lundi 12 juin 2017

Le surprenant retour en force d’une Ve République fatiguée


Libération 


Au lendemain de la présidentielle, Macron se voyait promis à une majorité faible, voire à une cohabitation. Cinq semaines plus tard, l’Assemblée qui se dessine valide sa stratégie et renforce la prégnance du chef de l’Etat.
Le surprenant retour en force d’une Ve République fatiguée 


Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, on avait annoncé le retour probable de la IVe Répub¬lique. Sept semaines plus tard, on assiste, médusé, à la spectaculaire restauration de la Ve République. Tout à la fois dans ses symboles et sa puissante logique électorale. Emmanuel Macron avait rêvé d’une majorité à l’Assemblée nationale, il est en train de recevoir un plébiscite. Et force est de reconnaître qu’il le doit, cette fois, non pas à un concours de circonstances, mais à une redoutable habileté politique.
Il y avait pourtant dans les résultats du premier tour de l’élection présidentielle tous les ingrédients pour penser qu’Emmanuel Macron ne disposerait pas, ou alors très difficilement d’une majorité au Palais-Bourbon : un score de premier tour parmi les plus faibles de la Ve République (à l’exception notable des 19 % de Jacques Chirac en 2002), des réserves de voix quasi inexistantes, et pire encore, un pourcentage de vote par défaut encore jamais vu (autour de 40 %). En clair, le petit ¬socle d’adhésion de Macron annonçait en toute logique des élections législatives, pour le moins compliquées. Au sein d’En marche, on reconnaissait en privé que le pari allait être difficile à gagner, même avec une prime pour le parti ¬du président élu.
AMBIVALENCE DE LA PSYCHÉ FRANÇAISE
Que s’est-il donc passé pour faire lever un tel raz-de-marée ? Au moins deux phénomènes se sont cumulés. D’abord et peut-être surtout, Emmanuel Macron n’a pas perdu son temps. Beaucoup de Français doutaient que l’ancien collaborateur de François Hollande puisse «faire président». Lors de la passation des pouvoirs, il a remis au goût du jour le ¬protocole aux effluves monarchistes de cette Ve République vieillissante. Macron a fait l’analyse qu’il y avait, dans l’opinion, une attente pour restaurer une fonction présidentielle abîmée par les quinquennats Sarkozy et Hollande. Il avait raison. Sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres, la psyché française est d’une rare ambivalence : elle peut crier tout à la fois, «vive le roi» et «à mort le roi». Aspirer à la solennité et la verticalité d’un président, et fustiger une classe poli¬tique coupée de la vie quotidienne des -Français. Macron a misé à la fois sur l’apparence du renouveau et le conservatisme des ¬institutions.
Surtout, il a fait l’éclatante démonstration que l’on peut faire beaucoup de politique avec une poignée de main et 140 signes. C’est un talent, qui n’est pas donné à tout le monde. En une conférence de presse (avec Vladimir Poutine), une allocution télévisée et un tweet (à la suite de la décision de Donald Trump de sortir de l’accord de Paris), il a fait «l’événement». Et le bruit a réussi à combler son silence sur l’affaire de son ministre Richard Ferrand, les ordonnances sur la loi travail et son revirement spectaculaire de sur l’état d’urgence. Du grand art. Enfin, la composition du gouvernement a été un modèle du genre de tactique politicienne, que n’aurait pas renié un François Mitterrand. La nomination d’Edouard Philippe à Matignon et du duo Le Maire-Darmanin à Bercy ont ébranlé la droite. Le débauchage de Nicolas Hulot à un gros ministère de l’environnement a réjoui la gauche écologique. Les deux principaux partis, LR et PS, ne s’en sont pas remis. Après s’être divisés sur une ligne de front incompréhensible (faut-il revendiquer une opposition constructive avec la nouvelle majorité présidentielle ?), ils sont devenus totalement inaudibles. Quant à La France ¬insoumise, les outrances de Jean-Luc Mélenchon lui ont fait perdre beaucoup de son crédit.
FATIGUE DÉMOCRATIQUE
Le réflexe légitimiste a fait le reste. «Il faut lui laisser sa chance» a été la phrase qui a été le plus entendue sur les marchés de cette drôle de campagne. Il y avait les convaincus, les curieux de cette nouvelle expérience macroniennne, et tous ceux qui, faute de mieux, voulaient d’abord une stabilité et une cohérence. Quant aux opposants ou aux dubitatifs, beaucoup sont restés chez eux, pensant que les jeux étaient faits. Ce taux d’abstention ¬record n’est pas forcément la manifestation d’une grave crise. Juste le signe d’une petite (et légitime) fatigue démocratique. Ces élections législatives ont été vécues comme un troisième tour de l’élection présidentielle. Avec l’inversion du calendrier électoral, elles auront été totalement écrasées. Macron voulait restaurer le faste de la Ve République. Il a fait bien plus que cela : jamais, dans notre histoire politique ¬récente, le pouvoir législatif n’est apparu autant dans la main d’un seul homme. 





COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE BRAS DE FER AVEC LA RUE ? 


Après le tour des présidentielles remporté haut la main, celui des législatives qu’il se prépare à gagner également, nonobstant une abstention record (« ce taux d’abstention ¬record n’est pas forcément la manifestation d’une grave crise. Juste le signe d’une petite et légitime fatigue démocratique ») le plus dur attend le président anormal : le bras de fer avec la rue. « Macron voulait restaurer le faste de la Ve République. Il a fait bien plus que cela : jamais, dans notre histoire politique ¬récente, le pouvoir législatif n’est apparu autant dans la main d’un seul homme ».
«  Qui l’eût cru ? Qui l’eût dit ? Une formation politique qui n’existait pas il y a deux ans est donc en passe de rafler une insolente majorité à l’Assemblée nationale, bouleversant du même coup un paysage politique que l’on a longtemps pensé immuable  », commente Paul-Henri du Limbert dans Le Figaro.
Les résultats du premier tour des législatives françaises ont donné l'impression qu'Emmanuel Macron avait réalisé un véritable raz-de-marée avec son nouveau mouvement centriste. Un résultat exceptionnel, certes, pour un parti né il y a à peine plus d'un an mais qui n'a pas vraiment convaincu les Français. Une victoire à nuancer donc. En cause : un taux d'abstention record. En effet, 51,29% des électeurs inscrits se sont abstenus.
Le taux d'abstention ne cesse de croître. Cette fois, il a atteint un niveau record jamais atteint depuis 1958 (selon RFI). L'évolution descendante du taux de participation va peut-être obliger les politiques à revoir le calendrier électoral. Celui-ci assure pratiquement une majorité au président élu quelques semaines plus tôt mais porte atteinte au crédit de l'Assemblée nationale, selon Le Monde.
Conquérir le pouvoir est une chose, le conserver sera sans doute plus difficile et surtout l’exercer effectivement, au quotidien ne sera pas une sine cure.
Les responsabilités qui pèsent sur les épaules de Macron sont écrasantes. Sarko et Hollande ont échoué, ce qui le force à réussir sinon…
MG




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