lundi 19 juin 2017

Hégémonie


Libération



Pour Emmanuel Macron, le scénario est idéal. En marche a bien la majorité absolue, même sans l’appui du Modem de François Bayrou. Tous les ministres engagés dans la bataille devraient passer le test électoral avec succès. De Richard Ferrand, embourbé dans ses affaires immobilières, à la PRG Annick Girardin qui l’emporte d’un rien à Saint-Pierre-et-Miquelon. Hors accident de dernière minute, l’ensemble du gouvernement devrait être reconduit cette semaine, augmenté de quelques secrétaires d’Etat. Mieux encore pour Macron : l’apparence du pluralisme est préservée à l’Assemblée et l’hégémonie de son mouvement dans l’hémicycle relativisée, sans pour autant que sa marge de manœuvre en soit réduite. Ainsi Benjamin Griveaux, probable futur patron de LREM fraîchement élu à Paris, la jouait grand prince dimanche soir : «Il y aura une majorité avec une opposition, c’est une bonne nouvelle.»
Au-delà de ce semblant d’opposition, ce second tour lui garantit l’Assemblée dont il rêvait : renouvelée, féminisée, rajeunie et surtout docile. Prête à entériner sans rechigner les promesses de réformes macroniennes. Lesquelles arrivent très vite : le texte de moralisation de la vie publique est déjà sur les rails et le projet de loi visant à autoriser les ordonnances controversées sur la réforme du code du travail sera présenté le 27 juin en Conseil des ministres.
Pour gérer l’afflux de novices, la direction d’En marche a invité ses néo-députés à ne pas se ruer aux grilles du Palais-Bourbon dès lundi. Ainsi, le gros des troupes devrait prendre ses marques dès mercredi. En revanche, tout le monde sera sur le pont le week-end prochain pour le premier séminaire de travail du groupe LREM. Au menu : des conseils pratiques, mais surtout un «règlement intérieur» et l’élection de son chef de file. Plusieurs autres sujets seront abordés : la subtile articulation entre groupe, parti et gouvernement, et la répartition des postes clés au sein de l’Assemblée, à commencer par les consignes de vote pour l’élection au Perchoir le 27 juin. Il sera aussi question «d’améliorer l’efficacité des députés», selon une cadre d’En marche. Comprendre : leur rappeler qu’ils ont un «rôle de vigie», certes, mais pas d’empêcheurs de légiférer en rond ou de machines à amendements.
Dans le même temps, En marche va accélérer sa mue, de mouvement à parti majoritaire, fort de ses 360 000 adhérents, dont 160 000 militants. Avec l’arrivée de son nouveau chef, la start-up présidentielle va s’institutionnaliser, avec dans le viseur les prochaines échéances électorales.
Nathalie Raulin , Guillaume Gendron


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MACRONISATION DE LA VIE POLILIQUE FRANÇAISE

« Sur un point, au moins, Emmanuel Macron se sera trompé. Fin février, il ne jugeait «ni possible ni souhaitable» que le président élu ait la majorité «uniquement avec son parti» ; aujourd'hui, il se retrouve à la tête d'une majorité absolue, massive et monocolore parmi les plus larges de la Ve République. »
« Majorité absolue, responsabilité absolue. » (Le Figaro)
« Conforté par les résultats des législatives, Macron doit borner sa propre puissance. Trop critiques, les Français ne supportent pas longtemps un pouvoir triomphant. » Alain Duhamel
« L’énorme, la funeste abstention rétrécit brutalement l’assise de la marche irrésistible d’Emmanuel Macron. Le jeune président a réussi une percée météorique, sans aucun précédent de ce genre depuis que la France est une démocratie, mais l’ampleur même de son succès l’affaiblit. Paradoxalement, pour pouvoir réformer et durer, il lui faut prendre une série d’initiatives afin de démocratiser sa majorité absolue, bref de borner sa propre puissance. Pour réussir à moderniser la France - vaste programme - il a besoin d’organiser lui-même ses contre-pouvoirs. Il lui faut donc être vertueux pour demeurer audacieux. L’autorité, en France, ne se passe pas de bornes sévères. »
(…) « Emmanuel Macron, encore conforté par les législatives peut, s’il le veut, démocratiser substantiellement son propre pouvoir et le faire vite. Combiner autorité légitime, volonté de changement et démocratisation de notre système politique, ce serait la manière la plus convaincante et la plus utile d’innover. » (AD)
DiverCity s’incline et se tait devant la lucidité du plus grand des analystes et commentateurs de la politique française. Mais comment la rue va-t-elle réagir à tout ceci ?

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