l'Inde participe à l'accord à condition de recevoir des milliards d'aide".
Parlant du Fonds Vert pour le Climat (décidé à la COP de Cancún pour aider les pays du Sud dans la transition et l'adaptation), le Président n'a pas craint d'affirmer que ce Fonds avait pour but de "s'emparer de la richesse des USA pour la redistribuer aux pays en voie de développement". Et d'ajouter : "Nous avons 20.000 milliards de dettes, des millions de travailleurs sans emploi, des villes n'ont pas d'argent pour embaucher dans la police. Cet argent devrait être investi ici, et pas envoyé à des pays qui nous ont saisi nos usines et nos emplois". On n'est pas loin d'un appel à la haine, là. Une haine impérialiste, pour détourner la colère des travailleur-euse-s US des patrons US qui ont délocalisé leur production dans les pays à bas salaire... et de la politique de Trump, avec sa réforme fiscale qui fera gagner des milliards de dollars aux riches de son espèce !
UNE DIFFÉRENCE DE 0,2°C ?
Sur le climat proprement dit, le locataire de la Maison-Blanche n'a pas dit grand-chose. Notons toutefois cette extraordinaire affirmation péremptoire : "l'accord de Paris ne ferait une différence que de 0,2°C". À quelle échéance ? Par rapport à quelle baseline ? Mystère.
L'auteur de ces lignes n'a cessé de répéter que l'accord de Paris n'est qu'une déclaration d'intentions. Mais c'est une déclaration d'intention qui a au moins l'avantage - c'est le seul - de fixer un objectif : "rester bien au-dessous de 2°C, et continuer les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C". Les contributions nationales à cet objectif nous mettent sur la voie d'un réchauffement de 3 à 4°C d'ici la fin du siècle. Mais ne rien faire pourrait faire grimper le mercure jusqu'à 6°C. Or, ne rien faire est précisément ce que les États-Unis viennent de décider. Trump tente de faire croire aux Étasuniens que sa décision est sans conséquences écologiques pour eux, mais elle implique une différence bien supérieure à 0,2°C !
RENÉGOCIER ? MON OEIL...
En même temps qu'il répétait inlassablement sa dénonciation de l'accord conclu à la COP21, Trump a déclaré qu'il était prêt à négocier la réadhésion des États-Unis à ce texte, ou à négocier un accord "entièrement nouveau", à condition qu'il ne nuise pas à l'Amérique et à ses citoyens. Il ne croit pas ce qu'il dit. Quelle est la cohérence de cette proposition, venant d'un individu qui affirme que le changement climatique est un hoax créé par les Chinois pour nuire à l'économie américaine...
De toute manière, la violence des propos de Trump ne laisse guère de crédibilité à cette proposition de renégocier. Outre les pays "émergents" et les pays "en voie de développement", le troll de la Maison Blanche s'en est en effet pris directement à ses partenaires européens : "Ceux qui demandent aux USA de rester dans l'accord sont des pays qui coûtent cher aux USA par leurs pratiques commerciales et ne versent pas leur contribution à l'alliance militaire". C'est Merkel qui est visée. Le torchon brûle vraiment entre Washington et Berlin. Retenons en tout cas que, pour Trump, les profits des patrons US et la politique militariste de défense de leurs intérêts passent avant le sauvetage du climat de la Terre.
Comment faut-il interpréter tout cela ? Une analyse est nécessaire à plusieurs niveaux, et il faudra y revenir : ceci n'est qu'une première réaction à chaud.
LA FUITE EN AVANT D'UN TROLL BLESSÉ
Sur le plan de la politique intérieure US, la dénonciation de l'accord donne l'impression d'une fuite en avant de Trump pour tenter de se sortir d'une situation de plus en plus précaire, où des voix de plus en plus nombreuses se font entendre en faveur d'une procédure d'empeachment.
Trump était face à un choix difficile. S'il restait dans l'accord, il se "normalisait" (un peu) en tant que Président "responsable", répondait positivement aux souhaits majoritaires des milieux d'affaires (y compris ExxonMobil et autres groupes énergétiques!) et rassurait l'opinion publique US (elle est en majorité convaincue et inquiète de la réalité du changement climatique). Mais s'il se "normalisait", justement, il tournait le dos à sa base militante, populiste et réactionnaire, et perdait un atout important parmi les élus du Parti républicain, qui sont très loin de le soutenir unanimement, mais sont en majorité climato-négationnistes.
Précisément parce qu'il est fragilisé, Trump a choisi de satisfaire sa base - représentée au sein de son équipe par Bannon, Pence, Pruitt, Session et quelques autres. Mike Pence - qui a introduit son allocution - et Scott Pruitt - qui l'a commentée - ont tous deux insisté lourdement sur cet aspect: le Président fait ce qu'il a dit. (Pruitt - qui a vraiment l'air d'un larbin cireur de pompes de son maître- en a par ailleurs rajouté dans le populisme, parlant de "classe ouvrière", et saluant Trump comme "le champion des oublié-e-s de ce pays"!).
Ce choix en faveur de sa base était sans doute le moins mauvais possible pour Trump, à court terme. Mais, à moyen terme, en se recentrant sur son "core business" national-populiste, le Président pourrait rapprocher le moment où les cercles dominants du grand capital et leurs représentants politiques décideront de se débarrasser de lui et de Bannon, son âme damnée Alt-Right. On en saura plus dans les prochains jours, notamment avec l'audition de l'ex-président du FBI, Comey, à la commission du Sénat sur le renseignement.
BIEN MESURER L'IMPACT CLIMATIQUE
Sur le plan de l'impact climatique, le retrait des USA est grave, mais ne doit pas être dramatisé. Le fond de l'affaire, en effet, est que l'accord de Paris ne permet absolument pas d'éviter la catastrophe. Cela ne signifie pas que sa dénonciation par Trump est sans importance, cela signifie la capacité de nuisance de Trump doit être appréciée à sa juste mesure... Il s'agit de ne pas tomber dans le soutien à l'accord de Paris ainsi qu'à ses partisans européens, chinois, ou autre, qui se donnent le beau rôle à bon marché alors qu'ils contribuent allègrement à la catastrophe climatique.
Les émissions US représentent 10% des émissions mondiales. Décidée sous Obama, la contribution nationale (NDC) des États-Unis visait à les réduire de 26 à 28% en 2025, par rapport à 2005. Cela représente un effort à peine supérieur à celui que les USA auraient dû avoir réalisé au plus tard en 2012 (par rapport à 1990), s'ils avaient ratifié Kyoto. De plus, les mesures prises par Obama ne couvraient l'objectif qu'à 83%.
Ce n'est pas tout. Cet effort n'en était en réalité pas un : il correspondait quasi complètement à la réduction "spontanée" d'émissions découlant du fait que les groupes énergétiques étasuniens désinvestissent du charbon au profit du gaz de schiste- qui est à la fois moins polluant et moins cher- et des renouvelables. La suppression par Trump du Clean power plan et des autres mesures d'Obama est plus grave que sa dénonciation de l'accord, mais n'arrêtera pas le mouvement du capital.
DANGER DE DÉRAPAGE GÉOSTRATÉGIQUE
C'est sur le plan géostratégique que l'essentiel semble se jouer. La communication de Trump sur le climat confirme en effet qu'un engrenage inquiétant est en mouvement. La crise entre l'Union européenne et les USA s'aiguise, et le ton monte entre les concurrents. Un vaste réalignement des forces impérialistes, incluant l'éclatement de l'OTAN, une réforme/militarisation de l'UE, et un rapprochement Chine-UE n'est plus tout à fait un scénario de science-fiction.
Les cercles dominants du grand capital international ne veulent pas de ce scénario, mais, comme nous l'avons noté dans notre article sur "La place du Trumpisme dans l'histoire", certains éléments font que la situation pourrait échapper au contrôle des protagonistes. Un de ces éléments est de toute évidence la politique de Trump lui-même.
Ici, il faut insister sur le fait que cette politique n'est pas dictée simplement et mécaniquement par la bourgeoisie (des centaines de dirigeants de grandes entreprises US ont pressé Trump de rester dans l'accord, y compris des dirigeants du secteur énergétique), ni même par tel ou tel secteur de la classe capitaliste. Il y a au contraire une double autonomie relative, qui s'affirme surtout dans les contextes de crise politique : autonomie de la sphère politique par rapport à la sphère économique, et de l'individu (Trump avec sa garde rapprochée) par rapport à la sphère politique bourgeoise dans son ensemble.
En d'autres termes : la fuite en avant que Trump fait sur le climat - parce qu'il est fragilisé par l'enquête sur ses liens avec la Russie - pourrait se prolonger sur d'autres terrains, y compris militaires. Cela pourrait alors avoir les plus graves conséquences... et ramener ipso facto la lutte pour le climat au Xième rang des préoccupations. Pour tous les protagonistes, alors même que l'urgence est vraiment maximale.
QUE FAIRE ? QUE DIRE ?
Ce n'est pas le moment, à gauche, de se tromper d'objectif...
Il faut évidemment dénoncer la politique de Trump, mais exiger que les USA restent dans l'accord de Paris n'a guère de sens. Négocier des concessions pour qu'ils y restent serait inacceptable. Qu'ils en sortent plutôt : cela isolera Trump au maximum, encouragera les luttes des mouvements sociaux aux USA contre sa politique, et l'empêchera de répandre ses fadaises climato-négationnistes dans la suite des négociations climatiques.
Les objectifs de réduction des émissions des gouvernements qui s'indignent du retrait US doivent être augmentés radicalement, pour combler ce retrait, mais aussi pour combler le fossé entre l'objectif de 1,5°C maximum, d'une part, et les contributions nationales de ces Etats, d'autre part. Ils doivent l'être dans la justice sociale et la justice nord-sud, ce qui implique des mesures anticapitalistes radicales, au lieu des "droits de polluer" et autres "mécanismes de marché".
Il ne faut donc accorder aucun soutien à l'accord de Paris, aucun soutien à l'axe Chine-Union européenne. Ce que l'affaire Trump prouve en dernière instance, c'est qu'une réponse à la hauteur du défi climatique n'est pas possible en respectant les lois d'un capitalisme assoiffé de croissance/de profit et d'une politique néolibérale qui sème le chômage, la misère et les inégalités. La défense du climat passe par la lutte des mouvements sociaux et la convergence des luttes. Il s'agit de relancer un mouvement mondial en faveur de la justice climatique, en solidarité avec les mouvements sociaux aux États-Unis.
Assez de tour de passe-passe et de demi-mesures : respect inconditionnel des engagements du Fonds Vert pour le climat ; halte aux grands travaux d'infrastructures fossiles ; suppression des productions inutiles, nuisibles (armes !), et à obsolescence programmée ; socialisation de l'énergie, du crédit et de l'eau ; soutien à une agriculture écologique de proximité et souveraineté alimentaire; réduction radicale du temps de travail, sans perte de salaire ; développement du secteur public sous contrôle des usagers dans les domaines du transport et de l'isolation-rénovation... Seules des revendications de ce genre ouvrent une issue à la hauteur de l'urgence et de la gravité de la double crise sociale et écologique.
Daniel Tanuro
Militant écosocialiste, membre de la LCR


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE GRAND TOURNANT: “ONE OF THE MOST DRAMATIC MOMENTS IN US POLITICAL HISTORY”(The Guardian)

« La fuite en avant que Trump fait sur le climat - parce qu'il est fragilisé par l'enquête sur ses liens avec la Russie - pourrait se prolonger sur d'autres terrains, y compris militaires. Cela pourrait alors avoir les plus graves conséquences... et ramener ipso facto la lutte pour le climat au Xième rang des préoccupations, alors même que l'urgence est vraiment maximale. »
Voilà qui est absolument terrifiant et mérite d’être médité par chacun en toute lucidité et en toute indépendance.
Faut-il prendre au sérieux les menaces d’impeachment qui pèsent sur Trump ?  Le Guardian est persuadé que oui.” When James Comey, the former FBI director, stands before a Senate committee on Thursday to give evidence about the president who fired him, it will be one of the most dramatic moments in US political history.” The possibility of collusion with the Kremlin to skew a presidential election – is far more grave that the issues of bribery and political dirty tricks underpinning two other historical stains.
“L'intervention russe supposée durant la campagne était "inédite par son agressivité". "Leur premier objectif était de semer le doute, le mécontentement et la discorde au sujet de notre système politique. Ils y ont réussi, sans doute, au-delà de toutes leurs espérances". "En tant que citoyen ordinaire, je suis très inquiet des attaques contre nos institutions venues à la fois d'une source externe - la Russie- et d'une source interne, le président lui-même", James Clapper (voir article du vif).
Pour éviter l’impeachment, Nixon avait démissionné. Trump fera-t-il de même ? L’Amérique et le monde risquent d’être exposés à de sérieux périls. Suspense.
MG


"LE WATERGATE N'EST RIEN À CÔTÉ DES SCANDALES TRUMP"
Le Vif
Source: Afp

L'ancien directeur du Renseignement américain James Clapper a jugé mercredi que le scandale du Watergate qui fit tomber Richard Nixon en 1974 n'était rien à côté de l'affaire des ingérences russes supposées aux Etats-Unis.û

  

James Clapper, ancien directeur du Renseignement américain © REUTERS/Aaron P. Bernstein
James Clapper, qui a travaillé dans le renseignement sous tous les présidents américains de John F. Kennedy à Barack Obama, s'exprimait en Australie avant une audition à hauts risques pour Donald Trump devant le Congrès américain.
L'ex-patron du Renseignement a expliqué que sa priorité avait toujours été la loyauté envers le chef de la Maison Blanche mais qu'il faisait une exception pour M. Trump.
"En tant que citoyen ordinaire, je suis très inquiet des attaques contre nos institutions venues à la fois d'une source externe -comprendre la Russie- et d'une source interne, le président lui-même", a-t-il lancé devant le club de la presse de Canberra.
Comme on l'interrogeait sur l'affaire du Watergate, il a répondu: "Le Watergate, c'est vraiment dérisoire à mes yeux comparé à ce à quoi nous sommes confrontés aujourd'hui".
La commission du Renseignement du Sénat américain doit entendre mercredi quatre hauts responsables pour faire le point sur l'enquête sur la campagne de piratage et d'influence russe durant la campagne présidentielle, et sur son volet le plus sensible: une éventuelle coordination entre des proches de M. Trump et Moscou.
Jeudi, les élus entendront l'ancien patron du FBI James Comey, brutalement limogé par le président américain le 9 mai.
M. Clapper a déclaré ne pas comprendre pourquoi l'entourage du milliardaire semblait vouloir courtiser Moscou.
"Je dirais que c'est inexplicable", a-t-il dit. "Il est absolument crucial pour les Etats-Unis, et pour le reste du monde, pour cette présidence, pour les Républicains, pour les Démocrates (...) que nous fassions la lumière sur tout ceci".
James Comey est appelé à confirmer si M. Trump a fait pression sur lui pour orienter ou faire classer des pans de l'enquête du FBI.
Des notes écrites par M. Comey et ayant fuité dans la presse indiquent que le président a franchi une ligne rouge en lui demandant d'abandonner l'enquête sur Michael Flynn, son ex-conseiller à la sécurité nationale, ce qui ressemblerait à une tentative d'entrave de la justice.
"Ca va être très significatif d'entendre à la fois ce qu'il dit, les questions qu'on lui pose, et ce à quoi il ne répondra pas", a poursuivi M. Clapper.
L'ancien chef du renseignement a aussi dénoncé "la manière inexcusable" dont M. Trump a limogé M. Comey, "un fonctionnaire distingué", illustrant "son total mépris face à l'indépendance et l'autonomie du FBI". "Je suis inquiet face à ces attaques contre nos institutions".
L'intervention russe supposée durant la campagne était "inédite par son agressivité", a-t-il encore dit. "Leur premier objectif était de semer le doute, le mécontentement et la discorde au sujet de notre système politique. Ils y ont réussi, sans doute, au-delà de toutes leurs espérances".
AMERICAN DEMOCRACY. WHAT COMEY SAYS ON THURSDAY COULD HELP DECIDE WHETHER TRUMP SURVIVES IN OFFICE THROUGH HIS FIRST TERM.”
JAMES COMEY WILL ANSWER QUESTIONS ON WHETHER THE PRESIDENT TRIED TO INFLUENCE HIS INVESTIGATION INTO IMPROPER CONTACT BETWEEN A TOP TRUMP ADVISER AND RUSSIAN OFFICIALS. Photograph: Jim Watson/AFP/Getty Images
Julian Borger in Washington
When James Comey, the former FBI director, stands before a Senate committee on Thursday to give evidence about the president who fired him, it will be one of the most dramatic moments in US political history.
The stakes will be as high as they have ever been at a congressional hearing. The questions Comey will be asked by the Senate intelligence committee include whether Donald Trump tried to persuade him to stop an investigation into improper contacts between a top adviser and Russian officials, whether Trump sought to extract a vow of personal loyalty, and whether Comey was fired because he did not comply.
Trump has denied trying to make Comey drop the case, but if Comey contradicts him and is supported by other evidence, it would represent potential obstruction of justice by the president and mark a long leap down the road towards impeachment.
Even in the Teapot Dome scandal that shook Warren Harding’s administration in the early 1920s, and in the Watergate affair half a century later, it was not alleged that the president himself tried to intimidate an investigator.
And the context – the possibility of collusion with the Kremlin to skew a presidential election – is far more grave that the issues of bribery and political dirty tricks underpinning those two other historical stains on modern American democracy.
For all those reasons, what Comey says on Thursday could help decide whether Trump survives in office through his first term. That is a milestone that is already in doubt since the appointment on 17 May of a special counsel to take over the broad investigation of Trump campaign links with the Kremlin.
There is speculation that the president might try to seek to invoke executive privilege to stop Comey testifying this week. Citing two senior administration officials, the New York Times reported that Trump will not seek to block Comey’s appearance. Trump spokeswoman Kellyanne Conway, however, would not rule out the option, saying it was up to the president to make that decision.
I don’t think that Jim Comey is going to give a rat’s behind about what Kellyanne Conway has to say
Richard Painter, chief ethics lawyer under George W Bush
Executive privilege would be a desperate gambit. No president has ever tried to use it to stop a former official, who was willing to speak, from giving testimony. Richard Painter, who was chief ethics lawyer in the George W Bush White House, pointed out that having fired the FBI director, Trump has little leverage to stop him speaking.
“I don’t think that Jim Comey is going to give a rat’s behind about what Kellyanne Conway has to say,” Painter said.
In theory, Trump could get the justice department to go to court to get an injunction against Comey testifying, but government lawyers would face an uphill battle. The courts ruled in the course of the Watergate scandal that executive privilege cannot be used to hide inappropriate or unlawful conduct by the executive. And Trump himself has already put the substance of his conversations with Comey in the public domain by giving his version of them, claiming to NBC that the FBI director told him three times he was not under investigation.
“It would be a huge political risk for the White House, given the low chance of success in court and the political costs of failing,” said Matthew Miller, a former justice department spokesman.
Donald Trump has denied trying to make James Comey drop the case against Mike Flynn. Photograph: Joshua Roberts/Reuters
The White House has sought to block the congressional investigation of Trump-Russia links in other ways, taking the unprecedented step of instructing government agencies not to comply with requests for information from Democrats. But Trump cannot rely entirely on the loyalty of congressional Republicans. Most importantly, Richard Burr, chairman of the Senate intelligence committee, is showing growing independence from the White House. The most substantive evidence of that shift to date is the committee’s invitation to Comey to give testimony in open session.
There is also very little Trump can do to impede the work of the special counsel, Robert Mueller, who was Comey’s predecessor as FBI director and whose appointment to take over the Russian investigation was a direct and unintended consequence of Comey’s sacking.
Mueller has wide-ranging powers and will be hard to fire. On Friday, he was reported to have expanded the scope of his inquiry to include the lobbying work done by former national security advisor, Michael Flynn, while he was weighing in on US policy in Syria. It was also reported, by the Associated Press, that Mueller has taken over a criminal investigation involving Paul Manafort, Trump’s former campaign chairman, and could also investigate the roles played by attorney general Jeff Sessions and deputy attorney general Rod Rosenstein in the firing of Comey.
Mueller’s investigation will seek to discover if there was collusion between the Trump campaign and a multi-pronged Russian operation to influence the outcome of the 2016 election by hacking and leaking Democratic party emails, the use of propaganda outlets like RT and Sputnik, and spreading fake news on social media.
The circumstantial evidence for such collusion is growing, as more meetings between Trump, his aides and Russian officials come to light, along with evidence that the president’s camp sought to cover up such contacts. It has also emerged, in a report by Yahoo News on Thursday, that in its first few days in office the Trump administration made a priority of trying to lift sanctions on Russia and was only stopped by state department officials raising the alarm in Congress, which moved to take control over the sanctions away from the presidency.
‘A fascinating figure’
The Mueller investigation will take many months, maybe even years. The more immediate threat to the Trump White House comes from Comey. When he takes the oath in the Senate on Thursday it will bring into focus one of the most interesting figures in American public life.
James Comey feels nauseous about the Clinton emails? That's not enough
Richard Wolffe
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Democrats denounced him as a Republican stooge when he broke with precedent last July and made critical statements about Hillary Clinton’s use of a private email server even as he announced there would be no charges against her. Clinton and her supporters have accused him of killing her campaign by his disclosure, 11 days before the election, that more evidence had been uncovered in the case. It later transpired that evidence amounted to nothing.
But Democrats have reappraised him as a result of his tenacity in pursuing the Trump-Russia investigation after the inauguration and his evident refusal to swear loyalty to Trump. The president switched from lionising Comey to declaring him a “showboat” and a “nut job”.
In reality, the ousted FBI director is a rare species in American politics, a public intellectual with a complicated personal history. He was born in Yonkers, New York, to an Irish Catholic and Democratic family, but turned his back on that inheritance and chose to study at the College of William and Mary in Virginia, a bastion of Southern conservatism.
Integrity is important for this guy. This is not someone who will fudge things to advance the career of a politician
Scott Horton, human rights lawyer
There, he abandoned his Catholic faith of his upbringing and experimented with different forms of evangelicalism. He wrote his thesis on how the evangelist preacher Jerry Falwell somehow embodied the teachings of the influential theologian Reinhold Niebuhr, who wrote extensively, in books like Moral Man and Immoral Society, about the intersection of faith, politics and social action, and who was a major influence on Martin Luther King.
As Comey rose through the ranks of the FBI, his politics seem to have moderated to mainstream Republicanism, and his church affiliation drifted from evangelicalism to Methodism. But his interest and attachment to works of Niebuhr remained a constant.
In March, the online magazine Gizmodo reported that Comey had set up a personal Twitter account under Niebuhr’s name.
The Guardian view on America’s Russia investigation: watershed or Watergate?
Editorial: The appointment of Robert Mueller as special counsel means the road lies open to prosecutions that will define the future of the Trump administration – and perhaps its survival
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“I consider him to be a fascinating figure in terms of his background,” said Scott Horton, a human rights lawyer who has studied Comey’s background. “He is a person of the political right, who I think has remained in his heart a movement Republican but who saw the party floating away into something he didn’t recognise. But Niebuhr has always been the guiding light.”
“He clearly thinks about this deeply. Integrity is really important for this guy. This is not someone who will fudge things to advance the career of a politician.”
Karen Greenberg, the director of the centre on national security at Fordham University, said Comey was “a very complicated and thoughtful individual and one who he has a conscience even though it may play out in ways other than how others expect”.
Comey’s appointment with fate on Thursday could turn out to be the most fitting climax in public life for a faithful student of Niebuhr, Greenberg said.
“If you think of moral man caught in an immoral society,” she said, “for someone who truly understands Niebuhr and the inherent conflicts between power and justice, this all has an aura of destiny to it.”

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