dimanche 15 octobre 2017

Eric Zemmour : "La Belgique est une création artificielle qui va finir par se séparer"


ALEXIS CARANTONIS
 La Libre Belgique


Le polémiste français, en pleine actualité catalane, condamne à nouveau notre pays.
Mercredi soir, sur Paris Première, chaîne privée payante du groupe M6, l’émission Zemmour et Naulleau (Z&N pour les intimes) faisait sa rentrée, pour une septième année consécutive. L’émission qui "donne du temps au débat" accueille toujours les deux Z’Eric, médiatiquement nés chez Ruquier dans On n’est pas couché, pour décortiquer l’actualité politique internationale et hexagonale. Avant de recevoir Laurent Wauquiez, très probable nouvel homme fort des Républicains et d’une droite française erratique, les deux polémistes étaient invités à commenter l’actualité catalane et, au sens plus large, "les fractures européennes", comme le dira Eric Zemmour, éternel constatateur du grand déclin français, nostalgique du XVIIe, de l’État-nation fort et eurosceptique affirmé.
Dans son commentaire, il y est allé d’une énième déclaration choc, à l’égard de notre Royaume, qu’il insère dans son diagnostic du mal européen, malade de la mondialisation, dont les velléités indépendantistes de certaines régions sont les conséquences. "Historiquement, nous passons notre temps depuis 20 ans à détruire les constitutions européennes précédentes. Je vais très vite : en 1989, le mur de Berlin s’effondre, les deux Europe se réconcilient, on a cassé l’Europe de 1945. À partir des années 1990, la Yougoslavie se fracture, la Tchécoslovaquie se sépare, on a cassé l’Europe mise en place en 1918. Aujourd’hui, nous sommes depuis la fin du siècle précédent en train de détruire l’Europe des États Nations, celle des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle". Puis le polémiste de poursuivre son argumentaire, qui le conduit dans notre Royaume. "… C’est-à-dire la Belgique, qui est une création complètement artificielle, qui va finir par se séparer, entre Flamands et Wallons; l’Italie du nord qui n’en peut plus de traîner l’Italie du sud comme un boulet, la Catalogne aujourd’hui, et cetera. Il faut bien comprendre que c’est lié à la mondialisation : avant, les régions acceptaient une certaine solidarité, puisqu’il y avait un marché national qui leur permettait d’écouler leurs produits. Mais à partir du moment où l’on a un marché européen, voire mondial, on n’a plus besoin de traîner les ploucs, cela dit entre guillemets, derrière soi."
Si l’on peut prendre en défaut le logiciel de pensée d’Eric Zemmour sur bien des points, on ne peut en tout cas pas le taxer de manque de constance et de cohérence. Depuis la crise belge de 2010, le succès électoral historique de la N-VA et les 541 jours sans gouvernement (record qui tient toujours), il n’a en en effet eu de cesse d’affirmer ses certitudes sur l "inéluctable" séparation qui attend la Belgique… 

 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
EVAPORATION DE LA BELGIQUE? PAS SÛR DU TOUT!
ET POURQUOI PAS UN CHARLES MICHEL II? 

On ne donnait pas cher de l'avenir de la Kamikaze et de la peau de Charles Michel en 2014. Contre toute attente, la suédoise prospère, le PS implose et la N-VA rêve de remettre le couvert avec le fils de Louis Michel qui a pris de la bouteille et s'épanouit dans la fonction de premier ministre. Sa déclaration de l'"etat de l'union" (pas de la désunion, je précise bien) peut certes se décrypter comme un credo confédéraliste dicté par la N-VA. Il comprend toutefois une vingtaine de pages de réalisations concrètes qui rendent l'opposition socialiste en déliquescence folle de rage. C'est donc sans surprise que la confiance fut votée par les quatre partis qui forment une majorité hétéroclite mais relativement soudée. La presse flamande est unanime à se demander si on est en route vers une coalition Michel II.
Michel I ne s'en tire pas trop mal. Le déficit ne dépasse pas les 3%
le chômage se tasse, la croissance bien que molle est perceptible, les salaires ont tendance à augmenter. Comparé aux performances socio économiques  du cabinet Di Rupo, Charles Michel I fait plutôt mieux.
Le point faible demeure le problème de l'équilibre budgétaire et surtout celui de la dette qui s'obstine à ne pas vouloir fondre.
La croissance frise les 2% mais si le chômage ne dépasse pas les 4,8% en Flandre en revanche il dépasse les  12% en Wallonie et plafonne à Bruxelles à 16%. L'écart de prospérité entre le nord et le sud ne cesse de se creuser.
La suédoise enregistre ses meilleurs scores dans les domaines de la sécurité (Jan Jambon) et de la résistance à l'immigration (Francken). L'opposition parlementaire demeure extrêmement divisée et particulièrement inefficace.
Si la grève des fonctionnaires, largement de caractère idéologique et politique,  de mardi fut assez largement suivie dans le sud de pays, en en revanche , ce ne fut absolument pas le cas au nord. La SNCB semble vouloir s'obstiner à devenir à assez court terme un second SABENA.
Surtout, les syndicats socialistes wallons semblent s'éloigner de plus en plus du PS pour lorgner délibérément vers le PTB ce qui devrait avoir un impact direct sur les élections communales de 2018. Un très gros souci en perspective pour Elio Di Rupo mais pain béni pour le MR et la N-VA. On constatera que la promesse de mettre le communautaire au frigo a été tenue par la N-VA qui, malgré quelques écarts de langage de caractère populiste dont De Wever a le secret,  se comporte en parti gestionnaire responsable contre toute attente.
C'est plutôt du côté francophone que l'on semble vouloir agiter le grelot linguistico communautaires avec la montée en flèche du Defi à Bruxelles et l'annonce du PS d'organiser un congrès sur le fait régional.
Globalement le gouvernement kamikaze prospère tandis que l'opposition socialiste est dans les cordes.
Le spectre et la hantise de la prise d'autonomie de la Flandre semblent plutôt s'éloigner tandis que la N-VA donne l'impression de prendre goût au pouvoir en savourant sa domination de fait sur la Belgique entière. L'Etat N-VA semble vouloir succéder au bon vieil Etat CVP de Eyskens/Martens/Dehaene.  Eric Zemmour a beau, depuis la crise belge de 2010, le succès électoral historique de la N-VA et les 541 jours sans gouvernement,  n’avoir eu de cesse d’affirmer ses certitudes sur l "inéluctable" séparation qui attend la Belgique… Sa prédiction ne semble pas devoir se réaliser en 2019.
En effet, non seulement le MR  semble souhaiter que Charles Michel se succède à lui-même, mais la N-VA ne semble pas lorgner sur le 16 rue de la Loi ni même le CD&V qui, Geens l'a exprimé clairement, est prêt à rempiler dans un cabinet Michel II.
En clair, Zemmour a  carrément tout faux.
MG


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