mardi 24 octobre 2017

En République tchèque, le succès tonitruant des partis populistes

Par  Laure Mandeville  fIGARO


Le milliardaire Andrej Babis a remporté une large victoire aux législatives tchèques de vendredi et samedi, avec son discours anticorruption et anti-euro.
LA VAGUE DE RÉBELLION POPULISTE QUI TRAVERSE L'EUROPE D'OUEST EN EST ET DU NORD AU SUD, CONTINUE DE FRAPPER.
Ce samedi, c'est à Prague qu'elle est venue bousculer l'ordre des partis traditionnels, lors de législatives qui ont vu l'Association POUR DES CITOYENS MÉCONTENTS (ANO) du milliardaire Andrej Babis l'emporter haut la main sur tous les autres partis, avec quelque 30% des suffrages. Ce samedi, cet homme d'affaire rusé - qui promet de nettoyer les écuries politiques de la corruption et de lutter plus efficacement contre le diktat de Bruxelles, mais sur lequel pèse une mise en examen pour détournement de subventions européennes et une enquête sur sa supposée collaboration avec la police politique à l'époque communiste - est arrivé grand vainqueur du scrutin.
L'autre «surprise» du scrutin a été la percée très substantielle du parti d'extrême droite SPD et de son chef Tomio Okamura, un citoyen nippo-tchèque qui a engrangé plus de 11% des voix - un résultat qui le met à égalité avec le parti conservateur de la Démocratie civique ODS (11%), seul parti traditionnel à ne pas s'effondrer contrairement au parti social démocrate CSSD. Ce dernier, qui dominait le précédent gouvernement, subit une écrasante défaite avec un score divisé par trois, en comparaison avec les précédentes élections (à peine plus de 7%). Les communistes ont également perdu des points, plafonnant à 8%.
Okamura: «Je voudrais remercier tous les citoyens de République tchèque qui ont voté pour nous. Je suis heureux que nos idées et notre programme qui visent à introduire la démocratie directe, à arrêter l'islamisation de la République tchèque et à stopper tout accueil de migrants aient bénéficié d'un si grand soutien», a-t-il lancé, notant que son score était d'autant plus inespéré que la presse avait été «très partiale» à l'encontre de son mouvement, «mentant à son sujet et ne l'invitant que très rarement sur les plateaux».
Dans une interview à paraître dans Le Figaro, Okamura a également insisté sur son intention de promouvoir l'idée d'un référendum de sortie de l'Union européenne, comme l'une de ses premières priorités. Il s'est déclaré favorable à la mise en place d'un modèle d'armée territoriale défensive semblable à celui de l'armée suisse ou autrichienne, expliquant vouloir aller potentiellement à terme vers une sortie de l'Otan! Il a aussi exprimé son approbation du retour de la Crimée dans le giron russe, et défendu l'idée d'une bonne relation avec Moscou, un discours rappelant beaucoup celui de Marine Le Pen, pour laquelle il a dit «son amitié».
Les reporters tchèques présents se disaient inquiets et choqués du résultat de l'élection, s'étonnant de la force de la vague populiste «alors que le pays va bien économiquement», et du succès des slogans anti-islam et anti-immigration d'Okamura. «Il n'y a pas de musulmans dans ce pays, comment peut-on parler de l'islamisation, s'interrogeait la journaliste de télévision Anna Kadava. «Ce qui est inquiétant chez tous ces populistes, c'est qu'ils n'ont pas de principes ; ils iront dans le sens du vent, par opportunisme», notait pour sa part le journaliste de la télévision tchèque Jiri Vaclavek. Un vieux journaliste, auteur d'un site web, se refusait toutefois à valider cette vision critique, expliquant que le terme populiste était trompeur et que le vote actuel exprimait plutôt le désir de sanctionner des élites qui ne pensent plus au peuple.
La grande question qui se pose est de savoir quelle approche va désormais avoir l'homme d'affaires Babis, dans ses négociations avec les autres formations en lice. Ira-t-il vers une alliance avec les conservateurs traditionnels de l'ODS, option qui indiquerait sa volonté de calmer le jeu et de pratiquer un euroscepticisme musclé, mais plus prudent qu'annoncé? L'ODS a commencé par dire qu'une coalition avec Babis était hors de question, mais une source informée, qui participe apparemment depuis des semaines à des négociations en coulisses entre ANO et la Démocratie civique, affirmait le contraire. S'il échoue à s'entendre avec les conservateurs, Babis pourrait chercher alliance avec d'autres partis, dont le SPD d'Okamura, qui est resté très flou sur ses conditions, décrivant une situation «complexe» et ouverte. Le milliardaire pourrait aussi décider de gouverner avec un «gouvernement minoritaire» en s'appuyant au coup par coup sur tel ou tel partenaire. Quelque neuf partis ont rejoint le parlement, un nombre record dans l'histoire de la République tchèque. Ce qui veut dire qu'une négociation faite de grands marchandages s'est ouverte tous azimuts, «une spécialité locale qui pourrait durer», à en croire un diplomate européen.
Parmi les autres partis ayant réussi une percée, il faut noter le très beau score du parti anti système Piraty, une formation pro-européenne, qui prône la démocratie directe et l'utilisation d'internet pour favoriser la transparence politique, et qui a rassemblé beaucoup de jeunes. Les chrétiens démocrates, les Maires et indépendants, et enfin Top 09, une formation dirigée par un ancien proche de Vaclav Havel, accèdent aussi à la chambre des députés, passant de justesse le seuil des 5%. «Il paraît difficile de savoir ce qui va sortir de tout ça. Avec la présence de nombreux partis antisystème, on pourrait entrer dans une période de grande instabilité», prédisait vendredi Eric Tabery de la revue Respekt.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN MAI 68 À L'ENVERS

Les résultats calamiteux des élections tchèques confirment après les élections allemandes et autrichiennes le virage "à droite toute" et surtout le raz de marée anti élites qui balaye l'occident.
Gros temps sur la démocratie européenne à la peine en ce moment.
Il se pourrait fort bien que l'on assiste en Europe à la lente mais irréversible agonie de la démocratie parlementaire. Tout se passe comme si le pendule repartait à la droite extême, comme dans les années trente. Assistons à un mai soixante huit à l'envers?
"the federal German elections has revealed that east-west divide is not simply between Germany and its post-communist neighbors, but at times within the west itself." Krastev NYT.
Assurément une ligne de fracture sépare la vieille Europe
"old Europe"  (Rumsfeld)  et l'Eurpe plus récente que composent les anciennes républiques soviétiques du vieux continent. La victoire  du jeune conservateur droitier autrichien  Sebastian Kurz (31 ans et l'ami déclaré Victor Orban) et celle du milliardaire Tchec Andrej Babis renforcent encore cette tendance.
Kurz  se prépare à négocier une coalition avec les radicaux droitiers, Babis également. Le radicalisme d'extrême droite a le vent en poupe et pas seulement à l'est. A l'ouest le pupulisme "anti elite" qui progresse de manière  dramatique pourrait , à terme menacer la démocratie.
30 années d'investissment lourds dans les anciens Länder de RDA n'ont pas suffi à créer une mentatilté allemande commune. Le fossé qui traverse l'Europe contine à diviser les mentalités allemandes.
Comment espérer dans ces conditions réussir l'unification culturelle en Europe?
Roger Cohen dans  The Guardian  : Looking at Europe today I hear Bob Dylan’s words: “Something is happening here but you don’t know what it is.” The something is a violent, reactionary current. It is a rightist, nativist, nationalist and, yes, “völkisch” reaction against globalization, against migration, against the disappearance of borders and the blurring of genders, against the half-tones of political correctness, against Babel, against the stranger and the other, against the smug self-interested consensus of the urban, global elite. (...) the most dangerous thing would be to fail to take these rightist, xenophobic currents seriously, to assume they will go away because logically they should; after all, the world has moved on.
Natalie Nougayrède  dans le même journal: The scale of the far-right vote in what was once East Germany as well as in Austria and Catalonia’s apparent march towards independence may look like they happened on separate planets – to be sure, they are fuelled by different political beliefs – but they all have to do with pent-up frustrations.
Frustrations? On se souviendra que ce sont les profondes frustrations résulant de l'intransigence du traité de Versailles qui ont conduit au renversement de la République de Weimar socialiste et permis a Hitler de prendre le pouvoir démocratiquement en 1933.
L'histoire est elle en train de se répéter à plus de 80 ans de distance?
MG


"NATIONALISM FEEDS ON A SENSE OF WOUNDED PRIDE AND HUMILIATION" HOW TO TACKLE THE CHALLENGE OF POST DEMOCRACY (COLIN CROUCH) 

Crouch describes post-democratic societies as institutions that are gradually reduced to a formal shell. "The energy and innovative drive pass away from the democratic arena and into small circles of a politico-economic elite."
Crouch states that we are moving towards such a condition for the following reasons:No common goals, globalization ( makes it almost impossible for nations to work out their own economic policy) , non-balanced debates: In most democratic countries the positions of the political parties have become very much alike, entanglement between public and private sector neoliberalism is privatizing public services. As a consequence: Fewer voters use their right to vote or they do vote but just don't expect much of it. Result: the rise who use the prevailing discontent. Private interest becomes increasingly influential in public policy.
"Notre société souffre d'une absence de débats"  Alain Touraine
Mais de quelle nature sont ses droites extrêmes qui attirent tant de frustrés et de malcontents?
MG


QUE PÈSE RÉELLEMENT L’EXTRÊME DROITE EN EUROPE ?
Le Figaro


DEPUIS 2001, L’EXTRÊME DROITE GAGNE DU TERRAIN SUR L’ENSEMBLE DU CONTINENT EUROPÉEN.
Les droites extrêmes et radicales européennes sont diverses, multiformes. Les plus folkloriques d’entre elles peuvent revêtir les oripeaux d’époques révolues. La plupart ont évolué. Elles sont les produits de leurs époques et se sont adaptées aux mutations géopolitiques. Elles ont opté pour des positions politiques qualifiées de nationales-populistes ou de néopopulistes. La volonté de créer un homme et une société nouvelle, en vogue dans la première moitié du siècle, a cédé sa place à la critique de l’État providence et la nostalgie du passé, à la lutte contre le multiculturalisme et aux revendications identitaires.
S’il n’existe pas d’internationale fasciste, il n’y a pas plus d’unicité des extrêmes droites en Europe, et surtout pas dans le temps. Il n’existe donc pas de définition unanime pour attribuer cette étiquette à un parti plutôt qu’à un autre. Quelques traits communs se dégagent tout de même tels que l’idée que la société se comporte comme un organisme vivant ou encore le souhait d’instaurer la préférence nationale. Chacune y rajoute ensuite, selon son histoire ou les réalités nationales, une demande d’ordre, de libéralisme, d’étatisme, le rejet de l’immigration et/ou du multiculturalisme. Pour expliquer le phénomène, l’article est ponctué par les décryptages du chercheur Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes droites, chercheur associé au CEPEL membre de l’Observatoire des radicalités politiques. Il est l’auteur, avec Jean-Yves Camus, du livre Les Droites extrêmes en Europe, paru en 2015.
PRINCIPAUX PARTIS ET LISTES ÉLECTORALES PRIS EN COMPTE DANS CETTE ÉTUDE.Allemagne: NPD, AFD, REP. Autriche: FPÖ, BZÖ, Team Stronach. Belgique: FN, VB, VU. Bulgarie: IMRO-BNM, IMRO-NIU, NIU, Ataka,BBT,NFSB. IMRO-BNM, Union patriotique, Patriotes unis, Renaissance, Volya. Chypre: ELAM. Croatie: HSB, HČSP, HDSSB. Danemark: DF. Espagne: AN, DN, FE, FE-JONS, MSR. Estonie: TEE, EKRE, ERL. Finlande: SVR, PS. France: FN, MNR, LdS. Grèce: XA, LAOS, EM, PG. Hongrie: JOBBIK, MIÉP. Irlande: CSP, DDI. Italie: LN, FT, FN, AN, FN, AS, MIS, Casapound, M5S. Lettonie: NA, LV, LNKK. Lituanie: LDP, JL. Luxembourg: ADR. Norvège: FrP. Malte: IE. Pays-Bas: PPV, Liste Pim Fortuyn, NR. Pologne: KNP, RN, SP, Kukiz15, Samoobrona, LPR. Portugal: PNR. République tchèque: UNK, NS. Roumanie: PRM, PRU. Royaume-Uni: Ukip, BNP, NF. Slovaquie: SNS, L’SNS. Slovénie: SNS. Suède: SD, SP, ND, NMR. Suisse: UDC.   
LE FIGARO. – PEUT-ON DÉFINIR CE QU’EST L’EXTRÊME DROITE ?
Nicolas LEBOURG. - L’«extrême droite» est un champ politique, avec une foule de courants. Le cœur de la vision du monde de l’extrême droite est l’organicisme, c’est-à-dire l’idée que la société fonctionne comme un être vivant. Les extrêmes droites véhiculent une conception organiciste de la communauté (que celle-ci repose sur l’ethnie, la race ou la nationalité) qu’elles affirment vouloir reconstituer de manière homogène. Elles cultivent l’utopie d’une «société fermée» propre à assurer la renaissance communautaire. Elles récusent le système politique en vigueur, dans ses institutions et dans ses valeurs. La société leur paraît en décadence et estiment que l’État aggrave la situation: elles s’investissent en conséquence d’une mission perçue comme salvatrice. Elles se constituent en contre-sociétés et se présentent en tant qu’ ÉLITE DE RECHANGE. Leur imaginaire renvoie l’Histoire et la société à de grandes figures archétypales (âge d’or, sauveur, décadence, complot, etc.) et exalte des valeurs irrationnelles non matérialistes (la jeunesse, le culte des morts, etc.). Enfin, elles rejettent l’ordre géopolitique tel qu’il est. Cette définition recouvre le champ large de l’extrême droite et donc inclut ceux qui aspirent à une reformulation autoritaire des institutions comme ceux qui souhaitent une révolution totale qui mettrait à bas l’ensemble des données héritées du libéralisme politique. Ces derniers forment «l’extrême droite radicale». Cette mouvance a émergé de la Première Guerre mondiale, et le fascisme en est le courant structurant, mais non unique. Aujourd’hui, en Europe, elle n’est guère développée que dans quelques cas, tels que les Hongrois de Jobbik ou les Grecs d’Aube dorée. En revanche, les «nationaux-populistes» et les «néo-populistes» ont le vent en poupe.
LE FIGARO. - QU’EST-CE QUE LE NÉO-POPULISME ?
Nicolas LEBOURG. - Les renouvellements des extrêmes droites sont fonction de ceux de l’ordre géopolitique. Le néo-populisme est une mue de l’après-11 septembre, et elle a été d’abord incarnée par le Hollandais Geert Wilders. Islamophobe avant tout, dénonçant les élites et faisant l’apologie des vertus du peuple, son PVV se veut le champion des libertés des minorités (gays, juifs, femmes) contre les masses arabo-musulmanes. Les choses ne sont pas des blocs, et il va sans dire que Marine Le Pen a su intégrer la mue néo-populiste dès son accession à la direction du FN, puis faire encore évoluer son parti en ce que je qualifie de «souverainisme intégral», tandis que Wilders s’était inspiré du national-populisme lepéniste lors des européennes de 2014.
LE FIGARO. - COMMENT EXPLIQUER QUE CERTAINS PAYS, À L’IMAGE DE L’IRLANDE OU DE L’ESPAGNE, NE SOIENT PAS TOUCHÉS PAR LA MONTÉE DE L’EXTRÊME DROITE ? L’HISTOIRE MONTRE QUE D’AUTRES NATIONS, LONGTEMPS ÉPARGNÉES, ONT ÉTÉ RATTRAPÉES D’UN SEUL COUP PAR LE PHÉNOMÈNE. UN BASCULEMENT PEUT-IL SE PRODUIRE DANS CES PAYS ?
Nicolas LEBOURG. - En Irlande, la construction de l’État-nation et le référentiel de la Guerre d’indépendance ne font pas débat : ne peut se structurer un mouvement rejetant le socle culturel sur lequel est construit le système politique. Or, nous avons vu que c’est l’une des conditions de l’existence de l’extrême droite. En Espagne et au Portugal, on a d’abord un effet de l’écroulement des dictatures. En Espagne, le Partido popular occupe tout l’espace du conservatisme. Il a été fondé à la fin de la transition démocratique (sous le nom alors d’Alianza popular) en accueillant tous les modérés du franquisme, privant de potentielles formations de tout oxygène en termes de cadres et de positionnement idéologique. Depuis les années 1980, des groupuscules tentent d’imiter le Front national français, mais c’était mal aisé dans un pays qui a longtemps eu une structure ethnique très stable. La progression du phénomène migratoire en Espagne, alliée au mouvement indépendantiste catalan, a conduit à la construction, en 2003, d’un mouvement catalaniste, national-populiste, identitaire et islamophobe : Platarferma per Catalunya, mais ce fut un nouvel échec. D’une part car le souvenir du franquisme et de sa répression des identités basque et catalane rend quasiment impossible de mener une formation d’extrême droite dans des autonomies connaissant de fortes dynamiques nationalistes. D’autre part car la société espagnole ne connaît pas la même crise culturelle et le même doute quant aux valeurs de l’humanisme égalitaire, notamment grâce au poids du catholicisme, qui y freine la socialisation du racisme.
Dans les anciens pays du bloc soviétique, la logique est différente. L’histoire n’est pas la même. Aux régimes fascisants de la guerre ont succédé de longues années de communisme. Depuis la chute du Mur et des démocraties populaires, le chemin emprunté par les droites, républicaines ou radicales, diffère parfois grandement de celui pris par leurs cousines de l’Ouest. Les questions de société ne sont pas les mêmes, ne serait-ce que parce qu’elles n’ont jamais été confrontées au multiculturalisme. La récente question des migrants a donc constitué une nouveauté pour nombre de pays, dont les derniers brassages de population remontaient à l’époque soviétique, et ne concernaient que des populations slaves. Par ailleurs, des interrogations ont pu naître autour des droites polonaises ou hongroises, dont les leaders ont annoncé vouloir mener «une contre-révolution culturelle» en Europe.
LE FIGARO. - LA MONTÉE DU NATIONAL-POPULISME ET DU NÉOPOPULISME INFLUENCE-T-ELLE LE RESTE DU SPECTRE POLITIQUE ?
Nicolas LEBOURG. - Des deux côtés de l’Atlantique, depuis quarante ans, se produit ce que l’on peut nommer dans le contexte français «la droitisation». Il s’agit d’un démantèlement de l’État social et de l’humanisme égalitaire, lié à une ethnicisation des questions et représentations sociales, au profit d’un accroissement de l’État pénal. Ce processus porte une demande sociale autoritaire qui est une réaction à la transformation des modes de vie dans un univers économique globalisé, financiarisé, dont l’Occident n’est plus le centre. La crise géopolitique (2001) a permis l’éclosion du néo-populisme. La crise financière (2008) a permis le succès de la mutation du national-populisme en souverainisme intégral. La crise migratoire (2015) a fini d’aligner les astres pour les extrêmes droites. La fureur des réseaux transnationaux du terrorisme islamiste enfin permet de relégitimer le principe «frontière = protection».
À CHAQUE CRISE DE LA GLOBALISATION DEPUIS LE XIXE SIÈCLE, L’EXTRÊME DROITE TROUVE UN RESSORT POUR PROPOSER LA VOIE DE L’ENCLOSURE COMME SOLUTION PROTECTRICE.
La montée en puissance de ce que l’on a pu nommer des «démocraties illibérales», ou «démocratures» à l’Est (Russie, Pologne, Hongrie etc.) valide le processus. Avec la conjonction de ces crises, l’extrême droite est en situation non seulement de progresser par elle-même mais aussi de diffuser sa vision du monde ou ses programmes.
Depuis quelques temps, le gouvernement polonais, mené par le parti Droit et justice (PiS), a pu soulever le même type d’interrogations que le cas hongrois.
Le PiS «est une droite qui développe des pratiques autoritaires sur des bases très conservatrices et qui n’hésite pas à faire des entorses à l’État de droit». Cependant, «le gouvernement polonais, contrairement aux dictatures, utilise les ressources de la démocratie comme instrument de légitimation» et se rapproche en cela des «démocratures» telles que la Russie.
Il y a ainsi en Pologne, comme dans nombre pays de l’Europe de l’Est, «la volonté de mettre définitivement fin au communisme et au pouvoir d’une partie des anciennes élites parvenue à maintenir ses positions politiques ou économiques. Il s’agit de créer une seconde révolution après celle de 1989.» Une révolution menée sur des bases conservatrices. Les positions fortes de la droite ont longtemps réussi à maintenir l’extrême droite à de faibles résultats, ce qui ne l’empêche pas de réaliser des percées lors de certaines élections.
QUELS LIENS EXISTENT-ILS AU NIVEAU EUROPÉEN ENTRE LES DIVERSES FORMATIONS DU CONTINENT ? QUELLES SONT LES DIFFÉRENTES ALLIANCES POLITIQUES, FORMELLES OU INFORMELLES ?
Nicolas LEBOURG. - Il y a d’abord, le Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés (MENL), un parti européen qui regroupe les eurodéputés du FN, de la Lega Nord, du FPÖ et du Vlaams Belang, ainsi que les tchèques de Svoboda prima demokracie, absents du parlement européen. Au Parlement européen il y a le groupe Europe des nations et des libertés avec les eurodéputés des mouvements susdits plus ceux du PVV, une eurodéputée exclue de UKIP, deux eurodéputés polonais du Congrès de la nouvelle droite (mouvement qui a dû se déradicaliser pour rejoindre le groupe), un eurodéputé roumain transfert du groupe social-démocrate, et enfin un d’Alternative für Deutschland (AfD). On a beaucoup parlé récemment des succès de ce parti en Allemagne, car il provient d’une radicalisation souverainiste de la droite qui a évolué vers l’extrême droite par rejet de l’islam et des réfugiés. Notons que la même année où se constituait ce groupe parlementaire, l’extrême droite radicale, qui en est très friande, créait une nouvelle internationale : l’Alliance pour la Paix et la Liberté, avec des groupes comme Aube dorée, le NPD allemand, l’italien Forza nuova, bref des nostalgiques du fascisme.
LE FIGARO. - ON CONSTATE UNE HAUSSE GLOBALE DES RÉSULTATS ÉLECTORAUX DE CES FORMATIONS DEPUIS 15 ANS. COMMENT EXPLIQUER LE PHÉNOMÈNE ?
Populistes néo-libéraux prédominent en 2000, avec les succès enregistrés cette année-là par le FPÖ en Autriche, l’Union démocratique du centre en Suisse, la Lega Nord en Italie, le Parti du Progrès en Norvège, le Parti du peuple danois et le Fremskridtspartiet au Danemark. Ces formations contestent les méthodes de gouvernement de la social-démocratie et celles d’une droite libérale ralliée plus ou moins largement à l’État-providence, mais acceptent sans réserve le jeu politique et institutionnel démocratique. Ils bénéficient du voisinage avec l’Europe de l’Est intégrant l’Union Européenne entre 2004 et 2013, avec les problèmes socio-économiques soulevés par le processus. Comme en de nombreux pays, la percée de l’extrême droite a fait glisser vers la droite une partie du débat politique. Mais, l’extrême droite a également déplacé son propre centre de gravité, comme par exemple en Suisse, avec la montée en puissance du néo-populiste Oskar Freysinger dans l’UDC. La démonétisation des offres politiques traditionnelles, dans le cadre d’une Europe post-démocratique paraissant la figure de proue de l’imposition du modèle néolibéral et multiculturaliste, va doper les populistes, mais différemment selon leurs origines. Les populismes les plus anciens, héritant d’une matrice radicale (Autriche, Flandres), ont évolué vers un populisme identitaire. Les deuxièmes, avec une matrice anti-fiscaliste (Danemark, Norvège) ont évolué vers un identitarisme de la prospérité, allant jusqu’à susciter des antagonismes inter-européens (au Luxembourg le Mouvement National exige le départ des Français, tandis qu’en Suisse l’UDC et le Mouvement citoyens genevois visent les travailleurs frontaliers français). Enfin, les derniers populismes apparu ont une matrice agrarienne (Finlande, Suisse) qui a évolué vers un libéralisme hédoniste sécuritaire. On notera que le FN français réussit à combiner toutes ces données, ce qui explique sans doute en bonne part la particularité de son succès.
Pour aller plus loin
Nous vous conseillons la lecture des ouvrages qui ont servi, entre autres, de sources documentaires:
• Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg. Les Droites extrêmes en Europe. Seuil, 2015. 313 p.
• Pierre Milza. L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites en Europe de 1945 à aujourd’hui. Fayard, 2002. 484 p.


AFTER THE CATALAN REFERENDUM: WHAT HAPPENS NEXT?
The Observer

This rejection of politics as usual, and the consequent fragmentation of the body politic, finds powerful echoes across Europe. Everywhere, or so it seems, newly minted or reviving political forces, sometimes benign, more frequently not, are attempting to fill the vacuum. This weekend’s elections in the Czech Republic are a case in point. Polls suggest the ruling, pro-EU Social Democrats face defeat by the upstart populist, Eurosceptic, anti-immigrant Action of Dissatisfied Citizens led by a pro-Russia billionaire. In prospect is a coalition with the rightwing Freedom and Direct Democracy party, which wants to quit the EU.
Events in Prague recall in turn last week’s Austrian elections, which brought victory for the youthful conservative People’s party leader, Sebastian Kurz, whose cynical tactic was to ape the extremist, xenophobic outlook of the far-right Freedom party. Kurz now looks set to form a governing alliance with a party whose neo-Nazi origins and ideology led the EU to boycott Austria in 2000, when the Freedom party first entered government. It is a measure of how Europe has become more accepting of, or resigned to, far-right activism that no repeat boycott is mooted in Brussels. More than half the Austrian electorate backed parties fiercely opposed to immigration, integration and multiculturalism. Muslim and Jewish citizens are understandably alarmed.
Now switch focus to northern Italy and, again, anger over political failings at the centre can be seen combining, negatively and corrosively, with fears about personal and regional identity. This weekend’s referendums on increased autonomy for Lombardy and the Veneto have at their heart distrust of the Rome government and resentment (and there are echoes of Catalonia here) at the way the poorer south is supposedly subsidised by wealthy, industrialised Milan. But in its tribalism, micro-nationalism and sociocultural exclusivity, the biggest regional party, the Northern League, nurtures many of the unsavoury prejudices displayed by similar groups across the continent.
It would be easy, but facile, to dismiss these phenomena as little local difficulties without bearing on the bigger picture. So what if fringe minorities in the Basque country, Flanders, Transylvania, Corsica or Bavaria are unhappy with their lot? All situations are different. And Europe, in any case, is ultimately an enriching patchwork of like-minded peoples immutably linked by shared values and beliefs. Or is it that, recent votes in France, Germany and Britain show, the crisis of legitimacy and identity extends deep into the heartlands of Europe’s big powers? Emmanuel Macron’s triumph in this year’s French presidential election was taken, for example, as proof that Europe’s nationalist, populist tide was on the turn. It was nothing of the sort. The Front National performed better than ever before. Marine Le Pen stands poised to strike the killer blow next time around, if Macron fails.
Who can save Europe from this fatal fragmentation, this pernicious, creeping dissolution of its ideological, democratic and territorial unity? The threats to solidarity do not come solely from within. Russia plays the stealthy provocateur along the eastern flank. With EU funding for migration controls running out fast, prospective new waves of African and Middle Eastern refugees require an effective, collective response that has been lacking hitherto. The return of Islamic State fighters from Iraq and Syria is another pressing challenge. Authoritarian Turkey is a growing problem. So, too, is Donald Trump. Meanwhile, rightwing leaders in Poland and Hungary are at odds with Brussels over basic principles of law and civic rights.
There was a time when all eyes would have turned for leadership and inspiration to Angela Merkel, Germany’s iron chancellor. But last month’s elections left her badly bent out of shape. Her CDU party recorded its worst result ever. The populist Alternative for Germany stormed into the Bundestag. As of today, Merkel is still trying to form a government. Yet this is the weakened, buffeted leader on whom rest Theresa May’s hopes of rescuing Brexit. Forgetful of its historical role as European exemplar, arbiter and guarantor, a diminished, inward-looking, self-obsessed Britain just does not get it. Europe is slipping ever deeper into an existential crisis all of its own.

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