mercredi 23 août 2017

Attentats en Espagne : un imam de Ripoll au centre de l'enquête


•Par Guillaume Descours, AFP, Reuters Agences et Figaro

Désormais l'attention se concentre sur un imam d'une petite localité de Catalogne dont sont originaires plusieurs membres de la cellule jihadiste responsable des attentats. Celle-ci a été démantelée. Un homme est toujours en fuite.
L'attention des enquêteurs se concentre sur un imam de Ripoll, paisible localité catalane de 10.000 habitants à quelque 700 mètres d'altitude au pied des Pyrénées, dont sont originaires plusieurs membres de la cellule jihadiste responsable des attentats de Barcelone et Cambrils. La presse espagnole s'interrogeait sur le rôle de l'imam Abdelbaki Es Satty dans l'éventuelle radicalisation très rapide de plusieurs auteurs des attentats, des enfants d'immigrés marocains.

ATTENTATS EN CATALOGNE: L’IMAM INTROUVABLE AURAIT VOYAGÉ PLUSIEURS FOIS EN BELGIQUE DEPUIS 2015
Le Soir
Abdelbaki Es Satty, l’imam soupçonné d’avoir radicalisé les auteurs des attentats de Barcelone et de Cambrils, se serait rendu à plusieurs reprises en Belgique depuis 2015. Selon la VRT, il aurait séjourné à Vilvoorde et à Diegem.
Deux personnes de son entourage ont indiqué que l’imam a voyagé plusieurs fois en Belgique au cours des dernières années et qu’il y aurait «  vécu longtemps  », rapportent le journal espagnol EL Periodico. Abdelbaki Es Satty a été l’imam d’une mosquée de Ripoll depuis 2015 jusqu’à il y a encore deux mois. «  Durant cette période, il a voyagé à plusieurs reprises vers la Belgique », écrit le journal.
L’imam reste toujours introuvable. Plusieurs habitants de Ripoll pensent qu’il a pu déménager en Belgique. Une autre possibilité est qu’il serait retourné au Maroc, comme l’avait indiqué son colocataire Nourddem. «  La dernière fois que je l’ai vu, c’était mardi (la veille de l’explosion) et il m’a dit qu’il allait voir sa femme au Maroc  », avait-il raconté à l’AFP.
Le parquet fédéral ne peut pas encore confirmer ces informations mais indique qu’il va collaborer activement avec les autorités espagnoles dans l’intérêt de l’enquête.
Le domicile de l’homme, qui a disparu depuis mardi, a une nouvelle fois été perquisitionné samedi à l’aube, selon Nourddem, son colocataire qui a assisté à l’opération de police. D’après le quotidien El Pais qui cite des sources policières, l’imam de Ripoll pourrait avoir été tué dans l’explosion d’Alcanar.
L’imam n’est pas connu au ministère de l’immigration belge
Theo Francken, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, a indiqué sur son compte Twitter que l’imam Abdelbaki Es Satty n’est pas connu sous ce nom au ministère de l’immigration. Il n’a donc jamais demandé ou reçu de carte de séjour belge.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHEVAL DE TROIE

Il serait temps qu'on prenne enfin conscience du lien qui unit salafisme et terrorisme. Certains imams importés, on le découvre sont, sont à la manoeuvre. C'est carrément intolérable.
"Prenons un moment pour nous souvenir que le combat contre l’islam politique, et toute lecture littérale du Coran, est depuis longtemps porté par des musulmans : Abdennour Bidar, Kamel Daoud, Michel Renard, Leïla Babès et d’autres.
Nous ne devons avoir aucune complaisance envers la doctrine de l’islam, ni envers ceux qui la diffusent sous une de ses formes conquérantes et intolérantes. Mais il y a des musulmans de bonne volonté, il y a des musulmans qui rêvent d’un islam apolitique, qui voudraient un islam s’appuyant sur un Coran inspiré par le divin et non plus prisonnier d’un Coran dicté par lui. Voilà nos alliés dans la guerre que nous livrons."
Les salafistes sont, à l'évidence, les ennemis de nos valeurs démocratiques et les pourfendeurs de notre manière de vivre.
Ils sont, autrement dit, l'ennemi qui nous menace.
MG

"DANS LES MILIEUX DJIHADISTES, LA VOLONTÉ DE RECONQUÊTE DE L’ESPAGNE EXISTE BIEN"
Obs
La mosquée-cathédrale de Cordoue. (Alex Segre/REX/REX/SIPA)
La colonisation arabo-musulmane de l'Espagne, entre 711 et 1492, a donné naissance à une brillante civilisation : Al Andalus. Un califat qui fait aujourd'hui tourner la tête des extrêmistes...
Dans son histoire, l’Espagne a été colonisé entre autres par les peuples arabo-musulmans du temps des Omeyyades et de leurs successeurs, de 711 à 1492. Le territoire d’Al Andalus s’étendait alors sur la quasi-totalité de la péninsule ibérique, la Catalogne et Barcelone compris. Des vestiges sont aujourd’hui visibles, comme la mosquée-cathédrale de Cordoue par exemple, ce qui confère à l’Espagne un statut à part. Elle ne serait pas vue de la même manière que les autres pays européens par les peuples arabo-musulmans. Pierre Guichard, historien et auteur de "Al Andalus 711-1492 : une histoire de l’Espagne musulmane", nous livre son analyse sur cette spécificité espagnole.
QU’EST-CE QUE L’AL ANDALUS ?
Al Andalus, c’est une conquête militaire arabo-musulmane, qui a eu lieu entre les années 711 et 713. Les arabes et les berbères étaient venus coloniser. On ne peut pas vraiment quantifier la population qui s’est alors installée jusqu’en 1492, mais je pense qu’elle était importante. Les arabes ont aussi dû cohabiter avec des peuples indigènes, comme les Wisigoths. Mais dans ma vision des choses, l’acculturation arabo-musulmane était très forte, pas seulement dans la langue et la religion mais aussi dans les modes de vie. Car c’était une cohabitation entre des peuples de cultures vraiment différentes.
Pour la signification même d’Al Andalus, c’est très compliqué. Le mot est apparu très vite après la conquête de l’Espagne, notamment sur des pièces de monnaie. Pour son origine, il y a une hypothèse qui circule. Avant les Arabes, l’Espagne a été occupée par des vandales, des peuples germaniques, qui ont ensuite passé le détroit de Gibraltar pour aller s’installer dans l’actuelle Tunisie. Les habitants du Maghreb auraient alors utilisé l’appellation "Vandalusia" pour qualifier l’Espagne. Repris et intégré en arabe, ce mot aurait donné Al Andalus. Mais il n’y a vraiment aucune certitude.
QUELS SONT LES APPORTS DE CETTE CONQUÊTE SUR LE PLAN CULTUREL ET CIVILISATIONNEL EN ESPAGNE ?
Là aussi, deux thèses s’opposent. Il y a la thèse, disons plus traditionnaliste, qui considère que la conquête arabe n’était qu’une conquête de surface, un vernis arabo-musulman sur la société autochtone, hispanique. Je prends pour ma part le contrepied de cette thèse. Je penche plutôt pour une orientalisation de l’Espagne assez conséquente, une orientalisation de la culture andalouse, dans tous les sens du terme. La question des mariages par exemple, les arabes ont introduit les mariages exogames, alors que la tradition occidentale est plutôt sur des mariages endogames. Mais si deux thèses s’opposent là aussi, c’est qu’il n’y a aucune certitude du réel impact de l’Al Andalus sur la société espagnole.
QUELS SONT LES VESTIGES VISIBLES DE L’AL ANDALUS ?
Les vestiges visibles auxquels on pense tout de suite, ce sont bien sûr les monuments musulmans. Mais dans la langue espagnole, on constate aussi qu’un certain nombre d’expressions et de mots sont passés dans le langage courant. Ça peut paraître anecdotique, mais la question de l’héritage de cette période est aujourd’hui très clivante en Espagne. A Cordoue par exemple, il y a actuellement de gros débats, assez vifs, autour de la mosquée, qui est aussi une cathédrale. L’Eglise s’efforce de la "cathédraliser" davantage. Des mouvements de contestations  s’y opposent et mettent en avant le fait que cet édifice est avant tout un lieu arabo-musulman. Ce qui est vrai et, à ce titre, il devrait d’ailleurs être conservé le plus possible dans son jus.
Dans la région de Valence, ces différends sont même entrés dans la tradition. Il y a des fêtes très importantes, celles de Moros y Cristianos par exemple (Maures et chrétiens en français).
Deux équipes habillées en musulmans et chrétiens du Moyen-Age s’affrontent, une lutte à l’issue de laquelle les chrétiens sortent victorieux. Les vestiges de la conquête arabo-musulmane sont donc entrés dans le folklore et la mentalité hispanique. Et puis, il ne faut pas oublier les deux enclaves au Maghreb, issues de cette période, celles de Ceuta et Melilla au Maroc (l’un des auteurs de l’attentat de Barcelone serait d’ailleurs né à Melilla, NDLR).
EST-CE QUE CE PASSÉ CONFÈRE UN STATUT PARTICULIER À
L’ESPAGNE PAR RAPPORT AUX AUTRES PAYS EUROPÉENS ?
C’est vrai que l’Espagne a un statut un peu à part. Au Maghreb, il y a toutes sortes de mythologies, de traditions, apportées par les Morisques, chassés d’Espagne, mais aussi par les musulmans plus tard. Il existe par exemple de nombreux villages andalous en Tunisie, caractérisés par l’architecture, la musique andalouse très importante au Maghreb. Et il y a aussi une conscience du prestige, de l’éclat de la civilisation andalouse. Tout ça réunit fait de l’Espagne un cas un peu à part, y compris au sein des mouvements djihadistes. Il y a une admiration pour le passé musulman de l’Espagne, c’est indéniable. Et dans les milieux les plus extrémistes et même djihadistes, la volonté d’une reconquête de l’Espagne, de l’Al Andalus, existe bel et bien.
Propos recueillis par Justine Benoit
BARCELONE: PAS DE PITIÉ POUR L’ISLAM POLITIQUE!
par
Aurélien Marq (Le Causeur)
Une fois encore, le djihadisme, bras armé de l’islam politique, a frappé.
Autant de tragédies qui nous émeuvent, mais l’émotion ne doit pas nous empêcher de réfléchir.
Le mode opératoire est connu, et il y a fort à parier que la personnalité des terroristes ne sera une surprise.
En clair, la diversité de leurs parcours personnels et des raisons qui les ont conduits à adhérer au djihadisme ne doit pas masquer leur point commun, à savoir la dimension profondément religieuse de cette adhésion.
Ceci étant dit, que faire ? Avant tout, bien distinguer les multiples fronts de la guerre qui nous a été déclarée : sécuritaire à l’intérieur de nos frontières, guerrier à l’extérieur, et idéologique partout.
A l’intérieur, nous sommes face d’une part à des réseaux structurés et hiérarchisés, d’autre part à des « franchisés » inspirés par une idéologie commune mais sans liens organisationnels entre eux.
Les méthodes à utiliser contre les premiers sont connues depuis longtemps : renseignement, surveillance, infiltration, observation, action.
Sachant aussi que les services spéciaux ne peuvent pas être efficaces s’ils sont enfermés dans les règles applicables contre la délinquance de droit commun. Cet écart présente des risques pour l’Etat de droit, certes, mais les services concernés ne sont pas peuplés uniquement de tyrans en herbe ou de dangereux irresponsables, et leur raison d’être est justement de faire face aux menaces que les techniques policières classiques ne suffisent pas à traiter.
Contre les seconds, le problème est nettement plus compliqué, mais pas insoluble. En effet, ces « franchisés » ne sont autonomes qu’en tant que djihadistes, mais pas en tant qu’islamistes. ILS PEUVENT DONC ÊTRE REPÉRÉS EN AMONT DE LA COMMISSION D’ATTENTATS PAR LA SURVEILLANCE LUCIDE DES RÉSEAUX DIFFUSANT L’IDÉOLOGIE DE L’ISLAM POLITIQUE. La difficulté pour les forces de l’ordre est l’ampleur de la tâche, tant nos élus ont laissé et laissent encore s’étendre cette idéologie délétère.
Les militaires, comme les policiers et les gendarmes, ne pourront jamais être « partout, tout le temps ». Or, les terroristes peuvent frapper « n’importe où, n’importe quand », et ils le savent. (...)
Oui, il faut renforcer la présence dissuasive des forces de l’ordre. Mais il faut surtout éduquer tous nos concitoyens à un minimum de règles de sécurité et de vigilance, tout en sachant que, malheureusement, le risque zéro n’existe pas.
A l’extérieur, se pose la question de l’engagement militaire des armées occidentales. Vaste sujet, mais dont on peut résumer ainsi les grandes lignes :
– détruire l’État islamique est nécessaire mais ne sera de loin pas suffisant, et ne fera sans doute pas diminuer le nombre d’attentats ;
– on ne combat pas un ennemi parce qu’il est « méchant » mais parce qu’il est « dangereux ».
– L’Arabie saoudite et le Qatar ne sont pas nos alliés. Dans la mesure où le cœur de leur « soft power » est justement d’étendre au maximum l’idéologie qui inspire et justifie les attentats sur notre sol, ils sont même nos ennemis – ce qui ne veut pas dire qu’il faille les attaquer sans réfléchir !
– Vladimir Poutine est un allié beaucoup plus fiable que Donald Trump, et que ne l’aurait été Hillary Clinton. Le rapprochement sans naïveté entre l’Europe et la Russie doit se faire. (...), même si l’Amérique s’emploiera à combattre ce qu’elle verra comme un pas en direction d’un « bloc eurasiatique », et réagira selon les vieux schémas opposant la thalassocratie à la puissance continentale – mais peut-être les Etats-Unis arriveront-ils un jour à tourner la page Brzezinski…
– enfin, il est urgent d’œuvrer avec l’aide de la Russie à un apaisement entre Israël et l’Iran, étape incontournable pour redonner à l’Iran la place qui doit être la sienne. N’en déplaise à certains, il faudra donc promouvoir pour Israël la solution à deux Etats, que la simple réalité démographique rend de toute façon indispensable à la pérennité d’un « Etat juif ».
Mais c’est sur le front idéologique que se joue l’essentiel. Il faut distinguer les musulmans de l’islam, et l’Islam-civilisation de l’islam-religion. Il faut appliquer la même rigueur critique à l’Islam qu’à l’Occident, et à l’islam qu’à toutes les autres religions, croyances et doctrines. Aux musulmans, il faut imposer de ne plus se vouloir supérieurs aux non-musulmans, et de reconnaître aux autres les droits qu’ils demandent pour eux-mêmes, en particulier dans les pays où ils sont dominants – c’est une condition de leur crédibilité.
A MOYEN ET PLUS ENCORE À LONG TERME, SEULE L’ÉDUCATION POURRA ENRAYER LA DIFFUSION DES MULTIPLES INCARNATIONS DE L’ISLAM POLITIQUE.
Esclavage, croisades, colonisation: rétablir des vérités historiques
Sans opposer une propagande à une autre, il faut rétablir le plus objectivement possible la vérité historique. Par exemple, il n’est plus tolérable de lire dans des livres d’histoire pour enfants que les européens « ont conquis des territoires » alors que les musulmans « se sont étendus ». Il n’est plus acceptable d’entendre louer la tolérance d’Al Andalus en oubliant que Frédéric II du Saint Empire était au moins aussi tolérant envers ses sujets musulmans, tout comme les souverains des royaumes francs de Palestine et bien d’autres. Pourquoi ne jamais parler du sac de Rome par les Sarrasins en 846 ? Des raids barbaresques sur les côtes pour capturer des Européens et les vendre comme esclaves dans le Maghreb, ce qui dura tout de même jusqu’au XIXe siècle ? Pourquoi ne jamais dire que les croisades de Terre Sainte, contrairement aux croisades baltes, furent des guerres de reconquête et non pas de conquête ?
(...) Éducation toujours. La condamnation naïve et imprécise de « la violence » est contre-productive.
De même, plutôt que de refuser toute violence, il vaut mieux dire que même lorsque la violence est légitime elle ne l’est pas sous toutes ses formes. Même une cause juste ne justifie pas tout.
LA « NON-VIOLENCE »? QUELLE « NON-VIOLENCE »?
Sans ces nécessaires distinctions, tout appel à la « non-violence » n’est qu’un désarmement unilatéral. Pire, assimilant les victimes et les bourreaux, une telle « non-violence » dénie aux victimes le droit de se défendre, nie le fait que ce qu’elles ont subi n’est pas acceptable, et est donc à leur endroit d’une extrême violence.
(...) Seuls peuvent vivre en paix avec le reste du monde, des islams non seulement autorisant mais encourageant la prise de distance vis-à-vis de la lettre du texte coranique, et capables de reconnaître la légitimité d’autres religions et la validité d’autres modes de vie que le leur.
LA RÉSISTANCE MUSULMANE À L’ISLAM POLITIQUE EXISTE
Eh bien non ! Prenons un moment pour nous souvenir que le combat contre l’islam politique, et toute lecture littérale du Coran, est depuis longtemps porté par des musulmans : Abdennour Bidar, Kamel Daoud, Michel Renard, Leïla Babès et d’autres.
Nous ne devons avoir aucune complaisance envers la doctrine de l’islam, ni envers ceux qui la diffusent sous une de ses formes conquérantes et intolérantes. Mais il y a des musulmans de bonne volonté, il y a des musulmans qui rêvent d’un islam apolitique, qui voudraient un islam s’appuyant sur un Coran inspiré par le divin et non plus prisonnier d’un Coran dicté par lui. Voilà nos alliés dans la guerre que nous livrons.

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