mardi 26 septembre 2017

«Je te promets un miracle»: la chronique de Vincent Engel


VINCENT ENGEL
La fresque murale réalisée par Johan Muyle à la gare du Nord à Bruxelles est un chef-d’œuvre qu’il convient de redécouvrir alors que des centaines de réfugiés errent dans le quartier, privés de l’assistance et de la considération humanitaire la plus élémentaire.

  
En 2003, il y a presque 15 ans, l’artiste Johan Muyle achevait une stupéfiante fresque murale, dans le quartier de la gare du Nord à Bruxelles. Une fresque de 1.600 mètres carrés représentant 44 portraits (dont certains sont animés) d’artistes belges, amis du peintre (de Benoît Poelvoorde à Yolande Moreau, en passant par Jean-Pierre Verheggen et Michelle Anne De Mey. Aujourd’hui, des dizaines de migrants croupissent au pied de cette fresque et redoutent, jour après jour, les descentes policières. Ironie amère de la situation : le titre de la fresque. « Je vous promets un miracle »… Il est temps.
Oui, certains vont encore rugir et foncer sur les commentaires pour m’agonir d’injures ou m’envoyer cet argument imparable : «  Si tu veux soutenir les réfugiés, t’as qu’à en prendre chez toi !  » Et pourtant, je persiste et signe, car la situation qu’endurent ces hommes, ces femmes et ces enfants est intolérable et représente une atteinte inacceptable à la dignité humaine, qui est ce que, au minimum, nous partageons avec eux. Il faut le dire et le redire : ces personnes fuient la guerre et des menaces de mort. Selon les conventions internationales que notre pays a signées, que notre Culture Occidentale est si fière d’avoir imposées à un monde « barbare », nous DEVONS les accueillir et leur porter assistance ; au lieu de quoi, ces réfugiés (qui ne sont pas migrants) vivent dans une précarité dont nous ne voudrions pas pour nos animaux de compagnie. Ils dorment dans la rue, sous des cartons – et encore, quand ils osent installer ces cartons, les opérations de police impromptues leur imposant de dormir leur sac sur le dos pour pouvoir fuir le plus rapidement possible.
Cet accueil et cette prise en charge ne peuvent pas être supportés uniquement par des individus ou des associations non gouvernementales (pour répondre à l’argument imparable ci-dessus). D’abord, parce que les personnes qui viendraient en aide aux réfugiés risquent elles aussi, dans certains cas, des poursuites judiciaires. Ensuite, parce qu’il s’agit d’une responsabilité collective. L’État doit assumer les obligations issues des engagements légaux qu’il a pris au nom des citoyens qu’il représente. S’il y a quelque grandeur héroïque à compter les rares citoyens dignes et responsables dans une société qui se délite, comme Abraham argumentait auprès de Dieu désireux de détruire les villes pécheresses, il y a, avant d’en arriver à une telle extrémité, une première exigence : que des citoyens, les plus nombreux possible, alertent les pouvoirs publics et demandent qu’ils prennent en main, dans la dignité et le respect des traités internationaux, l’accueil de ces réfugiés.
DES VALEURS UNIVERSELLES
Dans le climat du multiculturalisme et du relativisme qui sévit actuellement, il devient difficile de défendre l’existence de valeurs universelles. Tout serait « culturel », n’est-ce pas ? Et rien n’est plus important que de respecter les « spécificités culturelles » des autres cultures. Si telle pratique l’excision, la peine de mort, la torture, l’interdiction de la liberté d’expression, à quel titre nous opposerions-nous à elle, puisque c’est « culturel » ?
Je m’inscris résolument en faux contre cette position. Il y a peu de valeurs universelles, mais il y en a, dont bénéficient aussi ceux qui les nient (par principe). La dignité humaine – qu’il faudrait d’ailleurs, comme me le faisait remarquer un de mes étudiants de l’Ihecs, élargir à la dignité du vivant – est à mes yeux la première de ces valeurs. C’est au nom de la dignité, comme l’écrit Camus dans L’homme révolté, que l’on s’insurge contre une situation qui bafoue cette dignité. «  Je me révolte, donc nous sommes  », dit encore Camus : cela signifie que la révolte est un acte individuel, que l’on ne peut déléguer à personne (il ne suffit pas de verser 10 € à Amnesty pour se révolter), mais qui implique l’ensemble des personnes touchées par l’injustice qui suscite ma révolte.
La dignité vise d’abord les conditions de vie : un toit, de la nourriture, de la chaleur, des vêtements, l’accès à l’hygiène et aux soins… Ensuite, elle implique la sécurité et la justice, l’éducation et les libertés fondamentales. Toutes choses dont sont privés les réfugiés, qui doivent de surcroît supporter tous les fantasmes propagés par les populistes et les extrémistes sur « les vagues », le « flux », la « déferlante » (je renvoie à mes chroniques précédentes qui démontent ces chiffres absurdes et rappellent que nous ne devrions accueillir qu’une marge infime des réfugiés des guerres – dont nous sommes souvent responsables –, puisque la majorité cherche refuge au plus près de chez eux, et que ce « flux » ne représente pas 0,2 % de la population européenne).
Au lieu de quoi, des tribuns fascisants comme Orban continuent à se prétendre les chevaliers sauveurs de l’Europe en bâtissant des murs ignobles, et chez nous, les politiques ont trop peur de perdre le peu d’électorat qu’il leur reste en adoptant les mesures élémentaires pour éviter les scènes de détresse et d’inhumanité que nos concitoyens, qui passent devant la gare du Nord, finissent par ne même plus remarquer. Jusqu’à notre Theo Francken qui multiplie les actes et les paroles infamantes sans susciter la réprobation de ses partenaires gouvernementaux, alors même qu’il bafoue ouvertement les valeurs du véritable libéralisme. Et c’est lui qui s’insurge lorsqu’on le représente vêtu d’un uniforme nazi…
MIRACLE : COUR OU PROMESSE ?
Ce hiatus a sauté aux yeux d’un autre de nos artistes, et non des moindres : Lorent Wanson, acteur et metteur en scène, qui compte à son palmarès certains chefs-d’œuvre du théâtre engagé belge (comme les récents et magnifiques Lehman’s trilogy, Le porteur d’eau, L’aube boraine, Les Bas-fonds…) Devant cette fresque superbe de Johan Muyle, qui met en valeur certains de nos plus grands artistes, se décline l’inhumanité quotidienne de nos temps égoïstes. «  L’art, écrivait encore Camus, est la distance que le temps donne à la souffrance.  » L’indifférence aussi. Un art qui se fige nourrit l’indifférence ; un art qui s’anime la combat. Mais la fresque de Muyle a perdu de son animation, semble-t-il ; ces beaux visages ne voient pas ce qui se déroule devant eux, pas plus que les passants qui défilent et détournent le regard. Ce n’est évidemment pas la faute de Johan Muyle ou des artistes qu’il a élus ; mais ne peuvent-ils pas se ranimer pour agir ? C’est en tout cas ce que tente de faire Lorent Wanson, cet homme à la sensibilité d’écorché que l’injustice tourmente sans relâche. Ce dimanche 24 septembre, de 11 à 13 heures, il convie un maximum d’artistes belges à rejoindre, Gare du Nord, ces réfugiés, pour ranimer la fresque et son titre : « Je te promets un miracle ». Parce que, sans doute, il faudra un miracle pour changer non seulement les pratiques de nos politiques, mais aussi (et surtout) les mentalités des gens face aux réfugiés. Mais dans ce titre et ce projet, tous les mots comptent : les miracles n’existent pas, peut-être, mais les promesses bien. Promettre un regard, de la considération, la prise en compte de besoins fondamentaux, la défense de droits inaliénables. Promettre que nous ne laisserons pas notre société glisser vers une dictature qui ne dit pas son nom et devenir plus injuste encore, plus égoïste. Promettre à ces êtres humains qui cherchent à vivre que l’on ne laissera pas leur dignité être ainsi piétinée.


NO COMMENT:RESPECT


PLUS D'UN HUMAIN SUR 3 SERA AFRICAIN EN 2100

Marie GathonJournaliste Levif.be
Source: Slate
Plus d'un humain sur 6 vit en Afrique aujourd'hui, soit plus d'un milliard. Selon les projections des Nations Unies, le continent devrait compter 2,5 milliards d'habitants en 2050 et plus de 4 milliards d'ici 2100.
     
© iStock
Un tel taux de croissance de la population africaine s'explique par une plus grande quantité de naissances que de décès. Même si le taux de naissance a largement diminué ces dernières années sur le continent, on compte aujourd'hui 4,5 enfants par femme en moyenne, alors que le taux était de 6,5 il y a 40 ans et 5,5 il y a 20 ans. Cela reste un taux très élevé comparé au reste du monde. De plus, le taux de mortalité a fortement diminué, bien qu'il reste l'un des plus élevés au monde. Malgré cela, il y a aujourd'hui quatre fois plus de naissances que de décès en Afrique, rapporte Slate.
En 1981, les projections des Nations Unies en matière de population mondiale prévoyaient un accroissement de la population mondiale de 10,5 milliards d'ici 2100. Les chiffres publiés en juin 2017 annoncent 11,2, soit 0,7 de plus. Les projections de 1981 n'étaient donc pas si loin de la vérité, mais c'est plutôt la répartition des populations sur le globe qui a évolué. L'ONU prévoit ainsi que les populations d'Asie et d'Amérique latine croissent beaucoup moins.
Cela s'explique par le fait que le taux de fécondité sur ces deux continents a déjà commencé à baisser il y 30 à 40 ans. En Afrique par contre, les Nations Unies prévoyaient que ce taux diminue également au fur et à mesure que le niveau socio-économique augmenterait, ce qui a été le cas en Afrique du Nord et en Afrique australe, mais en Afrique intertropicale (ou centrale), si la baisse est entamée, elle se fait plus lentement que prévu.
LE CAS PARTICULIER DE L'AFRIQUE INTERTROPICALE
Dans cette partie du globe, le taux de fécondité diminue dans les villes et dans les milieux instruits.
Mais plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi le nombre de naissances diminue moins vite qu'ailleurs.
- Le développement économique : s'il a bien lieu, il n'est toujours pas équivalent à celui qui a engendré une grande diminution de la natalité en Asie et Amérique latine il y a quelques décennies.
- L'éducation des femmes : qui dit développement économique, dit investissement dans l'éducation. Les femmes instruites font moins d'enfants. L'éducation progresse en Afrique centrale, mais elle n'a pas encore atteint le même niveau que l'Asie et l'Amérique latine au moment où leur taux de natalité a commencé à baisser.
- Le partage des coûts : dans ces pays, les coûts liés aux enfants sont souvent partagés par un autre membre de la famille que les parents (oncle, tante, grands-parents), ce qui peut faciliter la décision d'en avoir beaucoup.
- La contraception : les familles rurales africaines souhaitent utiliser la contraception pour espacer les naissances, mais le manque de moyens des États rend leur accès difficile. Sauf quelques exceptions, les États ne sont pas persuadés de l'intérêt de limiter le nombre de naissances par famille et n'investissent donc pas dans la contraception.
Tous ces facteurs réunis font que comparé au reste du monde, la population d'Afrique va continuer à croître rapidement. Et même si le taux de fécondité se met à diminuer rapidement, il faudra plusieurs décennies pour que l'inertie démographique s'estompe.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CONTRÔLE DES NAISSANCES?

Il est clair que si rien n'est fait pour instaurer une limitation des naissances, "le trop plein" d'humanité se déversera immanquablement vers les régions démographiquement déficitaires de l'hémisphère nord, une diaspora qui est déjà largement entamée.
Curieusement, on n'envisage jamais d'un politique de contrôle des naissances. Les Chinois s'y étaient essayés avec un certain succès. Mais pour l'Afrique, la chose semble tabou.
Il n'est pas impossible qu'avant la fin du XXIème siècle le continent européen se soit partiellement africanisé.

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