jeudi 27 juillet 2017

Algérie : 3 200 jeunes femmes en bikini pour lutter contre l'obscurantisme religieux


Par Nathan Weber 

 

Des maillots deux pièces pour défier l'obscurantisme : en réponse aux menaces et à la pression de certains groupes d'activistes islamistes sur les réseaux sociaux, 3 200 algériennes ont décidé de se rassembler afin de se baigner en bikini, pour pouvoir profiter du soleil sans craindre les insultes, les agressions et les regards désapprobateurs.
Sur les plages aux eaux limpides d'Annaba (anciennement Bône), une ville située au nord-est de l'Algérie, de jeunes militantes féministes font souffler un doux vent de liberté et de gaieté pour combattre pacifiquement les discours anti-maillots de bain qui se sont multipliés avec le ramadan et la venue de l'été.
Cette opération consiste à effectuer de grands rassemblements de maillots de bain en réaction à  « l'appel à la pudeur » de plusieurs pages conservatrices, qui s'improvisent police des mœurs sur les plages algériennes. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POLICE DES MOEURS? 

Cela se passait au cours du mois "sacré" du ramadan...C'est dire si on assiste en Algérie -et ailleurs- à une islamisation alarmante de la société qui exerce une pression sociale au sein de communautés musulmanes.  Il est à la fois extrêmement préoccupant mais aussi très rafraîchissant de constater avec quel ensemble et avec quel humour ces 3.200 jeunes femmes ont réagi. On ignore les représailles qu'une telle révolte leur aura value. 
MG



LE CORAN, L’HUMOUR ET LA MÉTHODE
Par Bernadette Sauvaget  Libération 


Un homme de confession musulmane récite le Coran dans une mosquée pendant le mois sacré du Ramadan, à Karachi (Pakistan), le 13 juin 2016. Rizwan Tabassum - AFP 

L’islamologue Rachid Benzine et le metteur en scène Ismaël Saidi viennent de publier un manuel de décodage du Coran. Salutaire.

Le Coran, l’humour et la méthode
Parmi les problèmes des religions, le fondamentalisme est l’un des plus aigus, des plus cruciaux. C’est le cas pour l’islam mais aussi pour d’autres confessions religieuses. «Nous avons tous nos barbus», confiait, il y a peu en privé (et sur le ton humoristique), l’un des principaux responsables juifs de France. Aux racines du fondamentalisme, il y a la lecture à la lettre, littéraliste des textes fondateurs. Les obscurantistes les absolutisent. Y avoir accès, les connaître, les interpréter constitue des territoires de pouvoir. A propos du Coran, le petit manuel de décodage de Rachid Benzine et d’Ismaël Saidi, Finalement, il y a quoi dans le Coran ? (1) est précieux. Sans rien céder à la rigueur des sciences humaines, il fait preuve de pédagogie mais surtout d’humour, ce qui est salutaire par les temps qui courent.
Sur un sujet aussi sérieux, la forme pourrait surprendre. Mais c’est ce qui fait l’efficacité (et l’originalité) de ce bref livre d’à peine 150 pages qui reprend le vieux principe du dialogue entre le candide et le savant. Au départ, il y a une rencontre à Bruxelles où l’islamologue et chercheur Rachid Benzine donnait un séminaire sur le Coran. Parmi ses auditeurs, le réalisateur et metteur en scène de théâtre Ismaël Saidi, qui s’est fait connaître avec sa pièce Djihad, une épopée tragicomique sur l’engagement terroriste, prouvant déjà là que l’humour pouvait être une arme de dédramatisation massive. «Ismaël assistait à certaines séances. Parfois, nous déjeunions ensemble pour continuer à discuter. Il était convaincu que nous devions élargir le public du séminaire. C’est comme cela qu’est né le livre, nourri des échanges que nous avons eus pendant un an et demi», raconte Rachid Benzine.
Un texte, c’est d’abord un contexte. Pour le Coran, il faut se remettre dans l’ambiance de l’époque, celle de la péninsule arabique du VIIe siècle, un monde tribal et rude fait d’alliances et où la survie est une affaire quotidienne. C’est ce que répète Rachid à Ismaël (qui fut aussi policier dans une autre vie). Formé à l’école des Mohammed Arkoun, de l’Egyptien Nasr Abu Zayd ou encore de Jacqueline Chabbi, Rachid Benzine fait appel à l’histoire, à l’anthropologie et à la linguistique pour aborder le texte.
C’est ce passionnant savoir-là qu’il restitue dans son dialogue avec l’homme de théâtre, croyant sincère à la recherche de compréhensions. «Nous souffrons d’un déficit d’histoire et d’un excès de mémoire», dit le chercheur à son candide. «Tout le défi de nos jours consiste à réussir à mettre entre parenthèses des catégories héritées de la jurisprudence islamique tardive des VIIIe et IXe siècles», explique encore Rachid Benzine.
Les deux hommes ont du courage. Ils abordent les sujets explosifs tels que la violence en islam, la polygamie, le voile, etc. A chaque fois, il ne s’agit pas de trancher les débats mais plutôt d’ouvrir des espaces pour la réflexion. «Si aujourd’hui une femme veut porter le voile, personne ne peut lui dire qu’elle n’est pas en conformité avec le Coran, vu que le Coran demande de la pudeur. Aux hommes comme aux femmes d’ailleurs. Mais si une autre femme ne porte pas le voile, elle est tout autant en conformité avec le message coranique puisqu’on peut tout à fait être pudique sans porter le voile», analyse l’islamologue.
De Muhammad, il explique qu’il faut un travail historique rigoureux pour en retrouver la figure historique. «Ce n’est pas propre à l’islam, mais dans l’Histoire, chaque génération de croyants s’est donné une représentation de son fondateur. De l’homme de tribu que Muhammad a été à la figure du Prophète vénéré de l’islam, la représentation se construit en plusieurs étapes qui correspondent à des évolutions politiques et sociales, puis religieuses et idéologiques», soutient Rachid Benzine.
Au cours de leur dialogue, l’islamologue et le metteur en scène mettent à jour les instrumentalisations d’un texte à l’accès difficile (dire le contraire relève d’une prétention ignorante). Comme toute chose considérée comme sacrée, le Coran est hautement inflammable (la Bible peut l’être aussi). A l’inverse du salafisme, l’islamologue plaide, lui, qu’il n’est pas un texte normatif. Ce sont ses usages et les usagers qui créent de la norme.


(1) Finalement, il y a quoi dans le Coran ? de Rachid Benzine et Ismaël Saidi, éditions la Boîte à Pandore, 149 pp. 14,90 €.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"CE SONT SES USAGES ET LES USAGERS QUI CRÉENT DE LA NORME."
Voilà une constatation qui mérite d'être mise en exergue. On attend d'un islam d'Europe, c'est à dire de France, de Belgique d'Allemagne etc. qu'il fasse le ménage et élimine de tels usages humiliants pour la femme. L'usage du voile, foulard et autre couvre chefs de type religieux  est de fait une prescription sociétale bien plus qu'une obligation coranique. Il est bien évident, et nous ne cessons de le rappeler, que le salafisme, l'intégrisme et son corolaire l'islamisme sont des instrumentalisations coraniques à des fins de manipulation et de domination. Il serait temps que les musulmans en prennent conscience.
MG 


DR/ Via Twitter DR/Via Twitter
Lors du ramadan, qui s'est achevé le 24 juin dernier, de nombreux messages sur les réseaux sociaux ont appelé les femmes à se vêtir à la plage, et à renoncer au port du bikini au cours de ce mois sacré. Des sollicitations provenant pour la plupart de pages Facebook administrées par des activistes islamistes, qui ont pris une relative ampleur et qui ont pris par endroits des allures de véritable chasse aux sorcières.
Ainsi, certains ont invité les témoins à prendre des photos des récalcitrantes pour mieux les dénoncer publiquement. La presse locale a rapporté plusieurs cas d'agressions physiques sur des jeunes femmes algériennes refusant de se conformer aux attentes des conservateurs religieux... Et puis, toujours, les insultes et autres invectives à leur encontre.

Si le port du bikini est parfaitement autorisé par la loi algérienne, les associations algériennes de défense des droits des femmes, quant à elles, dénoncent un certain mutisme de la part des autorités face aux intimidations. Car dans les faits, si la pratique n'est pas illégale, elle n'est pas encore toujours très bien vue par certaines personnes... Et en plus de ce conservatisme bien ancré, des groupes de traditionalistes n'hésitent pas à faire pression pour forcer les femmes à se couvrir, sans compter les regards désapprobateurs, le harcèlement et les insultes, qui intimident bien des femmes.
« J'ai toujours refusé de restreindre mes libertés à cause de certains hommes, mais beaucoup de femmes n'ont pas ce 'courage' », raconte ainsi Randa, une jeune annabie de 22 ans, dans les colonnes du journal Le Matin d'Algérie. Comme 3 200 autres jeunes femmes de la région, elle a répondu présente à l'appel du bikini. Plusieurs de ces « baignades républicaines » ont déjà eu lieu : le 5, le 8 et le 13 juillet.
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