lundi 17 juillet 2017

Défiance envers les migrants : les Français sont-ils racistes ?


Propos recueillis par Louis Hausalte (Marianne) 


La réponse est bien plus complexe. Alors que le gouvernement tente de reprendre la main dans la crise migratoire, une étude de l'Ifop met en évidence les craintes des Français, liées à un sentiment global d'insécurité physique, économique et culturelle. Entretien avec l'un de ses auteurs, Jérôme Fourquet.
Le gouvernement a présenté mercredi 12 juillet un plan destiné à rendre l’accueil des réfugiés plus efficace, alors que plus de 100.000 migrants sont arrivés cette année sur les côtes du sud de l'Europe, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dans ce contexte, une étude réalisée par l’institut Ifop pour l’association More in common met en évidence un véritable malaise des Français vis-à-vis de l’immigration. Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, en détaille les raisons.
MARIANNE : COMMENT RÉSUMER L’ÉTAT D’ESPRIT GÉNÉRAL DES FRANÇAIS VIS-À-VIS DE L’IMMIGRATION ?
Jérôme Fourquet : L’opinion publique est ambivalente sur la question. Il y a une inquiétude, avec l’idée que les capacités d’accueil seraient dépassées depuis longtemps, et en même temps une certaine sensibilité à la dimension humanitaire. Ces deux sentiments rivalisent et l’un prend l’ascendant sur l’autre en fonction du contexte.
LE CONTEXTE ACTUEL SEMBLE FAVORISER UNE PERCEPTION DÉFAVORABLE, PUISQUE SELON VOTRE ÉTUDE, 56% DES FRANÇAIS JUGENT QUE L’IMMIGRATION A UN IMPACT NÉGATIF SUR LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE...
Oui. Il faut lire cette défiance à l’aune de quatre paramètres. Un paramètre économique, d’abord, sur le registre de la fameuse phrase de Michel Rocard selon laquelle « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». L’Etat a des problèmes budgétaires et les Français sont pris dans des contraintes de pouvoir d’achat, ce qui ne dispose pas à la bienveillance et à l’accueil. Le deuxième paramètre est sécuritaire, puisque l’opinion fait de manière plus ou moins nette un lien entre la maîtrise des flux migratoires et la menace terroriste. Le troisième paramètre est sociétal : il recouvre la sensibilité aux problématiques d’intégration et à la présence de l’islam sur notre territoire. Enfin, il y a l’attitude des acteurs politiques : est-ce que les décideurs suivent leur opinion publique ou est-ce qu’ils peuvent faire évoluer le regard collectif ? Sur ce dernier critère, c’est un peu la poule et l’œuf.
EN EUROPE OCCIDENTALE, LES FRANÇAIS SONT PARMI LES PLUS RÉFRACTAIRES À L’ACCUEIL DE MIGRANTS. COMMENT L’EXPLIQUER ALORS QUE DES PAYS COMME L’ALLEMAGNE OU L’ITALIE EN ONT REÇU BIEN PLUS QUE NOUS ?
Reprenons notre grille de paramètres. Sur le plan économique, l’idée que notre pays a les capacités financières d’accueillir des migrants et que leur arrivée peut même être bénéfique est beaucoup plus répandue en Allemagne que chez nous, en raison d’un taux de chômage deux fois moins élevé, d’un budget à l’équilibre et d’une pyramide des âges vieillissante. Sur le plan sécuritaire, la France a été bien davantage touchée que l’Allemagne et l’Italie par les attaques terroristes, d’où une sensibilité plus aigüe sur ce sujet. En ce qui concerne l’intégration, tous les pays occidentaux sont confrontés à la question musulmane, mais ce sujet est particulièrement sensible chez nous. Enfin, sur le discours des décideurs, on se souvient au moment de la crise migratoire de l’automne 2015 des déclarations frileuses, voire hostiles de Manuel Valls et de toute une partie de la gauche. Et à la différence de l’Allemagne, il existe en France un parti, le Front national, qui pèse entre 20 et 30% des voix en investissant ces sujets.
TOUJOURS SELON VOTRE SONDAGE, 38% DES FRANÇAIS JUGENT L’ISLAM INCOMPATIBLE AVEC LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE. OBSERVEZ-VOUS UNE CRISPATION CROISSANTE SUR CETTE QUESTION ?
De nombreuses autres enquêtes ont déjà montré que pour une majorité de Français, la présence d’une importante communauté musulmane sur notre territoire n’est pas sans poser problème. Une partie de la population montrait déjà une attitude réfractaire avant les attaques terroristes. En posant cette question après Charlie et le Bataclan, nous avions enregistré une crispation supplémentaire parmi ceux qui étaient déjà convaincus que l’islam posait problème. Dans cette partie de l’opinion, des passerelles assez étroites se sont tissées entre la question migratoire et la question terroriste.
CALAIS CONCENTRE DE MANIÈRE PAROXYSTIQUE INSÉCURITÉ PHYSIQUE, INSÉCURITÉ ÉCONOMIQUE ET INSÉCURITÉ CULTURELLE.
61% DES FRANÇAIS ESTIMENT QUE LA FRANCE DOIT DAVANTAGE SE PROTÉGER DU RESTE DU MONDE. CELA SIGNIFIE QUE L’INQUIÉTUDE SUR L’IMMIGRATION S’INSCRIT PLUS GLOBALEMENT DANS UNE DÉFIANCE VIS-À-VIS DE LA MONDIALISATION ?
On aborde généralement la mondialisation uniquement sous son aspect économique : les délocalisations, les travailleurs détachés, les droits de douane... Il existe pourtant un autre aspect, celui des flux migratoires. Or, ce sont souvent les mêmes publics qui sont inquiets de l’ensemble de ces phénomènes de globalisation. Une part croissante de la population française, dans les catégories populaires mais aussi désormais dans une partie des classes moyennes, vit sa condition sous le registre de l’insécurisation – on retrouve ici les thèses de Christophe Guilluy. Ces Français estiment que leur cadre de vie se dégrade à trois échelles. D’abord l’insécurité physique, c’est-à-dire la petite ou la grande délinquance et désormais le terrorisme. Ensuite l’insécurité économique : c’est la problématique des protections sociales rabotées, de la mise en concurrence, des délocalisations. Enfin l’insécurité culturelle : c’est la question de l’islam, des menus hallal, du port du voile, des droits des femmes, etc.
D’une certaine façon, les migrants sont aux yeux de l’opinion l’incarnation physique de ces processus anxiogènes. En France, le lieu où ces trois formes d’insécurité sont concentrées de manière paroxystique, c’est Calais, ville très populaire et ouvrière dont la population est très peu issue de l’immigration. Les études que nous avons menées ces dernières années montrent que l’explosion du vote FN à Calais est très clairement liée à la pression migratoire, mais aussi aux fermetures d’usines et à la montée de la petite délinquance. En effet, la force du FN est d’avoir réussi à amalgamer ces trois formes d’insécurité de manière cohérente dans son discours, en pointant des responsables : Bruxelles favoriserait ce processus avec le soutien complice de nos dirigeants. Ce n’est pas propre à la France, on retrouve ce discours aux Etats-Unis parmi la classe ouvrière blanche, qui a voté massivement pour Trump, ou dans le discours des pro-Brexit au Royaume-Uni.
VOTRE ÉTUDE MET AUSSI EN ÉVIDENCE LE SENTIMENT D’UNE « COMPÉTITION ENTRE LES PLUS DÉMUNIS ». QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?
Toute une partie de la population est très dépendante des filets de protection sociale. Or, quand vous êtes déjà fragilisé, vous avez une propension naturelle à vous inquiéter de ce qui peut vous fragiliser davantage. C’est le discours : « Cet argent qu’on va dépenser pour les migrants, ce sera en moins pour ceux qui en ont le plus besoin comme moi. » Ces catégories qui sont le plus en demande des services publics voient donc arriver ces populations nouvelles avec inquiétude. 

 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"DES PASSERELLES ASSEZ ÉTROITES SE SONT TISSÉES ENTRE LA QUESTION MIGRATOIRE ET LA QUESTION TERRORISTE." 

"L’opinion publique est ambivalente sur la question. Il y a une inquiétude, avec l’idée que les capacités d’accueil seraient dépassées depuis longtemps, et en même temps une certaine sensibilité à la dimension humanitaire. Ces deux sentiments rivalisent et l’un prend l’ascendant sur l’autre en fonction du contexte."
A l'évidence, on observe le même phénomène en Belgique avec des différences d'intensité selon les régions: plus xénophobes dans le Nord qu'à Bruxelles ou qu'en Wallonie. Un exemple: "La mission de la frégate Louise-Marie de la Marine belge en Méditerranée devrait être annulée, sans quoi elle risque de créer un appel d'air pour les "migrants illégaux", a affirmé dimanche le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Theo Francken (N-VA). (in Le Vif) 

Michel Rocard: « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».  "L’Etat a des problèmes budgétaires et les Français sont pris dans des contraintes de pouvoir d’achat, ce qui ne dispose pas à la bienveillance et à l’accueil. " "L’opinion fait de manière plus ou moins nette un lien entre la maîtrise des flux migratoires et la menace terroriste."
Et Daech s'efforce de renforcer ce sentiment en multipliant les attentats et surtout en reconnaissant la moindre attaque se revendiquant de la bannière islamiste.  
"La sensibilité aux problématiques d’intégration et à la présence de l’islam sur notre territoire s'exacerbe. "
"Est-ce que les décideurs suivent leur opinion publique ou est-ce qu’ils peuvent faire évoluer le regard collectif ? Sur ce dernier critère, c’est un peu la poule et l’œuf."
Le moins qu'on puisse dire, c'est que nos dirigeants ne font pas montre de  beaucoup de pédagogie. On verra dans les semaines qui viennent comment Emmanuel Macron qui marche sur les eaux affrontera cette question fondamentale. Il va devoir apprendre à marcher sur des oeufs, ce qui risque de s'avérer infiniment plus difficile.
"Sur le plan économique, l’idée que notre pays a les capacités financières d’accueillir des migrants et que leur arrivée peut même être bénéfique est beaucoup plus répandue en Allemagne que chez nous, en raison d’un taux de chômage deux fois moins élevé, d’un budget à l’équilibre et d’une pyramide des âges vieillissante."
On se souviendra qu'Emmanuel Macron a félicité Angela Merkel pour la hardiesse de sa politique d'accueil des migrants. Aurait-il le front d'emboiter le pas?
"En ce qui concerne l’intégration, tous les pays occidentaux sont confrontés à la question musulmane, mais ce sujet est particulièrement sensible chez nous;  a la différence de l’Allemagne, il existe en France un parti, le Front national, qui pèse entre 20 et 30% des voix en investissant ces sujets.
Pour une majorité de Français, la présence d’une importante communauté musulmane sur notre territoire n’est pas sans poser problème."

On aborde généralement la mondialisation uniquement sous son aspect économique : les délocalisations, les travailleurs détachés, les droits de douane... Il existe pourtant un autre aspect, celui des flux migratoires.
Une part croissante de la population française, dans les catégories populaires mais aussi désormais dans une partie des classes moyennes, vit sa condition sous le registre de l’insécurisation – on retrouve ici les thèses de Christophe Guilluy. Ces Français estiment que leur cadre de vie se dégrade à trois échelles. D’abord l’insécurité physique, c’est-à-dire la petite ou la grande délinquance et désormais le terrorisme. Ensuite l’insécurité économique : c’est la problématique des protections sociales rabotées, de la mise en concurrence, des délocalisations. Enfin l’insécurité culturelle : c’est la question de l’islam, des menus hallal, du port du voile, des droits des femmes, etc.
Toute une partie de la population est très dépendante des filets de protection sociale. Or, quand vous êtes déjà fragilisé, vous avez une propension naturelle à vous inquiéter de ce qui peut vous fragiliser davantage. C’est le discours : « Cet argent qu’on va dépenser pour les migrants, ce sera en moins pour ceux qui en ont le plus besoin comme moi. » Ces catégories qui sont le plus en demande des services publics voient donc arriver ces populations nouvelles 


FRANCKEN VEUT ANNULER LA MISSION DE LA FRÉGATE LOUISE-MARIE EN MÉDITERRANÉE
Le Vif
Source: Belga 


© Belga 

"Nous ferions mieux de ne plus rien faire. Ça provoque maintenant un appel d'air de migrants illégaux", a affirmé M. Francken sur le plateau de VTM Nieuws.
La Louise-Marie participe depuis le 18 juin à l'opération européenne Sophia de lutte contre contre les trafics d'êtres humains et d'armes en mer Méditerranée. Elle a secouru fin juin 118 migrants au large des côtes libyennes.
La frégate "fait du bon travail, mais nous ferions mieux d'arrêter", selon Theo Francken. "Attention, les personnes en danger doivent être sauvées. Mais elles ne doivent pas être conduites en Europe. Cela crée un appel d'air qui n'aura pour conséquence que de faire davantage de morts. C'est une honte pour l'Europe".
Le secrétaire d'État s'en prend aussi à l'Italie. Il réclame un accord entre ce pays et la Libye ainsi que la Tunisie pour y renvoyer les bateaux de migrants.
L'objectif principal de l'opération Sophia est de lutter contre le trafic de migrants et d'intercepter les contrebandiers d'armes. La Belgique a conclu à cet effet un nouvel accord avec l'Italie. Lorsque des contrebandiers seront interceptés, ils seront remis aux autorités italiennes. Et si la frégate devait découvrir des migrants, l'équipage leur viendra en aide, avait expliqué la Défense lors de l'appareillage.
Il s'agit de la deuxième mission Sophia pour la Louise-Marie, après une première de trente jours en novembre-décembre derniers.
La Belgique a déjà contribué aux opérations internationales de secours en Méditerranée avec son autre frégate, le F930 Léopold Ier, et avec le navire de soutien logistique Godetia.
De leurs côtés, les autorités italiennes appellent l'Union européenne à l'aide pour la prise en charge des migrants venant des côtes africaines. Elles ont même évoqué la possibilité de fermer leurs ports aux navires de sauvetage pour faire pression sur leurs partenaires européens.
Pour l'entourage du ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA), il n'est pas question de faire revenir la frégate. Mais il n'est pas question non plus, soulignait-on, de la faire participer à une nouvelle mission l'an prochain (2018) dans les conditions actuelles, c'est-à-dire sans possibilité d'intervention dans les eaux territoriales libyennes. Actuellement, cette mission ne se déroule qu'en haute mer, dans les eaux internationales entre la Sicile et la Libye.
Quant au Premier ministre Charles Michel, il rappelle que le sujet arrivera ce lundi à l'agenda du Conseil européen, où le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders sera présent.
"Chacun est conscient qu'il y a un problème dans le sens de la Libye vers l'Europe. Notre manière de voir les choses, c'est que nous devons sauver des personnes, mais il faut aussi éviter d'encourager des personnes à prendre des risques", a indiqué un porte-parole du Premier ministre. La participation belge à la mission Sophia devait quoi qu'il advienne se terminer la semaine prochaine. Rien n'est encore décidé pour l'avenir, "mais il est clair que cela s'inscrit dans un cadre européen".

Aucun commentaire: