mardi 29 août 2017

Elio Di Rupo au Soir: «Benoît Lutgen? Il n’a plus aucune pertinence politique»


Le Soir
Di Rupo sort de ses gonds : la nouvelle ligne de Lutgen, c’est « le vide politique sidéral ». Mais, « si la solution de Maingain ne fonctionne pas, que voulez-vous faire, sinon continuer avec le CDH ? On ne va quand même pas détruire les institutions ! ».
  

© Pierre-Yves Thienpont - Le Soir 

Entre sa réplique aux attaques de Benoît Lutgen d’une part et, de l’autre, la forte probabilité de devoir poursuivre avec le CDH, le président du PS balance – c’est le cas de le dire…
BENOÎT LUTGEN A RÉÉDITÉ LUNDI, DANS « LA LIBRE BELGIQUE » ET SUR BEL RTL, SON APPEL À EXCLURE LE PS…
En réalité, il n’a plus aucune colonne vertébrale politique. Il a abandonné toute valeur. Il est dans une opération du sauvetage. Il est devenu un adepte des thèses libérales alors qu’il avait conclu un accord avec le PS. Sa nouvelle ligne, c’est la ligne de la parole non tenue, de la déloyauté et du vide politique sidéral. Tout ce qu’il raconte n’a plus aucune pertinence politique. Il n’a plus aucune crédibilité politique.
Dur.
Vous vous moquez de moi ? C’est moi qui suis dur ? Le traître, celui qui déchire l’accord, les attaques depuis deux mois, la déstabilisation politique inimaginable, ce n’est pas moi quand même…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LUTGEN OU LE DEGRÉ ZÉRO DE LA PERTINENCE EN POLITIQUE 

En retirant la prise à Namur mais pas à Bruxelles, Lutgen a généré la pagaille en croyant tout chambouler à la Macron. En réalité il n'a réussi, par ce suicide politique qui ne dit pas son nom, qu'à souffler le "house of cards" du landerneau politique francophone deux ans avant le grand règlement de compte électoral de 2019 prélude à l'évaporation du Royaume de Belgique. Le coup de gueule de Di Rupo est non seulement légitime, il est carrément pertinent.
Une alliance difficile et contre nature entre un MR gangrené par l'affaire du kazakgate et un PS en pleine mutation, accompagné d'un nettoyage radical des écuries des deux partis aurait pu générer espoir, confiance et volontarisme.  Ecoeuré par le spectacle de la déréliction, l'électeur se détournera demain des grandes formations politiques pour se jeter dans les bras des démagogues populistes de tous bords. L'avion pique du nez et il n'y a pas de pilote aux commandes.  C'est terrifiant.
MG

lundi 28 août 2017

Quel avenir pour le Pacte d'excellence, en pleine crise politique francophone?


Marie-Martine Schyns © BELGA/Eric Lalmand 


Le Vif
Boîtes à tartines pour certains, plumiers pour beaucoup et cartables pour tous: les quelque 900.000 élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles vont progressivement retrouver le chemin de l'école dès ce vendredi, tout comme leur quelque 100.000 enseignants. Cette rentrée des classes intervient toutefois dans un contexte politique inédit cette année après l'explosion en plein vol de la majorité PS-CDH en juin dernier.

Malgré la rupture politique, les deux futurs ex-partenaires PS et CDH ont su garder la tête froide et assurer une rentrée "normale" aux élèves, avec notamment l'entrée en vigueur des premières mesures concrètes issues du Pacte d'excellence. Si l'immédiat est assuré, le malaise est toutefois grand parmi les acteurs de l'enseignement qui ont travaillé d'arrache-pied durant près de trois ans pour dessiner une école de demain plus efficace et moins inégalitaire. Or, les deux dernières années de cette législature étaient jugées capitales pour traduire ces réformes en projets de décrets et les faire voter par le Parlement.
Si la Région wallonne dispose d'une nouvelle majorité MR-CDH depuis juillet, en Fédération Wallonie-Bruxelles, c'est toujours le brouillard: quelle majorité achèvera la législature en cours? Et celle-ci aura-t-elle la même volonté que la précédente de mettre en oeuvre toutes les réformes issues du Pacte?
"Un peu comme la 'Drôle de Guerre' avant le conflit de 40-45, on vit aujourd'hui une 'drôle de crise'", commente Pascal van de Werve, vice-président de l'Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique (Ufapec) et partie prenante aux travaux du Pacte. "Il ne serait toutefois pas bon que celle-ci dure huit mois comme l'autre... Il faut continuer à avancer. Les acteurs du Pacte doivent se remettre au travail, sans attendre de solution à la crise politique actuelle", juge-t-il.
Parmi les syndicats des enseignants, l'appréhension est aussi de rigueur. "J'ai l'image d'un Pacte qui s'est arrêté en plein milieu du gué", décrypte Eugène Ernst de la CSC-Enseignement. "On est là, et on ne sait pas quel chemin on va emprunter par la suite. Va-t-on faire marche arrière? Va-t-on prendre une autre direction? On n'en sait rien...", se lamente-t-il. Même si le Pacte est un compromis entre les principaux acteurs de l'école, et non les partis politiques, toutes les mesures proposées sont loin de faire l'unanimité dans les états-majors.
Candidat au pouvoir en Fédération, le MR est ainsi un opposant de longue date au rallongement du tronc commun jusqu'à 15 ans, l'une des propositions pourtant phares du Pacte. Mais ce qui préoccupe surtout les syndicats, c'est de savoir si la future majorité dégagera les moyens budgétaires nécessaires aux réformes programmées.
"TRÈS, TRÈS, TRÈS INQUIET"
"La majorité sortante avait décidé de faire du Pacte une priorité budgétaire des prochaines années, en s'engageant notamment à trouver des moyens complémentaires pour financer les réformes dans un premier lieu (avec un "pic" d'investissements de 220 millions d'euros en plus pour le budget de l'enseignement en 2022, ndlr), et d'attendre les effets retour -les économies, donc- par après. Or, j'ai été très inquiet d'entendre M. Chastel dire au début de l'été que les efforts budgétaires devraient être équitablement répartis entre entités. Cela veut-il dire que l'élément budgétaire du Pacte est désormais remis question?", interroge M. Ernst. Celui-ci se dit aussi "très, très, très inquiet" par les conséquences du flottement politique actuel en Fédération, lequel pourrait mettre du vent dans les voiles des partisans d'une régionalisation de l'enseignement, selon lui.
Malgré toutes ces incertitudes, le "Comité de concertation" (le nouveau nom de l'organe de pilotage du Pacte où siègent ces différents acteurs, NdlR) tiendra, comme prévu, sa réunion de rentrée ce jeudi 31 août. Il s'agira notamment de baliser la mise en oeuvre progressive du (controversé) tronc commun, ainsi que l'élaboration des nouveaux référentiels, notamment pour l'enseignement maternel. La réforme de la gouvernance des écoles devrait aussi occuper les différents experts au cours de l'année, les premiers plans de pilotage étant attendus pour la rentrée de septembre 2018 déjà.
La procédure de divorce engagée entre PS et CDH jette aussi une ombre sur un autre projet cardinal à la refonte de l'école francophone mais traité en dehors des travaux du Pacte, à savoir la révision de la formation initiale des enseignants. Annoncé lors de la législature précédente déjà (!), ce vaste chantier vise notamment à porter, dès 2019, la formation des profs de 3 à 4 années d'études minimum.
Fin mai, après des mois de discussions, socialistes et centristes étaient tombés d'accord sur un avant-projet de décret. Le texte devait théoriquement être approuvé par le Parlement d'ici décembre. Mais son avenir est désormais, lui, aussi incertain vu la situation actuelle.
"ON CONTINUE LE TRAVAIL ENGAGÉ"
Interrogée sur les effets de la crise politique, et sur sa capacité à impulser désormais les réformes nécessaires en l'absence de majorité claire, la ministre de l'Education, Marie-Martine Schyns (CDH) se veut toutefois rassurante. "Il y a une responsabilité des politiques à faire tourner les choses", fait valoir son porte-parole. "On continue donc le travail engagé. Tout en affirmant à la fois notre volonté d'alternative politique".
S'extrayant un moment du tumulte politique, Mme Schyns, elle-même enseignante dans une autre vie, vivra cette rentrée des classes un peu particulière sur le terrain, comme le veut la tradition. Sous les objectifs des caméras et des photographes, elle est ainsi attendue vendredi matin dans la cour de l'école fondamentale de Koekelberg, en Région bruxelloise, puis à l'école Saint-Lambert d'Herstal. Lundi, c'est à Dinant qu'elle se rendra pour la reprise dans le cycle secondaire.
Comme l'an passé, cette rentrée pourrait toutefois donner assez vite du fil à retordre à la ministre avec l'extension -jugée précipitée par d'aucuns- du cours de philosophie et de citoyenneté à tout le cycle secondaire officiel. L'an dernier, l'introduction du cours en primaire avait très vite mis directeurs et enseignants concernés sur les nerfs. Depuis lors, les règles d'organisation du nouveau cours ont été quelque peu assouplies. Mais c'est à l'épreuve du feu qu'on jugera de leur efficacité.
En cas de problème, et vu l'absence de majorité claire actuellement en Fédération, Marie-Martine Schyns avait dit en juillet dernier être prête à chercher très rapidement des solutions et aménagements éventuels au décret, et ce directement avec le Parlement.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PERPLEXITÉ
Je renvoie à l'excellente analyse du pacte de Claude Wachtelaer publiée sur DiverCity il y a quelques jours à laquelle j'adhère sans réserve?
Je renvoie également à l'édition papier du Soir de ce jour qui révèle pourquoi  68% des parents dénoncent la faiblesse de notre enseignement en accusant une tendance au nivellement par le bas.
Enfin ceci:  "La procédure de divorce engagée entre PS et CDH jette aussi une ombre sur un autre projet cardinal à la refonte de l'école francophone mais traité en dehors des travaux du Pacte, à savoir la révision de la formation initiale des enseignants. Annoncé lors de la législature précédente déjà (!), ce vaste chantier vise notamment à porter, dès 2019, la formation des profs de 3 à 4 années d'études minimum."
Quand nos politiciens francophone prendront-ils toute la mesure de la responsabilité qu'ils prennent en négligeant la priorité des priorités: notre enseignement.
Leur premier souci devrait être la formation initiales et continuée des profs. Que ne l'avons-nous répété ici. Et aussi que c'est pareil pour la formation, chez nous et pas ailleurs, des imams et aumôniers musulmans.
Marre d'enfoncer des portes ouverts à tous les vents.
MG

mercredi 23 août 2017

L'imam Abdelbaki Es Satty, soupçonné d'être au coeur de la cellule djihadiste responsable des attentats en Catalogne, est bien mort dans l'explosion d'une maison d'Alcanar.


«Les 12 objectifs initiaux relatifs aux attaques sont détenus ou morts». Dans un message publié sur Twitter, les Mossos, la police catalane, se félicitent d'avoir neutralisé ces individus liés aux attaques ayant fait au moins 15 morts à Barcelone et à Cambrils. Le corps d'Abdelbaki Es Satty, a finalement été découvert dans les décombres de la maison qui a explosé à Alcalar la veille des attentats.

Attentats en Espagne : un imam de Ripoll au centre de l'enquête


•Par Guillaume Descours, AFP, Reuters Agences et Figaro

Désormais l'attention se concentre sur un imam d'une petite localité de Catalogne dont sont originaires plusieurs membres de la cellule jihadiste responsable des attentats. Celle-ci a été démantelée. Un homme est toujours en fuite.
L'attention des enquêteurs se concentre sur un imam de Ripoll, paisible localité catalane de 10.000 habitants à quelque 700 mètres d'altitude au pied des Pyrénées, dont sont originaires plusieurs membres de la cellule jihadiste responsable des attentats de Barcelone et Cambrils. La presse espagnole s'interrogeait sur le rôle de l'imam Abdelbaki Es Satty dans l'éventuelle radicalisation très rapide de plusieurs auteurs des attentats, des enfants d'immigrés marocains.

ATTENTATS EN CATALOGNE: L’IMAM INTROUVABLE AURAIT VOYAGÉ PLUSIEURS FOIS EN BELGIQUE DEPUIS 2015
Le Soir
Abdelbaki Es Satty, l’imam soupçonné d’avoir radicalisé les auteurs des attentats de Barcelone et de Cambrils, se serait rendu à plusieurs reprises en Belgique depuis 2015. Selon la VRT, il aurait séjourné à Vilvoorde et à Diegem.
Deux personnes de son entourage ont indiqué que l’imam a voyagé plusieurs fois en Belgique au cours des dernières années et qu’il y aurait «  vécu longtemps  », rapportent le journal espagnol EL Periodico. Abdelbaki Es Satty a été l’imam d’une mosquée de Ripoll depuis 2015 jusqu’à il y a encore deux mois. «  Durant cette période, il a voyagé à plusieurs reprises vers la Belgique », écrit le journal.
L’imam reste toujours introuvable. Plusieurs habitants de Ripoll pensent qu’il a pu déménager en Belgique. Une autre possibilité est qu’il serait retourné au Maroc, comme l’avait indiqué son colocataire Nourddem. «  La dernière fois que je l’ai vu, c’était mardi (la veille de l’explosion) et il m’a dit qu’il allait voir sa femme au Maroc  », avait-il raconté à l’AFP.
Le parquet fédéral ne peut pas encore confirmer ces informations mais indique qu’il va collaborer activement avec les autorités espagnoles dans l’intérêt de l’enquête.
Le domicile de l’homme, qui a disparu depuis mardi, a une nouvelle fois été perquisitionné samedi à l’aube, selon Nourddem, son colocataire qui a assisté à l’opération de police. D’après le quotidien El Pais qui cite des sources policières, l’imam de Ripoll pourrait avoir été tué dans l’explosion d’Alcanar.
L’imam n’est pas connu au ministère de l’immigration belge
Theo Francken, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, a indiqué sur son compte Twitter que l’imam Abdelbaki Es Satty n’est pas connu sous ce nom au ministère de l’immigration. Il n’a donc jamais demandé ou reçu de carte de séjour belge.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHEVAL DE TROIE

Il serait temps qu'on prenne enfin conscience du lien qui unit salafisme et terrorisme. Certains imams importés, on le découvre sont, sont à la manoeuvre. C'est carrément intolérable.
"Prenons un moment pour nous souvenir que le combat contre l’islam politique, et toute lecture littérale du Coran, est depuis longtemps porté par des musulmans : Abdennour Bidar, Kamel Daoud, Michel Renard, Leïla Babès et d’autres.
Nous ne devons avoir aucune complaisance envers la doctrine de l’islam, ni envers ceux qui la diffusent sous une de ses formes conquérantes et intolérantes. Mais il y a des musulmans de bonne volonté, il y a des musulmans qui rêvent d’un islam apolitique, qui voudraient un islam s’appuyant sur un Coran inspiré par le divin et non plus prisonnier d’un Coran dicté par lui. Voilà nos alliés dans la guerre que nous livrons."
Les salafistes sont, à l'évidence, les ennemis de nos valeurs démocratiques et les pourfendeurs de notre manière de vivre.
Ils sont, autrement dit, l'ennemi qui nous menace.
MG

"DANS LES MILIEUX DJIHADISTES, LA VOLONTÉ DE RECONQUÊTE DE L’ESPAGNE EXISTE BIEN"
Obs
La mosquée-cathédrale de Cordoue. (Alex Segre/REX/REX/SIPA)
La colonisation arabo-musulmane de l'Espagne, entre 711 et 1492, a donné naissance à une brillante civilisation : Al Andalus. Un califat qui fait aujourd'hui tourner la tête des extrêmistes...
Dans son histoire, l’Espagne a été colonisé entre autres par les peuples arabo-musulmans du temps des Omeyyades et de leurs successeurs, de 711 à 1492. Le territoire d’Al Andalus s’étendait alors sur la quasi-totalité de la péninsule ibérique, la Catalogne et Barcelone compris. Des vestiges sont aujourd’hui visibles, comme la mosquée-cathédrale de Cordoue par exemple, ce qui confère à l’Espagne un statut à part. Elle ne serait pas vue de la même manière que les autres pays européens par les peuples arabo-musulmans. Pierre Guichard, historien et auteur de "Al Andalus 711-1492 : une histoire de l’Espagne musulmane", nous livre son analyse sur cette spécificité espagnole.
QU’EST-CE QUE L’AL ANDALUS ?
Al Andalus, c’est une conquête militaire arabo-musulmane, qui a eu lieu entre les années 711 et 713. Les arabes et les berbères étaient venus coloniser. On ne peut pas vraiment quantifier la population qui s’est alors installée jusqu’en 1492, mais je pense qu’elle était importante. Les arabes ont aussi dû cohabiter avec des peuples indigènes, comme les Wisigoths. Mais dans ma vision des choses, l’acculturation arabo-musulmane était très forte, pas seulement dans la langue et la religion mais aussi dans les modes de vie. Car c’était une cohabitation entre des peuples de cultures vraiment différentes.
Pour la signification même d’Al Andalus, c’est très compliqué. Le mot est apparu très vite après la conquête de l’Espagne, notamment sur des pièces de monnaie. Pour son origine, il y a une hypothèse qui circule. Avant les Arabes, l’Espagne a été occupée par des vandales, des peuples germaniques, qui ont ensuite passé le détroit de Gibraltar pour aller s’installer dans l’actuelle Tunisie. Les habitants du Maghreb auraient alors utilisé l’appellation "Vandalusia" pour qualifier l’Espagne. Repris et intégré en arabe, ce mot aurait donné Al Andalus. Mais il n’y a vraiment aucune certitude.
QUELS SONT LES APPORTS DE CETTE CONQUÊTE SUR LE PLAN CULTUREL ET CIVILISATIONNEL EN ESPAGNE ?
Là aussi, deux thèses s’opposent. Il y a la thèse, disons plus traditionnaliste, qui considère que la conquête arabe n’était qu’une conquête de surface, un vernis arabo-musulman sur la société autochtone, hispanique. Je prends pour ma part le contrepied de cette thèse. Je penche plutôt pour une orientalisation de l’Espagne assez conséquente, une orientalisation de la culture andalouse, dans tous les sens du terme. La question des mariages par exemple, les arabes ont introduit les mariages exogames, alors que la tradition occidentale est plutôt sur des mariages endogames. Mais si deux thèses s’opposent là aussi, c’est qu’il n’y a aucune certitude du réel impact de l’Al Andalus sur la société espagnole.
QUELS SONT LES VESTIGES VISIBLES DE L’AL ANDALUS ?
Les vestiges visibles auxquels on pense tout de suite, ce sont bien sûr les monuments musulmans. Mais dans la langue espagnole, on constate aussi qu’un certain nombre d’expressions et de mots sont passés dans le langage courant. Ça peut paraître anecdotique, mais la question de l’héritage de cette période est aujourd’hui très clivante en Espagne. A Cordoue par exemple, il y a actuellement de gros débats, assez vifs, autour de la mosquée, qui est aussi une cathédrale. L’Eglise s’efforce de la "cathédraliser" davantage. Des mouvements de contestations  s’y opposent et mettent en avant le fait que cet édifice est avant tout un lieu arabo-musulman. Ce qui est vrai et, à ce titre, il devrait d’ailleurs être conservé le plus possible dans son jus.
Dans la région de Valence, ces différends sont même entrés dans la tradition. Il y a des fêtes très importantes, celles de Moros y Cristianos par exemple (Maures et chrétiens en français).
Deux équipes habillées en musulmans et chrétiens du Moyen-Age s’affrontent, une lutte à l’issue de laquelle les chrétiens sortent victorieux. Les vestiges de la conquête arabo-musulmane sont donc entrés dans le folklore et la mentalité hispanique. Et puis, il ne faut pas oublier les deux enclaves au Maghreb, issues de cette période, celles de Ceuta et Melilla au Maroc (l’un des auteurs de l’attentat de Barcelone serait d’ailleurs né à Melilla, NDLR).
EST-CE QUE CE PASSÉ CONFÈRE UN STATUT PARTICULIER À
L’ESPAGNE PAR RAPPORT AUX AUTRES PAYS EUROPÉENS ?
C’est vrai que l’Espagne a un statut un peu à part. Au Maghreb, il y a toutes sortes de mythologies, de traditions, apportées par les Morisques, chassés d’Espagne, mais aussi par les musulmans plus tard. Il existe par exemple de nombreux villages andalous en Tunisie, caractérisés par l’architecture, la musique andalouse très importante au Maghreb. Et il y a aussi une conscience du prestige, de l’éclat de la civilisation andalouse. Tout ça réunit fait de l’Espagne un cas un peu à part, y compris au sein des mouvements djihadistes. Il y a une admiration pour le passé musulman de l’Espagne, c’est indéniable. Et dans les milieux les plus extrémistes et même djihadistes, la volonté d’une reconquête de l’Espagne, de l’Al Andalus, existe bel et bien.
Propos recueillis par Justine Benoit
BARCELONE: PAS DE PITIÉ POUR L’ISLAM POLITIQUE!
par
Aurélien Marq (Le Causeur)
Une fois encore, le djihadisme, bras armé de l’islam politique, a frappé.
Autant de tragédies qui nous émeuvent, mais l’émotion ne doit pas nous empêcher de réfléchir.
Le mode opératoire est connu, et il y a fort à parier que la personnalité des terroristes ne sera une surprise.
En clair, la diversité de leurs parcours personnels et des raisons qui les ont conduits à adhérer au djihadisme ne doit pas masquer leur point commun, à savoir la dimension profondément religieuse de cette adhésion.
Ceci étant dit, que faire ? Avant tout, bien distinguer les multiples fronts de la guerre qui nous a été déclarée : sécuritaire à l’intérieur de nos frontières, guerrier à l’extérieur, et idéologique partout.
A l’intérieur, nous sommes face d’une part à des réseaux structurés et hiérarchisés, d’autre part à des « franchisés » inspirés par une idéologie commune mais sans liens organisationnels entre eux.
Les méthodes à utiliser contre les premiers sont connues depuis longtemps : renseignement, surveillance, infiltration, observation, action.
Sachant aussi que les services spéciaux ne peuvent pas être efficaces s’ils sont enfermés dans les règles applicables contre la délinquance de droit commun. Cet écart présente des risques pour l’Etat de droit, certes, mais les services concernés ne sont pas peuplés uniquement de tyrans en herbe ou de dangereux irresponsables, et leur raison d’être est justement de faire face aux menaces que les techniques policières classiques ne suffisent pas à traiter.
Contre les seconds, le problème est nettement plus compliqué, mais pas insoluble. En effet, ces « franchisés » ne sont autonomes qu’en tant que djihadistes, mais pas en tant qu’islamistes. ILS PEUVENT DONC ÊTRE REPÉRÉS EN AMONT DE LA COMMISSION D’ATTENTATS PAR LA SURVEILLANCE LUCIDE DES RÉSEAUX DIFFUSANT L’IDÉOLOGIE DE L’ISLAM POLITIQUE. La difficulté pour les forces de l’ordre est l’ampleur de la tâche, tant nos élus ont laissé et laissent encore s’étendre cette idéologie délétère.
Les militaires, comme les policiers et les gendarmes, ne pourront jamais être « partout, tout le temps ». Or, les terroristes peuvent frapper « n’importe où, n’importe quand », et ils le savent. (...)
Oui, il faut renforcer la présence dissuasive des forces de l’ordre. Mais il faut surtout éduquer tous nos concitoyens à un minimum de règles de sécurité et de vigilance, tout en sachant que, malheureusement, le risque zéro n’existe pas.
A l’extérieur, se pose la question de l’engagement militaire des armées occidentales. Vaste sujet, mais dont on peut résumer ainsi les grandes lignes :
– détruire l’État islamique est nécessaire mais ne sera de loin pas suffisant, et ne fera sans doute pas diminuer le nombre d’attentats ;
– on ne combat pas un ennemi parce qu’il est « méchant » mais parce qu’il est « dangereux ».
– L’Arabie saoudite et le Qatar ne sont pas nos alliés. Dans la mesure où le cœur de leur « soft power » est justement d’étendre au maximum l’idéologie qui inspire et justifie les attentats sur notre sol, ils sont même nos ennemis – ce qui ne veut pas dire qu’il faille les attaquer sans réfléchir !
– Vladimir Poutine est un allié beaucoup plus fiable que Donald Trump, et que ne l’aurait été Hillary Clinton. Le rapprochement sans naïveté entre l’Europe et la Russie doit se faire. (...), même si l’Amérique s’emploiera à combattre ce qu’elle verra comme un pas en direction d’un « bloc eurasiatique », et réagira selon les vieux schémas opposant la thalassocratie à la puissance continentale – mais peut-être les Etats-Unis arriveront-ils un jour à tourner la page Brzezinski…
– enfin, il est urgent d’œuvrer avec l’aide de la Russie à un apaisement entre Israël et l’Iran, étape incontournable pour redonner à l’Iran la place qui doit être la sienne. N’en déplaise à certains, il faudra donc promouvoir pour Israël la solution à deux Etats, que la simple réalité démographique rend de toute façon indispensable à la pérennité d’un « Etat juif ».
Mais c’est sur le front idéologique que se joue l’essentiel. Il faut distinguer les musulmans de l’islam, et l’Islam-civilisation de l’islam-religion. Il faut appliquer la même rigueur critique à l’Islam qu’à l’Occident, et à l’islam qu’à toutes les autres religions, croyances et doctrines. Aux musulmans, il faut imposer de ne plus se vouloir supérieurs aux non-musulmans, et de reconnaître aux autres les droits qu’ils demandent pour eux-mêmes, en particulier dans les pays où ils sont dominants – c’est une condition de leur crédibilité.
A MOYEN ET PLUS ENCORE À LONG TERME, SEULE L’ÉDUCATION POURRA ENRAYER LA DIFFUSION DES MULTIPLES INCARNATIONS DE L’ISLAM POLITIQUE.
Esclavage, croisades, colonisation: rétablir des vérités historiques
Sans opposer une propagande à une autre, il faut rétablir le plus objectivement possible la vérité historique. Par exemple, il n’est plus tolérable de lire dans des livres d’histoire pour enfants que les européens « ont conquis des territoires » alors que les musulmans « se sont étendus ». Il n’est plus acceptable d’entendre louer la tolérance d’Al Andalus en oubliant que Frédéric II du Saint Empire était au moins aussi tolérant envers ses sujets musulmans, tout comme les souverains des royaumes francs de Palestine et bien d’autres. Pourquoi ne jamais parler du sac de Rome par les Sarrasins en 846 ? Des raids barbaresques sur les côtes pour capturer des Européens et les vendre comme esclaves dans le Maghreb, ce qui dura tout de même jusqu’au XIXe siècle ? Pourquoi ne jamais dire que les croisades de Terre Sainte, contrairement aux croisades baltes, furent des guerres de reconquête et non pas de conquête ?
(...) Éducation toujours. La condamnation naïve et imprécise de « la violence » est contre-productive.
De même, plutôt que de refuser toute violence, il vaut mieux dire que même lorsque la violence est légitime elle ne l’est pas sous toutes ses formes. Même une cause juste ne justifie pas tout.
LA « NON-VIOLENCE »? QUELLE « NON-VIOLENCE »?
Sans ces nécessaires distinctions, tout appel à la « non-violence » n’est qu’un désarmement unilatéral. Pire, assimilant les victimes et les bourreaux, une telle « non-violence » dénie aux victimes le droit de se défendre, nie le fait que ce qu’elles ont subi n’est pas acceptable, et est donc à leur endroit d’une extrême violence.
(...) Seuls peuvent vivre en paix avec le reste du monde, des islams non seulement autorisant mais encourageant la prise de distance vis-à-vis de la lettre du texte coranique, et capables de reconnaître la légitimité d’autres religions et la validité d’autres modes de vie que le leur.
LA RÉSISTANCE MUSULMANE À L’ISLAM POLITIQUE EXISTE
Eh bien non ! Prenons un moment pour nous souvenir que le combat contre l’islam politique, et toute lecture littérale du Coran, est depuis longtemps porté par des musulmans : Abdennour Bidar, Kamel Daoud, Michel Renard, Leïla Babès et d’autres.
Nous ne devons avoir aucune complaisance envers la doctrine de l’islam, ni envers ceux qui la diffusent sous une de ses formes conquérantes et intolérantes. Mais il y a des musulmans de bonne volonté, il y a des musulmans qui rêvent d’un islam apolitique, qui voudraient un islam s’appuyant sur un Coran inspiré par le divin et non plus prisonnier d’un Coran dicté par lui. Voilà nos alliés dans la guerre que nous livrons.

dimanche 20 août 2017

Prof, un métier de planqués ?


julien bosseler. le soir 


La rentrée a déjà commencé dans les écoles où travaillent des passionnés. Des enseignants racontent l’âpreté des heures de classe et de préparation.

Congés, horaires, salaires, les clichés sur les profs ont la vie dure.
Ah la belle vie ! Deux mois complets de grandes vacances, sans compter les congés scolaires en cours d’année, des horaires extra-light en périodes de cours et un joli salaire comme cerise sur le gâteau… Ils ont la vie dure, les clichés qui collent encore aujourd’hui aux 100.000 enseignants que compte la Fédération Wallonie-Bruxelles. La carrière de prof est-elle réellement idyllique ? Si tel était le cas, on n’assisterait pas à la pénurie touchant toute une série de fonctions, principalement dans le maternel et dans le secondaire. « Dans ce dernier, il manque des profs pour les cours de ... On lira la suite sur le site du Soir.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LE LANCEMENT DU PACTE EN 2015 ÉTAIT, AVANT TOUT, UNE OPÉRATION DE COMMUNICATION LA MÉTHODE CHOISIE POUR ORGANISER LE CHANGEMENT N’ÉTAIT SANS DOUTE PAS LA MEILLEURE."
"NOTRE SYSTÈME SCOLAIRE SE DÉGRADE D’ANNÉE EN ANNÉE."

Mais plutôt que de ressasser des banalité sur le métier d'enseignant, voici plutôt une analyse d'une redoutable limpidité du Pacte d'Excellence par Claude Wachtelaer qui connaît son affaire . Elle se lit comme le réquisitoire d'un pacte délétère et insolent à l'égard des enseignants et des petits PO.
Le PEE, loin d’être la révolution annoncée, ne sera qu’une illusion de plus pour un système scolaire qui se dégrade d’année en année. ...
On ne peut que regretter que, pour ce qui concerne l’officiel subventionné, les municipalistes, par discipline de parti, se laissent museler et acceptent cette mise sous tutelle tout en demandant à leurs électeurs de financer un enseignement sur lequel ils ont de moins en moins de maîtrise.
Ce texte se lit comme un réquisitoire amer. J'en partage pleinement la colère rentrée.
Mon amie L Q disait volontiers: J'ai mal à l'autre. Moi j'ai mal, très mal  à l'enseignement.
"Nous déciderons nous enfin à défendre l'école publique?"
Ce combat me semble perdu, faute de combattants informés et surtout motivés, engagés.
Claude et moi somme issus d'un petit pouvoir organisateur communal et avons eu comme la plupart de nos collègues à coeur de transmettre une tradition éducative plus que centenaire en prenant spontanément et sans injonction la suite de nos aînés.
"Notre héritage n'était précédé d'aucun testament." (René Char)
Sans testament, aucun passé n'est assigné à l'avenir. Sans continuité dans le temps, on ne connaît pas la valeur des trésors.
Je ne retrouve pas ou peu cet engagement chez nos successeurs.
On nous a reproché plus d'une fois notre pessimisme. Il est fondé. L'école publique d'inspiration libérale au sens large a baissé pavillon.
Je ne vois vraiment pas qui pourrait ou voudrait reprendre le flambeau.
Merci, CW de nous ouvrir les yeux.
MG 


LE PACTE POUR UN ENSEIGNEMENT D’EXCELLENCE, RÉVOLUTION OU ILLUSION.

L’enseignement belge a une histoire agitée. Depuis 1830, la question scolaire a contribué à alimenter les tensions qui parcourent notre pays. Et beaucoup ont oublié que cette question a, pendant plus d’un siècle, opposé les Belges bien plus violemment que la question linguistique. Les rivalités entre partisans de l’enseignement catholique et défenseurs de l’enseignement public ont conduit à deux guerres scolaires et ne se sont apaisées – très partiellement – qu’en 1958 avec la signature du Pacte scolaire.
Dans l’inconscient du public, en matière d’enseignement, parler de Pacte renvoie à ce fameux Pacte scolaire dont la plupart des acteurs de l’enseignement d’aujourd’hui sont bien incapables de décrire les conditions de naissance ou le contenu. Parler de Pacte pour un enseignement d’excellence (PEE) produit donc une illusion en confondant deux démarches différentes. Cette illusion conduira à des déceptions parmi les acteurs de l’enseignement et plus largement parmi le public. Cette erreur de stratégie est une des raisons pour lesquelles il sera difficile d’obtenir l’ingrédient indispensable à toute réforme : l’adhésion des acteurs.
Le Pacte de 1958 – qui a mis fin à la Deuxième Guerre scolaire – était un document court (6 pages A4) – traçant des pistes de réformes pour mettre fin à la guerre des réseaux et pour adapter l’enseignement aux exigences des évolutions de la société d’après-guerre. Le plus important cependant c’est que ce texte engageait les trois partis politiques existant à l’époque et qu’il avait été élaboré par eux. Ceci constitue la différence essentielle avec la démarche d’aujourd’hui dont on nous a beaucoup vanté le caractère participatif et consensuel. Passé le moment d’enthousiasme que déclenchent d’ordinaire ces concepts, le réalisme conduit à quelques constats plus sérieux. Le PEE, n’est pas un vrai pacte et le consensus supposé cache en fait de grosses divergences. En fait, les documents produits jusqu’ici constituent un vaste inventaire de réformes possibles, énumérées sans véritable vision ni cohérence et qui demanderont des arbitrages courageux.
LE PACTE N’EST PAS UN VRAI PACTE.
Certes, la ministre actuelle s’est engagée à mettre en œuvre un certain nombre d’idées contenues dans les rapports des différentes commissions qui travaillent sur le PEE, mais – en l’absence d’engagement initial du politique – rien ne garantit que les prochaines majorités ne procéderont pas à des révisions importantes des suggestions de départ. Cette perspective est d’autant plus crédible que la mise en œuvre du PEE est fortement dépendante des moyens budgétaires de la CFWB dont l’impécuniosité est connue. Les incertitudes qui pèsent sur le financement de la CFWB ne sont pas de nature à inciter à l’optimisme.
Les recommandations du PEE n’engagent personne de manière impérative. Ce constat représente probablement le problème essentiel de la démarche. On essaye, depuis le début de nous faire croire que le processus aboutirait à un consensus qu’il suffira de mettre en œuvre, rien n’est plus faux. La première synthèse, l’avis n° 3, déposé en décembre 2016, a fait l’objet d’une révision importante sous la pression syndicale en février 2017. La rédaction du document relatif au tronc commun montre, elle, les difficultés à établir un consensus qui puisse se traduire rapidement en décisions concrètes. Sur plusieurs sujets, le document se limite à évoquer des hypothèses de travail et des pistes de solution renvoyant à d’autres le soin de trancher. Enfin, les récentes mesures prises par la ministre et présentées comme les premières conséquences du PEE sont en fait l’aboutissement de réflexions antérieures. L’augmentation de l’aide administrative pour les directions du fondamental est la poursuite d’un processus entamé il y a près de 10 ans ; l’amélioration de l’encadrement en maternelle figure dans les revendications syndicales depuis de nombreuses années.
LE PEE PASSE-T-IL À CÔTÉ DE L’ESSENTIEL.
L’avis n° 3 du groupe central, qui constitue la synthèse des opinions exprimées depuis le démarrage du PEE est une brique de plus de trois cents pages d’une lecture très difficile. Quelqu’un disait ; un classique, c’est un livre que tout le monde voudrait avoir lu, mais que personne ne désire lire. Ce commentaire s’applique assez bien à l’avis n° 3 qui tombe assez vite des mains, même de celles de lecteurs du premier cercle qui sont censés contribuer à sa mise en œuvre. Son texte, souvent abscons et jargonnant, aura bien du mal à séduire les enseignants de base ou les parents motivés. Il s’articule autour de cinq axes.
• Enseigner savoirs et compétence, favoriser le plaisir d’apprendre.
• Mobiliser les acteurs, autonomie et responsabilisation accrue ; leadership des directions, valorisation du rôle des enseignants.
• Parcours qualifiant > filière d’excellence
• Émancipation, excellence pour tous, mixité, inclusion, lutte contre l’échec.
• Rendre l’école plus accessible
Personne ne contestera que ces thématiques soient intéressantes, mais, comme souvent, un document mérite plus d’attention par les questions qu’il n’évoque pas que par celles dont il parle. Je me limiterai à quelques exemples de sujets à mes yeux essentiels et qui ne sont qu’effleurés.
Le premier concerne la formation initiale des enseignants (FIE) et la qualité de ceux-ci. Cette question n’est pas centrale dans les documents du PEE parce qu’elle relève de la responsabilité d’un autre ministre. Ceci me semble constituer une erreur fondamentale dans le processus, un peu comme si on envisageait de mener une guerre sans se préoccuper ni de l’état physique des soldats ni de leur armement. Certes, le document fait allusion ici et là au niveau trop faible de nos instituteurs et de nos régents, mais ne propose aucune solution au problème. Or, on ne changera pas les choses si les responsables de l’enseignement obligatoire n’ont pas un dialogue franc et efficace avec ceux de la FIE.
Deuxième dossier traité superficiellement, le rôle des chefs d’établissement. L’axe deux qui évoque l’autonomie et la mobilisation des acteurs évoquait, assez logiquement le rôle des directions. Peut-on imaginer de renforcer l’autonomie des établissements scolaires sans évoquer des questions comme celles du leadership des directions, mais aussi celle – plus polémique – de l’évaluation des enseignants ? Entre la première version de l’avis n° 3 (décembre 2016) et la version définitive de février, on a assisté à un recul sur ce sujet. Les organisations syndicales sont surtout préoccupées de limer les dents et de couper les griffes des méchants chefs dont, comme chacun sait, le sport préféré est la persécution des malheureux enseignants.
Un autre sujet traité, selon moi, de manière trop superficielle, l’enseignement de langues modernes. Le chapitre qui lui y est consacré dans le Rapport les éléments du Plan d’action relatifs au tronc commun (Prestation II) [sic] n’apporte pas de solution réelle au problème et se contente d’évoquer des options. Le rapport reconnaît le fait que l’enseignement des langues n’est pas organisé de manière uniforme en CFWB puisque les règles qui régissent l’enseignement des langues modernes dans l’enseignement primaire sont effectivement différentes à Bruxelles et dans les communes à statut linguistique spécial, d’une part, dans le reste de la Wallonie d’autre part. Mais le rapport reste muet sur le fait qu’en région bruxelloise et dans ces communes cette obligation est sous financée. Aucun signe encourageant non plus sur deux dossiers cruciaux si on veut progresser dans ce domaine que tous les responsables économiques considèrent pourtant comme déterminants pour le futur. Le rapport ne formule aucune proposition concrète en matière de pénurie des enseignants de langues modernes. Alors que cette pénurie est criante (particulièrement à Bruxelles), le rapport se retranche, lâchement, derrière l’incapacité de l’administration à fournir des chiffres précis sur le sujet. Cet aveu en dit long sur les priorités politiques de la CFWB depuis la fracassante déclaration de Mme Onkelinx ‘Tous bilingues en l’an 2000’, il éclaire aussi d’un jour assez sombre la capacité de l’administration de la CFWB (en dépit de sa tendance à vouloir tout régenter) à se doter d’outils de pilotage performants.
Dernier exemple, le discours sur l’autonomie. L’avis n° 3 consacre un important chapitre à ce sujet sur lequel tout le monde à un avis, rarement éclairé d’ailleurs. Personne ne semble se souvenir que la liberté pédagogique des pouvoirs organisateurs (qui constitue le fondement de l’autonomie de l’enseignement) est garantie par l’article 6 de la loi du 29 mai 1959. Bien évidemment, le rapport occulte totalement le fait que ces libertés sont progressivement réduites à néant par la volonté du législateur de gommer celles-ci à l’aide d’un outil redoutable, le pilotage pédagogique. Ce concept, qui est le masque d’une tentation technocratique et qui s’appuie sur la vérité révélée par les ‘sciences de l’éducation’ rogne les ailes à l’autonomie des PO par toute une série de mesurettes d’autant plus efficaces qu’elles échappent, à cause de leur technicité, à tout contrôle démocratique. Ce système, qui a pris son essor complet avec le décret Missions de 1997 repose sur le principe que ‘celui qui paye le violoniste choisit la musique’. Comme pouvoir subsidiant, la CFWB – qui a parfois des velléités centralisatrices très jacobines – considère qu’elle a le dernier mot et détient la vérité en matière d’organisation. Elle méprise en ce domaine une autre disposition de la Loi du 29 mai 1959. L’article 25 met clairement en évidence le rôle central des PO de l’enseignement subventionné en matière de financement. Ce rôle mériterait, à tout le moins une forme de respect, qui semble bien éloignée des préoccupations de la CFWB.
Le reste du discours contenu dans le document est un subtil mélange d’hypocrisie, de whishful thinking et de naïveté. L’hypocrisie se révèle très rapidement puisque l’avis n° 3 tombe rapidement le masque. On lira attentivement le texte suivant qui montre, sans ambiguïté, que la liberté pédagogique des PO sera subordonnée à une évaluation réalisée par des technocrates qui s’arrogeront le droit de décider si de la compétence de ces PO. « la mise en capacité des PO à assumer le rôle qui est le leur dans le cadre défini ci-dessus doit retenir l’attention. Certains d’entre eux ne rencontreront pas toutes les conditions de compétence et de disponibilité qui sont indispensables à la gestion d’un établissement scolaire. Outre les nécessaires délégations à octroyer aux directions pour leur permettre d’assumer leurs responsabilités et la question des mutualisations de fonctions administratives et de gestion abordées infra, il est utile que le passage à la nouvelle gouvernance soit l’occasion, pour chacun des PO, d’initier une réflexion sur leur fonctionnement et d’élaborer une stratégie explicite visant à assumer au mieux leurs missions propres. Il est sans doute temps de susciter certains remembrements de PO par exemple au sein d’ASBL ou d’intercommunales. À cet effet, des incitants peuvent être envisagés dans le respect de l’autorité communale ou provinciale et de la liberté d’association. »

On ne peut que regretter que, pour ce qui concerne l’officiel subventionné, les municipalistes, par discipline de parti, se laissent museler et acceptent cette mise sous tutelle tout en demandant à leurs électeurs de financer un enseignement sur lequel ils ont de moins en moins de maîtrise.

Deux autres obstacles qu’il serait naïf d’ignorer jalonnent la route vers l’autonomie. Le discours sur l’autonomie fleure bon l’admiration pour l’efficacité des PME. Le chef d’école se transformera donc en chef d’entreprise. Le modèle peut peut-être fonctionner, mais pas sans une mise à néant de quelques textes. Un patron de PME, recrute, évalue et – si nécessaire – licencie son personnel. Adieu donc le statut et ses règles hyper contraignantes et ses protections. En bonne logique adieu aussi à la nomination à titre définitif. Un patron de PME est responsable financièrement de sa gestion, comment rendre cette hypothèse de travail compatibles avec les règles qui président à la tenue de la comptabilité communale, je l’ignore.

En fait, le discours sur l’autonomie que l’on retrouve dans l’avis n° 3 est particulièrement nuisible parce qu’il flatte les enseignants et les directions en leur faisant miroiter un pouvoir qu’ils n’exerceront pas. Au mieux, pour l'enseignement subventionné, on leur donne l’illusion qu’ils pourront changer de maître et s’en trouver mieux.
Le discours du Groupe central est pour le moins paradoxal lorsqu’il met en garde contre le contrôle technocratique et le la surcharge bureaucratique, deux des caractéristiques les plus évidentes de notre système scolaire. Ces dernières années la CFWB n’a cessé de demander aux PO et aux écoles de rendre des comptes, d’élaborer des projets, de faire des rapports dont la plupart ne paraissent pas d’une pertinence incontestable.

CONCLUSION.

Le lancement du Pacte en 2015 était, avant tout, une opération de communication lancée par une ministre connue pour son tempérament remuant. Si la nécessité de réformer notre système éducatif est incontestable, la méthode choisie pour organiser le changement n’était sans doute pas la meilleure.

Dans une très intéressante analyse de juin 2015, Bernard Delvaux, mettait déjà en garde sur les faiblesses du processus. Il y dénonçait la tentation d’éviter à tout prix les clivages idéologiques, le manque de clarté sur les objectifs éducatifs généraux et la tentation de se limiter, sur toute une série de sujets délicats, à un consensus mou qui évoque sans jamais prendre clairement parti.
Je souscris à la première recommandation qu’il se permettait de faire au gouvernement : « Ne plus parler de Pacte pour un enseignement d’excellence parce que le terme d’excellence ne dit rien des finalités du système éducatif si ce n’est qu’il est tendu vers la compétition (entre individus et entre systèmes), et parce que le terme de pacte convient pour clore un conflit, mais pas pour mobiliser autour d’un objectif. A la place, parler par exemple de Feuille de route pour un système éducatif émancipateur, pour autant que ce dernier adjectif ne soit pas réduit à la signification pauvre d’ascension sociale, comme il l’est parfois dans les rapports ».

L’autre faiblesse du processus réside dans les documents produits eux-mêmes. Une réforme qui se veut aussi importante ne réussira que grâce à l’adhésion de tous les acteurs, à commencer par les enseignants. Les rédacteurs des rapports successifs auraient dû relire Boileau et se souvenir que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. On aurait ainsi évité de produire des textes d’une lisibilité toute relative et qui contiennent de vraies petites perles de jargon psychopédagogique. Pour être mobilisatrice, une réforme doit d’abord être comprise, en cette matière, on peut craindre que le PEE ne passe à côté de son objectif.

On l’a oublié, PEE a été précédé, il y a quelques années, par le Contrat pour l’école, initié par Mme Arena et qui avait plus ou moins les mêmes objectifs. Ce document énonçait un nombre significatif de propositions qui se retrouvent dans les documents actuels. Ce constat en dit beaucoup sur notre mémoire et sur la rapidité avec lesquelles les réformes s’opèrent. Je crains que le PEE ne subisse le même sort, une réforme chassant l’autre au fil des changements de majorités. Si c’était le cas, le PEE, loin d’être la révolution annoncée, ne sera qu’une illusion de plus pour un système scolaire qui se dégrade d’année en année.



vendredi 18 août 2017

Joëlle Milquet et Philippe Maystadt évoquent le maintien des majorités actuelles


Le Vif
Les ex-présidents du cdH, Joëlle Milquet, et du PSC, Philippe Maystadt, mettent vendredi en garde contre l'instabilité, la désunion francophone et le populisme dans une carte blanche publiée par le quotidien Le Soir. Ils appellent à "une sortie collective de crise dans le calme, le respect mutuel, le sens des responsabilités et de l'intérêt général".


© Belga
D'après Mme Milquet et M. Maystadt, le monde politique francophone, "aussi divisé soit-il pour le moment", doit avoir le "courage de mettre fin, sans délai, à l'instabilité politique existant depuis deux mois".
"Une solution raisonnable, au-delà des intérêts partisans et de certains anathèmes contre-productifs, s'impose à tous", pour quatre raisons majeures, estiment-ils. Les anciens présidents évoquent la nécessité d'assurer le fonctionnement serein des institutions (Région bruxelloise et Fédération Wallonie-Bruxelles) et d'y exercer pleinement les compétences, le risque de montée du populisme, la sauvegarde de l'identité collective francophone ou encore la nécessaire réponse conjointe à apporter aux probables exigences communautaires posées par la N-VA.
En matière de coalitions, "si aucune solution alternative, quelle qu'elle soit, ne pouvait se dégager rapidement dans les deux institutions ou dans une des deux, il faudra alors, pour chacun des partis appartenant aux majorités actuelles, poser un constat lucide et rationnel, faire passer l'intérêt général et le sens des responsabilités avant toute autre considération, ne pas ajouter du chaos à la crise et donc continuer à assumer les engagements pris et à exercer les responsabilités actuelles", ajoutent-ils.
La Libre Belgique rapporte par ailleurs ce vendredi que Mme Milquet a récemment pris une initiative à la Ville de Bruxelles en perspective des élections communales de 2018. Son idée était de mettre sur pied une liste commune cdH-DéFI-Ecolo, associant des gens de la société civile. Sa proposition a cependant été refusée par DéFI et Ecolo.

COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE BELGIQUE: "ET SI LA SOLUTION PASSAIT PAR LA FUSION COMMUNAUTÉ-RÉGION ?"
DE MANIÈRE RÉCURRENTE DEPUIS 35 ANS, DES VOIX WALLONNES S'ÉLÈVENT POUR RÉCLAMER LA SUPPRESSION DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE BELGIQUE.
De son côté, la Flandre n'a nulle intention de toucher à cette Communauté flamande qui lui permet d'encadrer sa minorité bruxelloise d'une manière efficace, du berceau jusqu'à la tombe, comme disait François Perin.
Dès le départ, la Flandre a d'ailleurs choisi de conférer à la Communauté l'exercice des compétences dévolues à la Région. Le Parlement flamand légifère donc à la fois dans les matières communautaires et régionales. Installé à Bruxelles, il compte 124 députés élus au suffrage universel direct : 118 en Région flamande et 6 en Région de Bruxelles-Capitale.
Quant au gouvernement flamand, lui aussi installé à Bruxelles, il se compose de 9 ministres.
Les francophones auraient, eux aussi, pu opter pour cette fusion Communauté-Région. Le parti réformateur-libéral y était d'ailleurs favorable, mais il se heurta à la réticence du PS, lequel craignait de voir sa prépondérance wallonne se diluer dans un cadre plus large.
On dédoubla donc les institutions, les unes (Région) installées à Namur, les autres (Communauté) à Bruxelles. Le gouvernement wallon compte aujourd'hui 7 membres, comme celui de la Communauté française (2 de ceux-ci étant aussi membres du gouvernement wallon).
Le Parlement wallon se compose de 75 membres, élus au suffrage universel direct. Le Parlement de la Communauté française comprend, lui, 94 membres : les 75 élus du Parlement wallon et 19 élus appartenant au groupe linguistique français de la Région de Bruxelles-Capitale.
Nul n'est besoin d'être un comptable expérimenté pour saisir le type d'économies que la Flandre peut ainsi réaliser chaque année.
François Perin raconte : "Gol était un esprit cultivé, convaincu que nous ne sommes rien sans la culture française. Une idéologie culturelle régionaliste wallonne, c'était pour lui le comble de la médiocrité. Dès 1979, le PRL a préconisé la fusion Communauté-Région pour ne pas abandonner Bruxelles. Je me souviens de sa terrible colère au bureau du parti quand André Damseaux et Jacqueline Mayence ont basculé en faveur de l'implantation de la capitale wallonne à Namur. "Il n'y a que deux capitales possibles", déclara-t-il. "Si ce n'est pas Bruxelles, j'en connais une autre autrement prestigieuse". Il n'a pas prononcé le nom de Paris mais..."
Alors que la Flandre freinait de toutes ses forces la mise sur pied d'une Région bruxelloise à part entière, la position de Jean Gol était largement compréhensible. Il fallait éviter à tout prix que Bruxelles ne tombât à terme dans l'escarcelle flamande.
La Région bruxelloise finit par accoucher en 1988. En guise de compensation à la Flandre, le PS avait choisi de sacrifier José Happart sur l'autel fouronnais. L'ultra-régionaliste wallon, à qui les Bruxellois francophones reprochaient son manque de solidarité, pouvait à présent répondre : "Moi, pas solidaire ? Mais c'est grâce à moi que la Région bruxelloise a pu voir le jour !"
Non seulement la Région bruxelloise était née, mais elle fut même la première des Régions à voir son Parlement élu au suffrage universel en 1989.
Dès cet instant, les choses prenaient une tournure différente. Bien qu'enclavée en territoire flamand, la Région de Bruxelles-Capitale pouvait désormais faire valoir ses propres frontières pour contrecarrer toute tentative d'appropriation par la Flandre.
Il est intéressant de constater que, lors de l'éclatement de la Fédération yougoslave, il fut tenu compte des frontières administratives internes (rapport de la Commission Badinter en 1992), alors que la règle de droit international "uti possidetis iuris" (tu posséderas comme tu as possédé) ne s'appliquait jusqu'alors qu'aux frontières extérieures d'un Etat disparu.
Cela peut donc faire jurisprudence. En Belgique, seules les Régions wallonne, flamande et bruxelloise, ainsi que la Communauté germanophone, peuvent être délimitées géographiquement. Ce sont donc ces frontières qui seraient prises en considération si l'Etat belge était amené à disparaître.
Feu Xavier Mabille, l'ancien président du CRISP, a d'ailleurs tenu à mettre la Flandre en garde : Pour tenter de l'exprimer dans les termes les plus clairs, la Flandre - ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l'expression politique - pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ni de celui de Bruxelles.
Aujourd'hui, force est de constater que les Bruxellois dans leur ensemble affirment de plus en plus distinctement leur spécificité. Selon l'enquête réalisée par Rudy Janssens de la VUB en 2013, 73,9% d'entre eux optaient pour l'autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4% seraient prêts à se tourner vers la Flandre, et 4,6% vers la Wallonie !
Pour en revenir à la Communauté française de Belgique (seule appellation autorisée par la Constitution), son avenir est aujourd'hui menacé par l'absence de gouvernement de plein exercice, suite à la décision de Benoît Lutgen, de mettre un terme à l'alliance avec le PS.
Olivier Maingain, le président de DéFi, vient de déclarer qu'il était disposé à jouer le rôle de sauveur, mais pas à n'importe quel prix.
ET SI LA SOLUTION PASSAIT FINALEMENT PAR LA FUSION COMMUNAUTÉ-RÉGION, LE TOUT INSTALLÉ À NAMUR?
Et si la solution passait finalement par la fusion Communauté-Région, le tout installé à Namur ? On n'aurait plus qu'un seul gouvernement et il suffirait, chaque fois que des matières communautaires sont à l'ordre du jour, que les 19 membres bruxellois francophones se déplacent dans la capitale wallonne. Cela s'appelle l'économie des moyens.
Dans la mesure où la Communauté française ne peut être supprimée (cela exigerait une modification de l'article 2 de la Constitution, à laquelle, jamais, la Flandre ne consentira), la formule préconisée ici présente l'avantage de l'efficacité au moindre coût. Elle n'affecterait en rien les liens de solidarité entre Bruxelles et la Wallonie.
Les francophones peuvent aisément la concrétiser seuls, en rassemblant les majorités prévues à cet effet par la Constitution (au Parlement de la Communauté française, au Parlement wallon et au sein du groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale). C'est, somme toute, une question de cuisine interne, sans implication de la Flandre.
Reste à savoir si les bisbilles partisanes sont aujourd'hui susceptibles de s'effacer au nom de la raison et au profit de l'intérêt général...
Pour ce qui est de la population germanophone, ce fut une erreur de l'avoir intégrée à la Région wallonne. Communauté à part entière, elle devrait pouvoir compter aussi sur des outils régionaux propres.
Dernier livre paru : "Un Testament wallon - Les vérités dérangeantes", Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COMMUNAUTARISATION OU REGIONALISATION?

C'est la troisième analyse successive  que Jules Gheude consacre à la crise politique francophone dans le VIF. Qu'on partage ou non ses conclusions, force est de constater que ses diagnostics sont d'une grande clarté. On connaît son désir de rattachement à la France. Il s'interroge ici sur une hypothèse intéressante: "communautarisation ou régionalisation?"  Lutgen a ouvert la boîte d Pandore. Plus moyen de la refermer.
Wallobrux, à la croisée des chemins,  est dans la tourmente et le PS, en pleine crise interne, semble pencher de plus en plus vers l'option régionaliste. "L'avenir de la Communauté française de Belgique (seule appellation autorisée par la Constitution) est aujourd'hui menacé par l'absence de gouvernement de plein exercice, suite à la décision de Benoît Lutgen, de mettre un terme à l'alliance avec le PS." (Milquet-Maystadt.)
Les medias sont peu prolixe sur la question. La crise bruxelloise se perpétue sans que l'on ne voie poindre de solution. C'est très préoccupant.  "Le monde politique francophone, aussi divisé soit-il pour le moment, doit avoir le courage de mettre fin, sans délai, à l'instabilité politique existant depuis deux mois". Milquet-Maystadt.
Qu'en pense le citoyen lambda?
Il est visiblement encore en vacances, ses idées sont ailleurs mais gare à la rentrée. Les silences du président Di Rupo sont assourdissants. Et quid des retombées des chantiers du PS dont on nous dit qu'ils vont changer les lignes? On avance dans le brouillard au grand bonheur du PTB qui devient le partis des mal contents. 
MG

CHASTEL AU «SOIR»: «SI ON A BESOIN DU MR EN FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES, CE SERA SANS LE PS»
Les scénarios circulent pour le futur gouvernement de la Communauté française. Le président du MR resserre le jeu : il ne veut pas gouverner avec le PS ; ni, a priori, entrer dans un exécutif minoritaire.
« A partir du moment où l’on nous présente comme faisant partie des solutions, je veux énoncer un certain nombre de principes de base, avant même toute discussion », nous déclare Olivier Chastel, président du MR, à propos de la formation d’un gouvernement alternatif en Fédération Wallonie-Bruxelles (Communauté française). 
Nnnn
© Belga.
Alors que la fin de la trêve estivale s’annonce et que le divorce entre PS et CDH notifié par Benoît Lutgen le 19 juin n’a toujours pas entraîné de solution de rechange en Fédération Wallonie-Bruxelles, Olivier Chastel pose ses «  principes  », ses « préalables  », affichant clairement ce qu’il accepte et ce qu’il refuse.
1PAS INSTRUMENTALISER LA FÉDÉRATION POUR RELANCER LA GUERRE COMMUNAUTAIRE .
Olivier Chastel précise : «  Nous avons toujours été de ceux qui préfèrent la paix communautaire à la guerre communautaire. Et depuis le début de la législature au fédéral, on a décidé de mettre l’institutionnel au frigo. Je me montre donc disponible pour une discussion qui vise à conserver cette paix communautaire, mais pas pour une discussion qui ramène le communautaire à tout bout de champ. Je n’entrerai pas dans une logique où les francophones rentrent dans une guerre communautaire. Instrumentaliser la Fédération pour relancer le problème communautaire, ce sera sans le MR !  »
2PAS AVEC LE PS.
«  Je ne m’inscrirai pas pour remettre le PS en selle à la Fédération. Pour les 18 mois de législature qui restent, et après avoir été écarté par le PS en 2014, je ne participerai pas à un gouvernement avec le PS. »
3PAS UN GOUVERNEMENT MINORITAIRE.
«  C’est un mode de fonctionnement particulièrement délicat. Les francophones méritent un vrai projet et un gouvernement soutenu par une majorité parlementaire. J’invite le CDH et Défi à prendre leurs responsabilités, à se mettre autour d’une table, dans l’intérêt des francophones, sans arrière-pensée. »
Le seul scénario qui résiste à ces préalables bleus (un gouvernement majoritaire sans le PS, sachant qu’Ecolo n’est pas demandeur) est donc celui réunissant MR, CDH et Défi.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BLOCAGE?
Cela devient très compliqué et un blocage est à redouter. En refusant toute alliance avec le PS, le MR prend un gros risque: qu'après 2019 le PS et le PTB forment ensemble une coalition des gauches avec le soutient des syndicats rouges.
Tout cela est évidemment pure spéculation.
Mais en politique c'est souvent l'improbable qui finit par se produire.
MG

jeudi 17 août 2017

Les bouquinistes des quais, patrimoine parisien en péril

Par Diane Lestage ( Figaro)

Sur les bords de la Seine, entourant l'Île de la Cité, ils sont un symbole de la culture française avec leurs livres anciens dans des boîtes vert «wagon». Mais leur métier traditionnel est menacé par la vente de souvenirs, internet, le terrorisme et l'aménagement des berges.
Paris ne serait pas Paris sans sa librairie à ciel ouvert qui s'étend sur trois kilomètres, du pont Marie au quai du François Mitterrand et du quai de la Tournelle au quai Voltaire. Exposés dans leurs boîtes vert «wagon» fixées sur les parapets, les livres anciens et d'occasion s'offrent aux passants. Mais le livre seul ne leur permet plus de vivre.
En pleine période estivale, Paris est envahi par les touristes qui se bousculent sur les quais de Seine. Les difficultés des bouquinistes se retrouvent de nouveau au cœur de l'actualité. Depuis quelque temps, ils ont été conduits à se tourner vers le commerce d'objets souvenirs de la capitale, comme les porte-clefs Tour Eiffel ou les cadenas pour amoureux. Or, ces articles sont aujourd'hui bien souvent davantage mis en avant que les livres. Pourtant, la réglementation stipule bien que les bouquinistes ont droit à quatre boîtes maximum dont une seule pour vendre des objets autres que des bouquins.
240 BOUQUINISTES EXPLOITENT 1.000 BOÎTES POUR ENVIRON 300.000 LIVRES
Depuis plusieurs siècles, les bouquinistes des quais participent ainsi au charme de la capitale française et attirent chaque jour de nombreux touristes. Ce métier - ancêtre des colporteurs - existe depuis le XVIe siècle et il est devenu un véritable symbole culturel de la ville, au même titre que Montmartre ou Notre-Dame, ce qui lui a permis d'être inscrit au Patrimoine de l'Unesco en 1991.
Après l'aménagement des quais, il a fallu attendre le XIXe siècle pour que des concessions soient mises en place par la ville. En 1900, lors de l'exposition universelle, la capitale comptait déjà 200 bouquinistes. Aujourd'hui, plus d'un siècle plus tard, la ville de Paris en recense à peine quarante de plus, exploitant près de 1.000 boîtes pour un total d'environ 300.000 livres.
(...) Aucune compétence particulière n'est requise par la ville qui reçoit des demandes toute l'année.

OBLIGATION D'OUVRIR AU MOINS QUATRE JOURS PAR SEMAINE
L'emplacement est gratuit, ce qui fait du bouquiniste le seul commerçant parisien à ne payer ni taxe, ni loyer. Cependant, ces derniers ont l'obligation d'ouvrir au moins quatre jours par semaine, sauf s'il y a des intempéries. Même en cas de force majeure, les bouquinistes doivent prévenir par écrit la mairie de Paris de leur désir de prendre des congés.
La précarité de métier en fait une véritable profession de passionnés qui offrent à leur clientèle une part du patrimoine littéraire français. Un argument que l'on entend souvent près des boîtes. «Il fait froid l'hiver, on respire la pollution, si je n'étais pas animé par la littérature, je me serais reconverti depuis longtemps.» Cette offre culturelle en plein air attire les chineurs à la recherche de raretés, de cartes postales anciennes, de gravures, ou Unes de revues. Mais si la clientèle se rend sur les quais, c'est aussi pour solliciter plus particulièrement le rapport humain et la discussion. C'est bien connu, les bouquinistes ont toujours de belles anecdotes à raconter.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INTERNET A TUÉ LES BOUQUINISTES 

A Paris, chaque fois que ferme une bouquinerie, elle est remplacée par une boutique de fringues. Faut-il y voir une métaphore de notre société de plus en plus matérialiste? Apparemment les boîtes de bouquinistes survivent en se prostituant à l'objet souvenir pour touriste inculte. Encore un indice du changement que nous impose la civilisation mondialisée qui envahit tout. A Bruxelles, comme partout ailleurs, les bouquinistes se font rares. Au coeur du vieil Ixelles, à deux rues de la mythique Borgne Agasse, à l'angle de la rue de la Tulipe et de la rue Longue vie s'est ouverte une bouquinerie, plutôt rouverte , tenue par un professeur retraité tout à fait charmant qui tient salon dans sa boutique et est passionnant à écouter, lui aussi.
Une initiative à soutenir.
MG


                                                          Librairie Impressions

mardi 15 août 2017

Néandertaliens et Denisoviens : nouvel éclairage sur l'homme moderne


Le Vif
Les Néandertaliens et les Denisoviens, deux anciens cousins des humains, ont divergé il y a environ 744.000 ans, beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait, selon une étude publiée lundi qui apporte un nouvel éclairage sur l'évolution de ces populations et de l'homme moderne. 
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© X. TESTELIN/DIVERGENCE
La lignée Neandertal-Denisova était presque éteinte après s'être séparée de celle des hommes modernes plusieurs centaines de milliers d'années auparavant, ne comptant que quelques centaines d'individus, ont déterminé ces chercheurs dont les travaux paraissent dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).
Après la divergence entre Denisoviens et Néandertaliens, ces derniers ont connu un net accroissement démographique, atteignant des dizaines de milliers d'individus, expliquent-ils.
Jusqu'alors, on estimait que la population néandertalienne n'avait probablement pas excédé le millier.
Cette estimation s'appuyait en partie sur le fait que l'ADN de l'homme de Neandertal contient des mutations trouvées généralement dans des groupes de taille réduite où il y a peu de diversité génétique.
On a pourtant découvert des restes de Néandertaliens, dans de multiples lieux, qui sont génétiquement différents.
DES DIZAINES DE MILLIERS -
Cela conforte les résultats de cette dernière étude, qui suggère que les Néandertaliens formaient probablement de petits groupes isolés d'individus, ce qui explique les mutations génétiques caractéristiques d'une population réduite. Mais en fait, ils était globalement beaucoup plus nombreux.
"L'idée, c'est qu'il y avait de petits groupes géographiquement isolés qui avaient des contacts de temps à autre, restant la plupart du temps entre eux", explique Ryan Bohlender, un chercheur au Centre Anderson du Cancer à l'université du Texas, co-auteur de cette étude.
"Il existe une riche collection de fossiles de Néandertaliens et de nombreux sites où ils ont laissé des vestiges", pointe Alan Rogers, professeur d'anthropologie à l'université d'Utah, qui a mené l'étude.
Selon lui, "il est difficile d'imaginer que cela a été possible si leur population n'excédait pas un millier d'individus sur la Terre, en l'occurrence en Europe".
"Nos estimations démontrent la présence d'une large population néandertalienne qui a contribué au patrimoine génétique des humains modernes", a précisé dans un courriel à l'AFP le professeur Rogers.
Cette nouvelle approche confirme toutefois les précédentes estimations selon lesquelles les Eurasiens d'aujourd'hui ont environ 2% de gènes de Neandertal dans leur génome.
Cette analyse révèle également que Néandertaliens et Denisoviens partageaient une mutation unique avant leur séparation, ce qui a permis de dater cette divergence entre ces deux lignées archaïques.
GOULOT D'ÉTRANGLEMENT
Pour leur étude, ces scientifiques ont utilisé une méthode statistique permettant de reconstituer l'évolution des différents groupes de populations --Africains et Eurasiens modernes, Néandertaliens et Denisoviens-- basée sur la fréquence des traits génétiques partagés.
Il est ainsi possible de déterminer quand ces groupes ont divergé et la tailles des populations respectives ayant contribué au patrimoine génétique.
Cette dernière étude a également mis en évidence un goulot d'étranglement insoupçonné dans l'histoire des Néandertaliens et des Denisoviens, relève le professeur Rogers.
Ce phénomène entraîne une diminution de l'effectif du groupe d'origine et à partir de là l'émergence d'une nouvelle population par les survivants de l'ancienne dotée de caractéristiques génétiques radicalement différentes.
Le fait que Néandertaliens et Denisoviens aient divergé très tôt laisse aussi penser que l'Homo heidelbergensis, un hominidé éteint, était un des premiers Néandertalien, avance également le professeur Rogers.
L'Homo heidelbergensis aurait vécu en Europe entre environ 650.000 et 300.000 ans avant notre ère.
Les Néandertaliens ont disparu de la face de la Terre il y a 38.000 ans, soit 2.000 ans plus tard environ que l'homme de Denisova qui vivait en Asie orientale, de la Sibérie à l'Asie du Sud. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE GRAND MYSTERE DES ORIGINES 

On n'a pas fini d'en apprendre sur nos origines et on n'est sans doute qu'au début. Ce qui est sûr, c'est que, comme le montre Harari, Homo Sapiens a transformé le paysage terrestre et le monde que nous habitons aujourd'hui en le pillant sans vergogne et en éliminant ses concurrents. Selon lui, "homo deus", un sapiens bardé de prothèses technologiques, lui succédera peut être bientôt et fera de lui son esclave. Huxley disait la même chose autrement dans Brave New World. Sans le secours de la technologie on ne saura faire vivre sur cette planète douze, treize, quinze milliards d'individus. Certaines projections parlent de cinq milliards d'Africains d'ici 2.100. On n'y sera plus mais nos petits enfants peut-être encore. Mais pourquoi n'envisage-t-on jamais une politique de limitation des naissances?
C'est sans doute le dernier tabou mais il est tenace.
MG  

 
HOMO DEUS: A BRIEF HISTORY OF TOMORROW (wikipedia) is a book written by Israeli author Yuval Noah Harari, professor at the Hebrew University in Jerusalem. The book was first published in Hebrew in 2015 by Dvir publishing; the English-language version was published in September 2016 in the United Kingdom and in February 2017 in the United States.
HOMO DEUS, as opposed to the previous book, deals more with the abilities acquired by humans (Homo sapiens) throughout its existence, and its evolution as the dominant species in the world; the book attempts to paint an image of the future. Many philosophical issues are discussed, such as the human experience, individualism, human emotion and consciousness. The book describes the current abilities and achievements of mankind.
CENTRAL THESIS
• Organisms are algorithms, and as such homo sapiens may not be dominant in a universe where dataism becomes the paradigm.
• Since the verbal/language revolution some 70,000 years ago, humans live within an "intersubjective reality", such as countries, borders, religion, and money, all created to enable large-scale, flexible cooperation between different individual human beings. Humanity is separated from animals by humans' ability to believe in these intersubjective constructs that exist only in the human mind and are given force through collective belief.
• Humankind's immense ability to give meaning to its actions and thoughts is what has enabled its many achievements.
• Humanism is a form of religion that worships humankind instead of God. It puts humankind and its desires as a top priority in the world in which humans themselves are framed as the dominant beings. Humanists believe that ethics and values are derived internally within each individual, rather than from an external source. During the 21st century, Harari believes that humanism may push humans to search for immortality, happiness, and power.
• Technological developments have threatened the continued ability of humans to give meaning to their lives; Harari prophesies the replacement of humankind with a super-man, or "homo deus" (human god) endowed with supernatural abilities such as eternal life.





vendredi 11 août 2017

Une guerre avec la Corée du Nord serait catastrophique, selon la Défense américaine


Le Soir
Le ministre américain de la défense James Mattis assure que les efforts diplomatiques pour régler la crise avec Pyongyang portent leurs fruits.


Donald Trump et James Mattis © EPA

Une éventuelle guerre entre les Etats-Unis et la Corée du Nord serait «catastrophique», a reconnu jeudi le ministre américain de la Défense, James Mattis, assurant à l’inverse que les efforts diplomatiques pour régler la crise avec Pyongyang portaient leurs fruits.
«La guerre est une tragédie bien assez connue, il n’y a pas besoin de faire un dessin, cela serait catastrophique», a déclaré le chef du Pentagone, au moment où le président Donald Trump a redoublé de virulence rhétorique face à la Corée du Nord.

EST-ON VRAIMENT AU BORD D'UNE GUERRE NUCLÉAIRE? TROIS FAÇONS DE SORTIR DE LA CRISE
Le Vif
Source: Afp
L'escalade verbale entre les Etats-Unis et la Corée du Nord a connu une nouvelle étape jeudi, quand Donald Trump a défendu sa formule controversée sur "le feu et la colère" promis à Pyongyang, estimant qu'elle n'était "peut-être pas assez dure". Va-t-on droit dans le mur ? Pourtant, il existe des alternatives. Le point sur la question.
Plusieurs solutions de sortie de crise sont toutefois envisagées par les analystes.
- RETOUR AUX NÉGOCIATIONS -
La Corée du Nord dispose de l'arme nucléaire, et, selon le Washington Post, le renseignement militaire américain en est désormais convaincu: Pyongyang a réussi à miniaturiser suffisamment une bombe atomique pour l'embarquer sur l'un de ses missiles intercontinentaux.
Il faut accepter le fait que la Corée du Nord possède maintenant des armes nucléaires, ce qui rend toute action militaire impossible car trop dangereuse, expliquent certains spécialistes.
"Pour les Etats-Unis, il ne reste plus qu'à négocier avec la Corée du Nord, pour essayer de réduire les tensions et résoudre certains conflits. Il ne faut plus essayer de leur enlever l'arme nucléaire", développe Jeffrey Lewis, chercheur à l'Institut Middlebury des études internationales.
Dans les années 2000, Pyongyang semblait avoir commencé à se faire à l'idée d'un ralentissement et d'un contrôle de son programme nucléaire, après des discussions multilatérales avec la Chine, la Russie, le Japon, les Etats-Unis et la Corée du Sud. Mais le pays était alors dirigé par Kim Jong-Il. Son fils et actuel leader, Kim Jong-Un, a pour sa part refusé tout dialogue.
- PRESSIONS DE LA CHINE -
Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté à l'unanimité de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord le week-end dernier.
La Russie et la Chine - alliée et partenaire économique du régime nord-coréen - ont approuvé ces mesures, qui pourraient coûter à Pyongyang un milliard de dollars annuels en revenus.
La Chine compte pour 90% des échanges commerciaux de la Corée du Nord et a déjà été accusée dans le passé de ne pas vouloir appliquer des sanctions qu'elle avait votées contre le régime coréen.
Pékin jouera donc un rôle important en cas de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, mais craint un effondrement du régime de Kim Jong-Un.
Donald Trump n'a pour sa part pas épargné la Chine et a exhorté le pays à durcir le ton avec la Corée du Nord. "La Chine peut faire beaucoup plus", a ainsi déclaré le président américain jeudi.
- LA GUERRE -
Ce scénario semble être le moins plausible, les Etats-Unis ne semblant pas enclins à déclencher une guerre.
"La guerre est une tragédie bien assez connue, il n'y a pas besoin de faire un dessin, cela serait catastrophique", a déclaré jeudi soir le ministre de la Défense Jim Mattis, comme pour apaiser les tensions après la nouvelle sortie controversée de son président.
"Il y a très peu de chances pour que les déclarations du président soient véritablement le reflet d'une volonté au sein de la Maison Blanche de déclencher des frappes préventives", confirme Ely Ratner, spécialiste de la Chine et membre du centre de réflexion Council on Foreign Relations. "Je ne pense pas que nous soyons au bord de la guerre nucléaire", résume-t-il.
Les scénarios du Pentagone en cas d'intervention militaire varient de la frappe sur des cibles précises, à l'attaque préventive pour pousser à un soulèvement de la population nord-coréenne et renverser Kim Jong-Un.
Mais toute intervention armée entraînerait de la part de Pyongyang des conséquences difficiles à imaginer précisément, mais à la gravité certaine.
Jim Mattis a déjà mis en garde contre la dangerosité des représailles de Pyongyang, en expliquant qu'elles seraient "d'un niveau inédit depuis 1953", et la fin de la guerre de Corée.
Kim Jong-Un a amassé des unités d'artillerie à la frontière avec la Corée du Sud, à seulement 55 kilomètres de Séoul.
Mais une guerre ouverte entre les deux pays ne semble pas non plus être souhaitable pour les Nord-Coréens.
C'est bientôt la saison des récoltes dans le pays, et Kim Jong-Un n'a pas annoncé de mobilisation militaire, qui viderait dangereusement ses usines et ses champs de récolte, faisant risquer une famine à son peuple, selon Joe Bermudez, analyste pour le site "38 North".
"Kim Jong-Un n'est pas une personne bête. Il est très peu probable qu'il mobilise ses troupes à cette période", assure-t-il.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«CRISE DES MISSILES CUBAINS AU RALENTI»

Le monde, c'est à dire chacun d'entre nous, retient son souffle. "Il y a très peu de chances pour que les déclarations du président soient véritablement le reflet d'une volonté au sein de la Maison Blanche de déclencher des frappes préventives. "... "Je ne pense pas que nous soyons au bord de la guerre nucléaire"
Il ne le pense pas mais il n'en est pas certain. Nous revivons un grand moment d'incertitude avec un bras de fer entre les deux hommes les plus imprévisibles de la planète.  Pa vraiment rassurant. "Toute intervention armée entraînerait de la part de Pyongyang des conséquences difficiles à imaginer précisément, mais à la gravité certaine."
Le parallèle est souvent dressé entre l'escalade actuelle entre les États-Unis et la Corée du Nord et l'un des épisodes les plus connus de la Guerre froide. En 1962, Kennedy et Khrouchtchev jouaient alors une partie de bras de fer nucléaire après l'installation de missiles soviétiques à Cuba. Nous assistons aujourd'hui, selon les experts, à une «crise des missiles cubains au ralenti» entre Washington et Pyongyan.
La crise de Cuba fut selon l'expression de l'ancien conseiller de Kennedy, Arthur Schlesinger, le  «Moment le plus dangereux de l'histoire humaine».
Le risque maximum d'une guerre nucléaire a été alors atteint.
Les deux blocs ont pendant  treize jours, été plus proches que jamais d'une confrontation nucléaire suicidaire?
Arte a programmé il y a quelques jours un reportage terrifiant sur les conséquences atroces de l'explosion de Hiroshima: "Hiroshima , la véritable histoire". A regarder absolument: un crime contre l'humanité. Plus jamais ça!
Citoyens du monde: réveillons-nous!
MG


SOIXANTE-DOUZE ANS APRÈS LA DÉFLAGRATION D'HIROSHIMA, cette enquête de grande ampleur éclaire ussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Un regard indispensable sur un événement qui a provoqué tant d’aveuglement.
Le 6 août 1945, sur ordre du président Truman, un bombardier B-29 largue sur Hiroshima la première arme nucléaire jamais utilisée lors d’une guerre. "Il y eut un anneau de feu rouge et aveuglant, un scintillement de couleurs. Je ne devrais pas le dire, mais c’était magnifique", confie un des survivants. "L’aube d’une ère nouvelle", assurent certains scientifiques. Quatre vingt mille Japonais paient de leur vie sur-le-champ ce basculement de l’histoire de l’humanité, au moins cent quarante mille au total trouveront la mort. Si, bien entendu, les suites immédiates et dantesques de l’explosion sont l’épicentre du documentaire, elles n’en constituent pas l’unique objet. Grâce à la révélation d’étonnants secrets, "Hiroshima, la véritable histoire "dissipe les écrans de fumée qui ont, en grand partie à cause de l’habile désinformation occidentale, détourné le monde de la réalité des faits.
TEST GRANDEUR NATURE
Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un "mal nécessaire" pour forcer les Japonais à capituler ? Le film démontre que le pays de l’empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s’apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres : tester "in vivo" l’efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l’armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique, à Nagasaki, le 9 août : les Américains coupent du monde les zones japonaises dont ils ont pris le contrôle, font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté : considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l’emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux États-Unis, une propagande gouvernementale massive tente de légitimer les bombes et de rendre populaire le recours au nucléaire. Bénéficiant d’images d’archives inédites et de documents confidentiels, le film de Lucy van Beek met en avant de nombreux  témoignages, notamment japonais (experts, agents secrets, survivants). Les souvenirs et les histoires individuelles qu’ils esquissent aboutissent tous au même constat : les ondes de choc d’Hiroshima n’ont pas encore disparu.

mercredi 9 août 2017

La menace nucléaire nord-coréenne est-elle crédible?

© Reuters

Muriel Lefevre. Le Vif
La Corée du Nord a averti mercredi qu'elle pourrait tirer des missiles près de l'île américaine de Guam, dans le Pacifique, alors que le président américain Donald Trump a promis au régime nord-coréen "le feu et la colère". Mais la menace est-elle crédible?

Le renseignement militaire américain en est désormais convaincu: la Corée du Nord a réussi à miniaturiser l'arme atomique pour l'embarquer à bord d'un missile --y compris intercontinental-- capable de menacer les Etats-Unis, a révélé le Washington Post mardi suite aux conclusions d'un rapport confidentiel achevé le mois dernier par l'agence américaine de renseignement militaire, la DIA. Grâce à cette capacité, le régime communiste deviendrait une puissance nucléaire à part entière, en mesure de réaliser l'objectif affiché par le leader Kim Jong-Un: frapper les "salauds d'Américains".
EST-CE CRÉDIBLE ?
Le pays a réussi ce tour de force technologique plus rapidement que prévu mais, selon les experts, il lui reste des obstacles à franchir avant de devenir une puissance nucléaire à part entière, capable de frapper partout, à tout moment, à un endroit précis. Le point sur la question.
Où en est la capacité nucléaire de Pyongyang?
La Corée du Nord a mené cinq essais nucléaires dont le dernier en date le 9 septembre 2016. La bombe avait à peu près la puissance de celle lancée sur Nagasaki le 9 août 1945, soit environ 20 à 30 kilotonnes. Pyongyang avait alors annoncé que c'est ce type d'engin qu'il comptait miniaturiser et "standardiser" pour les embarquer sur ses missiles balistiques. Le pays a procédé à de nombreux tirs de missiles y compris deux lancements réussis de missiles intercontinentaux, dont les experts estiment qu'ils ont la capacité d'atteindre la côte ouest et la côte est des Etats-Unis avec une portée d'environ 10.000 kilomètres.
LE DANGER EST-IL IMMÉDIAT?
La miniaturisation de la charge nucléaire et la fabrication d'un missile avec une portée et une précision suffisante ne sont que deux éléments d'une équation complexe. Il faut que la tête survive à un vol à 25.000 km/h pour la propulser dans l'espace et, surtout, elle doit résister à un retour dans l'atmosphère où les frottements la soumettent à des températures et des vibrations extrêmement élevées. Or, selon Michael Elleman, du centre de réflexion International Institute for Strategic Studies, le véhicule de ré-entrée s'est délité lors du test d'un missile intercontinental le 28 juillet. Avec un tir réel, la charge aurait sans doute été détruite avant d'atteindre son objectif.
Il est néanmoins possible que les ogives actuelles soient assez robustes pour résister à un tir de missile de moins longue portée. Siegfried Hecker, un expert nucléaire à l'université de Stanford, estime qu'il faudra peut-être encore cinq ans à la Corée du Nord avant d'avoir un véhicule de ré-entrée assez résistant. "Je ne pense pas qu'ils aient suffisamment d'expérience en matière de missiles ou d'essais nucléaires pour être capables de mettre en oeuvre une ogive nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour survivre à un tir par missile balistique intercontinental", a-t-il expliqué à l'AFP.
QUELS AUTRES OBSTACLES?
M. Hecker, qui a visité la Corée du Nord à plusieurs reprises pour évaluer son programme nucléaire, estime que le programme militaire nucléaire de Pyongyang est fortement freiné par ses faibles stocks d'uranium et surtout de plutonium, le matériel de choix pour une arme destinée à un missile intercontinental. Selon lui, la Corée du Nord a de l'uranium et du plutonium pour fabriquer 20 à 25 bombes. C'est beaucoup moins que les 60 armes nucléaires dont disposerait Pyongyang, selon le renseignement militaire américain, cité par le Washington Post mardi.
GUAM DANS LE VISEUR
Pyongyang a déclaré qu'"actuellement, elle étudie avec attention le plan opérationnel afin de faire feu sur les zones situées autour de Guam avec une fusée balistique à portée intermédiaire Hwasong-12", selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA. Ce plan sera finalisé et pourrait être mis en oeuvre "à tout moment, dès que Kim Jong-Un, le commandant suprême de la force nucléaire de la DPRK (Corée du Nord) le décidera", a ajouté l'agence. Guam est un territoire non incorporé organisé des Etats-Unis, qui compte une base navale et une base militaire américaine.
LE FEU ET LA COLÈRE
Quelques heures auparavant, Donald Trump avait lancé une spectaculaire mise en garde contre le régime communiste, lui promettant "le feu et la colère". "La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les Etats-Unis", a déclaré le président américain depuis son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il passe des vacances. Les menaces, si elles se poursuivaient, "se heurteront au feu et à la colère", a-t-il ajouté, promettant une réaction d'une ampleur "que le monde n'a jamais vue jusqu'ici".
BRAS DE FER DIPLOMATIQUE
Pour l'heure, le régime de Pyongyang a testé plusieurs engins atomiques et a réussi deux lancements de missiles balistiques intercontinentaux, capables de frapper les Etats-Unis. Mais sa capacité à miniaturiser suffisamment une bombe atomique pour la placer sur l'un de ces lanceurs était encore en doute. Les analystes et autres membres du renseignement étaient, jusqu'ici, convaincus que malgré les dix ans écoulés depuis le premier test nucléaire de Pyongyang en octobre 2006, la Corée du Nord était encore à quelques années de savoir maîtriser le processus de miniaturisation.
Mais selon le rapport daté du 28 juillet, dont un extrait a été lu au Washington Post, "la communauté du renseignement estime que la Corée du Nord a produit des armes nucléaires qui peuvent être embarquées sur des missiles balistiques, y compris des missiles balistiques intercontinentaux". Selon le journal, le ministère japonais de la Défense est parvenu aux mêmes conclusions. Les menaces répétées et l'enchaînement ces derniers mois de tests de missiles par Pyongyang sont un casse-tête pour Donald Trump depuis son arrivée au pouvoir.
Le milliardaire américain a notamment engagé un bras de fer diplomatique à trois bandes, en demandant avec insistance à la Chine, principale alliée de la Corée du Nord, d'agir pour faire infléchir son incontrôlable voisin.
LIGNE ROUGE
Toujours sur le plan diplomatique, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté samedi à l'unanimité une résolution renforçant nettement les sanctions déjà imposées à Pyongyang. Aux termes de celle-ci, la Corée du Nord devrait être privée d'un milliard de dollars de recettes annuelles.
En frappant le pays au portefeuille, la communauté internationale a pour objectif de pousser Pyongyang à la négociation, notamment après les deux tirs de missiles intercontinentaux effectués en juillet. Depuis 2006, l'ONU a imposé six trains de sanctions à la Corée du Nord mais rien ne semble faire dévier le jeune leader Kim Jong-Un. Le dernier essai nucléaire remonte au 9 septembre 2016, avec une détonation jugée deux fois plus puissante que la bombe américaine lâchée sur Hiroshima.
A Washington, nombre de voix se sont élevées pour dénoncer les propos présidentiels.
Le démocrate Eliot Engel, membre de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a regretté la "ligne rouge absurde" tracée par M. Trump, tant les déclarations menaçantes de Pyongyang sont récurrentes. "La sécurité de l'Amérique est basée non seulement sur la force de notre armée mais aussi sur la crédibilité de notre commandant en chef", a-t-il souligné, dénonçant "l'emportement impulsif" du milliardaire.
Le sénateur républicain John McCain a aussi fait part de son scepticisme, soulignant que les "grands dirigeants" ne menaçaient pas leurs ennemis sauf s'ils étaient prêts à passer à l'action. "Et je ne suis pas sûr que le président Trump soit prêt à agir", a-t-il ajouté.
Pour Anders Fogh Rasmussen, ancien secrétaire général de l'OTAN, cette formulation "visait à faire peur à Pékin comme à Pyongyang". "Mais les lignes rouges présidentielles qui restent lettre morte créent des précédents dangereux", a-t-il mis en garde.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ETRANGE BRAS DE FER 

Décidément nous vivons carrément sous le signe de l'imprévisible et c'est franchement angoissant. Kim Jong-Un veut frapper les "salauds d'Américains" tandis que Trump se dit déterminé à riposter aux menaces, si elles se poursuivaient, par le "feu et  la colère".
Est-ce que ce monde est sérieux?
"La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques." Albert Camus, le 8 août 1945.