jeudi 17 août 2017

Les bouquinistes des quais, patrimoine parisien en péril

Par Diane Lestage ( Figaro)

Sur les bords de la Seine, entourant l'Île de la Cité, ils sont un symbole de la culture française avec leurs livres anciens dans des boîtes vert «wagon». Mais leur métier traditionnel est menacé par la vente de souvenirs, internet, le terrorisme et l'aménagement des berges.
Paris ne serait pas Paris sans sa librairie à ciel ouvert qui s'étend sur trois kilomètres, du pont Marie au quai du François Mitterrand et du quai de la Tournelle au quai Voltaire. Exposés dans leurs boîtes vert «wagon» fixées sur les parapets, les livres anciens et d'occasion s'offrent aux passants. Mais le livre seul ne leur permet plus de vivre.
En pleine période estivale, Paris est envahi par les touristes qui se bousculent sur les quais de Seine. Les difficultés des bouquinistes se retrouvent de nouveau au cœur de l'actualité. Depuis quelque temps, ils ont été conduits à se tourner vers le commerce d'objets souvenirs de la capitale, comme les porte-clefs Tour Eiffel ou les cadenas pour amoureux. Or, ces articles sont aujourd'hui bien souvent davantage mis en avant que les livres. Pourtant, la réglementation stipule bien que les bouquinistes ont droit à quatre boîtes maximum dont une seule pour vendre des objets autres que des bouquins.
240 BOUQUINISTES EXPLOITENT 1.000 BOÎTES POUR ENVIRON 300.000 LIVRES
Depuis plusieurs siècles, les bouquinistes des quais participent ainsi au charme de la capitale française et attirent chaque jour de nombreux touristes. Ce métier - ancêtre des colporteurs - existe depuis le XVIe siècle et il est devenu un véritable symbole culturel de la ville, au même titre que Montmartre ou Notre-Dame, ce qui lui a permis d'être inscrit au Patrimoine de l'Unesco en 1991.
Après l'aménagement des quais, il a fallu attendre le XIXe siècle pour que des concessions soient mises en place par la ville. En 1900, lors de l'exposition universelle, la capitale comptait déjà 200 bouquinistes. Aujourd'hui, plus d'un siècle plus tard, la ville de Paris en recense à peine quarante de plus, exploitant près de 1.000 boîtes pour un total d'environ 300.000 livres.
(...) Aucune compétence particulière n'est requise par la ville qui reçoit des demandes toute l'année.

OBLIGATION D'OUVRIR AU MOINS QUATRE JOURS PAR SEMAINE
L'emplacement est gratuit, ce qui fait du bouquiniste le seul commerçant parisien à ne payer ni taxe, ni loyer. Cependant, ces derniers ont l'obligation d'ouvrir au moins quatre jours par semaine, sauf s'il y a des intempéries. Même en cas de force majeure, les bouquinistes doivent prévenir par écrit la mairie de Paris de leur désir de prendre des congés.
La précarité de métier en fait une véritable profession de passionnés qui offrent à leur clientèle une part du patrimoine littéraire français. Un argument que l'on entend souvent près des boîtes. «Il fait froid l'hiver, on respire la pollution, si je n'étais pas animé par la littérature, je me serais reconverti depuis longtemps.» Cette offre culturelle en plein air attire les chineurs à la recherche de raretés, de cartes postales anciennes, de gravures, ou Unes de revues. Mais si la clientèle se rend sur les quais, c'est aussi pour solliciter plus particulièrement le rapport humain et la discussion. C'est bien connu, les bouquinistes ont toujours de belles anecdotes à raconter.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INTERNET A TUÉ LES BOUQUINISTES 

A Paris, chaque fois que ferme une bouquinerie, elle est remplacée par une boutique de fringues. Faut-il y voir une métaphore de notre société de plus en plus matérialiste? Apparemment les boîtes de bouquinistes survivent en se prostituant à l'objet souvenir pour touriste inculte. Encore un indice du changement que nous impose la civilisation mondialisée qui envahit tout. A Bruxelles, comme partout ailleurs, les bouquinistes se font rares. Au coeur du vieil Ixelles, à deux rues de la mythique Borgne Agasse, à l'angle de la rue de la Tulipe et de la rue Longue vie s'est ouverte une bouquinerie, plutôt rouverte , tenue par un professeur retraité tout à fait charmant qui tient salon dans sa boutique et est passionnant à écouter, lui aussi.
Une initiative à soutenir.
MG


                                                          Librairie Impressions

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