samedi 3 juin 2017

Paul Magnette: «Merci Monsieur Trump!»

TRAITÉ DE PARIS
PAR PAUL MAGNETTE, MINISTRE-PRÉSIDENT WALLON
Pour le ministre-président wallon, la sortie du Traité de Paris des Etats-Unis, orchestrée par Donald Trump, est une occasion à saisir pour les Européens. Carte blanche.

    
© Belga.

La décision du Président américain de sortir les États-Unis de l’Accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique ne devrait pas inquiéter les Européens, au contraire ! Ce choix politique, guidé par les intérêts de quelques multinationales qui visent les profits à court terme est, en effet, une occasion unique pour les Européens de reprendre un leadership global.
L’AMÉRIQUE METTRA TRÈS LONGTEMPS À S’EN REMETTRE
D’abord, parce que nous devons tout faire pour attirer chez nous les très nombreux chercheurs, entrepreneurs et militants associatifs nord-américains qui partagent notre ambition de lutter fermement contre le réchauffement climatique. Ceci ne pourra qu’enrichir encore la vitalité des milliers d’initiatives qui naissent, chaque jour, dans la société civile pour organiser la transition de notre modèle socio-économique vers une société plus juste et plus durable. Les entreprises américaines qui pourront continuer à produire en consommant massivement des matières premières et des énergies fossiles engrangeront sans doute des gains à court terme mais ceci peut rapidement se retourner contre elles. Dans le cadre d’une économie mondiale équilibrée, l’Europe doit, en effet, protéger ses entreprises et ses emplois, en prenant à l’égard de ces entreprises américaines des mesures anti-dumping, comme elle se prépare à le faire à l’égard de la Chine. En moins de dix ans, le tissu économique américain, devenu plus dépendant encore des énergies fossiles, aura accumulé un retard technologique majeur à l’égard de l’Europe et d’autres régions du monde résolument engagées dans la transition écologique ; situation dont l’Amérique mettra très longtemps à se remettre.
L’Europe doit également saisir ces circonstances pour décider de devenir la championne du monde de l’efficacité énergétique. Emprunter, puisqu’elle n’est pas endettée, pour investir massivement dans la réduction de la consommation d’énergie des ménages, des autorités publiques et des petites et moyennes entreprises améliorera le pouvoir d’achat de nos concitoyens et la compétitivité de nos entreprises et nous rendra plus indépendants des pays producteurs de pétrole, ce dont nous avons tout à gagner sur un plan géopolitique. Dans le même temps, l’Union européenne devrait inclure dans tous les traités commerciaux en cours de négociation des clauses sociales et environnementales contraignantes et des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre, afin de mettre enfin le commerce au service des objectifs de développement durable. De tels traités devraient également inclure des clauses d’échange de données fiscales entre les parties, afin de lutter contre ce fléau terrifiant de la fraude et de l’évasion fiscales qui prive, chaque année, l’Union européenne de 1 000 milliards d’euros de financement potentiel, soit l’équivalent de sept fois son budget annuel.
TRUMP PEUT DEVENIR, POUR LES EUROPÉENS, LE SYMBOLE DE TOUT CE QU’ILS NE VEULENT PAS DEVENIR
Il ne faut pas sous-estimer, enfin, le bénéfice immense que peut avoir l’isolement de la présidence Trump sur l’état d’esprit des Européens. La dernière fois que je me suis senti fier d’être Européen, c’était en 2003, quand les ministres des Affaires étrangères français et allemand plaidaient avec vigueur au conseil de sécurité des Nations Unies contre l’intervention militaire en Irak, décidée de manière unilatérale par les Américains. Si Tony Blair n’avait pas alors trahi les Européens en s’alliant aux États-Unis, l’élan de patriotisme européen qui s’exprimait un peu partout en Europe dans les grandes manifestations contre la guerre en Irak, n’aurait pas été brisé. Les mêmes causes produisent les mêmes effets et Monsieur Trump peut devenir, pour les Européens, le symbole de tout ce qu’ils ne sont pas, de tout ce qu’ils ne veulent pas devenir, leur permettant de mieux comprendre, par contraste, tout ce qui les rassemble. De telles occasions se présentent rarement en politique et nous devons tout faire pour la saisir et démontrer qu’une Europe volontaire et ambitieuse peut non seulement rendre de la fierté à ses citoyens mais aussi réaffirmer son message politique sur la scène mondiale.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POUR « UNE EUROPE VOLONTAIRE ET AMBITIEUSE »

Paul Magnette, il ne faudrait pas l’oublier, est avant tout professeur de science politique à l'ULB dont il dirige l’Institut d’études européennes. En sa qualité de spécialiste de la constitutionnalisation de l'Union européenne  il est régulièrement consulté par les médias sur des questions théoriques concernant l'U. E.
C’est dire si ses avis sur la question sont pertinents. Cette carte blanche musclée et percutante doit se lire comme une proclamation de foi dans l’avenir européen de la part de celui qui a quelques chances de devenir notre prochain premier ministre. Ce serait une excellente nouvelle de nature à relayer l’engagement résolument pro européen de E. Macron. Décidément le brexit qui éloigne de nous pour longtemps le principal allié de Trump libère enfin des énergies en faveur d’un renforcement de la construction européenne. Reste à savoir d’abord  comment l’Europe va se situer par rapport à la Russie et ensuite si les anciens satellites de l’Union soviétique ne s’opposeraient pas à une Ostpolitik non pas allemande (Willy Brandt, Helmut Schmidt dans les années quatre vingt) mais résolument européenne. 
« L’Europe doit également saisir ces circonstances pour décider de devenir la championne du monde de l’efficacité énergétique. Emprunter, puisqu’elle n’est pas endettée, pour investir massivement dans la réduction de la consommation d’énergie des ménages, des autorités publiques et des petites et moyennes entreprises améliorera le pouvoir d’achat de nos concitoyens et la compétitivité de nos entreprises et nous rendra plus indépendants des pays producteurs de pétrole, ce dont nous avons tout à gagner sur un plan géopolitique. »
« Monsieur Trump peut devenir, pour les Européens, le symbole de tout ce qu’ils ne sont pas, de tout ce qu’ils ne veulent pas devenir, leur permettant de mieux comprendre, par contraste, tout ce qui les rassemble. De telles occasions se présentent rarement en politique et nous devons tout faire pour la saisir et démontrer qu’une Europe volontaire et ambitieuse peut non seulement rendre de la fierté à ses citoyens mais aussi réaffirmer son message politique sur la scène mondiale. »
L’épouvantail Trump et le brexit sont en effet une véritable aubaine pour l’Europe et Emmanuel Macron pourrait bien être le joker capable d’inciter l’Allemagne à changer de vision politique. L’Europe a besoin d’un nouveau logiciel politique plus solidaire et moins austère.
Il y a de fortes chances qu’un vent nouveau souffle depuis Berlin en septembre prochain car la campagne électorale tournera immanquablement-effet Macron et effet Schultz-autour de la question européenne. L’Europe sera « ambitieuse et volontaire » ou elle se délitera lamentablement.

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