dimanche 29 octobre 2017

Francken provoque la colère de Madrid, Michel lui dit de ne pas "jeter d'huile sur le feu"

Le Vif
Carles Puigdemont, le président destitué de la région de Catalogne, pourrait demander asile à la Belgique, a répondu le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA) à une question posée par VTM Nieuws. Ce qui a aussitôt suscité la colère du parti conservateur au pouvoir en Espagne.

   
Theo Francken © ID
"Aucune demande n'a encore été déposée mais les choses évoluent rapidement. Nous verrons bien ce qui va se passer d'ici les heures ou les jours à venir", a déclaré le secrétaire d'Etat au micro de la VRT.
M. Francken s'est en effet demandé si M. Puigdemont pouvait être assuré d'un procès équitable, affirmant que le dirigeant séparatiste catalan pouvait se voir octroyer l'asile en Belgique s'il le demandait.
Une protection de la Belgique pour M. Puigdemont "n'est pas irréaliste lorsqu'on regarde la situation actuelle", a déclaré Theo Francken à VTM, rapporte encore l'AFP. "En regardant la répression de Madrid et les peines de prison envisagées, la question peut se poser de savoir s'il a encore une chance d'un jugement équitable", a-t-il ajouté.
"INACCEPTABLE"
Ces déclarations ont été jugées "inacceptables" par le porte-parole du Parti populaire (conservateur) au pouvoir en Espagne, le député européen Esteban Gonzalez Pons, relaye l'AFP.
Il s'agit de "graves accusations contre le système judiciaire espagnol" et en espérant qu'une "correction y sera apportée immédiatement", a-t-il déclaré, selon un communiqué de son parti. Theo Francken "a violé les principes de solidarité et collaboration loyale entre les pays membres de l'UE", dénonce aussi ce communiqué.
Le gouvernement espagnol menace de poursuivre M. Puigdemont en justice, en raison de la résolution d'indépendance unilatérale votée vendredi au parlement régional. Il a été officiellement destitué par Madrid de son poste de président de la région de Catalogne et risque des poursuites pour "désobéissance" et "malversation de fonds" pour avoir convoqué le référendum interdit du 1er octobre, voire des poursuites pour "rébellion" qui peuvent lui valoir en cas de condamnation jusqu'à 30 ans de prison.
Carles Puigdemont avait laissé entendre il y a quelques jours qu'une demande d'asile auprès d'une ambassade d'un pays européen était une possibilité pour lui.
"PAS JETER D'HUILE SUR LE FEU"
Alors que ses propos sont largement relayés par les médias espagnols, Theo Francken a souligné dmanche sur RTL-TVI qu'il n'avait absolument pas "invité" M. Puigdemont à introduire une telle demande, mais uniquement apporté une "réponse technique" à une question sur la possibilité pour le leader catalan de demander l'asile en Belgique.
Le Premier ministre Charles Michel a appelé son secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration à ne pas "jeter d'huile sur le feu".
Une éventuelle demande d'asile de M. Puigdemont n'est "absolument pas à l'ordre du jour", a précisé Charles Michel à Belga, réitérant son appel au dialogue entre les autorités espagnoles et catalanes.
Le Premier ministre n'avait dans un premier temps pas souhaité réagir aux propos de son secrétaire d'Etat, mais a rappelé que la crise politique en Catalogne ne pouvait être résolue que par le dialogue. "Nous appelons à une solution pacifique, dans le respect de l'ordre national et international", avait-il tweeté vendredi dernier.
Londres, Paris, Berlin ou l'Union européenne ont apporté leur soutien à Madrid dans cette crise politique.
"PAS INTELLIGENT"
Le vice-premier ministre Open Vld Alexander De Croo n'a pour sa part pas apprécié les propos de Theo Francken. "Ce n'est pas intelligent de lancer des déclarations de ce genre", a-t-il indiqué. "De tels propos n'aident pas et ne constituent pas la position du gouvernement. Il est important de calmer les esprits plutôt que de les exciter", a ajouté le libéral flamand.
La cheffe de groupe cdH à la Chambre, Catherine Fonck, a de son côté appelé M. Michel à clarifier la position du gouvernement belge, "en ne se limitant plus à parler de dialogue entre l'Espagne et la Catalogne, mais en rappelant le nécessaire respect de l'Etat de droit, des règles constitutionnelles et des décisions de Justice".
"LE GENRE DE DOSSIERS QUI DEVRAIT ÊTRE ABORDÉ EN KERN"
Le ministre de la Justice, Koen Geens, a pour sa part plaidé sur VTM pour que ce genre de dossiers soit plutôt abordés par le conseil des ministres restreint (kern) et "examinés calmement".
"Je ne décide pas de l'asile, le kern non plus, le CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, ndlr) fait cela", a rétorqué M. Francken sur Twitter.
Interrogé sur RTL-TVI, le ministre-président wallon Willy Borsus (MR) a pour sa part indiqué qu'il n'était "pas favorable" à accorder l'asile à M. Puigdemont.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CLASH DES CLACHES

"Démontrez que le chef du gouvernement belge réside bel et bien au 16 rue de la Loi, pas à l'Hôtel de Ville d'Anvers."
"Si vous avez un peu de respect, pour vous et pour une majorité de vos concitoyens, limogez Theo Francken. Vite."
DiverCity est pleinement en phase avec cet édito musclé.


CHER CHARLES MICHEL, QU'ATTENDEZ-VOUS POUR LIMOGER THEO FRANCKEN ?
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Si vous avez un peu de respect, pour vous et pour une majorité de vos concitoyens, limogez Theo Francken. Vite.

Charles Michel et Theo Francken © Belga

Monsieur le Premier ministre, il est rare, je pense, qu'un journaliste prenne la plume pour s'adresser à vous. Pas pour solliciter une interview. Pour vous demander si, finalement, vous avez le pouvoir d'agir en cohérence avec ce que vous avez toujours proclamé incarner et avec ce que vous avez toujours affirmé défendre: des valeurs démocratiques, qui exigent que chacun soit traité avec le même respect, que les populistes (un terme dont vous affublez volontiers vos adversaires) ne paradent pas au faîte du pouvoir, que les règles ne soient pas contournées, surtout lorsqu'elles sont censées protéger les plus faibles, que les pyromanes soient empêchés de nuire, que la politique retrouve ce qui fait sa noblesse, que ceux qui y exercent ne suscitent pas que, ou pas majoritairement, le malaise, l'indignation et, je pèse mes mots, la honte.
Avez-vous ce pouvoir, au sein de votre gouvernement, vis-à-vis de vos partenaires, ou ne l'avez-vous pas, en définitive?
Si vous l'avez, j'ai la faiblesse de croire que, cette fois, il ne s'agit plus de recadrer votre secrétaire d'État à l'Asile et à l'Immigration. Il ne s'agit plus de lui demander de mesurer ses propos, de réfléchir à son humour, d'éviter de s'afficher, hilare bien sûr, avec des nostalgiques du IIIe Reich, j'en passe et des plus consternantes. Non, cette fois, il s'agit de lui signifier, à lui et à son président, que vous ne pouvez pas tout accepter. Que ça va faire la dixième fois, en trois ans de législature, qu'il tient des propos et pose des actes inacceptables pour vous, personnellement, pour votre parti et pour tous ceux, Flamands, Bruxellois et Wallons, qui ne mesurent pas la compétence d'une femme ou d'un homme politique aux chiffres qu'il peut afficher en termes d'humains dont il a nettoyé (un terme qui lui tient à coeur pour définir ses succès) les traces, qu'importe la manière, les motivations et l'attitude. Que quelqu'un qui enferme des enfants pour être certain qu'on pourra les renvoyer n'importe où, quelqu'un qui n'hésite pas à livrer des gens aux régimes qu'ils fuient, quelqu'un qui érigerait un mur, avec des barbelés, des miradors et des patrouilles avec chien, pourvu que personne sans valeur ajoutée (un terme que son président aime bien pour distinguer les communautés) n'entre encore sur nos terres, quelqu'un qui est en revanche prêt à ouvrir grand les bras et les portes à ceux qui, ailleurs, mènent le même combat autonomiste (par ailleurs tout à fait légitime) que le sien, parce que, argumente-t-il, il y a des risques de procès inéquitable qui leur pendent au nez, quelqu'un comme ça n'a définitivement pas sa place dans votre équipe, au sommet de notre pays.
Dites-nous que, vous et votre parti, et les ministres de votre famille politique, n'avez pas honte de le côtoyer, à cause de ses propos et de ses pratiques. Dites-nous que vous approuvez ce tri, sur le volet, des bons et des mauvais à qui accorder l'asile. Dites-nous que ce monsieur est seulement un peu trop spontané, mais que sinon vous êtes en phase avec son action, son comportement et ses discours. Dites-nous que vous en êtes fier. De son bilan aussi. Dites-nous que tous ceux dont le sang ne fait qu'un tour à chacune de ses saillies médiatiques et des révélations sur ses méthodes ne sont que des bien-pensants, des gauchistes, des jaloux, des pauvres d'esprit, des détails.
Si vous ne pouvez nous dire tout ceci, agissez. Prenez vos responsabilités. Et limogez Theo Francken. Et démontrez que le chef du gouvernement belge réside bel et bien au 16 rue de la Loi, pas à l'Hôtel de Ville d'Anvers. Je pense, sincèrement, que vous rendrez de la fierté à beaucoup plus de vos citoyens que vous n'en ferez monter aux barricades. Parce que vous prouverez que, dans votre pays, on ne se contente pas de communiquer son inquiétude devant la progression de la gangrène chez les voisins. On empêche qu'elle se propage chez nous aussi. Et donc, on n'accepte pas que ceux qui ressemblent furieusement à l'un de ses symptômes gouvernent, les mains et la langue complètement libres.
Si vous avez un peu de respect, pour vous et pour une majorité de vos concitoyens, limogez Theo Francken. Vite.

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