lundi 30 octobre 2017

Catalogne : retour sur trois jours de tensions maximales


Par   Blandine Le Cain  Figaro

CE QU'IL FAUT SAVOIR - Après la journée riche en événements de vendredi, les opposants à l'indépendance ont occupé le terrain dimanche. Si vous avez manqué certains développements ou avez du mal à comprendre où en est l'Espagne, voici un rappel des principaux éléments à retenir.
VENDREDI, MISE SOUS TUTELLE ET DÉCLARATION D'INDÉPENDANCE
• La Catalogne est désormais sous la tutelle de Madrid
Le gouvernement espagnol a été autorisé par le Sénat à intervenir directement dans la région dans des domaines qui ne lui sont habituellement pas réservés, au titre de l'article 155 de la Constitution. Vendredi soir, le premier ministre conservateur a annoncé la destitution du président catalan Carles Puidemont, la dissolution du Parlement régional, ainsi que l'organisation d'élections le 21 décembre.
Samedi, les décrets d'application de cette mesure exceptionnelle ont été publiés. Ils prévoient que Mariano Rajoy et la vice-première ministre, Soraya Sáenz de Santamaría, assument désormais les «fonctions et compétences» du président catalan, sans en avoir, donc, ni le titre, ni la charge. Les porte-feuilles de conseillers de la Généralité - l'équivalent de ministres - seront gérés par les membres du gouvernement de Mariano Rajoy.
• Le Parlement catalan a déclaré l'indépendance
Peu avant la validation formelle de la tutelle de Madrid par le Sénat, vendredi après-midi, les députés indépendantistes ont adopté une résolution déclarant que la Catalogne devient un État indépendant. Cette décision n'est évidemment pas reconnue par Madrid. De nombreux autres États européens ont également fait savoir qu'ils ne reconnaissaient pas cette déclaration et que la situation devait être gérée au sein de l'Espagne.
Pour rappel, la validation formelle de la mise sous tutelle de la région a été décidée après ce vote, mais elle avait été enclenchée bien avant, dès le 21 octobre.
» LIRE AUSSI - L'Espagne met sous tutelle une Catalogne proclamée indépendante
SAMEDI, L'OPPOSITION DE CARLES PUIGDEMONT
• Le président catalan destitué appelle à une «opposition démocratique»

Sans ouvertement s'exprimer sur sa destitution, Carles Puigdemont a dénoncé, dans une allocution télévisée enregistrée, «une atteinte contre la volonté des Catalans» avec l'article 155, contre lequel il appelle à une «opposition démocratique». Devant un drapeau catalan et un drapeau européen, l'indépendantiste a affirmé qu'il allait «continuer à travailler pour construire un pays libre», invitant les Catalans à «être patients, persévérants et d'avoir de l'espoir» et à refuser la violence.
• Des défenseurs de l'unité de l'Espagne manifestent à Madrid

Des milliers d'unionistes se sont rassemblés à Madrid, dans le cadre d'un rendez-vous fixé avant la mise sous tutelle et la déclaration d'indépendance, pour «défendre l'unité de l'Espagne» et dire «non» à la sécession de la région. Certains ont brandi des pancartes «Puigdemont en prison».
DIMANCHE, RASSEMBLEMENT ANTI-INDÉPENDANCE À BARCELONE ET MATCH DE FOOT
• Une manifestation unioniste à Barcelone
Les partisans du maintien de la Catalogne dans l'Espagne se sont rassemblés ce dimanche à Barcelone pour une manifestation à l'appel de l'association La Société civile catalane, qui défend le lien entre la Catalogne et l'Espagne. Avec succès puisque la police municipale a dénombré 300.000 personnes, la préfecture, 1 million, et les organisateurs, 1,3 million. L'appel était assorti de deux mots: «coexistence» et surtout «seny», le «bon sens» dont sont censés savoir faire preuve les Catalans. Au début du mois, le mot d'ordre de la manifestation organisée par l'association était déjà «Retrouvons le seny».

• Un match de foot emblématique
Dimanche après-midi se tenait un match de football hautement symbolique entre le Girona FC et le Real Madrid. Le premier est le club de cœur du président destitué Carles Puigdemont, qui fut maire de la ville de Gérone, commune séparatiste où s'est déroulé le match, de 2011 à 2016. Le Real Madrid compte de son côté Mariano Rajoy parmi ses fervents supporters, nombreux en Espagne. Il est par ailleurs directement lié à la monarchie espagnole dans son organisation. C'est le Girona FC qui a remporté la partie (2-1), suscitant une grande ferveur chez ses supporters, qui y ont vu un signe du destin.
• Et maintenant?
La question est dans toutes les têtes après l'activation de l'article 155 par le gouvernement central, qui a suspendu l'exécutif catalan et placé la Généralité sous administration directe de Madrid. Les autorités catalanes destituées vont-elles vouloir conserver leurs postes ou vont-elle laisser le gouvernement reprendre les choses en main? L'ex président Carles Puigdemont n'a pas été clair sur ses intentions. Il a appelé samedi à une «opposition démocratique» sans préciser plus amplement sa position. Une clarification est à attendre. L'ex vice-président a expliqué qu'il allait falloir prendre «des décisions difficiles». De son côté, le premier ministre Mariano Rajoy doit réunir lundi le Parti populaire, son mouvement, afin d'évoquer le cas catalan et les élections prévues au mois de décembre. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POURQUOI JOUER AVEC LE FEU? 

Il existe des situations dites de win/win. Ici on a carrément affaire à un lose/ lose en raison de l'évidente médiocrité et surtout de l'obstination obtuse des deux protagonistes aussi différents l'un de l'autre que Quichotte et Pansa. Carles Puigdemont a voulu faire bouillir la marmite et il y est superbement parvenu tout en étant incapable de gérer le chaos qu'en apprenti sorcier il a déclenché. C'est pathétique. Carrément terrifiante, la rigidité de Mariano Rajoy renvoie inconsciemment à l'aveuglement franquiste.
Le bon sens-«Retrouvons le seny»- est du côté du peuple catalan.
Contrairement au peuplades belges, les Ibères ont le sang chaud et guère la passion du compromis. Ceci risque de leur coûter fort cher et aussi à notre chère Europe.
MG



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