dimanche 1 octobre 2017

Angela Merkel : le mandat de trop ?


Nicolas de Pape in Le Vif
Alors qu'on imaginait la reconduite très confortable de la Chancelière allemande aux commandes de la première puissance économique européenne en raison justement d'un bilan socio-économique gratifiant, voilà qu'Angela Merkel, sans toutefois mordre la poussière, essuie une défaite nette, descendue à 33% des votes. 
  
  
© Reuters
Son partenaire socialiste, le SPD ne tire guère mieux les marrons du feu de la Grande coalition en atteignant qu'un maigre 20,5%. Il en tire les conséquences en décidant de se refaire une santé dans l'opposition.
Les deux gagnants des élections sont l'AfD (Alternative für Deutschland) qui obtiendra plusieurs dizaines de sièges au Bundestag grâce à ses presque 13% et les libéraux du FDP (centre-droit) qui font en quelque sorte leur retour au parlement avec près de 11% des voix.
Même si un million de voix de l'AfD viendraient du SPD, la chancelière paie vraisemblablement sa promesse d'accueillir en Allemagne près d'1,5 million de réfugiés essentiellement syriens. Ses motivations demeurent à cet égard quelque peu obscures : générosité d'une femme sans enfants, fille de pasteur, ayant vécu le stalinisme est-allemand et traumatisée par le souvenir du nazisme ? Utilitarisme face à une pénurie de main-d'oeuvre criante dans les usines allemandes ?
Toujours est-il qu'Angela Merkel avait pris à l'époque l'Europe par surprise et renforcé les flots de migrants à travers les Balkans et l'Autriche au grand dam de ses partenaires européens peu préparés à cet exode. On se souvient du chaos dans les gares comme celle de Munich et aussi de l'affaire des agressions sexuelles à Cologne qui sont partiellement imputables à des demandeurs d'asile. Depuis, plusieurs villes allemandes connaissent à intervalle régulier ce type de problèmes.
Si l'Allemagne, en dénatalité dramatique, autour de 1,5 enfant par femme, connaît des pénuries de main-d'oeuvre, une politique d'immigration tablant sur l'exemple canadien basé sur un système à point lié au diplôme, à l'âge, au métier et aux capacités d'intégration du candidat à l'immigration aurait été plus adéquate plutôt que profiter d'une guerre civile sanglante dans le Grand Moyen-Orient.
Une réponse nataliste peut aussi être apportée au système allemand en manque de fécondité. Pauvre en crèche et en accueil de la petite enfance, l'Allemagne prive trop souvent les mères d'une carrière décente et les maintient anachroniquement dans le fameux "trois K" ("Kinder, Küche und Kirche" ou "enfants, cuisine et église"), représentation des valeurs traditionnelles dévolues aux femmes pendant le Troisième Reich.
L'AfD signe-telle le retour de celui-ci ? Il est outrageux de comparer ce parti populiste au Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, (NSDAP) d'Hitler comme il est odieux de présenter Theo Francken en officier nazi. Ceux qui font ces amalgames ne veulent rien connaître à la nature intrinsèque du nazisme et son cortège de massacres.
L'AfD n'en demeure pas moins un parti très ambigu. À l'origine créée par des profs d'unif et pas mal de transfuges de la CDU, le parti propose d'un côté des nostalgiques, comme Alexander Gauland, qui estiment que la Wehrmacht (l'armée allemande) a "fait du bon boulot" en 40-45 et qu'Hitler "n'avait pas tout faux" et, d'un autre côté, une aile modérée. Elle est incarnée par Alice Weidel, lesbienne élevant ses deux fils avec sa compagne et Frauke Petry qui vient de faire un pas de côté craignant, un peu à la manière de Florian Philippot, ex-vice-président du Front national, le retour des vieux démons.
Tandis que la classe politique belge et française se renouvelle drastiquement, Angela Merkel pourrait donc, à la manière de Margaret Thatcher démissionnée lors de sa troisième mandature, entamer le mandat de trop.
Un vaste chantier attend toutefois "Mutti" (Mère) et le président français Emmanuel Macron : la "Françallemagne" ou le retour du couple franco-allemand pour relancer le rêve européen. Leur vision commune pourrait toutefois renforcer les populismes si l'Union poursuivait une évolution hyper-centralisatrice à contre-courant du modèle choisi par beaucoup d'États membres y compris l'Allemagne d'ailleurs. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MANDAT DE TROP? PAS SÛR! 

Et si au contraire, c'était pour elle le moment de se profiler en grande européenne? Conrad Adenauer, Helmut Kohl, deux grands chanceliers tous les deux CDU comme elle et qui sont ses modèles se sont profilés sur la scène européenne. Alors pourquoi pas Angela qui a dès à présent montré à Macron l'Européen qu'elle était prête à soutenir ses efforts hardis de relance. "Un vaste chantier attend  "Mutti" et le président français Emmanuel Macron : la "Françallemagne" ou le retour du couple franco-allemand pour relancer le rêve européen".  Autre indice, le coriace ministre des finances quitte son poste pour présider le Bundestag. 
Wait and see ou comme on dit en allemand "abwarten und Thee trinken".
MG



L’EUROGROUPE PERD WOLFGANG SCHÄUBLE, SON MENTOR 

Le départ de l’Allemand, qui va prendre la tête du Bundestag, va modifier les rapports de force au sein du cercle des ministres des finances de la zone euro, qu’il a longtemps dominé.
LE MONDE 
 
C’était il y a une dizaine de jours, à Offenburg, dans le Bade-Wurtemberg, une ville frontalière proche de Strasbourg. Tout le gratin de la CDU, à commencer par Angela Merkel, s’était déplacé pour y fêter les 75 ans de Wolfgang Schäuble, ministre fédéral des finances. Pilier de la politique allemande depuis plus de trente-cinq ans et véritable mentor de l’Eurogroupe, ce club aussi fermé que puissant des grands argentiers de la zone euro.
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, n’avait que dix minutes pour saluer le parcours de son « ami », mais il y a mis tout son cœur, concluant son allocution par un vibrant : « Après tout ce que tu as vécu et fait vivre aux autres, après tout ce que tu as enduré, tu es quelqu’un qui a rendu le monde meilleur, et bien peu de gens peuvent s’en prévaloir. » L’hommage sonnait déjà comme un adieu.
Mercredi 27 septembre, le parti conservateur a annoncé le départ de M. Schäuble, pressenti pour la présidence du Bundestag. Durant huit ans au ministère des finances, ce juriste fut aux avants-postes de la crise des dettes et a su gérer les intérêts nationaux d’une main de fer, au point d’incarner à lui seul l’inflexibilité allemande.
INTRANSIGEANCE
La perte de son doyen, autant craint qu’admiré – pour son expérience et son courage physique depuis l’attentat dont il a été victime en 1990 –, va t-elle accélérer la mue de l’Eurogroupe ? Faciliter les réformes voulues par le président Macron ? Pas sûr. « On sait qui on perd, on n’a aucune assurance sur celui [celle] qui le remplacera », prévient un proche de l’Eurogroupe.
Il est vrai que M. Schäuble a montré à l’égard de la Grèce une très grande intransigeance, refusant tout arrangement avec le gouvernement de la gauche radicale d’Alexis Tsipras en 2015, s’arc-boutant contre un allégement substantiel de l’énorme dette publique hellène.....





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