lundi 9 octobre 2017

Herrmann-Debroux, la double incurie


PAR BÉATRICE DELVAUX
HERRMANN-DEBROUX

    Le viaduc Herrmann-Debroux est un outil d’un autre âge, forcé de vivre faute d’avoir été remplacé intelligemment et à temps. On devrait lui dire merci de craquer.

J’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, j’ai les hanches qui se démanchent, l’abdomen qui s’démène. Je ? Bruxelles !
Vendredi, lors de l’annonce de la fermeture du viaduc Herrmann-Debroux, on s’est tous un peu pincé : « Dites-moi que c’est une blague ? » Herrmann-Debroux fermé ? Ce n’est en soi pas une nouvelle puisque l’inspection du viaduc résulte des dysfonctionnements précédents. Mais après Reyers, l’effondrement de la chaussée de Louvain, les chutes de blocs de béton dans les tunnels, et avec les travaux bientôt dans le tunnel Léopold II, après le Stéphanie et le Porte de Hal, ... Ah mon Dieu oui que c’est embêtant, Bruxelles toujours patraque !
On a le sentiment d’être les victimes d’une double incurie.
Bruxelloise tout d’abord, avec une Région qui semble depuis des années gérer les soucis d’infrastructure sans vision d’avenir et masterplan de la mobilité qui aurait réglé le sort de ces tunnels et autres viaducs préhistoriques pour faire places aux espaces de trams/bus/vélo/piétons. On assiste à des sauve-qui-peut de ministres courant comme des poules sans tête, pour empêcher les assiettes de leur tomber sur la tête.
La seconde incurie inclut tous les niveaux de pouvoir belge, fédéral et régions compris, depuis de longues années. On se moquerait en effet comme d’une guigne de la mise hors service d’une voie d’accès de Namur/Louvain-La-Neuve vers le centre de Bruxelles, si l’on avait mis en place depuis des années les axes forts d’une politique de mobilité nationale – j’ai écrit un gros mot ? – alternative à la voiture, à la pollution, à la congestion, en coordination entre les différentes parties du pays, sociétés de transports comprises.
4.000 navetteurs wallons ne seraient pas en train de pousser des jurons dans leur salon, si l’on avait mis en place un réseau RER, une desserte ferroviaire performante, des parkings de dissuasion en masse, des transports alternatifs dès la sortie d’une gare.
LE VIADUC HERRMANN-DEBROUX EST EN EFFET UN OUTIL D’UN AUTRE ÂGE, forcé de vivre faute d’avoir été remplacé intelligemment et à temps. On devrait lui dire merci de craquer et de forcer l’urgence sur la mobilité et ce pacte d’investissement qui relève du devoir national.
Le plus fou, c’est que ce plan Mobilité, qui semble si difficile à concocter, vient d’être quasi mis au point dans l’urgence ce week-end. Soudain, les pouvoirs publics louent des parkings, les lignes TEC et les dessertes SNCB sortent de terre, les navetteurs vont faire du covoiturage… On espère que c’est d’abord et avant tout le souci de l’utilisateur qui explique cette agitation, et non le calcul politique de pouvoirs bruxellois « coupables » et de Wallons voulant montrer qu’ils ne sont pour rien dans cette galère. On préférera retenir de cette grande agitation, que quand on veut, on peut !
Quelqu’un pourrait-il prendre des notes ce matin sur la manière dont ce réseau alternatif à la voiture et au viaduc va fonctionner, histoire de pérenniser un tutti-frutti boy scout, en un système à usage quotidien, dans la foulée ?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PUR BON SENS

Et une fois de plus, c'est signé Béatrice Delvaux. Toujours lucide, toujours à la page, toujours sur la balle avec une foultitude d'arguments. Et dire qu'il en est qui la critiquent... "Quelqu’un pourrait-il prendre des notes ce matin sur la manière dont ce réseau alternatif à la voiture et au viaduc va fonctionner, histoire de pérenniser un tutti-frutti boy scout, en un système à usage quotidien, dans la foulée ?"

Aucun commentaire: