vendredi 9 juin 2017

Le maire de Bruxelles emporté par un scandale financier


La démission annoncée d’Yvan Mayeur, soupçonné de s’être enrichi au détriment d’une association d’aide aux plus pauvres, est un revers de plus pour le Parti socialiste belge.
LE MONDE | 

      
 
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Le Parti socialiste (PS) francophone belge est, un peu plus, dans la tourmente : Yvan Mayeur, le bourgmestre (maire) de la ville de Bruxelles, la capitale du pays, a annoncé, jeudi 8 juin dans l’après-midi, qu’il démissionnerait dans la soirée, lors d’une réunion de la majorité du conseil municipal. Ce socialiste de 57 ans, membre de l’aile gauche de son parti, devenu maire à la fin de 2014, est emporté par le scandale dit du Samusocial, l’une des associations les plus importantes du pays. Elle vient en aide aux sans-abri et aux plus démunis. Elle bénéficie d’argent public et de dons, d’entreprises ou de particuliers.
Yvan Mayeur et l’une de ses proches, Pascale Peraïta, sont soupçonnés de s’être enrichis au détriment de l’association alors qu’ils bénéficiaient déjà tous deux de rémunérations très confortables. Outre sa fonction de maire, qui lui rapporte quelque 11 000 euros bruts par mois, M. Mayeur préside également Vivaqua, société de distribution de l’eau pour la région de Bruxelles, ce qui lui rapporterait au moins 5 000 euros par mois, selon un calcul de La libre Belgique, en février.
Pascale Peraïta, préside, elle, un important hôpital et le Centre public d’aide sociale de la ville, une grosse structure qui s’occupe de santé, de logement, de formation, etc. Elle avait déjà été au cœur d’une polémique parce qu’elle bénéficie d’un logement appartenant à cet organisme. Elle a également décidé de démissionner, jeudi soir.
UNE « MACHINE À ENRICHISSEMENT »
Les rumeurs de dysfonctionnement au sein du Samusocial ont entraîné des enquêtes et provoqué de fortes tensions au sein du gouvernement régional de Bruxelles, présidé par le PS. Deux ministres non socialistes ont exigé un rapport. Les commissaires mandatés par le gouvernement ont évoqué, dans un document qui a « fuité » mercredi 7 juin, une « machine à enrichissement » mise au point par M. Mayeur et sa collègue. Ne pouvant plus exercer la présidence du Samusocial, le maire a continué à siéger au conseil de direction et se serait octroyé, avec Mme Peraïta, les deux tiers de montants réservés aux quatre administrateurs – soit, ensemble, quelque 72 000 euros entre 2014 et 2016.
Les commissaires du gouvernement ont indiqué, dans leur rapport, n’avoir trouvé aucune trace écrite des réunions qui auraient motivé ces rémunérations, pas plus que des lettres de convocation ou un registre des présences.
Dans Le Soir, M. Mayeur se défendait, jeudi matin. Il évoquait une rémunération de 700 euros net par mois, pour un travail réellement effectué. « Je suis assistant social, je ne fais pas dans la charité, mais dans un travail professionnel », se justifiait-il, se disant prêt à rembourser ce qu’il avait perçu mais craignant que ce soit « interprété négativement », à savoir qu’il avouerait une faute.
L’affaire a rapidement pris de l’ampleur. Deux partis du gouvernement régional menaçaient de provoquer une crise si M. Mayeur restait en place. Deux autres formations néerlandophones, associées au PS à Bruxelles-Ville, exigeaient également sa démission. Et le malaise s’est aggravé quand on a appris qu’un bureau d’avocats mandaté par le Samusocial avait contesté, auprès du gouvernement de la région, la légalité de l’enquête menée la semaine dernière auprès de l’association, prétendument « privée ».
UNE DÉMISSION « NÉCESSAIRE »
Dans la panique, le comité de gestion du Samusocial démissionnait mercredi soir, son bureau était dissous et les jetons de présence supprimés. M. Mayeur évoquait, dans la foulée, la transformation de l’association en outil régional. Jeudi matin, il n’était plus défendu que du bout des lèvres par le président de la région, son collègue de parti Rudy Vervoort, qui l’invitait à « réfléchir ». Et jeudi, une fois la démission du maire annoncée, le président du PS, Elio Di Rupo, estimait sur Twitter qu’elle était « nécessaire ».
Un propos jugé très insuffisant au sein même de son parti. « Elio, agis ou le PS est mort », lui répondait Claude Eerdekens, un ancien député fédéral. Alain Hutchinson, un autre mandataire PS, cofondateur du Samusocial, dénonçait, lui, dans un courrier diffusé sur Facebook des « affaires puantes fondées sur l’ego démesuré et l’appât du gain de certains de nos camarades ». « Nos camarades grecs, français, espagnols savent ce que risquer de disparaître veut dire », concluait-il.
Le choc est d’autant plus rude pour le PS que l’affaire du Samusocial concerne l’aide aux plus démunis, une tâche que le parti affirme privilégier. Elle coïncide, par ailleurs, avec un autre scandale qui n’en finit pas : en Wallonie, une commission parlementaire poursuit ses travaux sur Publifin, une structure mixte privé-public qui payait grassement de nombreux responsables publics, apparemment en échange de leur discrétion sur des pratiques douteuses. La commission parlementaire doit rendre son rapport au mois de juillet.
Il promet d’être sans concession, d’autant que les dirigeants de la société ont menacé les députés (socialistes compris) en déposant plainte contre eux devant les tribunaux. Une pratique inédite. Incompréhensible, aussi, pour la base du PS, dont le président lançait récemment qu’il voulait écrire le mot « éthique » « en lettres d’or » au fronton de son parti.
M. Di Rupo est, désormais, de plus en plus contesté en interne pour son inaction. Laurette Onkelinx, présidente de la fédération de Bruxelles, virtuelle n° 2 de cette formation et proche de M. Mayeur, est désormais, elle aussi, sur la sellette.
Au sein de la majorité de Bruxelles, la tension est encore montée d’un cran dans la soirée de jeudi. Lors d’une discussion sur sa succession, M. Mayeur a manifesté son souhait de rester... adjoint au maire, à la fureur de ses partenaires socialistes flamands, qui ont claqué la porte.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA TRISTE FIN D’YVAN LE PAS TERRIBLE 

L’homme du piétonnier, c’est lui, le successeur peu glorieux de Freddy Thielemans. Tout a été dit sur ce triste personnage volontiers autoritariste et à l’égo surdimensionné. « On pensait que le PS avait atteint le fond avec l’affaire Publifin. Mais il faut aujourd’hui constater que le parti est tombé encore plus bas dans les pratiques de pouvoir déviantes. D’abord et surtout, le scandale du Samusocial touche l’une des missions premières de l’autorité publique et l’une des valeurs primaires du socialisme : l’aide aux plus démunis. Constater que des mandataires aux salaires mirobolants, tels Yvan Mayeur et Pascale Peraïta, puissent se livrer à des cumuls sur des activités aussi essentielles dépasse l’entendement. Et cette fois, contrairement à Publifin, le PS ne peut s’en prendre qu’à lui-même : aucun mandataire concerné à ce stade n’a d’autre couleur que la rouge. »(Le Soir)
Rappelons ensuite que cette affaire intervient après Publifin, où d’autres mandataires ont été rémunérés pour des réunions qui ne se sont pas tenues, et ont été épinglés pour des cumuls et des salaires hors normes. « Huit mois après, on découvre donc que cette affaire n’a provoqué aucune remise en question auprès de personnes parmi les plus haut gradées du parti, qui ont laissé subsister des pratiques sinon comparables, à tout le moins inacceptables. »(idem)
Reste à savoir qui lui succédera et comment le PS, très affaibli par ce nouveau scandale, va affronter les élections communales à Bruxelles ville l’an prochain. Sans doute ne faut-il pas se demander si Elio di Rupo quittera la présidence du PS mais quand il cédera à son tour son siège et au bénéfice de qui. Comme son homologue français, le parti socialiste belge est dans la tourmente et le PTB monte, monte dans les intentions de vote de l’électorat au point qu’on se demande vraiment comment se formeront les prochaines coalitions régionales et fédérales. Le pronostic vital de la Belgique est-il engagé ?
Certains, comme Jules Gheude en sont intimement persuadés et il explique pourquoi dans le Vif. Et de renvoyer à l’article que François Perin avait écrit dans "La Meuse", le 28 avril 1981 : "Après d'éventuelles élections (...), le malheureux chef de l'Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par "implosion". Qu'est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d'affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. (...) Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n'ont aucune idée, devenant eux-mêmes les débiteurs de leurs fameux "droits acquis". (...) La seule nationalité à laquelle ils pourraient facilement s'assimiler après que la nationalité belge leur eût claqué dans la main, est la nationalité française (...). Encore faudrait-il nettoyer seuls nos écuries, car la France n'est pas demanderesse et n'a aucune envie de prendre des fous en charge."
36 ans plus tard, ces propos résonnent de manière éminemment prophétique. Le démantèlement du pays est bel et bien irréversible.
C’est dit rudement et cela fait froid dans le dos.
MG 


LE PRONOSTIC VITAL DE LA BELGIQUE EST ENGAGÉ 

Dans l'ouvrage " Onvoltooid Vlaanderen " (la Flandre inachevée) de Jan Seberechts, Bart De Wever, le président de la N-VA, présente son projet confédéraliste pour 2019.
                     
           
       © Belga
La Belgique devient une confédération axée sur deux Etats-membres, Flandre et Wallonie, lesquels exercent les compétences liées au sol et aux personnes. La confédération, elle, est compétente pour les matières qui lui sont décernées explicitement par ces deux Etats. La N-VA mentionne ici la défense, la sécurité et les finances, et les affaires étrangères.
Pour exercer ces compétences, la confédération dispose d'un gouvernement composé paritairement de quatre ministres. Chaque Etat y désigne en outre un ministre, celui-ci n'ayant que voix consultative. Au sein du "conseil belge", on prévoit une concertation permanente "entre les ministres-présidents de Flandre, de Wallonie, de Bruxelles et des Germanophones". Je traduis littéralement. Il est aussi question de "conseils ministériels thématiques", permettant de se réunir suivant les compétences : les ministres en charge de l'Agriculture, par exemple. L'objectif est d'éviter les conflits d'intérêt et de coordonner les points de vue sur la scène internationale.
"NOUS ACHÈTERONS BRUXELLES !"
Aujourd'hui, la Flandre a fait de Bruxelles sa capitale. Le projet confédéraliste ne dit mot à ce sujet.
La Région de Bruxelles-Capitale est citée telle quelle, avec, pour compétences, "toutes les matières liées au territoire et celles exercées aujourd'hui par les dix-neuf communes et CPAS, ainsi que par les six zones de police". Pour ce qui est des matières personnalisables, "chaque habitant de Bruxelles choisit librement - indépendamment de sa langue et de son origine - entre le paquet flamand ou le paquet wallon pour l'impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l'aide sociale, la protection de la jeunesse, la migration et l'intégration, ainsi que le droit de vote pour le Parlement flamand ou wallon.
Il est clair que la Flandre entend ici modifier le rapport de forces à Bruxelles, en alléchant les non-néerlandophones par des mesures financièrement plus avantageuses. L'ancien ministre-président flamand Gaston Geens avait un jour lâché : "Nous achèterons Bruxelles !".
MONARCHIE PROTOCOLAIRE ET FIN DU BICAMÉRALISME
Le projet de la N-VA maintient la monarchie, mais de façon "purement protocolaire et totalement transparente". Notons aussi la fin du système bicaméral, avec la suppression du Sénat. Quant à la Chambre, elle ne comprend plus que 50 députés, issus paritairement du Parlement flamand et du Parlement wallon.
COMMUNAUTÉ GERMANOPHONE
Bart De Wever ne parle que du "ministre-président des germanophones". Celui-ci serait-il à la tête d'une région propre, compétente à la fois pour les matières liées au sol et aux personnes ? On peut le supposer, mais ce point reste à préciser.
FINANCEMENT
La Flandre et la Wallonie déterminent et perçoivent tous les moyens liés aux compétences personnalisables, à savoir l'impôt des personnes, les droits de succession et de donation, le précompte mobilier, ainsi que les impôts assimilés aux impôts sur le revenu. La Flandre, la Wallonie et Bruxelles déterminent et perçoivent les moyens provenant des matières territoriales, comme l'impôt des sociétés, les droits de donation et le précompte immobilier.
Pour ce qui est de la confédération, le projet précise qu'elle est financée "par la TVA et les accises pour le paiement de la contribution européenne obligatoire, les charges d'intérêt et le remboursement de la dette publique et la solidarité entre les Etats-membres".
SOLIDARITÉ
Bart De Wever souligne que "les transferts ne sont pas le problème en soi, mais ils doivent être transparents, avoir un objectif précis et inciter à l'amélioration". Le projet prévoit donc, comme en Allemagne, "un mécanisme de solidarité objectivement mesurable, transparent et qui incite à la responsabilisation". Selon la N-VA, ce n'est pas le cas avec les transferts actuels, "qui sont opaques, complexes, et ne stimulent pas une région à avoir de meilleures performances économiques". Aujourd'hui, "la bonne gouvernance n'est pas récompensée, mais sanctionnée", souligne-t-elle.
VERS LE SÉPARATISME
Le projet de la N-VA rejoint clairement les résolutions que le Parlement flamand a adoptées en 1999. L'échelon central est réduit à sa plus simple expression, l'objectif étant de démontrer très vite qu'il est en fait superflu. La Région de Bruxelles-Capitale reste, quant à elle, limitée aux dix-neuf communes, avec une cogestion de la part de la Flandre et de la Wallonie. D'une manière générale, le système est simplifié, plus efficace et nettement moins onéreux. Il offre aussi l'avantage d'inciter la Wallonie à se montrer plus responsable dans le choix de sa gestion.
Reste à voir comment réagiront les francophones. Les Bruxellois semblent de plus en plus attachés à leur spécificité, mais ils pourraient aussi être séduits par les mesures financières plus avantageuses proposées par la Flandre en matière notamment d'imposition et de sécurité sociale. Quant aux Wallons, il est clair que, dans les circonstances présentes, ils auraient de grosses difficultés à assurer une sécurité sociale propre.
On a vu, ces dernières années, les responsables francophones se présenter en "demandeurs de rien" pour finalement céder. Aujourd'hui, le contexte est différent. Le projet confédéraliste constituerait l'antichambre du séparatisme. La Flandre, en effet, aurait beau jeu de souligner l'inutilité de conserver cette confédération-coquille vide. Par ailleurs, la Wallonie ne serait pas en capacité d'assumer financièrement une telle autonomie. D'autre part, un refus francophone rendrait quasiment impossible la formation d'un nouveau gouvernement belge. Bref, dans un cas comme dans l'autre, le pronostic vital de la Belgique est engagé.
Je songe à cet article que François Perin avait écrit dans "La Meuse", le 28 avril 1981 : "Après d'éventuelles élections (...), le malheureux chef de l'Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par "implosion". Qu'est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d'affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. (...) Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n'ont aucune idée, devenant eux-mêmes les débiteurs de leurs fameux "droits acquis". (...) La seule nationalité à laquelle ils pourraient facilement s'assimiler après que la nationalité belge leur eût claqué dans la main, est la nationalité française (...). Encore faudrait-il nettoyer seuls nos écuries, car la France n'est pas demanderesse et n'a aucune envie de prendre des fous en charge."
36 ans plus tard, ces propos résonnent de manière éminemment prophétique. Le démantèlement du pays est bel et bien irréversible. Voilà près de dix ans que je m'efforce de préparer les esprits wallons à l'après-Belgique. Mais il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !
Dernier ouvrage paru de Jules Gheude : "Un Testament wallon - Les vérités dérangeantes", Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise vient de sortir chez "Doorbraak Boeken", avec une préface du politologue Bart Maddens.




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