mercredi 11 octobre 2017

Guy Verhofstadt : «Si on continue comme ça, on aura une Union européenne de 75 Etats»

Par Jean Quatremer, BRUXELLES (UE), de notre correspondant
Libération


Lors d'une manifestation en faveur de l'unité avec l'Espagne, le 8 octobre à Barcelone. Photo Lluis Gene. AFP


GUY VERHOFSTADT : «SI ON CONTINUE COMME ÇA, ON AURA UNE UNION EUROPÉENNE DE 75 ETATS»
Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et président du groupe libéral au Parlement européen, assure que seule une solution à la belge, c’est-à-dire la création d’un Etat fédéral, permettra de régler la crise entre Madrid et Barcelone. Pour ce Flamand, familier des poussées identitaires locales, une Europe des régions serait une «folie» et signerait la fin de l’aventure européenne. Il plaide donc pour un fédéralisme national complément d’un fédéralisme européen en devenir. (Photo AFP)
NE DOIT-ON PAS CRAINDRE QUE LA SITUATION EN CATALOGNE NE DÉGÉNÈRE EN VIOLENCES ?
Il faut absolument l’éviter et le seul moyen d’y parvenir, c’est d’établir, à défaut de rétablir, un dialogue entre Barcelone et Madrid, mais aussi entre les Catalans. Car la Catalogne n’est pas unie sur la question de l’indépendance : le gouvernement catalan est minoritaire en voix, même s’il dispose d’une majorité en sièges, et tous les sondages indiquent qu’une majorité de Catalans veulent rester en Espagne. Les manifestations de ces dernières semaines ont bien souligné cette division de la société catalane sur son avenir. Nous, les Européens, pouvons aider les deux camps à nouer ce dialogue. Madrid ne doit plus faire la sourde oreille, comme elle le fait depuis dix ans, en espérant que le problème disparaîtra de lui-même. Et Barcelone ne doit pas proclamer son indépendance en se basant sur un référendum inconstitutionnel et dont la légitimité démocratique est sujette à caution. Je rappelle que la Constitution espagnole de 1978 a été approuvée par plus de 90% des Catalans avec une participation de 67%. Et aujourd’hui, la Généralité prétend avoir la légitimité pour proclamer une indépendance qui n’a été votée que par 38% des électeurs (90% des 42% des Catalans ayant voté). Ce n’est pas sérieux.
POURQUOI L’UNION EUROPÉENNE EST-ELLE SI ÉTRANGEMENT ABSENTE DE CETTE CRISE ?
Car c’est essentiellement une question de politique intérieure espagnole. Comme Flamand, je peux le dire aisément : lors de nos tensions communautaires entre Flamands et francophones, des voix se sont fait entendre pour que l’Union intervienne. Mais personne en Belgique n’a trouvé que c’était une bonne idée. Nous avons résolu nos problèmes en parlant, en négociant, en trouvant des solutions. Et la solution a été de créer un Etat fédéral et des régions disposant de larges compétences. En Espagne, il faut faire la même chose, créer un Etat fédéral.
Mais jamais en Belgique le dialogue n’a été rompu. C’est pour cela que beaucoup considèrent que l’Europe devrait s’impliquer dans la crise catalane…
En réalité, cela se fait dans la discrétion. Nous poussons les différentes parties à nouer un dialogue. Mais pas d’une manière formelle ou officielle parce que, encore une fois, c’est une question intérieure, celle de l’organisation territoriale du pays : l’Etat espagnol peut-il devenir un Etat fédéral ? Comment la Catalogne peut-elle s’intégrer dans ce nouvel ensemble ?
CE RÉGIONALISME N’EST-IL PAS CONTRAIRE À L’IDÉE EUROPÉENNE ?
Si on continue comme ça, on aura une Union de 75 Etats ! Ce serait de la folie, car on sombrerait dans un nationalisme sans fin qui mettrait même en péril l’existence de ces nouveaux Etats. Car où s’arrête ce particularisme ? Pour éviter cet éclatement qui aboutira à une paralysie de l’Union, il faut créer les conditions pour que ces nations ou ces identités puissent exister et s’exprimer dans la plus grande autonomie possible à l’intérieur des Etats existants. Le fédéralisme est évidemment la solution qui permet de gérer des entités complexes. On peut parfaitement être soi-même à l’intérieur d’un espace fédéral. Il n’y a pas de contradiction à être Catalan et Espagnol.
POUR VOUS, LA CLÉ, C’EST LE FÉDÉRALISME ?
Le fédéralisme, c’est le contraire du centralisme étatique qui considère qu’on ne peut qu’être Espagnol et pas Catalan, mais aussi du séparatisme qui estime qu’on ne peut qu’être Catalan et pas Espagnol. Le fédéralisme, ce n’est pas séparer, ce n’est pas centraliser, c’est un équilibre qui permet d’être soi-même et d’appartenir à une organisation politique plus grande, ce dont on a besoin dans le monde globalisé qui est le nôtre. Penser que l’on devient plus souverain, que l’on pourra défendre son mode de vie, en devenant de plus en plus petit et en s’isolant, c’est une blague : la souveraineté ne peut s’exercer, selon les domaines, qu’au niveau des Etats ou de l’Union. Nous avons besoin d’un fédéralisme à l’intérieur des Etats et d’un fédéralisme entre les Etats. On peut comparer ce qui se passe en Catalogne avec le Brexit : la Grande-Bretagne va perdre de l’influence dans le monde en quittant l’Union. Ce sera pareil pour une Catalogne qui quitterait l’Espagne et donc l’Union.
SI LA CATALOGNE DEVIENT INDÉPENDANTE, VOUS ESTIMEZ DONC QU’ELLE SORTIRA DE L’UNION ET DE LA ZONE EURO ?
Si une région quitte un Etat membre, elle sort automatiquement des organisations auxquelles il appartient, c’est logique. C’est d’ailleurs pourquoi les entreprises ont commencé à fuir la Catalogne. Cela va créer de l’incertitude sur les marchés et tout le monde va en souffrir, les Catalans, les Espagnols et les Européens. J’espère donc que la raison finira par l’emporter face aux dangers d’une déclaration unilatérale d’indépendance. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOILÀ QUI EST CLAIR ET DÉFINITIF. 

"J’espère donc que la raison finira par l’emporter face aux dangers d’une déclaration unilatérale d’indépendance."


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