mardi 4 juillet 2017

Gilles de Kerchove sur la lutte contre le terrorisme:«Il faut former les citoyens contre la radicalisation»

Gilles de Kerchove, coordinateur de l’UE pour la lutte contre le terrorisme, met en garde sur la menace d’un « califat virtuel » qui survivrait à Daesh. 
Le Soir 


Gilles de Kerchove est le « Monsieur Terrorisme » de l’Union européenne depuis 2007. Dans un entretien accordé au Soir, il analyse l’évolution de la menace alors que l’Etat islamique s’effondre sur le terrain mais continue à prospérer sur le web, et les réponses que l’Europe doit y apporter.
Gilles de Kerchove souligne ainsi que s’il faut effectivement « se préoccuper du terrorisme low cost, il ne faut pas oublier qu’il existe encore des organisations terroristes ». Il n’écarte d’ailleurs pas la possibilité d’une « fusion à terme de Daesh et Al-Qaïda ». Pour contrer cette menace terroriste à deux visages, « il faut investir encore plus dans la prévention, essayer de réduire la propagande sur internet et développer un contre-discours ». Gilles de Kerchove explique ainsi qu’« on a mis sur pied à Europol une équipe d’une vingtaine de spécialistes qui sont en permanence sur le web. Ils ont déjà signalé 30.000 sites illégaux » aux grands opérateurs du web.
Mais le rôle des citoyens est également primordial dans la lutte contre la radicalisation : « Je pense aussi qu’il faut former les gens à la détection des signes de radicalisation, continue Gille de Kerchove. J’ai connu des cas de frères, de parents qui n’avaient pas remarqué que leurs proches allaient mal. »
« (…) Si vous voyez autour de vous quelqu’un qui bascule dans la drogue et l’alcool, vous allez essayer d’en parler discrètement aux parents. Ça fait partie d’une démarche bienveillante sans que l’on agite tout de suite la menace de la délation. »
Reste enfin la question essentielle des métadonnées (les données de trafic, de localisation des utilisateurs). Opérateurs télécoms et fournisseurs ne sont plus obligés de conserver ces renseignements depuis décembre dernier, « ce qui pose problème aux services de renseignement ou de police  ».
« Sur les métadonnées, je vous avoue qu’on s’arrache les cheveux », conclut Gille de Kerchove.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VIVENT LES IDENTITÉS ENTRELACÉES 

La première vocation de DiverCity est de stimuler le dialogue interculturel, "interconvictionnel "comme on dit désormais:  démonter les murs pour en faire des ponts, des passerelles entre les cultures. Mission impossible? Je le crains en effet à cause du choc des identités. Un de mes amis de mère wallonne et de père Maghrebin évoque ses identités heureuses parce qu'"entrelacées".
De mère bruxelloise et de père flamand je comprends exactement ce qu'il entend par identités entrelacées et c'est la raison pour laquelle je regarde ce phénomène comme une richesse et non comme un traumatisme . Mais pour lui, comme pour moi,cela n'a pas toujours été une situation confortable d'être à la fois une chose et son contraire: à la fois de sensibilité flamande et de culture française dans mon cas; à la fois de sensibilité francophone et de culture musulmane dans le sien. Cela exige un énorme travail sur soi, solitaire et souvent ingrat.
Certains parleront d'hybridation, de métissage et dans leur bouche ce n'est guère flatteur: "métissage, mauvais tissage". Mais le tissage interculturel n'est -il pas le fin mot de la complexité?
Pour Gilles de Kerchove « il faut investir encore plus dans la prévention, essayer de réduire la propagande sur internet et développer un contre-discours ». Certes mais selon nous c'est peine perdue. Il faut remonter à la cause première, mais comment éradiquer cette cause première pour éviter la répétition de ses conséquences?
« On a mis sur pied à Europol une équipe d’une vingtaine de spécialistes qui sont en permanence sur le web. Ils ont déjà signalé 30.000 sites illégaux » Bravo! On applaudit des deux mains: 30.000 sites illégaux, c'est hallucinant.
Mais c'est carrément en amont qu'il faut travailler, dans cette zone fragile et complexe qui est celle où se forment précisément les convictions c'est à dire au coeur de la famille et à l'école chez le tout jeune enfant. Mais voilà que là se trouve le véritable dilemme; l'opposition quasi irréductible entre les convictions familiales inspirées de la culture d'origine rurale, islamique  et les valeurs du pays dit d'accueil qui, au fond, n'accueille pas grand chose et impose au contraire sa langue et ses propres convictions, en toute bonne foi, du reste et en toute légitimité.
« Je pense aussi qu’il faut former les gens à la détection des signes de radicalisation, continue Gille Gilles de Kerchove. J’ai connu des cas de frères, de parents qui n’avaient pas remarqué que leurs proches allaient mal. »
Lapalisse n'aurait pas contredit Gilles de Kerchove. Je pense pour ma part que c'est alors déjà trop tard et qu'il faut travailler dès l'école maternelle à accueillir sans l'étouffer tout l'acquis culturel des enfants. C'est évidemment vite dit et cela exige un personnel enseignant spécialement et très finement sensibilisé à cette démarche complexe.
Faut-il promouvoir un réseau d'écoles islamique? Ce n'est selon nous absolument pas la solution, que du contraire.
Signalons quand même que dans nos écoles bruxelloise l'enseignement est dispensé par un nombre croissant d'enseignantes issues de l'immigration. On pourrait donc fort bien imaginer un titulariat partagé entre deux enseignantes, l'une de souche, l'autre issue de l'immigration. Le tout s'accompagnerait d'un cours de citoyenneté et d'éveil à l'esprit critique de deux heures pour tous.
On ne résoudra pas ce problème de métissage culturel par des mesures de police mais bien par une pédagogie subtile et différenciée.  De cela, pas de trace dans le pacte d'excellence.
C'est pourtant du bon sens élémentaire.
Notre civilisation européenne s'effondrera si elle refuse à prendre ce problème à bras le corps. C'est aussi simple que ça. Il serait temps qu'on en prenne conscience en Europe.
Le décrochage scolaire de nos jeunes issus de l'immigration induit un décrochage culturel et social et les précipite en grand nombre dans les bras de l'islamisme.
En vérité, il faut former nos enseignants à la pédagogie interculturelle et au dialogue interconvictionnel. Vaste programme.
Mission impossible? Non, mission tout court, le contraire de l'actuelle coupable démission.
MG





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