mardi 3 octobre 2017

Catalogne: la Commission européenne sort de sa réserve


Le Soir
Référendum en Catalogne
Elle appelle à cesser la «confrontation». 


Au lendemain d’un référendum marqué par des violences en Catalogne, la Commission européenne est sortie prudemment lundi de sa réserve, rejetant la violence comme «instrument en politique» et appelant «tous les acteurs» à passer «de la confrontation au dialogue».
«Au regard de la Constitution espagnole, le vote d’hier en Catalogne n’était pas légal», a rappelé devant la presse le porte-parole de l’exécutif européen, Margaritis Schinas, réitérant la position habituelle de Bruxelles, en ligne avec celle de Madrid. Mais après ce préalable, la Commission est allée plus loin qu’elle ne se l’était jusqu’ici autorisé. «Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue», a déclaré M. Schinas, lisant un communiqué. «La violence ne peut jamais être un instrument en politique», a-t-il ajouté.
Il s’est toutefois refusé à répondre à la question de savoir si la Commission condamnait spécifiquement les violences policières qui ont fait de nombreux blessés dimanche en Catalogne, où 10.000 membres des forces de l’ordre avaient été envoyés en renfort selon le journal El Pais.
Concernant son appel au dialogue, la Commission a assuré faire «confiance au ‘leadership’ du Premier ministre Mariano Rajoy pour mener ce processus, en plein respect de la Constitution espagnole». Tout en ajoutant qu’il fallait aussi respecter «les droits fondamentaux des citoyens qui y sont inscrits».
AFFAIRES « INTERNES »
Pressée de questions ces dernières semaines, la Commission avait jusque-là systématiquement esquivé en martelant son «respect de l’ordre constitutionnel espagnol».
Elle avait aussi répété son attachement scrupuleux à «la doctrine Prodi», du nom de l’Italien Romano Prodi, ancien président de la Commission, qui avait établi en 2004 qu’un Etat né d’une sécession au sein de l’UE ne serait pas automatiquement considéré comme faisant partie de l’Union.
Du côté des capitales européennes, très réticentes à commenter des affaires décrites comme «internes», de rares voix sont sorties d’un silence embarrassé, après les violences ayant émaillé le vote de dimanche.
LA BELGIQUE BRISE LE SILENCE
Le gouvernement belge, où les nationalistes flamands de la N-VA occupent des postes clés, a eu les mots les plus directs. «La violence n’est pas la réponse, nous condamnons toute forme de violence et réitérons notre appel au dialogue politique», a lancé dimanche le Premier ministre belge Charles Michel, applaudi par les ministres indépendantistes flamands de sa coalition.
«Inquiet de la situation», le Premier ministre centriste slovène Miro Cerar a lui aussi appelé «au dialogue politique» et à des «solutions pacifiques».
Sans surprise, la Première ministre écossaise, favorable à l’indépendance de l’Ecosse, avait appelé dimanche l’Espagne «à changer de cap avant que quelqu’un ne soit grièvement blessé».
MÉDIATION
Selon le politologue Hendrik Vos, la retenue européenne observée jusqu’ici sur la situation en Espagne est liée «au fait que Mariano Rajoy est membre du Parti populaire européen (PPE)» majoritaire au Parlement européen et dont est membre le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.
M. Rajoy «a fait savoir qu’aucune médiation n’était nécessaire, ce qui a pesé sur le fait que l’UE a détourné le regard», estime ce spécialiste des questions européennes. «Mais maintenant, il va y avoir une pression d’Etats membres et aussi de personnalités au sein du PPE» pour qu’une médiation ait lieu, a-t-il estimé.
La Commission n’a «pas un rôle à jouer à ce stade», a toutefois jugé lundi son porte-parole.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IMAGINONS... 

Imaginons un instant que Geert Bourgeois et /ou Bart De Wever organisent en Flandre un referendum sauvage sur l'indépendance de la Flandre. Quelle réaction attendons nous de Charles Michel premier ministre fédéral? Qu'il se résigne sans réagir? Qu'il lance le dialogue in extremis? Qu'il fasse donner les forces de police pour entraver le scrutin et tenter de l'annuler?
J'imagine que la majorité des lecteurs francophones exaspérés par les velléités flamingantes opteraient en faveur de l'intervention musclée.
Et qu'attendre alors de la réaction  de la Commission?
L'indignation, l'ingérence ou une attitude de neutralité bienveillante?
La Commission n'a pas à s'immiscer dans les affaires intérieures d'un pays. L'accuser de non agir est carrément insensé.
L'Europe n'est pas qu'une collection confédérale d'Etats nations  jaloux de leurs privilèges souverainiste. Elle est, selon nous, une fédération en devenir de régions plus ou moins autonomes soucieuses de dépasser le clivage entre nations. Mais il ne faudrait pas que ,comme en Belgique, la région riche refuse désormais  tout transfert de solidarité vers le partenaire affaibli.
C'est pourtant ce que nous lisons en filigrane des récents événements. L'Angleterre refusant toute forme de solidarité a opté pour le Brexit, l'Allemagne ne se montre guère généreuse par rapport à la Grèce mais la Bavière ne veut pas partager avec la Saxe qui se jette donc dans les bras de l'extrême droite. L'Italie du Nord n'a que mépris pour les Pouilles et la Sicile. La Catalogne n'est pas solidaire de l'Andalousie.  Comment dans te telles condition fédérer les atouts de l'Europe face aux aléas de la mondialisation?
Il est là le défi de Macron qui entend bien associer Mutter Merkel à son nouvel élan européen. On lui souhaite vraiment de réussir, tout en étant conscient combien ce sera difficile.
"Sauf surprise majeure, la coalition indépendantiste Junts pel si (« Ensemble pour le oui ») et la Candidature d’unité populaire (CUP, extrême gauche) devraient proclamer l’indépendance de la Catalogne mercredi 4 octobre"
Suspense!
MG 


L’ESPAGNE ET LA CATALOGNE PLONGENT DANS L’INCONNU
Le Monde 

Carles Puigdemont, le président catalan, veut enclencher le processus d’indépendance de la région après la victoire du oui au référendum, jugé illégal par le gouvernement espagnol. 
Et maintenant ? Le scénario des événements de dimanche 1er octobre était écrit d’avance. Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, avait prévenu qu’il ne laisserait pas s’organiser, au mépris de la loi et de l’autorité de l’Etat, le référendum sur l’indépendance de la Catalogne, interdit par la Cour constitutionnelle espagnole. Le président catalan, Carles Puigdemont, l’a maintenu envers et contre tout, au nom de la « légitimité populaire » et de l’« engagement » pris envers ceux qui ont porté au pouvoir la coalition indépendantiste en Catalogne, en septembre 2015.

L’escalade verbale entre les deux hommes, incapables d’engager un quelconque dialogue, annonçait ainsi depuis des mois un choc inévitable. Ce dernier a finalement eu lieu le 1er octobre lorsque la police nationale a chargé sur des Catalans qui voulaient ¬voter. Ses conséquences sont à présent ¬imprévisibles.
Le président de la Catalogne a laissé peu de place au doute quant à son intention de proclamer l’indépendance de la région espagnole dans le courant de la semaine. « En ce jour d’espoir et de souffrances, les citoyens catalans ont gagné le droit d’avoir un Etat indépendant sous la forme d’une république », a-t-il déclaré lors une allocution télévisée, avant même la publication des résultats, insistant sur les « atteintes aux droits et libertés » qui se sont produites dans la journée. A maintes reprises, dans son discours, il a mentionné l’Europe, demandant une médiation internationale. Mais il a aussi laissé entendre qu’il n’attendra pas celle-ci pour agir et qu’il « transmettra dans les prochains jours les résultats du scrutin au Parlement catalan, afin qu’il puisse agir conformément à la loi référendaire ».
« PROCESSUS LONG ET LABORIEUX »
D’après cette loi polémique, sorte de mini-Constitution liquidant à la fois la Loi fondamentale espagnole et le statut d’autonomie catalan, approuvée sans débat le 7 septembre au Parlement régional par une majorité simple et suspendue par le Tribunal constitutionnel, la sécession doit être proclamée dans les 48 heures suivant la publication des résultats, si le oui l’emporte.
. Selon leur programme s’ensuivrait ensuite un « processus constituant » de négociation entre les différents partis et avec l’Etat. Après plusieurs mois, le projet de Constitution qui en émanerait serait soumis à une nouvelle assemblée, dite constituante, formée après de nouvelles élections. Selon un dirigeant de Ciudadanos, le principal parti d’opposition, « le gouvernement catalan pourrait en quelque sorte essayer d’appliquer dès mercredi l’équivalent de l’article 50 pour le Brexit : l’ouverture d’un processus de négociation long et laborieux qui lui permettrait en fait de gagner du temps pour chercher des soutiens dans la communauté internationale et essayer de renforcer encore le bloc indépendantiste, en marge de la CUP, qui est un allié gênant pour son image… » 


Manifestations pour l’indépendance de la Catalogne, au lendemain du référendum d’autodétermination, à Barcelone le 2 octobre. YVES HERMAN / REUTERS




Quelle sera la réponse de Madrid ? Il semble improbable que Mariano Rajoy laisse passer une déclaration d’indépendance sans réagir. En cas de sédition, la loi lui permet de suspendre l’autonomie de la Catalogne et de prendre le contrôle de la police régionale, les Mossos d’Esquadra. La déclaration d’indépendance pourrait aussi conduire les juges à procéder à l’arrestation de Carles Puigdemont et des membres du gouvernement, déjà mis en examen pour détournement de fonds publics pour l’organisation du référendum. « Si cela se produit, l’Etat de droit aura vaincu mais le système politique de l’Espagne, celui des régions autonomes, aura perdu, affirme le journaliste Xavier Vidal-Folch, auteur de plusieurs ouvrages sur la question catalane. Et il faudra de nombreuses années pour le recoudreet réparer les fractures de la société. »
Les principaux syndicats ont appelé à une grève générale en Catalogne, mardi 3 octobre, pour protester contre les violences policières. Et les puissantes associations indépendantistes ont envoyé un avertissement à M. Puigdemont. « Nous attendons tout de votre engagement : Président, ne nous faites pas défaut », a déclaré dimanche soir devant une foule enthousiaste, place de la Catalogne, à Barcelone, Jordi Sanchez, le président de l’Assemblée nationale catalane (ANC), à l’origine des manifestations monstres qui ont lieu chaque année pour la Diada (la fête nationale catalane).

La fuite en avant des indépendantistes et le manque de vision du chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, cadenassé derrière une lecture uniquement juridique de la crise la plus grave qu’ait connue son pays en quarante ans de démocratie, font craindre le pire. Persuadé que la reprise économique ramènerait les Catalans « à la raison », et que les divisions internes au sein du bloc indépendantiste feraient exploser leur fragile unité, M. Rajoy a attendu que le temps règle les choses. La seule proposition que sont prêts à accepter les indépendantistes est l’organisation d’un véritable référendum d’autodétermination légal. Le temps des négociations sur le système de financement et l’amélioration du statut d’autonomie est passé, disent-ils. « Celui qui renonce à l’indépendance meurt immédiatement politiquement », affirme un dirigeant de la Gauche indépendantiste catalane (ERC).
« UNE SIMPLE MISE EN SCÈNE »
Dimanche soir, M. Rajoy, lors d’un discours froid, a répété « qu’il n’y a pas eu de référendum en Catalogne, mais une simple mise en scène », se félicitant d’avoir appliqué « la loi, rien que la loi », comme s’il avait remporté une victoire.
C’est une erreur. Ni Madrid ni Barcelone ne sortent vainqueurs ce 1er octobre. Le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, est certes parvenu à faire descendre dans la rue des milliers de Catalans pour voter à son référendum d’autodétermination unilatéral. Mais il s’est agi d’un simulacre dépourvu des garanties démocratiques minimales, avec des urnes opaques et un programme informatique défaillant qui a permis à ceux le souhaitant de voter à plusieurs reprises. Ce scrutin illégal s’est soldé par un résultat digne d’une république bananière : 90 % de oui à l’indépendance, avec un taux de participation de 42,3 % (2,26 millions de personnes).
Quant à Mariano Rajoy, sa défaite est double. Non seulement il n’est pas parvenu à empêcher le vote, comme il s’y était engagé, mais il a perdu la bataille morale. Les images des charges policières ont fait le tour du monde et donné aux indépendantistes de nouveaux arguments.





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