dimanche 11 juin 2017

LÉGISLATIVES: LE PARTI DE MACRON EN TÊTE DU 1ER TOUR, SELON LES DERNIERS SONDAGES


Par Jennifer Dassy, Le Soir


Au matin du premier tour, quel que soit l’institut de sondage, la République en marche arrive en tête avec environ 30 %, suivie par les Républicains-UDI et par le Front National. Le taux de participation prévu est de 60 % pour le premier tour.
DÉBÂCLE POUR LE PS
Pour le Front national, il semblerait que l’issue ne soit pas celle espérée. Le parti s’attend à obtenir 12 sièges. Or, il faut 15 députés pour pouvoir créer un groupe à l’Assemblée nationale.
Quant au Parti socialiste, une grosse débâcle l’attend. Le parti, qui dispose actuellement de 284 sièges, n’en remporterait plus qu’entre 24 et 45. Une perte importante qui peut en partie s’expliquer par le report des voix sur la République en marche.

LE POINT SUR LES PERSONNALITÉS
Selon le sondage Ifop-Fiducial pour le JDD et Sud Radio, Jean-Luc Mélenchon a fait le bon choix en décidant de se présenter dans la 4ème circonscription de Bouches-du-Rhône, à Marseille, puisqu’il récolte 38 % des intentions de vote. L’enquête Harris Interactive pour France Télévisions lui donne également 35 %.
Même chose pour Marine Le Pen, qui est créditée de 44 % des voix dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, selon un sondage Ipsos pour la Voix du Nord.
Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, est également en bonne voie. Dans la première circonscription de l’Eure, il est le favori avec 48 % des intentions de votes selon le sondage Ifop-Fiducial. Ce qui est loin d’être le cas pour l’ancien Premier ministre, Manuel Valls, qui, dans sa circonscription de l’Essonne, n’est crédité que de 30 %, talonné par la candidate de la France Insoumise, Farida Amrani, avec 26 %.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« MACRON, LE PERSONNAGE LE PLUS NEUF, LE PLUS INCLASSABLE, LE PLUS INATTENDU : UN INSPECTEUR DES FINANCES QUI SE RÊVE PROPHÈTE POLITIQUE. » (A.D.)
Il a renversé les tables de la République comme un Jésus bousculant les tables des changeurs dans le temple de Jérusalem.
« Le nouveau chef de l’Etat est à coup sûr le président le plus atypique, le plus inattendu, le plus original qu’ait connu la Ve République. »
« Encore lui fallait-il une conviction d’airain pour brandir les couleurs européennes tout au long d’une campagne traversée par un fort courant populiste » « Emmanuel Macron ne savait pas que son entreprise était impossible, c’est pourquoi il l’a réussie. »
« Les obstacles sont immenses. S’il peut espérer remporter les élections législatives, ce ne sera pas forcément avec ses seules forces. Il devra composer. » (Alain Duhamel dans une analyse lumineuse que nous publions ici)
Les esprits chagrins qui n’ont pas désarmé diront que son ascension fulgurante rappelle celle d’Obama et qu’on sait comment cela s’est conclu : par le surgissement de Donald Trump.
Ayons la volonté de l’optimisme et souhaitons qu’il tire la France et surtout l’Europe de l’ornière dans laquelle elles sont enfoncées.
Emmanuel Macron, ce Charles De Gaulle sans vareuse militaire ni képi de général de brigade, est à mes yeux celui qui mériterait le plus le slogan « oh yes he can »adopté par le malchanceux Obama. Il aura à affronter, après les législatives qu’il semble vouloir et pouvoir remporter, le vent mauvais de la fronde syndicale. Cela risque de décoiffer. Le quatrième tour se disputera très probablement dans la rue. Mais si Macron devait résister et réussir à imposer sa feuille de route-je l’en crois parfaitement capable, il a du caractère et se montre bon pédagogue- la France risque fort de voler à l’Allemagne le leadership économique en Europe. C’est du moins ce que je lis dans la presse allemande que son discours de Berlin du 9 janvier repris dans le livre d’Eric Fottorino « Macron par Macron » dont je vous recommande la lecture roborative.
Dès lors ce serait à Paris d’arracher à Berlin les rênes de l’Europe. Les élections fédérales de septembre auront pour thème principal l’Europe (ach sowas ?). Elles devraient déboucher sur une nouvelle grosse Koalition probablement à nouveau sous la houlette de Mutti car Schultz accumule les gaffes.
Oui Manuel Macron fait bigrement bouger les lignes.
MG


EMMANUEL MACRON, LE PRÉSIDENT ANORMAL
Par Alain Duhamel — 17 mai 2017 Libération
Emmanuel Macron lors de sa campagne, à Paris. AFP PHOTO / Eric FEFERBERG

SERAIT-CE LE PROTOTYPE PRÉSIDENTIEL DU XXIE SIÈCLE ? AVEC LUI, RIEN N’APPLIQUE LES NORMES, RIEN NE SUIT LES TRADITIONS, RIEN NE RESPECTE LES HABITUDES.
En entrant au palais de l’Elysée, François Hollande avait tenu à se présenter en «président normal». Emmanuel Macron, lui, n’a nul besoin de se dépeindre en «président anormal», tant il est évident qu’il l’est. Le nouveau chef de l’Etat est à coup sûr le président le plus atypique, le plus inattendu, le plus original qu’ait connu la Ve République. Avec lui, rien n’applique les normes, rien ne suit les traditions, rien ne respecte les habitudes. Il est jeune, d’une jeunesse insolente, sans précédent depuis Napoléon Bonaparte. Il a conquis le pouvoir en un an, quand il faut d’ordinaire deux ou trois décennies. Sans mandat électif, sans parti enraciné, sans allié, il s’est imposé face à toutes les autorités politiques du moment. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, François Hollande, Manuel Valls, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, il les a tous écartés ou battus. Certes, les circonstances l’ont incroyablement servi : une classe politique impopulaire et déconsidérée, des partis déchirés, des primaires désignant les candidats les moins rassembleurs, trois quinquennats successifs décevants, un sentiment d’enlisement, d’impuissance gagnant une bonne part de la société, de la colère, du ressentiment, du déclinisme et même de l’angoisse. Le décor était bâti pour lui.
Encore lui fallait-il une incroyable audace, une extraordinaire confiance en lui, pour croire à une entreprise aussi improbable. Encore fallait-il une hardiesse peu banale pour défier le président qui l’avait politiquement créé et le Premier ministre qui l’avait appelé au gouvernement. Encore fallait-il une témérité insolite pour proclamer à l’avance qu’il s’agissait d’enjamber les frontières politiques ancestrales, de surplomber le vieux clivage gauche-droite en rassemblant les «progressistes» des deux rives pour l’emporter sur les «conservateurs» des deux camps. Encore fallait-il une conviction d’airain pour brandir les couleurs européennes tout au long d’une campagne traversée par un fort courant populiste, se concrétisant très vite par une vague de «dégagisme» et se renforçant nettement aux deux extrêmes de l’éventail politique. Encore fallait-il, témérité suprême, oser présenter un projet clairement social-libéral à un pays qui n’avait jamais connu, ni même approché, d’expérience blairiste. Encore fallait-il une foi étrange pour hisser l’étendard de l’optimisme face au peuple le plus pessimisme d’Europe. Emmanuel Macron ne savait pas que son entreprise était impossible, c’est pourquoi il l’a réussie.
A peine élu, il a pris le contre-pied de ses prédécesseurs en re sacralisant la fonction présidentielle dès les cérémonies de l’installation officielle, puis en nommant un Premier ministre venu du camp d’en face et un gouvernement recruté à gauche, au centre, à droite, dans la société civile comme dans la société politique. Emmanuel Macron voulait rénover et recomposer le système politique. Il s’est mis à la tâche. Les obstacles sont immenses. S’il peut espérer remporter les élections législatives, ce ne sera pas forcément avec ses seules forces. Il devra composer. La gauche ne va, certes, pas ressusciter en six semaines mais la droite ne va pas s’effondrer. La bataille politique s’engagera vite, comme après la victoire de François Mitterrand en 1981 et, comme à l’époque du premier mandat présidentiel de Jacques Chirac, la tentation d’un troisième tour social montera très vite. Emmanuel Macron ne peut réussir qu’en réformant vigoureusement mais plus il réformera, plus il se fera d’adversaires. Son quinquennat s’annonce tumultueux. Les perspectives économiques sont heureusement plus encourageantes qu’en 2012, les perspectives européennes aussi. Le pari qu’il tente est plus que hardi : une jeune équipe, ambitieuse et inexpérimentée, veut tenter d’en finir avec la république des demi-mesures, qui imprègne la France depuis la fin des années 80. S’il échoue, cela risque d’être le moment du populisme.
Emmanuel Macron est en somme un prototype présidentiel du XXIe siècle, le premier du genre. Il y a chez lui du Valéry Giscard d’Estaing 1974 par sa jeunesse, sa formation, sa modernité, sa religion de l’ouverture et son goût de l’expérimentation. Il y a aussi du François Mitterrand par ses origines familiales, sa culture littéraire, son goût de l’histoire, ses ambitions d’écrivain, son attention aux «forces de l’esprit» et sa passion de la liberté. Il y a du Michel Rocard par sa compétence économique, son «parler vrai», son impatience, son imprudence, son réformisme. Il y a évidemment du Tony Blair et même du Benjamin Disraeli par sa culture, son environnement privé, son audace patricienne. Il y a enfin du gaullisme par son attachement aux institutions de la Ve République, par sa revendication d’autorité et d’incarnation. Il y a surtout le personnage le plus neuf, le plus inclassable, le plus inattendu : un inspecteur des finances qui se rêve prophète politique.
Alain Duhamel

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