lundi 5 juin 2017

Face à Trump, Macron joue la carte climatique


Par Jonathan Bouchet-Petersen — Libé 


Allocution d'Emmanuel Macron à l'Elysée jeudi soir. Photo John Schults. Reuters

En intervenant rapidement et en anglais après l'annonce américaine, le président français tentent de se poser en leader sur un sujet, l'environnement, qui était plutôt un angle mort de son programme.
Face à Trump, Macron joue la carte climatique
C'est ce qui s'appelle réussir son coup. Coup politique ou simple coup de communication, l'avenir le dira. En intervenant à la télévision jeudi soir aux alentours de 23h30, soit moins de deux heures après l'annonce par Trump de sa décision de retirer l'Amérique de l'accord de Paris et alors que les communiqués venus du monde entier se multipliaient pour déplorer ce choix, Emmanuel Macron a fait montre d'une agilité et d'un sens du timing qui sont des atouts en politique comme en diplomatie. A fortiori quand on manie les symboles avec aisance et qu'on bénéficie déjà d'une forme de crédit dans l'opinion publique.
S'exprimant d'abord en français, puis en anglais dans une version à peine modifiée de son intervention, le président français s'est adressé au monde et plus spécifiquement, au-delà de Trump, aux Américains. Ces derniers étaient 60% à vouloir que leur pays reste dans l'accord de Paris, même si 55% des républicains américains souhaitaient, eux, en sortir. L'allocution in english de Macron, une première pour un locataire de l'Elysée, et notamment son appel aux scientifiques et aux ingénieurs américains à venir en France, a d'ailleurs été diffusée en direct outre-Atlantique. Quant à son «Make our planet great again» de conclusion, jolie formule reprise dans un visuel pour les réseaux sociaux, il s'est illico diffusé de façon virale un peu partout à travers le monde.
«La France doit être plus ambitieuse encore»
Dès l'annonce de Trump et avant de s'exprimer à la télévision pour lui faire la leçon sur sa «faute», Macron l'avait eu au téléphone. Il a aussi immédiatement échangé avec Angela Merkel et c'est ainsi que Paris, Rome et Berlin ont dégainé un communiqué commun. Comme si du défaut américain, il s'agissait de faire une force pour l'Europe: on se souvient que la semaine dernière, la chancelière allemande avait déjà jugé que les Etats-Unis de Trump et l'Angleterre du Brexit ne sont plus des alliés fiables et qu'il s'agit pour l'Europe de compter d'abord sur elle-même et donc de progresser. Alors que le président américain a évoqué son intention de renégocier lui-même l'accord sur le climat, Macron, se posant au nom de la France en dépositaire du texte de Paris, a clairement fermé la porte à cette hypothèse: «il n’y a pas de plan B parcequ’il n’y a pas de planète B», a-t-il lancé. Jonathan Bouchet-Petersen


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUE L'EUROPE  COMPTE D'ABORD SUR ELLE-MÊME POUR PROGRESSER. 
 
En politique, communique c’est vivre. A l’évidence,  Macron l’enchanteur s’y entend à se faire écouter.
«Nous ne tiendrons pas seulement nos engagements passés. [...] La France se doit d’être plus ambitieuse encore.» L'avenir de la planète, voilà en tout cas une cause toute jupitérienne.
Reste qu'au-delà des (jolis) mots, c'est du côté des actes que Macron et le gouvernement d'Edouard Philippe sont attendus par les associations, par les ONG et plus largement par l'opinion. Or dans ce domaine, Macron a encore tout à prouver, son passage à Bercy ayant plutôt laissé un goût amer aux défenseurs de l'environnement. Faire la leçon à Trump est une chose, être un acteur majeur de la transition écologique en est une autre. C'est en tout cas tout le pari de Hulot au gouvernement. Macron a la baraka et c’est de nature à séduire les Français au moral laminé par des décennies  de « déclinisme » et le désenchantement. Notre Paul Magnette  belge a bondi sur le ballon ovale et a aussitôt transformé l’essai et il semble que Angela Merkel veille elle aussi surfer sur cette « nouvelle vague » qui porte l’Europe en avant. Il suffit du cran d’un jeune bonhomme et aussi toute l’obstination réactionnaire du vieil oncle Donald  pour « booster » le moral des Européens qui tellement en a besoin.
MG


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