mardi 18 juillet 2017

L’avenir incertain des Wallons, englués dans la crise politique


  
Jules Gheude, essayiste politique*
Une carte blanche de Jules Gheude, essayiste politique, partisan du rattachement de la Wallonie à la France. 



 ©Jules Gheude
La décision qu’a prise Benoît Lutgen de rompre avec le PS n’est certes pas dépourvue d’arrière-pensées. Il sait fort bien que son parti est aujourd’hui en dessous de la barre des 10 %. Il avance l’argument éthique, alors que le CDH n’a pas eu un parcours irréprochable ces derniers temps : l’affaire Milquet, le dossier Drion… C’est aussi le cas pour le MR. Cela étant, il est grand temps de tourner la page de 30 ans de mainmise socialiste, qui ont gangrené la Wallonie.
Ce qui m’irrite aujourd’hui, c’est de voir Défi et Ecolo se livrer à une surenchère en matière de bonne gouvernance. Cette bonne gouvernance, je l’ai maintes fois rappelé, est certes indispensable. Mais il ne faut pas chercher à laver plus blanc que blanc. Souvenons-nous de la manière calamiteuse dont Ecolo a géré le photovoltaïque en Wallonie. Est-ce éthique de modifier les règles du jeu en cours de partie ? Plusieurs entreprises de panneaux ont fait faillite et les clients se sont retrouvés floués. Ce qui importe aujourd’hui, c’est l’opportunité qui s’offre enfin de changer radicalement de cap.
Voilà 30 ans que, de manière ininterrompue, le PS exerce la ministre-présidence de la Région. Difficile donc de nier l’influence prépondérante qu’il a eue au niveau de la gestion. La pieuvre rouge a infiltré ses tentacules partout. Elle a érigé le clientélisme en un système qui a engendré une hypertrophie politico-administrative, ruineuse et paralysante.
UNE DOSE DE COURAGE POLITIQUE
Certes, il y a eu le plan Marshall dont la pertinence ne peut être mise en doute. Adopté en 2005, il en est à sa 4e version. Mais force est de constater que son application ne s’est pas révélée efficace. Aujourd’hui, la part de l’industrie dans le PIB ne représente que 14,2 %. Or, c’est l’industrie qui crée les services. En octobre 2015, Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, reconnaissait lui-même que la Wallonie n’avait toujours pas décollé. Ce n’est pas normal. Gerhard Schröder n’a eu besoin que de quatre ans pour remettre l’Allemagne sur les rails. Il faut donc revoir impérativement notre façon d’opérer. Cela exige une bonne dose de courage politique.
Rien n’est jamais parfait. Mais sans discipline budgétaire et sans le dynamisme des petites et moyennes entreprises qui créent l’emploi, la prospérité n’est pas possible. C’est ce à quoi s’emploie le gouvernement Macron en France. C’est ce que nous devons faire en Wallonie. En 2016, nous avons connu, pour la troisième année consécutive, une baisse de nos exportations : – 0,5 %, avec un chiffre de 42,6 milliards d’euros. La Flandre, elle, est en hausse de 10,6 %, avec un chiffre de 205,7 %. Même si l’on retire les quelque 42 % qui proviennent des pierres précieuses, notamment le diamant, il n’y a pas photo !
La Flandre n’est évidemment pas exempte de dérapages en matière d’éthique. Mais d’une manière générale, on peut dire qu’elle est gérée de manière rigoureuse et efficace. Ces dernières années, elle est à l’équilibre budgétaire. Et entre 1983 et 2015, elle est parvenue à faire baisser son taux de chômage de 10,7 à 5,2 %, alors que nous sommes toujours autour des 13 %. La récente étude européenne portant sur l’attractivité de 263 régions montre que les provinces flamandes se situent dans la fourchette 21-58, loin devant les wallonnes qui se placent entre 121-142.
Il est clair que les scandales à répétition contribuent à accroître la méfiance du citoyen envers le politique et apportent de l’eau au moulin populiste. Le PTB est aujourd’hui crédité de 24,2 % d’intentions de vote. Une évolution qui ne peut que crisper davantage les relations avec le Nord. On peut imaginer la réaction de Bart De Wever face à l’émergence d’une Wallonie socialo-communiste…
DE WEVER ET L’INDÉPENDANCE DE LA FLANDRE
Une 7e réforme de l’Etat verra-t-elle le jour ? Il faudra pour cela que les prochaines Chambres soient déclarées constituantes, c’est-à-dire aptes à réviser la Constitution avec la majorité des deux tiers. Bart De Wever est en tout cas bien décidé à imposer le confédéralisme. Une idée qui, il faut le rappeler, a été lancée au début des années 90 par le CVP Luc Van den Brande et qui a fait l’objet d’un vote favorable au Parlement flamand en 1999. Aujourd’hui, le député CD&V Hendrik Bogaert invite son parti à se radicaliser. Les démocrates-chrétiens, qui sont en perte de vitesse dans les sondages, n’ont certes pas intérêt à faire preuve de tiédeur dans la défense des intérêts flamands.
L’hypothèse d’une implosion de la Belgique ne doit pas être exclue, déclarait feu Xavier Mabille, le président du Crisp, dont la sagesse était unanimement reconnue.
La constitution d’un gouvernement pourrait, en effet, s’avérer impossible, obligeant la coalition Michel à poursuivre en affaires courantes. Nous avons connu ce scénario en 2010-2011. Mais une telle situation ne peut durer indéfiniment. Un Etat qui ne parvient plus à former un gouvernement de plein exercice, est tout simplement un Etat qui n’existe plus… En cas de blocage total, le Parlement flamand pourrait, au départ de sa légitimité démocratique, proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, a déjà fait savoir que si son parti avait la majorité absolue avec le Vlaams Belang, il demanderait cette indépendance.
La stratégie de Bart De Wever est bien connue. Il entend utiliser au maximum la prépondérance flamande au sein du gouvernement Michel pour accentuer une politique socio-économique de droite, afin d’amener les responsables wallons à quémander eux-mêmes une nouvelle réforme de l’Etat. Son projet confédéral repose sur deux Etats, Flandre et Wallonie, disposant de quasi toutes les compétences et entièrement responsables de leurs choix de gestion respectifs. Quand la Flandre voit comment la Wallonie jette l’argent par les affaires, elle n’est plus encline à poursuivre ses transferts financiers qui, aujourd’hui, selon une étude la KUL, s’élèvent à 7 milliards d’euros et devraient encore représenter 6,56 milliards en 2020. Cela étant, la Wallonie serait bien en peine de gérer un secteur tel que la sécurité sociale.
Quant à l’échelon central, réduit à sa plus simple expression (4 compétences), on peut imaginer que la Flandre ne manquerait pas d’en souligner rapidement le caractère superflu.
LE PLAN B WALLONBRUX, PURE CHIMÈRE
Le fait est que la Flandre est une Nation et qu’elle a tout naturellement vocation à devenir un Etat souverain. C’est ce que prévoit l’article 1er des statuts de la N-VA.
Le nationalisme ne concerne d’ailleurs pas que la N-VA et le Vlaams Belang. Comme l’a bien souligné l’ancien ministre Stefaan De Clerck : la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.
Au Nord, on semble persuadé de l’existence, dans les tiroirs de l’Elysette, d’un Plan B, le fameux WalloBrux. Une pure chimère, car il faut être deux pour danser le tango. Plusieurs sondages ont révélé que les Bruxellois se prononçaient majoritairement pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. A 68 % selon l’enquête RTL-Le Soir de 2013.
Quant à une Wallonie indépendante, elle se trouverait dans une situation financière intenable. Sur base des chiffres de 2012, Jules Gazon, professeur émérite de l’ULg, a partagé la dette publique belge entre les régions en prenant le PIB comme critère. On constate que la Wallonie affiche un déficit public supérieur à celui de la Grèce en 2009 ! Nous connaîtrions très vite un climat insurrectionnel.
Le général de Gaulle avait déclaré : « Je suis convaincu que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer un avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. » Nous avons étudié ce scénario. Une assimilation ne serait pas possible, mais bien une intégration de la Wallonie, avec un statut particulier qui lui permettrait de sauvegarder sa spécificité et ses acquis. La chose est tout à fait possible, comme l’a déclaré le constitutionnaliste français Didier Maus. Les responsables wallons ne seraient-ils pas bien inspirés s’ils prenaient langue dès à présent avec les autorités françaises ?
*Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version flamande est sortie chez Doorbraak Boeken.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"UNE WALLONIE INDÉPENDANTE,  SE TROUVERAIT DANS UNE SITUATION FINANCIÈRE INTENABLE" 

"Les analyses de Jules Gheude, (germaniste de formation qui connaît bien la Flandre et disciple préféré de François Périn) sont irréfutables.  Plus te temps passe et mieux elles collent à la réalité politique wallonne .
   "Ce qui importe aujourd’hui, c’est l’opportunité qui s’offre enfin de changer radicalement de cap."
Il y aurait, selon nous, une autre manière de "changer de cap": une coalition MR-PS à Bruxelles et en Wallonie avec une volonté de rigueur et de réforme profonde et radicale, tant éthique que budgétaire. Une alliance entre Paul Magnette et Charles Michel pour une gouvernance exemplaire qui soit "ni de droite, ni de gauche" comme au sommet des  Républiques françaises et allemandes. Mais on croit savoir que les deux hommes s'insupportent.
Toutefois, comme l'affirme Jiules Gheude, il faut bien voir que  "La pieuvre rouge a infiltré ses tentacules partout. Elle a érigé le clientélisme en un système qui a engendré une hypertrophie politico-administrative, ruineuse et paralysante."
Gheude n'a pas oublié les  500 jours de Belgique sans gouvernement fédéral, il craint le retour de ce scénario en 2019:  "Un Etat qui ne parvient plus à former un gouvernement de plein exercice, est tout simplement un Etat qui n’existe plus… En cas de blocage total, le Parlement flamand pourrait, au départ de sa légitimité démocratique, proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre."
Selon lui, la Flandre est prête à affronter sans hésitation cette éventualité:  "Le  projet confédéral de De Wever repose sur deux Etats, Flandre et Wallonie, disposant de quasi toutes les compétences et entièrement responsables de leurs choix de gestion respectifs. Quand la Flandre voit comment la Wallonie jette l’argent par les affaires, elle n’est plus encline à poursuivre ses transferts financiers qui, aujourd’hui, selon une étude la KUL, s’élèvent à 7 milliards d’euros et devraient encore représenter 6,56 milliards en 2020. "
Mais comment réagiraient les chrétiens démocrates flamands dans pareil contexte?
"Comme l’a souligné l’ancien ministre Stefaan De Clerck : la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand."
Et quid de Bruxelles en pareille hypothèse?
"Plusieurs sondages ont révélé que les Bruxellois se prononçaient majoritairement pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. A 68 % selon l’enquête RTL-Le Soir de 2013." Mais encore? Bruxelles district européen? Pas sûr que la Commission soit demanderesse...
Et quid de l'avenir d'une Wallonie indépendante?
"Une Wallonie indépendante se trouverait dans une situation financière intenable, affichant un déficit public supérieur à celui de la Grèce en 2009 ! Nous connaîtrions très vite un climat insurrectionnel." L'image est forte mais les plus anciens se souviendront de la violence et du caractère insurrectionnel des grèves des années soixante organisées par feu André Renard.
"Le général de Gaulle avait alors déclaré : « Je suis convaincu que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer un avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. »  Les responsables wallons ne seraient-ils pas bien inspirés s’ils prenaient langue dès à présent avec les autorités françaises ?"
On a beaucoup ri et glosé sur les velléités rattachistes de Jules Gheude disciple de François Périn. Les faits sont en train de lui donner raison. Il ne nous étonnerait pas que le très ambitieux Emmanuel Macron ne soit pas tout à fait indifférent à un rapprochement avec la Wallonie et plus si affinités.
En 1815 après la bataille de Waterloo les Anglais exigèrent la formation d'un Etat tampon gouverné par la Hollande entre la France, la Prusse et le Royaume Uni. Il ne fallait à aucun prix que nos régions  se rattachent à la France honnie. Quinze ans plus tard la Belgique se détachait de ce vaste royaume hollandais. Après près de deux cent ans d'autonomie et de prospérité le Royaume de Belgique est au bord de l'implosion.
De quelque manière qu'on scrute l'avenir, "une Wallonie indépendante,  se trouverait dans une situation financière intenable"
Que l'on soit rattachiste ou non cette dernière constatation doit nous inspirer une réflexion profonde sur l'avenir du Royaume de Belgique où il fait bon vivre mais pour combien de temps encore?
MG 


IS LUTGEN GEK OF GENIAAL? 

Een maand na de coup tegen PS broeit de twijfel binnen cdH.
De Morgen
In Franstalig België draait de coup van cdH-voorzitter Benoit Lutgen tegen de PS voorlopig op niets uit. DéFI blijft weigeren om aan tafel te komen. De druk op Lutgen neemt toe.
Louis Tobback, de 79-jarige sp.a-burgemeester van Leuven, heeft de gave om ingewikkelde situaties in vier zinnen samen te vatten. Over de politieke crisis in Franstalig België vertelde hij onlangs in het Brusselse nieuwsmagazine Bruzz: "Zo dom als Lutgen nu bezig is, heb ik in heel mijn carrière nooit iemand weten manoeuvreren. Als Lutgen mislukt is er ook geen cdH meer. Toen ik op het televisiejournaal hoorde dat hij de regeringen opblies, dacht ik bij mezelf: 'Aha, die heeft een akkoord met MR en Ecolo of DéFi'. Als nu blijkt dat hij geen enkel gebetonneerd akkoord heeft over de volgende stappen, dan is die man gek."


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