samedi 22 juillet 2017

LE DISCOURS DU ROI



Privé de wifi depuis deux jours, j'ai raté le discours du roi que je découvre au lendemain de la fête nationale. Que reste-t-il à fêter, franchement, je vous le demande. Les ministres présidents  Magnette et Vervoort ce sont carrément "défilés" en séchant les festivités  militaires. Les commentateurs évoquent "un discours optimiste du roi Philippe à l'occasion de la fête nationale". Ah bon, il arrive à être optimiste lui? Vive la méthode Coué qui fait fureur au Palais.  Depuis l'abdication d'AlbertII on y marche sur les oeufs.
En effet: "Le chef de l’État voit une nouvelle dynamique économique se créer ce qui va redonner des couleurs au quotidien des Belges."
Et depuis qu'il a rompu le jeune chez les musulmans de service à Gand, le roi Philippe ne jure plus que par le vivre ensemble et la nécessité d'en saisir toutes les opportunités.
A croire que son nègre (ghost writer en anglais) est branché sur DiverCity en permanence.
Mais attention: "La formation en alternance est une de ses autres  marottes". Le Roi a participé à des voyages à l’étranger en Suisse, en Allemagne où cette formation est développée. Il a organisé des tables rondes pour que cela se développe chez nous. La formation en alternance est effectivement un des meilleurs remèdes au chômage des jeunes.  Mais cela coûte cher et exige une collaboration étroite entre l'enseignement et les partenaires sociaux (organisations patronales et syndicats) une synergie difficile à installer en Belgique, singulièrement en Wallonie.
Mais surtout, Philippe dont on se souvient qu'il fut un assez médiocre élève à l'école semble obsédé par un maître-mot : "apprendre, non seulement à l’école mais aussi des autres, des cultures qui nous sont différentes. Il en appelle à découvrir cette communion des valeurs qui selon lui traverse la société belge, bien plus parfois qu’on ne le pense." En parlant "d'une communion des valeurs au delà des différences", il rêve tout haut. En somme il est payé pour ça.
Le Roi se gargarise de mots : "entraide,  solidarité entre les gens dans les quartiers, entre voisins." Je ne sache pas qu'il invite ses voisons à faire du Jogging dans son immense parc de Laeken qui pourtant jouxte des quartiers à forte densité musulmane où le jeune se rompt cependant selon le même rituel qu'à Gand.
Le Roi croit en l’avenir. Facile quand on ne fait aucune allusion ni aux scandales ni au fait que la moitié des gouvernements de son Royaume sont en panne à l’heure où il s'adresse à la population. Il n'a pas d'avantage évoqué les menaces d'attentats ou le niveau de la menace maintenu au niveau maximum. Bref, tout va très bien madame la reine, Mathilde aux jolis petits chapeaux rigolos.
L'exercice est classique:  il s'agit de "positiver", d' "aller au-delà des différences et découvrir les atouts de chacun."
"Une nouvelle dynamique européenne semble prendre forme. Alors comment saisir ce moment ? Comment en faire une opportunité pour l’ensemble de la société ? En continuant à façonner une société inclusive, dans laquelle personne ne se sente abandonné."
Toujours le même remède:
"Apprendre, au sens large.
Apprendre des autres et avec les autres.
Apprendre à interpréter les faits et à émettre un jugement de valeur, permet de prendre ses responsabilités en connaissance de cause.
Les jeunes apprennent cela en premier lieu de leurs parents. Et aussi de ces enseignants passionnés, qui éveillent chez leurs élèves le désir de comprendre. Dans un monde qui évolue à un rythme accéléré, ils apprennent de leurs aînés comment prendre du recul. Les aînés peuvent aussi apprendre des plus jeunes. Encourageons la rencontre de l’enthousiasme et de la créativité avec la sagesse et l’expérience de vie."
En somme tout va bien dans le meilleur des univers scolaires belges.
"Dans la vie faut pas s'en faire; moi je n' m'en fais pas." Chantait Maurice Chevalier au temps où il était "le roi du macadam et le chéri de ces dames."
"Le travail également est un lieu qui permet cette rencontre."
"Continuons à favoriser les synergies entre le monde de l’enseignement et celui des entreprises. Nous insufflerons un plus grand dynamisme sur le marché du travail." "Et nous créerons plus d’égalité des chances."
Qui donc pourrait ne pas être d'accord avec ça ? On dirait du Mac Kinsey commandité par Joëlle Milquet.
"Enfin, aller à la rencontre d’une autre culture est aussi une occasion de s’enrichir mutuellement." Ca c'est du DiverCity pur jus.
"Cherchez à apprendre au contact des autres et avec les autres. Vous découvrirez que vous partagez les mêmes interrogations, les mêmes doutes, les mêmes espoirs, les mêmes rêves que vos voisins."
Ainsi soit-il.
C'est aussi fade que la prose macronienne, le lyrisme et l'enthousiasme en moins. Ceci pourrait fort bien être l'avant dernier discours d'une longue série inaugurée en 1831. Il n'est pas exclu, en effet que le royaume de Belgique ne "sévapore" après les élections fédérales et régionales de 2019. Albert II fidèle à son serment constitutionnel de "maintenir l'intégrité du territoire" n'hésitait pas à frapper du poing sur la table pour marteler ses discours volontiers martiaux.
Philippe le Flâve attend patiemment et humblement que son royaume implose.  La petite Elisabeth, qui pourtant n'a pas l'air sotte, n'est pas sûre de devenir un jour notre première reine car son papa sera sans doute notre dernier roi.
Il est bon quelquefois de vivre sans wifi.
MG 

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